L’action militaire terrestre de A à Z.

Didier Danet, Ronand Doaré et Christian Malis (Dir.), Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2015, 612 p.

Paru il y a près d’un an, ce véritable dictionnaire consigne en 80 notules plusieurs facteurs ou acteurs des opérations terrestres. Les coordinateurs de l’ouvrage ont certes mis en avant les armes ; mais aussi des types particuliers de combat (en montagne, en forêt, les opérations aéroportées ou d’extraction de ressortissants, mais étonnement pas dans le désert) ; des questionnements transverses (la question de l’éthique, la formation, le recrutement, les variations autour du droit, dont la question du statut des militaires) ; technologiques (notamment sur la modularité, les blindés, les hélicoptères ou le combat info-valorisé) ; ou encore la doctrine et la tactique. On note à cet égard l’intéressant article de Claude Franc sur l’histoire de la tactique.

Dans l’ensemble, les différentes contributions se classent suivant deux types de format (trois et six pages, plus rarement une dizaine de pages) et sont qualitativement équilibrées. Malheureusement, toutes ne sont pas accompagnées de références et certaines ont une approche plus empirique que systématique – laquelle permet néanmoins de se faire une bonne idée des problématiques rencontrées. La suite >

Parachutistes en Indochine

Marie-Danielle Demélas, Vendémiaire, Paris, 2016, 378 p.

C’est un ouvrage suivant une méthodologie originale que nous propose l’auteure. Il ne s’agit pas tant de faire une histoire de la guerre d’Indochine sous l’angle des unités parachutistes que de s’intéresser à ces dernières et à la manière dont leur évolution a constitué un des principaux leviers d’adaptation à un type particulier de guerre.

De facto, la guerre d’Indochine n’a pas grand-chose à voir avec la lutte contre l’occupant nazi : la contre-irrégularité impose une organisation, des tactiques mais aussi des contraintes spécifiques. Il apparaît donc rapidement que les parachutistes forment une infanterie légère organiquement et tactiquement malléable, ce qui permet notamment de jouer rapidement la carte du « combat couplé » en intégrant des forces locales. La suite >

Terrorisme jihadiste : un point de situation

Le 30 juillet, le quotidien La Libre Belgique interviewait notre rédacteur en chef sur les évolutions du terrorisme.  Nous reproduisons ici ses réponses.

Les attentats islamistes se multiplient dans les villes occidentales. Doit-on craindre que ce phénomène perdure ?

Oui, la littérature, depuis quinze ans, ne dit rien d’autre. La mutation de la menace, d’Al Qaïda à l’EI, est inquiétante : on va vers toujours plus de violence et d’efficacité. L’ennemi apprend et parvient toujours à se réinventer : aujourd’hui l’EI, demain qui sait ? Le problème principal est celui de la lutte contre une idéologie, donc un objet totalement politique.

Certaines attaques n’ont pas pour but de faire le plus grand nombre de victimes. Nous l’avons vu avec ces deux policiers tués à leur domicile de Magnanville, dans les Yvelines. Est-on là uniquement face à une stratégie de la terreur ?

Sur le théâtre européen, les jihadistes sont dans une stratégie d’attrition. Objectivement, même des actions telles que le 13 novembre, le 22 mars ou le 14 juillet sont des « coups d’épingles » destinés à pousser les Etats et les sociétés à la faute, en faisant croître les germes du communautarisme et en ambitionnant de provoquer des guerres civiles ; ou encore en faisant en sorte qu’ils sabordent leurs valeurs fondamentales. A partir de là, des facteurs techniques s’en mêlent : les jihadistes passent à l’action quant ils le peuvent, ou quant ils sentent qu’ils sont sur le point de se faire avoir. L’action terroriste n’est pas stratégiquement neutre, elle a un but. A Magnanville, il s’agit de fragiliser la cohésion des forces de police en les faisant aller travailler la peur au ventre, ce qui peut permettre de générer des effets à plus long terme, comme d’augmenter l’absentéisme ou de chercher à tarir les recrutements des services.

Est-il possible d’enrayer ces attaques ?

