Principes du commandement concernant les Effects-Based Operations

Par le général James N. Mattis, issu du Corps des Marines (USMC), commandant l’US Joint Forces Command (USJFCOM). Article paru dans DSI n°43, décembre 2008

Cet article a été publié pour la première fois dans Joint Forces Quarterly (n°51, dernier trimestre 2008) et a été reproduit avec l’aimable autorisation de la rédaction en chef de la revue.

 

Vous trouverez ici le fruit de mes réflexions et les directives provenant du commandement au sujet des Effects-Based Operations (EBO). Cet article est destiné à fournir à l’USJFCOM des ordres clairs et à définir la nouvelle direction à prendre quant à l’utilisation des EBO au sein de la doctrine commune et des manœuvres menées conjointement, quant aux développements des concepts et à nos expérimentations. Je suis convaincu que les diverses interprétations contradictoires qui se sont fait jour au sein de nos forces et chez nos partenaires étrangers n’ont pu que semer une confusion à laquelle il convient désormais de remettre bon ordre. À mon sens, les EBO n’ont pas été appliquées là à bon escient et l’extension de leurs compétences a pris de telles proportions que, loin de contribuer au bon déroulement de nos opérations conjointes, elles ont constitué un facteur d’échec. C’est pourquoi il nous faut revenir à une terminologie et aux bons vieux principes qui ont déjà fait leurs preuves, car nos forces les ont éprouvés par la bataille, et qu’ils sont en outre solidement enracinés dans la théorie et la nature de la guerre.

Nous devons en même temps retenir et adopter les quelques aspects de la pensée fondée sur les effets qui se sont avérés utiles ; souligner l’importance de donner des ordres de mission susceptibles de faire comprendre clairement les intentions du commandement, en confiant des tâches et des objectifs ne laissant aucune place à l’ambiguïté et – c’est là le plus important – qui présentent une parfaite compatibilité des moyens mis en œuvre avec des objectifs réalistes. Pour donner plus de force à ces principes, nous devons tirer tout le profit possible des capacités non militaires et nous efforcer de mieux comprendre les diverses variables opératoires qui font partie intégrante des environnements de plus en plus complexes qui sont les nôtres de nos jours. Les évaluations que je me permets de vous soumettre sont fondées sur mes expériences personnelles et celles d’autres personnes, dans le cadre d’une grande variété de situations opérationnelles. Je reste convaincu que nous devons toujours garder à l’esprit les concepts suivants. La suite >

DSI hors-série n°51 – décembre 2016/janvier 2017

Éditorial

Transport aérien et stratégie

Se projeter par les airs, vecteur de puissance stratégique
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau. Capacités comparées des principaux types d’avions-cargos de par le monde
Par Jean-Jacques Mercier, spécialiste des questions de défense

Carte : Le transport stratégique et le ravitaillement en vol dans le monde
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Délivrer des effets stratégiques : le pont aérien comme ligne de communication
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI La suite >

Qu’attendre de la présidence Trump en matière de défense ?

Par Joseph Henrotin, aucune reproduction autorisée

La victoire de Donald Trump est à présent acquise. Mais quel sera son programme en matière de défense et de sécurité ? Si l’homme s’est montré instable dans ses prises de position en matière de politique internationale, il faut d’abord constater que beaucoup dépendra du choix qu’il effectuera au niveau de ses secrétaires d’Etat et à la défense – nous y reviendrons – dès lors qu’un président américain ne gouverne pas seul : le poids des administrations et des bureaucraties (et aussi de leurs concurrences internes) peut s’avérer important.

C’est une d’autant plus importante que, dans une interview à Defense News fin octobre, deux parlementaires proche de Trump, Randy Forbes et Jeff Sessions, mettaient en avant la nécessité de disposer d’une stratégie faite d’abord et avant tout par le Pentagone. Or, on sait également que la majeure partie des experts sur les questions de sécurité se positionnant comme Républicains – et non des moindres – ont appelé à ne pas voter pour Trump : quelle sera leur interaction avec le Pentagone reste à découvrir.

