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Article par stagiaire

Les cycles de Mars. Révolutions militaires et édification étatique de la Renaissance à nos jours.

Michael Fortmann

Coll. « Bibliothèque stratégique », Economica, Paris, 2010, 654 p.

La question posée par Fortmann est simple : l’affirmation de Tilly selon laquelle « l’État a fait la guerre et la guerre a fait l’État » tient-t-elle la route ? Pour y répondre, l’auteur s’appuie sur le concept de révolution militaire et cherche à démontrer à quel point la construction de l’État moderne – celui d’aujourd’hui – doit au fait militaire et à l’évolution des armées. Démonstration d’ordre académique, l’ouvrage de Fortmann montre la complexité de la problématique mais aussi, en creux, des enjeux prospectifs terriblement importants : Le fait militaire conduit-il des organisations comme le Hezbollah à se construire des États ? Nos Transformations sont-elles le reflet de nos sociétés postmodernes ? Seront-elles à l’origine d’un regain de vitalité d’États que plusieurs auteurs annonçaient comme moribonds ? L’auteur, à cet égard, ne s’arrête pas à la seule Renaissance, comme nombre de ceux ayant travaillé sur le concept de révolution militaire, et c’est sans doute là l’une de ses grandes forces. Passionnant, cet ouvrage est solide et, s’il ne manquera pas de faire débat, nourrira indéniablement la réflexion des plus curieux. Excellent.

J. H.

La stratégie de l’Iran. Entre puissance et mémoire


Mathieu Anquez

Coll. « Initiation à la géopolitique », Tempora, Perpignan, 2008, 170 p.

À force de parler de l’Iran, on le réduirait à ses seuls programmes nucléaire et balistique ou aux émeutes ayant suivi les dernières présidentielles, ce qui serait une erreur fondamentale. Aussi, Matthieu Anquez fait-il œuvre utile en publiant cet ouvrage, qui permet de donner rapidement au lecteur un certain nombre de clés de lecture. Géographiques, elles sont également culturelles et politiques. À cet égard, il démêle l’écheveau complexe d’une politique intérieure clivée et où les facteurs de légitimation sont spécifiques. Il nous entraîne également dans la politique étrangère de Téhéran mais aussi dans ses référents politiques. Et l’auteur de dresser une série de scénarios allant du durcissement du régime dans son « complexe de l’enfermement » à une ouverture bien réelle impliquant la fin de la république islamique. Concrètement toutefois, les référents iraniens sont bien établis dans l’histoire, et Matthieu Anquez de prévenir : le peuple iranien est fier et toute ingérence dans ses affaires intérieures pourrait bien renforcer le régime. Bien écrit, très agréable à lire, synthétique et offrant une vue globale de la situation, ce petit ouvrage (par la taille) est assurément l’un des ouvrages qu’il faut avoir dans sa bibliothèque si l’on entend tenter de comprendre le Moyen-Orient. P.L.

Le pari de la guerre. Guerre préventive, guerre juste ?

Ariel COLONOMOS
Denoël, Paris, 2009, 356 p.

Directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po, l’auteur connaît bien les notions de morale et d’éthique et les manie souvent brillamment. Il s’attaque ici non seulement à la question du statut de la guerre dans le monde contemporain, mais également à la notion de « guerre préventive ». L’ouvrage est aux frontières entre relations internationales, droit et études stratégiques et examine sans complaisance un concept que l’auteur a étudié durant des années. Les États-Unis (y compris par un détour au travers de la question de la possibilité d’une guerre contre l’URSS) et Israël d’aujourd’hui sont au centre de ses préoccupations – c’est une première limite de l’ouvrage car la guerre préventive n’est nullement limitée à ces deux exemples (et la sélection des quelques autres exemples semble parfois biaisée par la thèse de l’auteur) – au travers notamment des figures de la guerre d’Irak ou de la politique d’assassinats ciblés visant des membres du Hamas. Si les analyses sont minutieuses et bien étayées, on peut toutefois regretter que ne soient pas prises en compte les contextes généraux dans lesquels ces stratégies sont développées. En d’autres termes, l’analyse, si elle se réclame d’une logique universelle, voire universaliste, flirte avec l’ethnocentrisme : à trop critiquer les valeurs subjectives des uns, on en oublie presque que nos propres valeurs sont elles aussi subjectives – et il ne s’agit nullement de notre part d’un plaidoyer pour le relativisme culturel. Passées également quelques erreurs (les « cinq anneaux de Warden » ne sont pas une doctrine de l’US Air Force, par exemple), qui nécessite une vigilance accrue du lecteur, l’ouvrage a le don précieux de faire réfléchir et de mettre en mots des interrogations ardues mais cruciales : que faire si un adversaire vous tire dessus depuis un édifice religieux, considérer qu’il n’est plus qu’une position comme les autres ou y voir un tabou ? A. Colonomos, à cet égard, pose clairement des questions qui doivent être posées et qui justifient indéniablement la lecture de son ouvrage. J.-J. M.

