MH17 : ce que l’on sait et ne sait pas

La destruction du B777 de la Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine pose une série de questions. Tâchons ici d’y répondre sommairement avec les éléments disponibles :

Par qui ? Très simplement, les Ukrainiens, les Russes ou les Pro-Russes, qui disposent tous de systèmes susceptibles d’avoir réalisé la frappe.

Comment le savoir ? Les données de vol issues de la boîte ne permettront pas de savoir grand-chose : les appareils de la Malaysian n’ont pas les récepteurs d’alerte radar ou les détecteurs de départ missiles dont sont équipés les appareils israéliens, par exemple. Par conséquent, ce sont les enregistrements radar, en particulier militaires (3D) plutôt que civils (souvent 2D dans la région) qui devraient donner une bonne estimation du point de lancement. Si les bons capteurs sont à portée, l’analyse de la signature électromagnétique du radar utilisé pour le lancement pourrait permettre d’en savoir plus sur le système utilisé, voire même, par triangulation sur sa position.

Qui fournira l’information ? Les Ukrainiens ou les Russes mais éventuellement aussi l’OTAN – des E-3 sont en vol au-dessus de la Roumanie – ou les Américains, dont le croiseur Vella Gulf est en mer Noire. Pour peu que les AWACS ou le croiseur soit à portée de détection. La suite >

Le Buk dans la généalogie des SAM soviéto-russe

Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit. Article paru dans Technologie & Armement n°4, février-mars 2007. Aucune reproduction autorisée sans l’aval de la rédaction.

Utilisé massivement par l’Égypte durant la guerre du Kippour, le SA-6 Gainful (Kub) sera à l’origine de la perte de nombreux appareils israéliens, de sorte que la prise de quelques systèmes, incluant celle de radars Straight Fush, a rapidement été considérée comme un objectif prioritaire par les forces israéliennes. Envoyés aux États-Unis, ces systèmes allaient permettre de concevoir des contre-mesures adaptées, au bénéfice tant d’Israël que des forces de l’OTAN, le SA-6 étant alors déployé sur le théâtre centre-européen dans des unités du niveau bataillon. Aussi, considérant dès 1970 que l’efficacité du SA-6 serait, à terme, remise en question, le ministère soviétique de la défense ordonnera la conception d’un nouveau système, qu’il appellera Buk. En réalité, toutefois, les efforts soviétiques en matière de défense aérienne étaient continus et NIIP Thikomirov, déjà à l’origine du SA-6, travaillera également sur ce qui deviendra le complex 9K37, plus connu sous sa désignation OTAN de  SA-11.

Une évolution du SA-6

Tirant un certain nombre de leçons de l’expérience du SA-6, les ingénieurs soviétiques chercheront à augmenter le nombre de missiles par véhicules. Jusque-là, les TEL (Tractor-Erector-Launcher) du SA-6 ne pouvaient tirer que 3 missiles, l’engin devant ensuite être rechargé (une batterie comptant jusqu’à 6 TEL). De même, ils chercheront également à diminuer le nombre de véhicules utilisés par batterie, de façon à réduire les coûts du système, à une époque où les technologies des radars phased array, que désiraient incorporer les Soviétiques, excédaient d’un tiers les capacités financières que Moscou entendait allouer à chaque lanceur. Dans le même temps, les Soviétiques entendaient augmenter la densité de leurs défenses aériennes – et donc le nombre de missiles disponibles dans une zone couverte donnée. En effet, en plus de la menace aérienne de l’OTAN, il semble que l’état-major soviétique ait ambitionné de donner au Buk une fonction ATBM, les affectant plus particulièrement à la lutte contre les missiles tactiques Lance dont étaient dotées une partie des forces de l’OTAN en centre-Europe. La suite >

Message à nos abonnés : ils arrivent !

Certains abonnés n’ont pas encore reçu leur DSI de juillet-août. A la suite d’un problème technique, notre imprimeur n’a pu livrer une partie des exemplaires leur étant destinés. Un nouveau tirage permettant de remédier à ce malheureux problème est en cours. Nous vous présentons toutes nos excuses pour la gêne occasionnée, bien évidemment indépendante de notre volonté.

Bon 14 juillet à toutes et à tous !

Lutte contre les roquettes, l’artillerie et les mortiers (C-RAM) : quelles solutions ?

Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI n°86, novembre 2012.

Imperceptiblement, sans qu’elle ne fasse l’objet d’un grand nombre de publications dans le domaine de la défense, une menace relativement classique est réapparue ces dernières années, lorsque roquettes de fortune et obus de mortiers ont été tirés contre les bases américaines en Irak, ISAF en Afghanistan mais aussi contre les villages israéliens bordant la bande de Gaza, Sderot en particulier.  