Défense et alliances américaines jusqu’en 2020

Sur la défense, qu’en est-il de ses positions durant la campagne électorale ? Trump a indiqué qu’il était nécessaire de « rebâtir » les forces américaines en particulier après l’épisode de la séquestre budgétaire, en faisant passer l’Army de 480 000 à 540 000 hommes et les Marines de 180 000 à 200 000. Il est également question d’accroître le nombre des bâtiments de combat, en les faisant passer à 350, alors que la planification actuelle est de 308, en mettant particulièrement l’accent sur les sous-marins. Les capacités cyber sont également appelées à s’accroître.

Le « comment » sera à charge, là aussi, du Pentagone, mais on imagine mal une réforme en profondeur où le politique n’aurait pas à poser d’arbitrages – le budget de la défense ne pouvant être découplé de celui du reste de l’Etat. Le contexte américain, en matière de stratégie des moyens, est celui de la crise d’un modèle critiqué pour son inefficacité, avec à la clé nombre de fiascos, dont celui du F-35. A voir donc, là aussi, si une réforme des processus d’acquisition, évoquée depuis des années, sera effectivement menée : vu les sommes en jeu, elle sera essentielle pour la crédibilité du Pentagone en tant que principal auteur de la stratégie de défense américaine. La suite >

Force aérienne chinoise : évaluer le J-20

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI n°78 (février 2012) – Aucune reproduction autorisée.

La récente présentation du J-20 au salon de Zhuhai (en photo, copyright Xinhua) a déclenché dans la presse généraliste une vague d’articles ventant « le nouveau chasseur chinois », ce qui appelle à deux commentaires et une observation (en fin d’article). D’une part, les premières évocations du J-20 dans la presse chinoise (certes spécialisée, mais aussi ouverte, si ce n’est l’obstacle de la langue) remontent à 1997. Cet article, paru début 2012, n’est pas le premier à évoquer dans DSI le J-20. Le traitement du J-20 dans la presse généraliste constitue donc, sans doute, une nouvelle illustration de son décalage par rapport aux objets traités pour peu qu’ils soient techniques.

D’autre part, le J-20 est fréquemment associé à l’idée d’une accession de la Chine aux capacités de cinquième génération. Le concept pouvait avoir une pertinence dans les années 1990 en explicitant une combinaison de la manœuvrabilité, de la supercroisière, de la furtivité et d’une conscience situationnelle supérieure, est à présent à remettre en question. Les appareils dits de 5G ne sont pas manœuvrants ; ont une supercroisière limitée voire inexistante ; ont une furtivité douteuse (en constante réduction sur le secteur radar, elle est inexistante sur les secteurs IR et EM) et les facteurs de conscience situationnelle (radars AESA et capacités liées, liaisons de données, ESM, vision UV) sont partagés et pour l’heure mieux appliqués sur des appareils de « génération 4+ ». Devenu un slogan commercial, la « 5G » est donc à prendre avec précaution.

Si le premier vol du J-20 a été l’un des principaux événements aéronautiques en 2011, sans doute faut-il constater aussi que la Chine a été prompte à communiquer comme elle l’entendait, montrant son aptitude à réaliser un démonstrateur (et non un prototype, comme on l’entend fréquemment) et en le présentant au moment opportun – soit peu avant une visite du secrétaire américain à la défense – tout en maintenant le mystère sur son utilisation future. Or, cette dernière question est sans doute la plus importante. La suite >

DSI n°126, novembre-décembre 2016

Editorial

La carte

La Turquie, l’Irak et le Kurdistan après l’Etat islamique
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Veilles contre-terroristes

Veilles stratégiques

US Navy : abandons de concepts

France : nouvelles en cascade

Russie : évolution dans les conceptions nucléaires

Etat islamique : la fin du début ?

Philippines : l’effet Duterte

Chine : poursuite de la modernisation

Chine : la percée du quantique ?

