Penser la guerre au futur

Richard Gagnon (Dir.), Presses de l’Université Laval, Québec, 2016, 270 p.

Si les débats autour de la RMA semblent dépassés, il n’est que de voir la rémanence du concept de « transformation » – qui est sa concrétisation dans les armées – ou encore les travaux autour de l’AirSea Battle qui constituent, en quelque sorte, un retour au « business as usual » après les opérations afghanes et irakiennes.

De ce point de vue, si la terminologie a changé, ce dont elle rend compte n’en a pas moins poursuivi son chemin. Aussi, l’ouvrage dirigé par R. Gagnon est-il intéressant à plusieurs égards. Premièrement, par le traitement critique de la question, autant par des chercheurs – et en particulier des doctorants – que par des militaires.

Deuxièmement, par la variété des sujets abordés. En dix chapitres, les co-auteurs reviennent certes sur la genèse de la RMA, son cadrage théorique et, classiquement, sur la guerre de l’information (R. Garon) ou encore, inévitablement, les drones, mais aussi sur des aspects plus spécifiques. La suite >

La guerre par ceux qui la font. Stratégie et incertitude

Benoît Durieux (Dir.), Editions du Rocher, Monaco, 2016, 365 p.

Général commandant le Centre des Hautes Etudes Militaires (CHEM), Benoît Durieux a rassemblé dans cet ouvrage les contributions de quinze de ses stagiaires, ce qui constitue à la fois un exercice inédit mais également fructueux. En l’occurrence, ils publient ainsi des chapitres qui sont le fruit de leurs réflexions et leurs lectures et qui montrent une belle prise de hauteur sur les sujets traités.

Ils se répartissent en trois parties – « le temps de l’incertitude », « le temps de la sagesse stratégique » et « le temps des opérations militaires globales » – et peuvent aborder des sujets délicats comme la contre-insurrection, le Livre blanc ou encore l’aptitude à pouvoir gérer les crises de manière globale.

Il n’en demeure pas moins qu’en travaillant avec une logique de démonstration et de recherche de savoir plus que du seul partage d’opinions, on en arrive à des visions d’autant plus éclairées et nuancées que les auteurs sont également des praticiens expérimentés. Au sein de ces contributions, plusieurs nous sont apparues plus particulièrement intéressantes. La suite >

Sous-marins conventionnels : le grand bleu

L’Australie vient de rendre public le choix de DCNS pour la construction de ses 12 futurs sous-marins : un « contrat du siècle » de pas moins de 34 milliards d’euros. Dans DSI n°113 (avril 2015), Philippe Langloit revenait non seulement sur les besoins australiens, mais également sur le marché des sous-marins océaniques, où nombre de constructeurs s’étaient positionnés. Aucune reproduction autorisée.

***

La dernière édition du salon Euronaval a été l’occasion d’assister à de grandes manœuvres dans le domaine des sous-marins, dont les observateurs auront pu constater l’augmentation du tonnage. Derrière cette tendance, il y a certes la perspective du méga-contrat australien – 12 bâtiments pour près de 17 milliards de dollars – mais également d’autres facteurs de nature structurelle.

Les débats en stratégie navale des moyens de ces vingt dernières années ont été marqués par la conduite des opérations littorales, y compris dans le domaine des sous-marins. Le bâtiment à propulsion classique, éventuellement assisté par une propulsion anaérobie (AIP – Air Independant Propulsion) était ainsi perçu comme un aboutissement aussi adapté à son environnement que dangereux pour les marines menant des opérations expéditionnaires. La donne change cependant depuis quelques mois : l’évolution des techniques, motivée par la perspective des budgets de R&D liés au contrat australien – mais pas uniquement – autorise aujourd’hui la conception de bâtiments plus lourds. Concrètement, les nouveaux designs atteignent dépassent le seuil des 4 000 tonnes en plongée, là où les sous-marins à propulsion conventionnelle considérés comme les plus lourds déplaçaient au maximum 2 500 à 3 000 tonnes submergés. La montée en gamme est donc claire.    La suite >

Journées d’études toulonnaises de l’ISC : les inscriptions sont ouvertes

L’Institut de Stratégie Comparée tiendra ses Journées d’études toulonnaises en juin 2016.  Elles auront pour thème « BD, guerres et stratégie » (lundi 6 juin 2016) et « L’action de la Mer contre la Terre. Projection de puissance, de forces et d’influence » (Mardi 7 Juin 2016).