Plus un attentat est complexe, plus il nécessite du temps, des moyens et de la coordination, ce qui accroît la probabilité d’une détection. C’est ce qui explique la chute du « modèle Al Qaïda ». L’EI est sur une logique où prévaut le principe de simplicité – organisation plus souple, armement moins sophistiqué (Kalashnikovs, machettes ou camions) – ce qui permet d’accroître sa furtivité. Avec le temps, l’ennemi réfléchit, apprend et s’adapte. C’est tout le contraire d’un « fou » ou d’un « barbare ». La question est de savoir si nous pouvons faire de même, plus vite que lui. En tout état de cause, tout ne pourra pas être enrayé. La suite >

DSI hors-série n°49 – août-septembre 2016

Editorial

L’enjeu des 2 %

Le retour de la puissance militaire – Et ce que cela signifie pour la France
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

La défense de la France : un an de faits marquants
Par la rédaction

Carte : Forces de souveraineté et opérations extérieures en 2016
Par le CAPRI

Que faut-il penser de la « politique des 2 % » de l’OTAN dans le nouveau contexte résultant du Brexit ?
Par Frédéric Mauro, avocat au barreau de Paris, établi à Bruxelles

Où va la PSDC de l’Union européenne ?
Par André Dumoulin, attaché à l’Institut royal supérieur de défense, professeur à l’Université de Liège

L’OTAN après le sommet de Varsovie
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Quelle défense pour la France ?

Sentinelle, une opération plus politique que stratégique ?
Par Romain Mielcarek, expert en questions de défense La suite >

Réformer le contre-terrorisme français ?

L’attentat de Nice du 14 juillet met une fois de plus en lumière l’impérieuse nécessité de s’extraire des logiques linéaires dans lesquelles nous sommes depuis janvier 2015. L’une de leurs manifestations est une focalisation sur la conduite plus que sur la planification. Dans cet entretien paru dans DSI Hors-série n°47 (avril-mai 2016, pp. 48-51), Yves Trotignon exposait ses vues sur la nécessité d’une véritable vue stratégique de la situation.

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Entretien avec Yves Trotignon,ancien analyste de la DGSE, ancien diplomate, consultant.

Historiquement, le contre-terrorisme connaît beaucoup d’acteurs. Mais peut-on estimer qu’il existe une culture française du contre-terrorisme ou, au contraire, a t on affaire à plusieurs cultures plus ou moins en adéquation ?

Yves Trotignon : La question pose le doigt où ça fait mal. Pour l’instant, nous ne sommes mêmes pas certains qu’il existe, en France, une véritable culture du renseignement… Certains universitaires et hauts fonctionnaires travaillent sur cette question, à partir des pratiques observées. Il y a des constats à faire : je dirais que plusieurs acteurs historiques se sont opposés, à la fois sur les méthodes et le tempo des opérations. Dans les années 1980, nous avons été confrontés à des groupes manipulés par les Iraniens et les Syriens. La Direction de la Surveillance du Territoire (DST), qui possédait la capacité de faire du renseignement administratif aussi bien que judiciaire et qui avait la culture du contre-espionnage et de la contre-ingérence, jouissait alors d’une prééminence historique. Elle a progressivement et très logiquement dérivé vers le contre-terrorisme. Et existait une autre culture, opposée, du renseignement extérieur clandestin, qui était incarnée par le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE) puis par la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), avec des actions et l’idée qu’il fallait parler à tout le monde, afin de comprendre les enjeux des actes de violence commis contre des Français ou des intérêts français sur le théâtre national ou à l’étranger. Quand je suis arrivé à la DGSE, en 1996, il existait une compétition entre les deux grands services, ce que l’on retrouve aujourd’hui avec la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) et la DGSE, malgré ce qu’on nous dit.

