Rectification

Dans une interview donnée par téléphone au quotidien belge La Libre Belgique (17 septembre 2014) portant sur la question des capacités de Bruxelles à être engagées en Irak, le journaliste me fait dire « les forces terrestres belges ne sont guère vaillantes ».

Pratiquement, il faut lire « ne sont guère en état » et il va de soi que le courage des soldats belges ou leur professionnalisme n’est pas à mettre en cause, contrairement aux budgets et aux matériels alloués.

Pour les journalistes non spécialistes, c’est sans doute l’inverse.

J. Henrotin

Inquiétudes face au rêve d’indépendance de l’Ecosse

Par Romain Mielcarek, spécialiste des questions de défense. Article paru dans DSI n°105, juillet-aout 2014 – aucune reproduction autorisée.

La date du referendum pour l’indépendance de l’Ecosse approche à grands pas. Alors qu’une large partie des votants reste hésitante, les Britanniques craignent de plus en plus de voir cette partie du royaume quitter le Couronne. Pourtant, en matière de défense, une telle décision entraînerait des conséquences dramatiques pour les deux Etats : pérennité de la dissuasion nucléaire, capacités opérationnelles, relations internationales, tissu industriel… Autant de points sur lesquels des réponses se font attendre.

Cette année, c’est le 700ème anniversaire de la bataille de Bannockburn. Cette grande victoire des rebelles d’Ecosse contre les armées d’Angleterre, romantiquement dépeinte dans le film Braveheart, est le symbole d’une lutte à mort pour la liberté de la part des Ecossais. Ces derniers n’ont cessé, tant depuis la cruelle défaite sur laquelle s’est terminée cette première guerre d’indépendance, que depuis l’intégration totale de leur pays au Royaume-Uni en 1707, d’entretenir le doux rêve de devenir un pays comme les autres.

Cette volonté aboutira à la tenue, le 18 septembre prochain, d’un référendum pour l’indépendance, à l’initiative du gouvernement d’Ecosse largement dominé par des indépendantistes. Une initiative qui a d’abord largement fait sourire, y compris de l’autre côté de la Manche, tant l’idée paraissait irréalisable. Pourtant, alors que le vote approche, les Britanniques ont largement déchanté et s’inquiètent désormais de ce qui pourrait être un « cataclysme » politique, économique… mais surtout militaire. La suite >

Mistral perdant ? (MAJ)

La livraison des deux BPC de type Mistral à la Russie est officiellement suspendue (et non, comme l’évoquent les médias russes, annulée), l’évolution de la position de Moscou à l’égard de l’Ukraine conditionnant donc l’attitude qui sera suivie par Paris. Mais l’annonce (certes ici annoncée par le PR, mais déjà ouvertement évoquée en mars*), utilisée comme un instrument de coercition diplomatique au même titre que la possibilité de la levée des sanctions économiques, a suscité nombre de commentaires.

Au-delà de l’inquiétude sur les chantiers navals, la question du paiement de l’intégralité de la somme du contrat – et des compensations à accorder à la Russie en cas de rupture du contrat, que l’on peut imaginer considérables – reste posée. L’affaire est embarrassante : nombre de commentateurs soulignent qu’une rupture de contrat serait de nature à poser un problème quant à de futures ventes d’armes, la crédibilité de la France étant entachée.

Reste, cependant, que le cas n’est pas historiquement unique. A la fin des années 1960, l’embargo décrété par le général De Gaulle sur les ventes d’armes au Proche Orient avait abouti à ce que les Mirage V et les patrouilleurs de type Combattante commandés par Israël ne lui soient pas livrés. Les patrouilleurs quitteront toutefois Cherbourg, leurs futurs équipages, en formation, les faisant sortir de nuit du port. Pratiquement, les décisions françaises avaient alors ouvert de nouveaux marchés : la Libye ou encore l’Egypte s’équiperont en Mirage. Plus tard, l’embargo sera un argument de plus lorsqu’il s’agira de négocier avec l’Arabie saoudite… La suite >

Le monde des publications (septembre 2014)

La production française reste dominée par l’histoire militaire plus que par l’analyse stratégique. Chez Economica, Boris Laurent publie Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase, 1942-1943, dans la collection « Campagnes et stratégies » (Paris, 2014, 368 p.) ; tandis qu’Arnaud de Cacqueray-Valmenier et Nicolas Folio, deux sapeurs-pompiers, dirigent Le chef face au stress, cette fois dans la collection « Guerres et guerriers ». (Paris, 2014, 359 p.).