Japon : nouvelle augmentation budgétaire

Veilles industrielles

Les contrats du mois

Armées

Un exemple d’hybridation : évolutions organisationnelles et tactiques terrestres du LTTE
Adrien Fontanellaz, membre du comité du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires de Pully (Suisse), co-fondateur du blog collectif L’autre côté de la colline. La suite >

De la durabilité de la puissance militaire française

Par Joseph Henrotin, article paru dans DSI Hors-Série n°31, août-septembre 2013. Aucune reproduction autorisée

Depuis la fin de la guerre froide, les armées européennes encaissent réforme sur réforme, le plus souvent au travers de réductions budgétaires. Si la France apparaît comme moins touchée que les autres États, il faut néanmoins constater que, depuis vingt ans, ses capacités ont sans cesse diminué, atteignant un seuil alarmant. Devant suivre cette évolution, la culture stratégique française, pétrie de facultés d’adaptation, est souvent considérée comme une variable d’ajustement. Mais jusqu’où ?

À la question de savoir ce qu’est la puissance, la plupart des chercheurs répondent qu’elle est l’aptitude politique à pouvoir faire ce que l’on veut, en dépit des contraintes de toute nature exercées par un adversaire. Pour la plupart d’entre eux, la puissance est le fruit de la combinaison de facteurs complexes, que ceux-ci soient militaires, diplomatiques, économiques ou encore culturels.

Dans ce jeu d’échecs tridimensionnel, comme si une partie se jouait sur des plateaux multiples, la notion de puissance militaire tendrait, selon certains internationalistes, à perdre de sa pertinence comparativement aux questions d’ordre économique, par exemple. Cette vision apaisée des relations internationales reste dépendante d’une lecture ethnocentrique de ces dernières, qui s’avère éminemment plus complexe. Si l’on n’épiloguera pas sur le basculement géostratégique du monde vers l’Asie ou encore sur la persistance de foyers de crise, il convient déjà, à ce stade, de mettre en évidence la question de l’incertitude.

L’imprévisibilité du monde

Dans le livre blanc de 2008, l’incertitude était liée au concept de surprise stratégique, sans doute d’une manière hasardeuse. Les intelligence studies ont ainsi montré que les « vraies » surprises stratégiques sont historiquement rares. Les informations liées à l’occurrence d’une crise majeure sont généralement déjà connues, le véritable problème résidant dans leur traitement, leur interprétation et leur partage et dans leur conversion en un renseignement politiquement utile. Au surplus, le livre blanc de 2008 assimilait surprises stratégiques et conflits réguliers ; une liaison qui n’apparaît plus d’une manière aussi évidente en 2013, ladite édition reconnaissant la possibilité de ce type de conflit et y affectant une structure de force adaptée.

De facto, les processus de montée en puissance actuellement observés de par le monde n’ont rien de « surprenant » : ils sont étudiés depuis les années 2000 avec attention, et des opérations entre la Chine et le Japon autour des Senkaku, un Iran doté de l’arme nucléaire ou une tentation impérialiste russe corollaire d’un nouveau nationalisme n’auraient strictement rien d’une surprise. En fait, le véritable problème posé par l’incertitude – ce fameux « ni paix, ni guerre » explicité par nombre d’auteurs – réside dans notre faculté d’adaptation et dans notre capacité à exercer notre puissance au regard des événements. La suite >

Les tendances dans le domaine naval à l’aune d’Euronaval 2016

La Belharra (DCNS) d'où est issue la FTI. (JH/Areion)

Par J. Henrotin, aucune reproduction autorisée.

Pour celui ayant suivi les précédentes éditions, Euronaval 2016 aura sans doute constitué un salon de rupture. D’une part, les activités « sécurité », sans être inexistantes, ont clairement cédé la place aux activités défense. D’autre part, plusieurs inflexions marquantes des propositions des industriels étaient perceptibles. Il y a d’abord le champ des nouveautés : dévoilée sur le salon, la Belharra (d’où est issue la Frégate de Taille Intermédiaire) était l’un des deux concepts dévoilés par DCNS – l’autre étant le SMX 3.0, version évoluée de l’Ocean vendu à l’Australie et comprenant, outre un nouveau type d’AIP utilisant le carburant de bord, un tambour incluant de lanceurs verticaux, qui peut également être utilisé pour la mise en œuvre de drones ou de plongeurs. Nous reviendrons ultérieurement, dans nos pages, sur la FTI et sa signification pour la stratégie navale française.