Ce qui caractérise la manière dont le terrorisme est pensé en France – il faut sans doute y voir le poids de l’État – est qu’il l’est comme un crime très particulier, qui mobilise toutes les ressources de l’État. Ces dernières deviennent ensuite l’objet de rivalités. Comme le disait un directeur du Quai d’Orsay il y a quelques années, « un jour, tous les clubs de pétanque auront leur unité de contre-terrorisme », parce que c’est politiquement et financièrement extrêmement intéressant, qu’on dispose des moyens et des hommes et que l’on est extrêmement visible. Pendant très longtemps, les policiers ont dit que le contre-terrorisme était leur affaire : la DST, et c’est le cas maintenant avec la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) – devenue DGSI –, avait réussi à faire créer des postes d’attachés de la DST à l’étranger, en coopération avec les Affaires étrangères. Il y avait un officier de liaison à Damas, à Kuala Lumpur, etc. L’idée, assez pertinente, était que le terrorisme contemporain était par essence transnational, avec des ressorts à la fois nationaux et internationaux, et qu’il fallait donc traiter la menace à son origine. La DST et les policiers disaient, et les magistrats étaient d’accord avec eux, qu’il fallait prendre le mal à la racine et, pour cela, ne pas dépendre des services extérieurs, qu’il s’agisse de la DGSE ou de la Direction du Renseignement Militaire (DRM), ni du Quai d’Orsay. Il fallait être projeté au plus près des services de renseignement locaux pour coopérer avec eux. C’était logique, et le reflet d’une ambition sincère d’affronter la menace. La suite >

L’artillerie dans les guerres de contre-insurrection

Benoît Royal (Dir), Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2015, 141 p.

Peu d’ouvrages existent sur l’artillerie contemporaine : de toutes les armes, elle fait partie de celles attirant le moins la curiosité tant des lecteurs que des auteurs. C’est cependant une erreur, dès lors que ses fonctions ne se limitent pas à envoyer un projectile sur une cible prédéterminée.

C’est ce que montre avec brio cet ouvrage, qui tire notamment parti des réflexions de la direction des études et de la prospective de l’école d’artillerie et que devrait d’ailleurs prolonger un ouvrage à paraître chez le même éditeur, L’artillerie des stratagèmes, par Olivier Fort. De facto, l’artillerie concerne avant tout la génération d’effets chez l’adversaire, par sa puissance et sa portée, mais aussi pas les capacités associées, comme le renseignement. La suite >

DSI n°124, l’éditorial

L’un des fondements de la stratégie est sa nature profondément dialectique : « l’affrontement des volontés opposées » de Beaufre implique des situations toujours susceptibles de basculer, quand bien même on les pense stables. À l’œuvre dans chaque conflit, cette dialectique où règne l’adaptation l’est bien évidemment au Moyen-Orient, où l’organisation État islamique (EI) subit de sérieux revers. C’est une bonne nouvelle, que vient rappeler sa perte d’emprise territoriale sur la région, tout comme celle de villes importantes : Palmyre et Ramadi, et probablement bientôt Falloujah (ndlr : entre-temps, la ville a effectivement été reprise).

Mais il faut sans doute se garder d’un excès d’optimisme. D’une part, parce que la logique opérationnelle de l’EI, fondée sur la techno-guérilla et la guerre hybride, induit un rapport spécifique au territoire. Autrement dit, avancées et reculades sont à relativiser du fait d’un fondement irrégulier : savoir perdre pour mieux gagner. D’autre part, parce que le cœur de l’ennemi – son centre de gravité, soit la source de sa puissance en termes clausewitziens – est son idéologie.

Or on reconquiert plus rapidement un terrain que l’on met à bas un corpus d’idées. Si l’on a beaucoup parlé du caractère apocalyptique que revêtirait une nouvelle bataille de Dabiq – dernière avant la fin du monde selon l’eschatologie djihadiste –, il est douteux que sa conduite aboutisse à l’effondrement d’une idéologie qui a déjà muté à plusieurs reprises. L’EI n’en a été qu’une manifestation. La suite >

DSI n°124, juillet-août 2016

Editorial

La carte

La bataille d’Alep

Veilles contre-terroristes

Veilles stratégiques

US Air Force – Quel chasseur futur ?

France/Belgique – L’enjeu des militaires en rue

OTAN – La Suède un peu plus proche

Russie/Chine – Le retour des antisatellites

Corée du Sud – Un SLBM opérationnel en 2020 ?

