Déconne pas Manu, une loi de perdue, c’est mille citoyens qui reviennent

La chronique de Carl von C. Article paru dans DSI n°115, juin 2015. Aucune reproduction autorisée.

Ah, le joli mois de juin ! Les commémorations des 70 ans de la fin de la Deuxième Guerre mondiale sont à peine terminées que l’on se souviendra que, le 18 juin 1940, un général même pas de division décidait d’envoyer bouler un maréchal pour l’honneur de la France, et puis, aussi, parce que ça l’emmerdait cordialement d’ainsi se résigner. Il avait raison : moins d’un mois plus tard, l’Assemblée nationale se suicidait au profit d’un Pétain tout puissant, à la notable exception de 80 députés. 75 ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts, nous avons longuement songé aux tristes heures de notre histoire et, maintenant, 86 représentants ont dit non au Projet de loi sur le renseignement.

On me dira que ce n’est pas comparable, qu’il n’est pas là question de fascisme et d’occupation nazie. C’est vrai. Il est juste question de la protection de la vie privée du citoyen qui n’a rien à se reprocher. Dieu sait si je suis, au fond de moi-même, un peu écolo (tendance vert-kaki, nous sommes rares), et que je suis donc en faveur du recyclage des métaux. Ce qui tombe bien, dans la tête d’un djihadiste, il paraît que c’est plus facilement biodégradable. Mais il faut aussi savoir pourquoi l’on se bat : ce n’est pas juste « eux » contre « nous ». C’est un kulturkampf où nous risquons de perdre notre âme. Rectification, où nous l’avons perdue.

Ce qui m’en rend si sûr est un court passage sur la chaîne LCP du Premier ministre, Manuel Valls, le lendemain du vote de la fameuse loi, le 5 mai. Je cite, « beaucoup de pressions. Mais je constate que peu de parlementaires, heureusement, ont été sujets à ces pressions, en tous cas sensibles ». Quelles sont donc ces pressions ? Un honteux lobby ? Une quelconque hideuse main voulant massacrer des bébés phoques ? Interdire le cassoulet ou, pis encore, le Côte Rôtie ? Du tout. Juste la levée de boucliers de chercheurs (notamment en informatique), d’experts, de citoyens inquiets, mais aussi de gens du renseignement estimant que, l’ennemi va s’adapter, parce qu’il n’est pas débile et qu’il vaut mieux le garder à l’œil plutôt que le voir passer au-delà de l’horizon. Notamment en utilisant les outils informatiques préconisés par l’ANSSI (si vous me le permettez d’ailleurs, « LoL, XPTDR »). La suite >

L’Etat islamique, catalyseur d’une nouvelle guerre de trente ans ?

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI Hors-Série n°40, février-mars 2015. Aucune reproduction autorisée.

Il faut se méfier des points de vue définitifs sur le Moyen Orient : nombre de commentateurs ont souvent des avis tranchés à son propos mais la situation politico-stratégique y évolue souvent aussi rapidement que les alliances. Qui aurait pu, il y a encore quelques mois, imaginer des appareils américains survolant la Syrie avec l’aval de Damas et, par delà, trouver Washington et Riyad en situation de coalition de facto avec l’Iran ? Reste que la situation sur place est devenue d’une complexité telle qu’elle pourrait non seulement redessiner la carte de la région mais également avoir des conséquences majeures sur l’ensemble des relations internationales.  

Le poids iranien

L’émergence de l’Etat islamique comme question stratégique centrale met les Etats du Moyen Orient au pied du mur et fait s’interroger sur leur pérennité mais également sur l’avenir de questions stratégiques pendantes depuis plusieurs années. La première d’entre toutes est celle du nucléaire iranien : depuis une quinzaine d’années, c’est le développement des capacités, y compris balistiques, de Téhéran qui a servi de moteur au développement des forces armées du Golfe. Si ces Etats peuvent entretenir entre eux des rivalités saillantes, la question iranienne a permis de les apaiser et même d’y associer, dans une certaine mesure et discrètement, Israël. Au passage, la question du nucléaire stricto sensu – que Téhéran aura, il ne faut se faire aucune illusion à ce sujet[1] – est plus généralement emblématique de la question de la place de l’Iran sur la scène stratégique moyen-orientale et la nature de sa puissance. Cette question est aujourd’hui centrale, essentiellement par les sous-entendus liés à la place du chiisme et à son instrumentalisation par Téhéran dans le Golfe, avec des conséquences très concrètes sur les opérations militaires.