Dans les deux cas, les effets psychologiques découlant des attaques semblent déconnectés de leurs effets physiques réels, en termes de morts, de blessés et de destructions matérielles. Cependant, les contextes politiques jouent un rôle déterminants dans la conduite de ces attaques par les groupes d’insurgés/de combattants. Dans le cas américain, les grandes bases installées en Irak sont construites dans le discours politique américain comme des havres de paix au milieu du chaos irakien. Dans le cas israélien, les attaques sur le sol de l’État hébreu lui-même en rappellent à ses grands récits fondateurs, et en particulier à la défense d’une Nation qui serait particulièrement vulnérable, des points de vue géographique et démographique. Dans un cas comme dans l’autre, le développement de ripostes aux attaques ne sera donc pas seulement construit comme le résultat d’une adaptation/évolution des systèmes de défense, mais aussi comme une réponse focalisant, plus particulièrement encore que pour d’autres systèmes, l’attention du niveau politique.

Le Dôme d’acier   La suite >

« Piliers de défense » : quelles leçons ?

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI n°88, janvier 2013. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction

Depuis « Plomb durci » (2009), l’opération conduite par Israël fin 2012 a été la plus violente menée sur Gaza, le Hamas mettant en œuvre des roquettes Fajr-5 permettant de frapper jusque dans les faubourgs de Tel Aviv – une première. Mais l’opération est également révélatrice de modes de combat spécifiques.   

Comparativement à l’opération de 2009, les objectifs de et dans la guerre ont peu changé. Pour Israël, il s’agit de faire cesser les tirs de roquettes le visant et dont le nombre a considérablement augmenté en octobre, en dégradant au maximum les structures militaires du Hamas et en interdisant l’accès aux tunnels permettant l’accès à Gaza. Pour les dirigeants de Gaza, il s’agit de résister à l’assaut israélien mais aussi de renforcer leur position à l’international. De fait, le contexte dans lequel ces objectifs sont formulés de part et d’autre est complexe. Mahmoud Abbas, leader de l’OLP, entend demander à l’ONU un statut d’Etat observateur non membre. Il avait déjà effectué une première demande, en septembre 2011, sans succès.

Or, Israël s’oppose à cette demande. Son ministre des affaires étrangères indique le 24 octobre, alors que 80 roquettes sont tirées depuis Gaza et que des raids sont menés en représailles, que « si les Palestiniens persistaient dans ce projet, (il) ferait en sorte que l’Autorité palestinienne s’effondre« . Les Palestiniens eux-mêmes ne peuvent ignorer le contexte israélien de politique intérieure, marqué par la campagne pour les élections législatives du 22 janvier. Ce contexte est peu propice aux négociations bilatérales pour l’obtention de leur statut à l’ONU mais induit également un risque de riposte israélienne plus important.   La suite >

Concert sur le Charles de Gaulle

En septembre, sera célébré le 75ème anniversaire de l’ADOSM, association de bénévoles  qui vient en aide aux veuves et orphelins de la Marine notamment en finançant des bourses d’études. 400 familles toulonnaises et environ 80 boursiers toulonnais sont directement concernés. Cet anniversaire prendra une forme tout particulière avec un concert philharmonique exceptionnel à bord du porte-avions Charles de Gaulle, le 25 septembre 2014 : l’orchestre Amadevs, avec 110 musiciens et choristes, jouera devant près de 1 000 spectateurs des œuvres magnifiques telles que La symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorak , La Moldau de Smetana, etc…

Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur le site : http://www.adosm-concert.com/

Retour vers le futur ? De l’adaptation des drones MALE aux opérations de demain

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI n°95, septembre 2013. Aucune reproduction sans l’autorisation de la rédaction.

Si « la prévision est un art délicat, surtout lorsqu’il concerne le futur », il n’en demeure pas moins qu’elle reste un exercice nécessaire au regard de la durée moyenne des programmes d’armement, qui ne cesse de s’allonger – ce qui n’a pas toujours été le cas[1]. Il est d’autant plus délicat que le domaine des drones MALE est récent – à peine une quinzaine d’années – et que les débats autour de leur forme future sont loin d’être stabilisés.

Plusieurs modèles de développement des flottes de drones MALE sont historiquement observés, le plus impressionnant étant sans doute l’américain, expression de la classique préférence nationale pour des planifications détaillées. Dès le milieu des années 1990, la DARPA et le Pentagone travaillent ainsi sur une planification en « Tiers » s’appliquant toujours, même si elle n’est plus officiellement retenue. Le premier tiers était tactique ; le deuxième portait sur les drones MALE et le Tiers III comprenait les drones HALE, l’un des sous-segments étant occupé par le RQ-4 Global Hawk, l’autre l’étant par le RQ-3 Dark Star, appareil aux formes furtives dont le développement est abandonné en 1999. Mais le concept d’un drone ISR destiné aux pénétrations au-dessus de territoires hostiles ne semble cependant pas avoir été abandonné et un programme comme le RQ-170 Sentinel semble y renvoyer directement.

