DSI n°112, mars 2015


Editorial
Nominations et agenda
Veilles contre-terroristes
Veilles conflits
Veilles stratégiques
Veilles industries
Contrats du mois

Stratégie

Stratégie et doctrines militaires
Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie, animateur du blog La Plume et le Sabre

Point culminant
Par Vincent Desportes, général (r), ancien directeur de l’Ecole de Guerre, professeur de stratégie à Sciences Po et à HEC

Le ciblage, clé des opérations aériennes
Entretien avec le colonel Benoit, cellule de ciblage du CPCO La suite >

Quelle évolution pour la défense belge ?

Le ministre belge de la défense a organisé le 25 février un exercice assez particulier de « wise pen », invitant 14 personnalités – dont notre rédacteur en chef, J. Henrotin – à rédiger un papier d’une dizaine de pages sur la question de l’évolution de la défense belge se concluant par un colloque centré sur l’interaction entre la salle et les auteurs.

En l’occurrence, il s’agissait de chercher à comprendre s’il est nécessaire pour la Belgique de continuer à disposer de forces armées à l’horizon 2030 ; dans l’affirmative, d’examiner quelles seraient ses missions clés ; afin de chercher à identifier des pistes d’évolution de sa défense. Les différentes contributions, en français et en néerlandais, peuvent être consultées en ligne.

Par ailleurs, le prochain DSI (n°112, mars 2015) va compter un article assez conséquent sur l’histoire récente des forces armées belges et la problématique budgétaire à laquelle elles font face.

DSI n°112, l’éditorial

Plus d’un mois après les attaques sur Paris, celles de Copenhague nous rappellent que le terrorisme djihadiste n’est pas une menace ponctuelle mais bien de nature structurelle. Il n’a rien de commun avec la figure, récurrente dans les années 1990 et 2000, de la « crise internationale », à l’occurrence bien délimitée dans le temps,  qui avait alors structuré la stratégie nationale de nombre d’Etats.

Or, la notion même de crise ne renvoie pas tant à un « événement » dans le cours des relations internationales, qu’à une situation ou les structures prévues pour faire face aux problèmes sont débordées. On a ainsi souvent parlé de « gestion de crise » pour parler de l’aptitude à faire face à un problème majeur et délimité dans le temps – un non sens en soi, dès lors que, selon le mot d’Hervé Coutau-Bégarie, on ne gère que ce que l’on veut voire croître. Au-delà de la notion de crise, donc, le djihadisme impose des réponses structurelles.

C’est ce que souligne le Président de la République dans sa dernière conférence de presse mais non sans une incohérence majeure. Ainsi, alors que le « rythme des réductions » est revu à la baisse et que 7 500 postes seront préservés dans les armées, leur financement n’est pas assuré. Et ce, dans un contexte où les fameuses « recettes exceptionnelles » ne sont pas au rendez-vous et alors que les opérations extérieures sont notoirement sous-financées. La suite >

His name was Ferrard, Stéphane Ferrard

Nous venons d’apprendre, avec beaucoup de tristesse, le décès, dans la nuit du 23 au 24 février, de notre ami et de notre collègue Stéphane Ferrard – que l’on voit ici en 2007. Pour les plus jeunes lecteurs de DSI, c’était l’auteur de nos fiches techniques « armes légères » et de deux Histoire & Stratégie. Les plus anciens se souviendront qu’il était là dès les premières heures du projet – c’était, en fait, le premier à l’avoir rejoint.

Mais Stéphane est surtout, plus largement, une figure du journalisme de défense français : écrivant dès les années 1970, en particulier dans le secteur des armes légères et de l’armement terrestre, il sera rédacteur en chef, dans les années 1980, de Défense & Armement Herakles – dont nombre de lecteurs se souviennent de la qualité. A la fin des années 1980 et 1990, on le retrouvera sur des projets comme Armées & Défense ou Défense 2001.

Derrière son métier de journaliste de défense, il y avait surtout une véritable passion pour l’armement et son histoire, en particulier en France, qui l’a conduit à passer des heures dans les archives – notamment – de la MAS mais aussi à écrire plusieurs ouvrages d’histoire de l’armement dont Les armes de la guerre du Golfe écrit, pour l’anecdote, en 48 heures et qui suscitait chez lui un commentaire qu’on comprendra aisément : « plus jamais« .