L’État, la peur et le citoyen. Du sentiment d’insécurité à la marchandisation des risques.

Nicolas Arpagian. L’État, la peur et le citoyen. Du sentiment d’insécurité à la marchandisation des risques, Vuibert, Paris, 2010, 213 p.

C’est à une réflexion de fort belle facture, représentant par ailleurs une gageure, que nous invite ­Nicolas ­Arpagian : comprendre les ressorts de notre rapport à la peur et au risque, examiner ce que peut et ne peut pas faire l’État et pose la question de la privatisation de la sécurité intérieure. Rien de moins ! Toutefois, grâce à un bel esprit de synthèse, l’auteur parvient à montrer toutes les nuances et toute la complexité du domaine. Ce faisant, il s’appuie sur de nombreux travaux et met particulièrement bien en évidence les ressorts des perceptions de sécurité et d’insécurité. Une grosse moitié de l’ouvrage est consacrée à la marchandisation du domaine, vaste question permettant à l’auteur de défricher un certain nombre de pistes, mais aussi d’examiner ce qui a déjà été fait. De quoi nourrir un débat d’une actualité criante. J.-J. M.

Géopolitique du terrorisme

Rémi Baudouï. Géopolitique du terrorisme, coll. « 128 », Armand Colin, Paris, 2009, 118 p.

Ce petit ouvrage produit par ­Rémi ­Baudouï, professeur à l’université de Genève, a quelque chose de perturbant : défense du concept même de géopolitique, il invite pourtant le lecteur, par la structure de raisonnement appliquée, vers des matières telles que les relations internationales ou les études stratégiques. D’un autre côté, il est vrai que « la géopolitique » est à la mode, tendant souvent d’ailleurs à évacuer tout rapport au territoire – parce qu’après tout, en géopolitique, c’est bien de cela dont il est question. L’auteur, à cet égard, évite l’écueil, la troisième partie y renvoyant expressément. Cependant, on ne peut manquer de penser que l’ouvrage est d’abord une démonstration se situant entre heuristique et épistémologie de la géopolitique – un domaine par ailleurs très intéressant. Mais de géopolitique d’Al-­Qaïda ou de tout autre courant, il n’est pas vraiment question : l’analyse est politologique (ce qui n’est certainement pas un mal), mais manque de prendre en considération la pensée des idéologues de la mouvance dans leur rapport au territoire ou encore les apports de la géopolitique postmoderne de ­O’Thuatail, par exemple. Au final, le lecteur apprendra des choses très intéressantes ; mais il ne pourra s’empêcher de penser que l’auteur est passé à côté de son sujet. L. M.

Iran, l’état de crise

François Géré. Iran, l’état de crise, Khartala/Lignes de Repères, Paris, 2010, 250 p. Où en est l’Iran ?

Fin connaisseur de la question nucléaire iranienne, d’ailleurs spécialiste du nucléaire, ­François ­Géré avait aussi publié un ouvrage sur cette thématique il y a maintenant quatre ans. Et de constater que la situation n’est pas meilleure, bien au contraire : il prévient d’emblée, en quatre ans, l’Iran a avancé. L’auteur, à cet égard, fait non seulement le point sur les travaux iraniens, mais analyse également les ressorts du programme de Téhéran, montrant à quel point les enjeux de politique intérieure y jouent un grand rôle. Au long des cinq parties de l’ouvrage, il dissèque littéralement la crise du nucléaire iranien, posant systématiquement les enjeux comme les alternatives et F. ­Géré de dresser les scénarios prospectifs : sanctions, action militaire, statu quo ou succès diplomatique. Un très bel exercice, complété par des annexes utiles. En somme, clairement indispensable pour comprendre l’avenir du Golfe… comme de la prolifération nucléaire. J.-J. M.

Irak, terre mercenaire. Les armées privées remplacent les troupes américaines

Georges-­Henri ­Bricet des Vallons. Irak, terre mercenaire. Les armées privées remplacent les troupes américaines, Favre, Lausanne, 2010, 268 p.