A Bahreïn, depuis 2011, des manifestations ont conduit à la mort de près d’une centaine de civils et à l’intervention musclée des forces de sécurité et de l’armée, appuyées par l’Arabie saoudite. Si les manifestants revendiquent plus de démocratie et la fin de la discrimination des chiites de l’émirat – qui représentent près de 65 % des habitants – Riyad comme Manama y voient un risque. La question chiite se pose également au Yémen où la rébellion houthiste est en cours depuis 2004[2]. Elle contrôle à présent le nord du pays et la capitale, Sanaa – le président et son gouvernement ayant démissionné le 22 janvier 2015. Là aussi, l’Arabie saoudite est intervenue en 2009-2010, engageant, sans succès AH-64 et autres Tornado – de même semble-t-il que des forces jordaniennes, marocaines et pakistanaises. La situation du pays est rendue d’autant plus complexe qu’Al Qaïda dans la péninsule arabique y a trouvé un terrain d’évolution favorable. L’organisation est aussi bien combattue par les forces gouvernementales qu’houthistes, mais aussi par les Etats-Unis qui ont engagé une campagne aérienne centrée sur l’usage de drones. Plus récemment, un groupe djihadiste soutenant l’Etat islamique y est également apparu. La suite >

DSI Hors-Série n°43, août-septembre 2015

Numéro spécial en partenariat avec l’Université d’été de la Défense 2015

Editorial

Quels enjeux pour la France ?

La France face au terrorisme. Une adaptation impensée ou inachevée ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Le défi reste global
Entretien avec le général d’armée Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées

Transformation de l’armée de Terre. Les effets recherchés
Entretien avec le général de corps d’armée Bertrand Houitte de La Chesnais, major général de l’armée de Terre

« L’actualisation de la LPM est plus qu’un ajustement »
Entretien avec Jean-Pierre Raffarin, président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

La Loi de programmation militaire est au centre de mes préoccupations
Par Patricia Adam La suite >

La rédaction prend ses quartiers d’été

Quelques heures avant le 14 juillet et son défilé, la rédaction prend ses quartiers d’été, non sans préalablement mettre la dernière main à notre prochain hors-série. Nous vous donnons donc rendez-vous le 16 août !

Du F-35, de ses capacités de dogfight et de ce que Lockheed nous apprend sur nos faiblesses

Cela faisait un certain temps que l’on n’avait plus connu un débat aussi enflammé autour de questions de combat aérien. Dans un post sur War is Boring, David Axe revenait ainsi sur le RETEX de cinq pages d’un combat simulé (Edit : entre-temps, le rapport complet a été posté), le 14 janvier 2015, entre un F-35 en configuration lisse – AF-02, le deuxième de série livré à l’US Air Force – et un F-16D avec deux réservoirs auxiliaires.

Attaque et contre-attaque

Le combat était spécifiquement mené pour tester les capacités en combat rapproché du F-35 et a fait se succéder des approches défensives et offensives. Le rapport du pilote confirme ce que les analyses prédisaient (voir DSI n°108 pour un état de l’art sur la question) : le F-35 manœuvre mal dans tous les scenarii et dégrade rapidement son énergie sans pouvoir la récupérer facilement.

Face au F-16, la seule option a été de mener une manœuvre high alfa, ouvrant une opportunité de tir, mais signant en cas d’échec la mort de l’appareil, incapable de regagner en énergie. Pis, la mobilité de la tête du pilote était entravée par la taille du casque, inadaptée à la verrière – une problématique qui n’a, là aussi, rien de neuf. Pour David Axe, le F-35 serait donc de la « dead meat« . Voilà pour l’essentiel.

La réponse n’a pas tardé ; l’enjeu pour Lockheed étant crucial. En substance, la contre-critique indique que le F-35 engagé n’était pas doté de ses équipements de cinquième génération – dont l’aptitude à projeter sur le casque les images produites par le DAS (Distributed Aperture System) autour de l’avion – et qu’il était donc obligé de se mettre dans les six heures de sa cible. La suite >

Questions internationales, « La puissance militaire »

n°73-74, mai-août 2015, 224 p.

Ce numéro double de la revue de la Documentation française compte vingt articles et onze gros encadrés consacrés pour se focaliser sur la question de la puissance militaire. Ils se répartissent en trois sous-dossiers, consacrés à « la puissance militaire en mouvement », « quelques acteurs militaires » et « la puissance militaire dans l’histoire de quelques grands empires », chacun d’entre eux étant suivi d’une bibliographie.