Perrin, en cette rentrée littéraire, sort la grosse artillerie : on citera le une grosse biographie de Pétain de Bénédicte Verger-Chaignon (Paris, 2014, 1 040 p.) ; La guerre totale. Erich Luddendorff de Benoît Lemay (coll. « Tempus », Paris, 2014, 224 p.) ; Histoire de la guerre, traduction française de l’ouvrage de John Keegan (Paris, 2014, 640 p.) ; ou encore, en ce 70ème anniversaire de la Libération, Paris libéré, 1944-1949 d’Anthony Beevor et Artemis Cooper (coll. « Tempus », Paris, 2014, 512 p.).

Chez Tallandier cette fois, Yann Le Bohec signe La guerre romaine, 58 avant J-C, 235 après J-C (Paris, 2014, 448 p.) qui promet d’être passionnant. Dans une approche plus stratégique, Joseph Henrotin publie Le pire des deux mondes. De la techno-guérilla à la guerre hybride chez Nuvis (Paris, 2014, 356 p.).  La suite >

Modern Air Systems

Sami Atalan, SSM/DStil Tasarim, Istanbul, 2013, 364 p.

Publié à la demande du SSM, le sous-secrétariat à l’industrie de défense turque, cet ouvrage massif est une encyclopédie globale des systèmes de guerre aérienne actuellement en service dans le monde. Sami Atalan, l’excellent rédacteur en chef de notre confrère C4Defence, a structuré son ouvrage autour de 18 parties, des intercepteurs aux missiles surface-air (une petite soixantaine de pages sont consacrées aux munitions), en passant par les appareils d’attaque ou ceux de guerre électronique et les hélicoptères navals.

Au sein de chaque partie, appareils et missiles sont examinés dans une fiche technique d’un volume de deux à une demie page. En plus des spécifications techniques, elle comprend les fondamentaux de la conception des appareils, de même que quelques retours d’expérience et des photos. L’ensemble est conçu afin de donner une vision globale de l’aviation militaire contemporaine et est assorti d’une centaine de tableaux comparatifs et d’une petite introduction avant chaque chapitre. La suite >

Exclusif : l’OTAN va attaquer la Russie avec 12 avions

Vous, je ne sais pas, mais moi, je suis quelque peu désappointé par la lecture des prises de positions sur l’Ukraine vues sur Twitter, Facebook et autres commentaires parus sur d’honorables sites d’information – sans même parler de sites plus folkloriques, et je ne parle pas là du Gorafi. Si vous le voulez bien, résumons les événements de ces derniers mois, vus par nos experts en relations internationale en herbe (attention, parodie. Mais pas trop quand même) :

Tout commence par Euromaïdan : une poignée de fascistes soutenus par BHL et John McCain renverse le gouvernement ukrainien. Oui, ce sont des oligarques corrompus mais les autres aussi sont des oligarques corrompus, en plus, ils sont nazis. L’accord d’association proposé par l’Europe (tiens, c’est marrant, je pensais qu’au niveau défense, elle n’était nulle part) est en fait un accord d’association à l’OTAN. Que personne à l’OTAN ou à l’UE n’ait eu envie jusque là d’intégrer l’Ukraine dans leurs organisations respectives n’a rien à voir là-dedans. D’ailleurs, les habitants de Kiev, à part quelques naïfs, n’ont rien à voir là-dedans.

La Crimée : elle n’est ukrainienne que depuis 1954, donc la Russie peut la reprendre. Les accords de 1993 garantissant l’intégrité territoriale de l’Ukraine ayant été signés alors que B. Eltsine était sous l’influence manifeste de l’alcool, ils ne comptent pas. Notez que le référandum-express (monté en une semaine) a validé l’adhésion des Criméens à la Russie (même si les chiffres pourraient avoir été bidouillés). Notez aussi tout de même que l’Allemagne ne veut pas reprendre Kaliningrad, russe depuis 1945 et que nous ne voulons pas prendre le Val d’Aoste. La suite >

Histoire & Stratégie n°19 – La campagne d’Italie 1943-1945. Les oubliés de la libération

Éclipsée par les opérations en France à partir du 6 juin 1944 – la prise de Rome par les Alliés deux jours plus tôt s’en trouvera presque ignorée, y compris des commentateurs contemporains –, la campagne d’Italie, du débarquement en Sicile en juillet 1943 à la reddition des forces allemandes dans ce pays, le 2 mai 1945, précédant de moins d’une semaine la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, est devenue une source de controverses historiques quant à sa pertinence stratégique. Fallait-il réellement débarquer en Italie ? Immobiliser plus d’un million de soldats américains, britanniques et du Commonwealth, mais aussi polonais et, jusqu’au débarquement de Provence en août 1944, français ? Pour quel résultat ?Ces questions ont fait l’objet de sévères désaccords entre Britanniques et Américains jusqu’au débarquement en Normandie, et continuent depuis d’alimenter une historiographie presque universellement critique quant à la pertinence de cette campagne d’Italie, mais aussi quant à sa conduite.