Encore un ouvrage sur les SMP (Sociétés Militaires Privées), me direz-­vous ! Certes, c’en est un. Cependant, force est aussi de constater que le niveau d’analyse promu ici dépasse le seul constat de la progression du phénomène de la privatisation de la sécurité – en l’occurrence, dans l’ouvrage, aux États-Unis. Le sujet est complexe et particulièrement d’actualité – la question de savoir « où l’on place le périmètre » de la privatisation » en France est toujours en débat. Mais l’auteur, tout en donnant nombre d’informations, pose aussi la très pertinente question de la validité de l’axiome de ­Weber selon lequel l’État a le monopole de la violence légitime. Vaste question à laquelle l’auteur fournit une série de clés tout en montrant la diversité des enjeux. Et ce, sans manquer au passage de souligner « l’addiction mercenaire », les États-­Unis se trouvant dans une situation où les SMP ne constituent plus juste un « appoint » face au manque de forces nationales, mais une condition de la réalisation de nombre d’opérations militaires. Bien écrit, dense et abordant les « questions qui fâchent », l’ouvrage apporte incontestablement à l’éclairage d’un domaine avec lequel Paris est mal à l’aise. P. L.

Berlin. Les offensives géantes de l’armée Rouge. Vistule-Oder-Elbe (12 janvier-9 mai 1945)


Jean LOPEZ

Economica (Campagnes et Stratégies), Paris, 2010, 644 p.

Cet ouvrage massif, premier en français sur ce sujet, est incontestablement une référence à plusieurs égards. Premièrement, minutieux, l’auteur n’omet rien concernant le déroulement historique des faits et garde impeccablement ses distances vis-à-vis d’un sujet que les historiens peuvent encore juger polémique. Deuxièmement, son emploi des points de vue historiques est fort pertinent. Utilisant les dernières recherches menées en Allemagne ou aux États-Unis, il place son objet dans une perspective qui allie très harmonieusement théorie et pratique, d’ailleurs de l’échelon politique au niveau tactique en passant par la technique. Troisièmement, les leçons qu’il dégage sont essentielles, notamment au regard d’un art opératif sans doute trop peu étudié en France et où l’art militaire soviétique a beaucoup à nous apprendre. Bien écrit et se lisant (presque) comme un roman, ce travail aussi impressionnant que remarquable est la première bonne surprise de l’année. Pourtant son auteur, qui a également produit dans la même collection deux autres ouvrages sur Koursk et Stalingrad, est presque inconnu. Le livre s’accompagne également d’une bibliographie commentée courte mais utile. Excellent.

J.-J. M.

La résilience dans l’antiterrorisme. Le dernier bouclier

Joseph Henrotin

Coll. « Défis du 3e millénaire », L’Esprit du Livre, Sceaux, 2010, 120 p.

Chercheur et rédacteur en chef de DSI, Joseph Henrotin a également été l’un des premiers auteurs francophones à travailler sur un concept de résilience entre-temps intégré au dernier Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale. Pour autant, le concept reste peu théorisé en stratégie et cet ouvrage constitue le premier du genre en français. L’auteur définit deux grandes catégories de résilience : virtuelle (qui découle des liens sociaux de toute organisation) et construite (lorsque la résilience est favorisée par une série de mesures). Analysant les cas français et belges, il examine une série de questions (le rôle des médias, celui de l’enseignement ou encore la « culture de la peur ») mais aussi de défis qui attendent la France comme la Belgique. Court et incisif, l’ouvrage s’articule autour de quatre chapitres bien écrits et didactiques, tout en dressant la cartographie d’une problématique que le dernier Livre blanc n’a pas, selon lui, permis de traiter en profondeur. Indispensable pour comprendre un concept dont toutes les potentialités n’ont pas été exploitées.

L. M.

DSI Hors Série, no 9


Tsahal. L’armée israélienne aujourd’hui

Paris, décembre 2009-janvier 2010, 100 p.

Fruit de nombreux entretiens, ce hors-série de DSI se focalise sur une armée étrangère, en l’occurrence Tsahal, et examine un certain nombre de questions l’entourant. Après un examen de ses élémentaires (histoire, géographie, rapport à l’éthique, évolution sociologique avec Pierre Razoux), la publication aborde également l’environnement stratégique d’Israël, les menaces auxquelles il fait face – François Géré revient ainsi sur la menace nucléaire iranienne – et la diplomatie de défense de l’État hébreu. La question des forces est traitée dans une troisième partie – entraînant avec elle les thématiques de l’évolution de la dissuasion nucléaire, de la marine, de la force aérienne ou encore des forces spéciales. D’autres articles reviennent sur les armements, principalement terrestres. Dans une dernière partie, les opérations militaires de même que les concepts les sous-tendant font l’objet d’un examen attentif. Michel Goya évoque ainsi, par exemple, les opérations de 2006, tandis que Marc Hecker et Thomas Rid analysent l’évolution de la stratégie de communication de Tsahal.

L. M.