Cette force de travail est également mise au service d’ouvrages de fond. En 1982, il publie ainsi chez Lavauzelle le premier tome des Matériels de l’armée de Terre française 1940. Pour Hervé Coutau-Bégarie, le livre est « une parfaite réussite » où l’on trouve « un tableau probablement définitif de l’ensemble des matériels« . Derrière l’exploit technique, il y a aussi l’histoire avec un grand H. Bien avant tout le monde, Stéphane a montré « à quel point l’image stéréotypée d’une armée française dépourvue de matériels modernes lors de l’offensive du 10 mai 1940 est fausse » (Politique étrangère, Vol. 48, n°4, 1983, p. 1048).

Stéphane a également eu une influence sur les débat parlementaires, notamment au moment de l’adoption du FAMAS et a toujours défendu la nécessité, stratégique, de disposer d’une industrie de défense forte. Par ailleurs, il faisait partie de ces journalistes de défense aussi bien capables de discuter avec un ingénieur sur des points ultra-techniques que de comprendre les conséquences tactiques de l’adoption d’un système organique ou de comprendre celles, stratégiques, de telle ou telle inflexion de la doctrine nucléaire.

Excellent tireur, grand amateur de chevaux – il était également cavalier -, admirateur du général de Gaulle, Stéphane aimait également rire, bien manger et bien boire et n’était jamais en panne d’une blague tournant autour du beau sexe. L’avoir dans la rédaction des Dailies était immanquablement le gage d’une bonne ambiance, en sachant qu’il était toujours prêt à dégainer le bon conseil au bon moment – en fait, il était un peu notre patriarche. Ca a vraiment été un privilège de le connaître et de bénéficier de son expérience. Toute la rédaction se joint à moi pour présenter à sa famille nos condoléances. Nul doute que là haut, Stéphane, tu auras des tas de questions à poser et que tu finiras par dégoter le cellier local.

 

La famille nous prie de vous informer que les obsèques auront lieu vendredi prochain (27/02) à 15h en l’église Saint Baudil de Brou-sur-Chantereine (Seine et Marne, 77).

La suprématie aérienne en péril. Menaces et contre-stratégies à l’horizon 2030

Corentin Brustlein, Etienne de Durand et Elie Tenenbaum, Coll. « Stratégie aérospatiale », CESA/La Documentation française, Paris, 255 p.

La problématique d’une inversion de la polarité stratégique de la puissance aérienne n’est pas neuve : nous l’évoquions dans nos pages dès 2012. « SAM double digits », attaque terrestre (et, plus classiquement, aériennes) des bases, armements air-air de plus en plus performants, nouveaux types de capteurs ou encore cyberattaques sont autant de problèmes qui ne se poseront qu’avec encore plus d’acuité à l’avenir.

Mais les modalités d’expression tout comme les moyens de faire effectivement face à cette inversion de polarité stratégique sont relativement peu abordés par la littérature, française comme anglo-saxonne d’ailleurs. Cet ouvrage est donc le bienvenu, d’autant plus que l’étude menée l’a été avec sérieux aussi bien du point de vue du constat et de la structure des problèmes que de celui des réponses afin d’y faire face. La suite >

Penseurs de la stratégie

Jean Baechler et Jean-Vincent Holeindre, Coll. « L’Homme et la guerre », Hermann, Paris, 2014, 296 p.

L’ouvrage constitue les actes de deux journées d’études sur le thème idoine et tenues en juin 2012 et mai 2013. Au final donc, 24 contributions sont proposées au lecteur, introduites par Jean Baechler. Toutes les contributions ne reviennent pas sur un auteur en particulier. B. Heuser revient ainsi sur l’étymologie du terme « stratégie » et Jean-Claude Cheynet analyse la pensée stratégique byzantine.

Thierry Wideman analyse quant à lui la pensée stratégique française des Lumières à l’aune de Folard, Maizeroy et Guibert tandis qu’Olivier Schmitt analyse les théories de la guerre irrégulière. T. Lindemann revient quant à lui sur la relation entre guerre absolue et guerre totale à l’aune de Clausewitz et Ludendorff. La suite >

DSI Hors-Série n°40, février-mars 2015

Editorial

L’Etat islamique, catalyseur d’une nouvelle guerre de trente ans ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Carte. Le Moyen Orient militaire

Une situation explosive

Les forces du régime syrien
Par Stéphane Mantoux, agrégé d’histoire, enseignant dans le secondaire, cofondateur du blog L’autre côté de la colline (histoire militaire).