Offrant en sus 17 cartes et graphiques, ce numéro est bien équilibré et offre une vision globale de son objet. Si tous les articles méritent d’être lus, nous retenons plus particulièrement celui de Christian Malis sur « Etats et puissance militaire : globalité, clavier, levier » – qui voit notamment dans l’action russe une « guerre couverte », terme bien plus pertinent que celui de guerre hybride – ou encore celui de Michel Goya sur « l’adaptation des moyens militaires aux conflits asymétriques ». La suite >

DSI n°116, juillet-août 2015

Editorial
Nominations et agenda
Veilles contre-terroristes
Veilles conflits
Veilles stratégiques
Veilles industries
Contrats du mois

Stratégie

Polyvalence
Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie, animateur du blog La Plume et le Sabre

Castex et la maritimisation du monde
Entretien avec Lars Wedin, capitaine de vaisseau (er) de la marine suédoise, auteur de Stratégies maritimes au XXIème siècle. L’apport de l’amiral Castex

Lutte antidrogue : l’évolution des cartels
Par Emmanuel Vivenot, spécialiste des questions de défense La suite >

Deux ans d’opérations aériennes

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI Hors-Série n°42, juin-juillet 2015. Aucune reproduction autorisée

Le monde de l’aéronautique militaire a considérablement évolué en deux ans, qu’il s’agisse des matériels, des concepts ou encore des opérations dans lesquelles les forces aériennes ont été engagées. Tour d’horizon de deux ans de débats mais aussi d’évolutions.   

Les événements aéronautiques les plus marquants sont liés à des conflits où la place de la troisième dimension s’est accrue. D’une part, parce que le champ géographique de ces conflits s’est dilaté. Il en est ainsi de l’intervention émirienne en Libye alors que la situation s’y dégradait et de la mise en place d’une coalition arabe attaquant les rebelles houthis au Yémen, suspectés d’être soutenus par l’Iran. C’est aussi le cas de la multiplication des patrouilles de bombardiers et d’appareils de combat russe en Méditerranée ou en mer du Nord, dans le contexte post-annexion de la Crimée et, corrélativement, d’une montée en puissance du dispositif Baltic Air Patrol par l’OTAN. C’est également le cas de l’accroissement de l’activité chinoise en mer de Chine méridionale, laquelle comprend la construction d’îles artificielles permettant de donner corps à des revendications de zone économique exclusive, mais permettant également de construire des pistes. Corollaire de cette évolution, les Etats de la région accroissent eux-mêmes le nombre de leurs patrouilles aériennes et conçoivent des dispositifs stratégiques inédits : le Japon a ainsi demandé à pouvoir opérer des patrouilles maritime au départ des bases aériennes philippines…   La suite >

Stratégique, n°108, « Maîtrise des armements et désarmement »

avril 2015, 276 p.

Si la situation stratégique internationale est à la remilitarisation et au contournement des divers régimes de régulation des armements, il n’en demeure pas moins que la maîtrise des armements a fait des progrès considérables depuis les années 1970. C’est tout l’intérêt de ce numéro de la revue Stratégique, en l’occurrence coordonné par Matthieu Chillaud, que de faire un point de situation réaliste en la matière.

Articulée autour de treize contributions et du maintenant traditionnel grand entretien, cette fois avec Camille Grand (FRS), la revue est d’abord un état de l’art. Elle ne manque ainsi pas de s’interroger sur la pertinence contemporaine du concept de maîtrise des armements mais fait également le tour de la question de l’économie du désarmement ou prend également en compte la question du rôle des acteurs sub-étatiques et transnationaux. La suite >

Le monde des publications – juillet-août 2015

Chez Economica, plusieurs titres ont une consonance historique. Bien à propos, dans la foulée du bicentenaire de la bataille, Antoine Reverchon publie Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?, dans la collection « Mystères de guerre » (Economica, Paris, 2015, 176 p.). Claude-Catherine Ragache revient quant à elle sur Roland Dorgelès. Combattant, journaliste, écrivain, (Coll. « Guerres et guerriers », Paris, 2015, 288 p.).

Dans le registre des classiques, on signalera La stratégie oubliée. Périclès, Frédéric le Grand, Thucydide et Cléon d’Hans Delbrück, le père de l’histoire militaire contemporaine, en l’occurrence traduit par Joël Mouric et préfacé par Daniel J. Mohaney (Coll. « Stratégies et doctrines », Paris, 2015, 192 p.). Toujours chez Economica, l’IHEDN publie quant à lui Défendre la France au XXIème siècle, un ouvrage comprenant de nombreuses interventions d’experts (Paris, 2015, 320 p.).

Perrin, réédite dans la collection Tempus La révolte dans le désert de T.E. Lawrence (Paris, 2015, 560 p.). L’ouvrage sonnera certainement en écho à celui de Nathalie Ruffié, qui publie L’interculturalité dans les opérations militaires. Le cas américain en Irak et en Aghanistan (Editions du Cygne, Paris, 2015, 135 p.) sur lequel nous reviendrons en septembre.  La suite >