Comparativement, le modèle continental européen – qui inclut la France – montre plus d’hésitations, moins de planification et une attitude plus prudente. S’il s’agit d’effectuer des achats sur étagère ou de développer des systèmes de manière nationale, ce modèle est surtout marqué par un suivisme à l’égard des puissances normatives du secteur, qu’il s’agisse d’Israël ou des Etats-Unis. Il s’agit donc de s’aligner sur un modèle, quitte à l’adapter à la marge aux besoins nationaux. Ces derniers sont toutefois plus entendus en termes techniques – bandes et fréquences utilisées, adaptation des logiciels permettant de les rendre compatibles avec les contrôles de trafic aériens – qu’en termes opérationnels et stratégiques. Formant une troisième voie, l’Italie et la Grande-Bretagne sont à situer entre ces deux extrêmes, en ayant développé des programmes nationaux comptant plusieurs démonstrateurs et leur permettant de développer leurs savoirs-faires de manière autonome, sur les plateformes comme sur les charges utiles.   La suite >

DSI n°105, juillet-août 2014

L’extrême rapidité de la percée de l’EIIL (État Islamique de l’Irak et du Levant) depuis la Syrie – l’organisation semble piétiner devant Bagdad à l’heure où nous écrivons ces lignes – met en lumière plusieurs aspect cruciaux des enjeux stratégiques contemporains. Derrière le paradoxe d’une percée ayant pris à peine moins de temps que celle des Américains en 2003 (avec bien moins de moyens), se pose la question des modèles de forces adoptés : pour la première fois, une techno-guérilla mène une guerre de conquête, apparemment avec succès.

Mais il est aussi question de la validité de nos nouvelles orientations stratégiques : le Livre blanc de 2013 confie un rôle de formation plus affirmé à nos propres forces. Or, « construire » une armée alliée est un processus long et coûteux et ne peut être un substitut à l’action stratégique de fond. De facto, l’armée irakienne, reconstruite à grands frais par les États-Unis, s’est littéralement effondrée dans le nord de l’Irak (nombre de cadres désertant), réduisant donc la probabilité d’une contre-offensive fructueuse.

In fine, Washington étudie la possibilité de frappes aériennes, lesquelles ne règleront sans doute par le problème de fond tandis que l’Iran ne semble pas exclure une intervention militaire. Paradoxalement, ce conflit naissant pourrait ouvrir la porte à une sortie de son isolement diplomatique, au prix d’une nouvelle guerre civile en Irak…voire de l’émergence d’un nouvel Etat.

Plus de dix ans après le lancement de l’opération « Iraqi Freedom », le Moyen Orient est donc loin des aspirations de l’administration Bush : le calcul politique fondé sur les vertus stabilisantes de l’intervention militaire et de sa capacité à faire rayonner la démocratie a manifestement échoué. Toutefois, nous sommes également entrés dans une autre ère stratégique ou le djihadisme, renforcé, est apte à utiliser autant le terrorisme que la guérilla comme mode d’action.

Dans pareil cadre, même si Saddam Hussein était resté au pouvoir, il est fort possible qu’il aurait dû faire face aux mêmes mouvements que Bachar el-Assad. L’uchronie est certes un exercice délicat mais force est de constater que les États-Unis seraient certainement plus forts – moralement, militairement et politiquement – qu’ils ne le sont actuellement si « Iraqi Freedom » n’avait pas eu lieu.

Si le lecteur peut se demander pourquoi se reposer sur Washington, c’est que le processus de réduction de nos forces et leurs engagements multiples ne nous laisse guère d’autre choix. Signe funeste, alors que des crises majeures se déroulent en Afrique et en Ukraine, que le Moyen Orient est à feu et à sang et que la perspective d’une guerre en Asie orientale ne peut totalement être écartée dans le court à moyen terme, l’énergie qui devrait être consacrée à ces perspectives est en fait consommée par la défense désespérée de nos budgets.

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Le monde des publications (juillet-août 2014)

Le mois de juin présente une moisson d’ouvrages contrastée. Chez Economica, Jean-Claude Delhez publie La France espionne le Monde (1914-1919) (Coll. « Campagnes et stratégies », Paris, 2014, 374 p.) et Daniel Feldmann et Cédric Mas proposent un Montgomery (Coll. « Guerres et guerriers », Paris, 2014, 192 p.) – on notera qu’Antoine Capet publie également un Montgomery. L’artiste des batailles mais cette fois chez Perrin (Paris, 2014, 400 p.).

Toujours chez Economica et dans la collection Bibliothèque stratégique est publiée Théorie du combat de Carl von Clausewitz, avec une préface de Thomas Lindemann (Paris, 2014, 112 p.), tandis que la collection « Stratégies et doctrine » accueille Le mythe du blitzkrieg de John Mosier, traduction d’un ouvrage initialement paru en anglais en 2004 (Paris, 2014, 256 p.) mais aussi la troisième édition de L’éthique du soldat français de Benoît Royal.

Au-delà de la Théorie du combat précédemment évoquée, l’Institut de Stratégie Comparée publie La force nucléaire française. L’aide des Etats-Unis de Jacques Villain (Coll. « Hautes Etudes Militaires », Paris, 2014) mais aussi le 106ème numéro de Stratégique, cette fois consacré à la surprise stratégique (Paris, 2014, 229 p.). La suite >