Jugée inutile, voire contre-productive, la campagne d’Italie et ceux qui l’ont mené se trouvent ainsi ravalés au rang de supplétifs négligés de la « bonne » campagne, celle d’Europe du Nord-Ouest déclenchée à partir du 6 juin 1944. Si, en France, la remarquable prestation du corps expéditionnaire français lors des combats autour de Monte Cassino confère à cette campagne d’Italie une image moins négative, l’historiographie en langue française se limite précisément à la geste des soldats du maréchal Juin. Or, précisément parce qu’elle fait débat et suscite la controverse, la campagne d’Italie est un magnifique sujet d’étude historique et stratégique. Les conditions de son déclenchement en font un remarquable exemple de la manière difficile dont se constitue et se dirige une coalition. La suite >

DSI n°106, septembre 2014

Editorial
Nominations et agenda
Veilles contre-terroristes
Veilles conflits
Veilles stratégiques
Veilles industries
Contrats du mois

Stratégie

Le commandement, reflet d’une conception de la guerre
Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie, animateur du blog La Plume et le Sabre

Echec des opérations d’information en Afghanistan : la guerre n’est pas une affaire de marketing
Par Romain Mielcarek, spécialiste des questions de défense

Des flottes paramilitaires en première ligne des conflits en Asie
Par Alexandre Sheldon-Duplaix, conférencier à l’Ecole de guerre, chercheur au service historique de la défense La suite >

Les larmes de nos souverains. La pensée stratégique navale française

Martin Motte (Dir.), Etudes marines n°6, mai 2014, 199 p.

« Les larmes de nos souverains ont souvent le goût salé de la mer qu’ils ont ignoré », aurait dit Richelieu. Oui, les Français pensent la mer, depuis longtemps, d’une manière originale et même depuis avant les Britanniques. Martin Motte, navaliste et maître de conférence en histoire contemporaine fait ici une œuvre particulièrement utile en rassemblant 16 chapitres, de Richelieu à Hervé Coutau-Bégarie, en passant par Vauban, Barjot ou encore Daveluy et Lapeyrouse-Bonfils, qui a largement inspiré Mahan.

Concrètement, chaque chapitre est précédé d’une petite introduction présentant l’auteur mais aussi le contexte dans lequel il travaille. Suivent un ou des extraits particulièrement remarquables de ses travaux. Evidemment, l’ampleur de la tâche ne permet pas un examen complet et approfondi de leur pensée – une tâche, inachevée, qu’avait commencé à entreprendre H. Coutau-Bégarie avec les huit tomes de L’évolution de la pensée navale – mais l’ambition est, ici, autre. La suite >

Irak-Syrie : quels modes d’action contre l’EI ?

Les dernières déclarations en date de Chuck Hagel, secrétaire américain à la défense, sont sans ambiguïté : l’EI est « plus qu’un simple groupe terroriste. Ils allient idéologie et sophistication militaire. Ils sont incroyablement bien financés. Cela va au-delà de tout ce qu’il nous a été donné de voir ». De facto, le groupe est sans doute le meilleur exemple actuel d’une utilisation avisée du concept de guerre hybride (1) – sur lequel je reviens dans un ouvrage à paraître prochainement.

Faut-il engager l’EI ?

L’EI pose dès lors deux questions stratégiques. La première est celle de l’opportunité de son engagement : faut-il le combattre ? Washington, en le considérant comme une menace – en particulier à l’aune des jihadistes susceptibles de revenir dans leur pays d’origine – y répond positivement. En réalité, la réponse, que personne ne détient de manière assurée, pourrait être plus nuancée. Actuellement, l’EI se concentre sur la construction de « son » califat et la menace la plus directe pèse sur des régimes sinon alliés, du moins proche de l’occident : Jordanie, Arabie saoudite, Etats du Golfe, Koweït, etc. Au-delà, personne n’est en mesure de dire si la menace, pour l’Europe ou les Etats-Unis, sera effective et si l’EI ne se repliera pas sur lui-même. La suite >