L’inscription est obligatoire avant le 20 mai 2016 via institut-strategie@gmail.com ou par téléphone au 01.44.42.43.58. Attention, le 6 et le 7 juin, il est nécessaire de se présenter 30 minutes avant le début des Journées d’études, en se munissant de 2 pièces d’identité en cours de validité.

Le programme

Puissance aérienne en 2030 : tendances et ruptures possibles

08.15 – 08.45 – Accueil

08.45 – 09.00
Introduction par le général d’armée aérienne André LANATA, Chef d’état-major de l’armée de l’air

09.00 – 09.15
Intervention de Mme Heidi H. GRANT, Deputy Under Secretary of the Air Force, International Affairs

09.15 – 10.30 – Table ronde 1 – Le rôle des forces aériennes dans les opérations

Modérateur : Dr. Joseph HENROTIN, Chargé de recherche à l’Institut de stratégie comparée (ISC), Chercheur associé à l’Institut français de relations internationales (IFRI)

1. Les enseignements tirés par les forces aériennes françaises des opérations en cours, Général de corps aérien Serge SOULET
Commandant des Forces Aériennes (CFA) et Commandant du Soutien des Forces Aériennes (CSFA)

2. Les leçons tirées par la RAF, Air Vice-Marshal Paul ATHERTON OBE, Chief of Staff Operations, Royal Air Force

3. L’intégration des systèmes de 4e et 5e génération : une nécessité pour les opérations en coalition à venir, Lieutenant-General Timothy M. RAY, Commander of 3rd Air Force (USAFE), United States Air Force

10.30 – 11.45 – Table ronde 2 – La puissance aérienne face aux défis du futur La suite >

DSI Hors-Série n°47, avril-mai 2016

 

Un numéro exceptionnellement porté à 108 pages, publié en partenariat avec le Centre d’expertise « Lutte contre le terrorisme St-Cyr-SNCF »

Editorial

Défis et menaces

Carte : Les attentats dans le monde, en 2015

Le terrorisme comme mode de guerre
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Comprendre le djihadisme
Stéphane Taillat, CREC-St Cyr

Les transformations du terrorisme islamiste : histoire et stratégies
Par Olivier Hanne, agrégé et docteur en Histoire médiévale, chercheur au CREC.

Ethique et terrorisme : l’affrontement des idéologies
Par Benoit Royal, général, chercheur associé au pôle éthique et déontologique du CREC
Président de l’association internationale d’éthique militaire en Europe (EURO-ISME)

Le terrorisme révolutionnaire, accélérateur de l’histoire et de la transformation militaire française
Par Christian Malis, professeur associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan La suite >

Résilience : notre Histoire & Stratégie n°20 en intégralité

Dans la foulée des attentats de Paris puis de Bruxelles, le terme de « résilience » a fréquemment été entendu. Pour la plupart des gens, elle renvoie au fait de « tenir » face à l’ennemi. Ses formes sont complexes et elle procède d’une réelle diversité : elle ne s’entend pas uniquement comme les seules manifestations qui suivent systématiquement la conduite d’attentats.

Ses potentialités sont, pour qui veut étudier un peu la question, plus importantes. Virtuelle par nature – soit demeurant en puissance dans tout corps social – elle peut également être « renforcée », par un certain nombre de tactiques d’autant plus intéressantes qu’elles sont peu coûteuses.

Mais paradoxalement, si le concept a souvent été mobilisé, il n’a guère été approfondi dans le champ stratégique, alors qu’il a des implications majeures. Et s’il ne remplace bien évidemment pas le fait de disposer de services de sécurité et de renseignement performants, il permet de parachever une architecture de sécurité nationale.

L’une des contributions sur le sujet, en français, était le Histoire & Stratégie que nous avions fait paraître en décembre 2014. Nous le rendons à présent librement accessible sous format PDF.

Vers le PDF La suite >

Crow Vs Crow. Les 36 stratagèmes illustrés.