Irak – Assaut contre Falloujah

Vietnam – Evolution de la politique de défense

Nouvelle-Zélande – Nouveau Livre blanc

Veilles industrielles

Les contrats du mois

Armées

Russie-OTAN : quelles solutions pour un malentendu stratégique ?
Par Alexandre Sheldon-Duplaix

Contre les menaces terroristes : le Bénin entre réalité et impuissance
Par Arnaud Seminakpon Houénou, docteur en sciences politiques, Professeur des Universités à l’Université d’Abomey-calavi (Bénin).

Armée de l’Air : les défis capacitaires
Entretien avec Michel Friedling, colonel, chef du Bureau Plans de l’état-major de l’armée de l’Air La suite >

La guerre soviétique en Afghanistan

Philippe Sidos, Coll. « Campagnes et stratégies », Economica, Paris, 2016, 320 p.

Ayant notamment été ancien attaché militaire à Moscou, Philippe Sidos traite d’une guerre souvent évoquée mais finalement peu approfondie en français. Il livre ici une histoire militaire complète de la guerre d’Afghanistan, en offrant un cadrage historique et politique, aussi bien côté afghan que soviétique, mais aussi en prenant en compte d’autres acteurs, comme le Pakistan.

Il s’intéresse ensuite plus avant à la conduite des opérations et les différentes campagnes menées par Moscou, tout en examinant les forces et les faiblesses d’une armée a priori peu adaptée à ce type d’engagement. Reste cependant qu’elle a bel et bien entamé un processus d’adaptation, passant notamment par l’utilisation de forces spéciales et le recours à des unités de plus petites taille. La suite >

Histoire & Stratégie n°23 – Penser la guerre aérienne. De 1945 à nos jours

La dimension aérienne est, longtemps, demeurée en France à la marge de la pensée stratégique. S’il y a eu, très tôt – et sans remonter à Clément Ader – des Français auteurs d’écrits sur la guerre aérienne, ceux-ci n’ont pas rencontré dans notre pays un écho comparable à celui des « prophètes » de la guerre aérienne qu’ont été l’Italien Douhet, les Américains Mitchell ou Sherman, ou le Britannique Trenchard, par exemple. La France a pourtant été, historiquement, l’une des grandes puissances aériennes, dotée non seulement d’une aviation militaire puissante et moderne, mais également des infrastructures scientifiques et industrielles nécessaires au soutien de ces capacités aériennes militaires ainsi qu’au développement d’une aviation civile florissante. Ce statut de puissance aérienne majeure n’a toutefois – la faute à une approche trop volontiers technocentrée, dans un pays où l’ingénieur occupe une place de choix ? – pas débouché sur une pensée aérienne à la hauteur, en tout cas jusqu’à la seconde moitié du XXème siècle. Pendant la guerre froide, la place pour une pensée stratégique aérienne propre manqua encore, étouffée entre l’appui tactique, en Centre-Europe ou en opérations extérieures, et la frappe nucléaire, répondant à une stratégie de dissuasion distincte.

Aussi faut-il souligner le rôle essentiel qu’a joué, dans un renouveau encore timide mais bien réel de la réflexion sur la place de l’air et de l’espace dans la stratégie, l’Institut de Stratégie Comparée (ISC) et, en son sein, feu le professeur Hervé Coutau-Bégarie. Dans ce domaine, comme dans d’autres, l’ISC et sa revue Stratégique ont publié sur la stratégie aérienne un ensemble de textes fondateurs, dont le présent numéro d’Histoire & Stratégie reprend certains des plus marquants. Couvrant une période allant de 1995 à 2015, les textes qui suivent offrent un vaste panorama de réflexions sur la place tenue par la « troisième dimension » militaire, allant de la possibilité d’une géostratégie de l’air à des réflexions très actuelles et concrètes sur le renseignement aérien en contre-insurrection. Loin d’épuiser le sujet, les écrits qui suivent offrent toutefois une introduction solide au lecteur désireux de s’acculturer à la stratégie aérienne, et un rappel utile à celui déjà familiarisé avec ses fondamentaux. Ils témoignent, enfin, du réveil de la pensée aérienne française et promettent, n’en doutons pas, de voir s’épanouir celle-ci au XXIème siècle.

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