Forces kurdes, un maigre espoir face aux jihadistes
Par Romain Mielcarek, spécialiste des questions de défense

Les dimensions ethnique et tribale au sein des armées arabes
Entretien avec Laurent Bonnefoy, chargé de recherche CNRS au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). La suite >

Rafale sur l’Egypte

L’Egypte a choisi le Rafale pour équiper son armée de l’air, qui en recevra 24 exemplaires très rapidement – on parle de livraisons dès août. Cette décision pérennise une coopération qui remonte aux années 70 et qui permet au Mirage 5, à l’Alpha Jet et au Mirage 2000 de voler sous les cocardes égyptiennes.

Eric Trappier, qui a indiqué en radio que le contrat pourrait faire « boule de neige » au Moyen Orient, a indiqué « je remercie les plus hautes autorités égyptiennes pour ce partenariat stratégique et historique ; Dassault Aviation sera au rendez-vous de la confiance qu’elles viennent une nouvelle fois de nous témoigner. Je remercie également les autorités françaises, qui sont à l’origine du programme Rafale et qui lui ont apporté le soutien politique sans lequel il ne peut y avoir d’exportation militaire. Je salue la compétence des 7 000 salariés qui travaillent sur le Rafale chez Dassault Aviation, Thales, Safran et dans les 500 entreprises sous-traitantes ».

Le contrat lui-même a été signé le 16 février et a été négocié en trois mois à peine – un véritable record – essentiellement à très haut niveau (président de la République et ministre de la défense). Il se double d’une vente de frégate de type FREMM et représente une valeur de 5,2 milliards d’euros. La COFACE devrait garantir 50 % de ce montant et plusieurs banques participeraient également à la manœuvre.

Le contrat est techniquement simple. Pas de transferts de technologies ni de construction des appareils sur place : les appareils sont directement livrés, mais sans que l’on ne sache s’il s’agira d’appareils neufs destinés initialement à l’armée de l’Air ou, au moins dans un premier temps, d’avions issus des escadrons de l’armée de l’Air. Il est également question d’un appui en matière de maintenance. La suite >

Tir du MMP par la DGA

Lundi 2 février 2015, la DGA a réalisé avec succès le premier tir du missile de combat terrestre (Missile de Moyenne Portée – MMP), successeur du système d’arme MILAN. Effectué sur le site de DGA Techniques terrestres à Bourges, ce tir de mise au point vient confirmer l’excellente précision de la poursuite du MMP après un accrochage en vol sur une cible à plus de 4 000 mètres, masquée au départ du coup.

Ce missile polyvalent conçu par MBDA est en phase de développement (voir sa fiche technique dans DSI n°106, septembre 2014). Le contrat de développement a été notifié par la DGA le 3 décembre 2013. Il permettra aux forces de neutraliser les différents types de cibles rencontrés sur l’ensemble des théâtres d’opérations avec une grande précision, tout en maîtrisant les dommages collatéraux et en réduisant leur vulnérabilité pendant le tir.

Ce système sera livré aux forces en 2017. D’autres campagnes d’essais du MMP sont d’ores et déjà programmées à DGA Techniques terrestres au cours du premier trimestre 2015.

La guerre (des drones), quelle connerie !

La chronique de Carl von C., parue dans DSI n°110, janvier 2015. Aucune reproduction autorisée

Ceux qui parmi vous lisent ce qui se fait, ici et ailleurs, autour des drones n’auront pas manqué de constater l’attendrissant déballage de bonnes intentions et autres inquiétudes autour des « robots tueurs » (si, si, le terme est utilisé, et parfois par des gens très sérieux). Parce qu’on quitte juste les fêtes – j’en profite pour vous souhaiter une excellente année – et que Madame Guérilléra a reçu un splendide robot-aspirateur qui n’a pas encore rendu l’âme à force d’avaler les poils de GBU, notre chat, je me suis intéressé de plus près à ce qui a été fait dans le domaine. J’ai lu pas mal de choses venues du camp des gentils.

Pour résumer, le drone tue tout le monde, surtout les civils et donc les petits enfants ; les progrès de la technologie nous promettent un Terminator hors de contrôle, d’ailleurs les Britanniques travaillent sur un truc appelé Taranis qui doit trouver seul ses cibles. En plus, c’est l’arme du lâche qui oublie l’honneur du combattant (viril, il va de soi) empoignant son adversaire par les cheveux avant de le découper façon carotte en forme de fleur, comme chez le Chinois du coin. C’est aussi l’arme du vilain impérialiste qui veut envahir et asservir tout le monde dans une sorte de gigantesque chasse à l’homme. Bref, le drone est l’incarnation du mal absolu et il ne reste qu’à vous repentir. La suite >