Olivier Terrien et Jérôme Muguet, Oty Production, Paris, 2014, 93 p.

Les 36 stratagèmes sont devenus un classique militaire, mais s’ils ont été écris pour la conduite des opérations, ils peuvent également être déclinés dans le champ de la guerre électronique. A cet égard, ce n’est pas la plus mince des réussites des deux auteurs que d’avoir réussi à vulgariser par l’exemple une matière pour le moins complexe, quelque part entre histoire et bande dessinée.

Ce tour de force pédagogique passe par une structuration bien particulière. Chaque stratagème est ainsi énoncé et est suivi d’un exemple historique, sur la page de droite. Sur la page de gauche, il est illustré par une petite bande dessinée impliquant de un à trois personnages, soit un corbeau – l’animal mascotte de la guerre électronique – rond (qualifié de rustique et pragmatique), un autre carré (qui porte son attention sur les technologies) et un renard, discret. La suite >

NATO’s Response to Hybrid Threats

Guillaume Lasconjarias et Jeffrey A. Larsen (Eds.), NATO Defence College, Rome, 2015, 372 p.

Si l’action russe en Ukraine a rapidement été qualifiée par l’OTAN de « guerre hybride », encore cette vision devait-elle pouvoir être démontrée académiquement. En ce sens, cet ouvrage est d’abord à considérer comme un effort de légitimation conceptuelle. Mais il n’est pas que cela.

Certes, nombre des 18 contributions expliquent l’instrumentalisation de tel ou tel facteur de puissance au service de la grande stratégie russe et il faut attendre la conclusion pour voir remise en question cette « guerre » ne faisant que réifier ce que disaient Liddell Hart, Castex, Poirier ou Svechine des stratégie générale ou intégrale.

Mais nombre de contributions méritent le détour, y compris par la critique sous-jacente qu’elles recèlent à l’endroit d’une interprétation abusive, signe d’une redécouverte de la roue. C’est le cas chez Elie Tenenbaum – qui voit dans l’instrumentalisation du concept une « dilution abusive » – mais aussi dans les chapitres portant sur l’Etat islamique (J-L. Samaan) ou sur la prise en main des « flancs hybrides de l’OTAN » (G. Lasconjarias et A. Jacobs). La suite >

Chine : progrès navals

Brève parue dans DSI n°121, janvier-février 2016. Aucune reproduction autorisée

La marine chinoise poursuit sa montée en puissance à bon rythme, dans tous les secteurs. Fin octobre, de nouveaux indices de la construction d’un deuxième porte-avions étaient révélés : des images par satellite du chantier de Dalian accréditent ainsi l’hypothèse d’un bâtiment, pour l’heure qualifié de Type-001A, dont le hangar aurait des dimensions similaires à celles du Liaoning, ce qui implique a priori une formule STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery). Il pourrait être lancé en 2016. La construction en série des appareils de combat embarqués J-15 est également lancée et Pékin travaillerait sur un appareil de combat à décollage court/atterrissages verticaux.

Dans le domaine des sous-marins, aucune admission n’a été recensée en 2014, mais quatre l’ont été en 2015. Quatre SNLE de type Jin (Type-094) sont opérationnels, un autre bâtiment étant susceptible de rejoindre la flotte en 2016. L’US Navy indique que la Chine mène à présent des patrouilles de dissuasion régulièrement. Le Xia, seul de sa classe, pourrait être reconverti en lanceur de missiles de croisière.

Trois Shang (Type-093) d’attaque à propulsion nucléaire seraient opérationnels, un autre étant en cours d’achèvement. Il pourrait être du Type-093B, dont quatre exemplaires auraient été mis sur cale. La flotte compterait ainsi, à terme, de sept à huit SNA, en plus des trois Type-091 plus anciens. Le secteur des sous-marins à propulsion conventionnel semble moins dynamique. Pour l’heure, seuls trois Type-039B/C (une désignation qui doit être confirmée) ont été reçus. Les bâtiments sont des évolutions des Type-039 de première génération et certains seraient dotés d’une propulsion anaérobie. In fine, de 1995 à 2014, 39 sous-marins, tous types confondus, ont été reçus. La suite >