Durcissement de l’armement

Au-delà, une première maquette de la F110 espagnole a été montrée et confirme les options évoquées par Navantia pour la frégate devant remplacer les Perry dans les missions ASM : radar Aegis, 16 lanceurs verticaux, deux hélicoptères de la classe 10 tonnes, un canon de 127 mm, six tubes lance-torpilles et une protection conséquente, avec deux Mk38 et quatre mitrailleuses téléopérées. La suite >

Défense belge : bientôt en réanimation ?

Les lecteurs de la presse belge ou les personnes s’intéressant aux contrats potentiels pour l’industrie française  – SCORPION ou le Rafale notamment voir DSI n°125) – auront sans doute remarqué un fébrilité inhabituelle dans la publication d’articles portant sur les remplaçants du F-16, aspect-phare de la « vision stratégique » belge adoptée fin juin. De facto, une loi de programmation militaire – une première en Belgique – doit être prochainement discutée et doit permettre de « verrouiller » dans le temps un processus de modernisation long (14 ans), complexe et paradoxalement encore loin de faire consensus dans la classe politique malgré un coût limité (9,2 milliards sur 10 ans).

Ce dernier est très inférieur à ce qu’il serait si la Belgique respectait ses engagements à l’égard de l’OTAN. Frédéric Mauro montrait ainsi dans notre hors-série d’août-septembre qu’atteindre le critère des 2 % aurait imposé à Bruxelles, en 2016, un budget annuellement accru de 4,97 milliards d’euros (pensions comprises – 49,7 milliards sur 10 ans) ; dont 1,649 pour le matériel (sur 10 ans, l’effort consenti aurait donc été de 16,5 milliards et non de 9,2). En tout état de cause, il y a urgence pour des forces armées belges placées, réformes après réformes, dans une situation d’autant plus complexe qu’on leur demande de plus en plus.

Afin d’éclairer l’histoire récente de cette décroissance militaire exceptionnelle par son amplitude à l’échelle européenne, J. Henrotin avait publié en mars 2015 « L’agonie des forces armées belges », montrant les dynamiques historiques à l’œuvre mais aussi les enjeux de ce qui était encore à l’époque un projet de « plan stratégique » ; article que nous mettons gratuitement en ligne : DSI_112_HENROTIN-ARMEE BELGE

DSI hors-série n°50 – octobre-novembre 2016

Editorial

Les nouveaux défis navals

Puissance navale et puissances navales
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau. Evolution du rang des marines d’après H. Coutau-Bégarie

Deux ans d’évolution des marines
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Marine nationale : l’actualité de demain
Entretien avec Thierry Rousseau, contre-amiral, directeur du CESM

L’enjeu asiatique

Art de la guerre et guerre sur les mers. A la recherche de l’adaptation au spectre des opérations
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Asie orientale : stratégies nationales et puissance navale
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI La suite >

Colloque : les nouveaux visages des armées africaines

Avec l’émergence du terrorisme islamique, la diversification des situations conflictuelles et l’africanisation de la gestion de ces crises, les armées africaines sont plus que jamais confrontées à de nombreux défis et doivent ainsi s’adapter à ces nouvelles dynamiques.

Le colloque « les nouveaux visages des armées africaines », organisé par l’IRSEM, se déroulera les mercredi 5 et jeudi 6 octobre 2016 à l’amphithéâtre Foch de l’Ecole Militaire et s’adresse aux personnes, aussi bien initiés que novices, s’intéressant aux
questions de défense et de sécurité en Afrique sub-saharienne.

Le programme peut être consulté

Attention, l’inscription obligatoire