Tactique

Combattre en ville – introduction

Introduction du Histoire & Stratégie n°11 – Combattre en ville. Les fondamentaux de la guerre en zone urbaine

Traditionnellement, les armées font « campagne », livrant leurs combats sur des « champs » de bataille et, de fait, le combat urbain a été négligé par les armées occidentales jusqu’à une période assez récente. L’environnement complexe des zones bâties, susceptible de piéger les forces s’y aventurant, a fait de la ville un endroit considéré comme devant être évité par des armées qui se sont traditionnellement structurées pour un combat en zone ouverte.

C’est pourtant une vérité universelle de l’histoire militaire, on choisit rarement l’endroit où l’on se bat, l’adversaire cherchant à bénéficier de l’avantage défensif que lui confère la connaissance du terrain. La donne, pourtant, a changé. L’urbanisation du monde est une réalité appelée à se renforcer : plus de 50 % de la population mondiale vit maintenant en ville, les projections de l’ONU montrant que ce chiffre atteindrait les 60 % en 2030. À ce moment, un milliard de personnes pourraient vivre dans des bidonvilles. Déjà aujourd’hui, nombre de batailles récentes portent le nom de villes : Falloujah, Sarajevo, Grozny, Mogadiscio, Bassorah ou encore Vukovar. À l’avenir, cette tendance devrait se renforcer et le dernier rapport Horizons stratégiques de la Délégation aux affaires stratégiques d’indiquer que « les espaces urbains, centres de pouvoir et lieux symboliques, devraient, compte tenu de l’urbanisation croissante, rester des zones privilégiées d’affrontement. Avec le développement des mégapoles et le rôle croissant des villes-États, les zones urbaines pourraient constituer bien plus qu’un simple espace d’engagement tactique ou opératif et devenir un espace stratégique à part entière caractérisé par des modes et des tactiques d’affrontement asymétrique spécifiques (1) ». La suite >

Le feu contre l’homme : l’impasse de la destruction comme idéal de guerre

Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, animateur du blog La plume et le sabre et rédacteur en chef adjoint de Histoire & Stratégie

Pendant dix longues heures en ce 21 février 1916, l’artillerie allemande tire plus d’un million d’obus sur les positions françaises au nord de Verdun dans la plus longue et la plus massive préparation d’artillerie jamais enregistrée jusqu’alors. Lorsque les premières vagues d’assaut allemandes s’élancent, elles n’imaginent pas que les français puissent leur opposer une quelconque résistance. Pourtant, dans le Bois des Caures, deux bataillons de chasseurs à pied opposent à l’élite de la Reichswehr une résistance acharnée, et retardent de deux jours la percée allemande. En dépit des pertes et de la violence des bombardements, les troupes françaises s’accrochent partout au terrain, et immobilisent la percée allemande. La bataille de Verdun, envisagée comme une percée, devient par la force des choses une bataille d’attrition, la plus longue de la guerre. Elle fera près de 300 000 morts dans les deux camps.

Alors que, en ce 20 novembre 1943, les premiers Marines embarquent dans les chalands qui doivent les amener à terre sur Bétio, l’île principale du minuscule atoll de Tarawa dans le Pacifique central, ils pensent ne trouver que des cadavres. Comment quiconque aurait-il pu survivre aux bombardements, aériens et navals, qui matraquent l’atoll depuis plusieurs semaines ? Qui aurait pu résister à la puissance de feu de la flotte d’invasion la plus puissante jamais réunie à ce moment ? Pourtant, à peine auront-elles touché terre que les premières vagues d’assaut seront clouées sur place par le feu de Japonais bien vivants, et ayant résisté aux tonnes de munitions déversées sur eux. Il faudra trois jours de combat acharnés, et plus de mille tués, aux vingt-mille Marines de la 2d Marine Division pour conquérir une île d’à peine trois kilomètres de long sur moins d’un de large défendue par à peine trois mille soldats. La suite >

Les Etats frace aux cybermenaces – rapport du SDA

Le Security and Defence Agenda vient de publier un rapport sur la cybersécurité et le degré de préparation des Etats aux cybermenaces, en partenariat avec McAfee. Le rapport intégral, en anglais, peut être librement accessible ici. Un résumé, qui comprend également la carte de notation des pays et rédigé en français est disponible ici.

La 33F est (re)créée, le NH90 Caïman est officiellement opérationnel

Voici in extenso, l’article que DSI a consacré à l’appareil, publié dans le dernier hors-série n° 20 (octobre-novembre 2011)

Expérimentations du treuillage, ici avec un SNA de la classe Rubis ((c) CEPA/10S)

 

NH90 Caïman – Une première flottille dans trois mois

Par Véronique Sartini

Le NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), version « navale » (1) de l’hélicoptère multirôle prévu pour remplacer les Super Frelon puis les Lynx, est aujourd’hui en expérimentation au CEPA (Centre d’Expérimentations Pratiques de l’Aéronavale) (2) de Hyères qui dispose, pour l’instant, de quatre machines baptisées Caïman. Depuis la première livraison – en mai 2010 – par l’industrie à la Marine nationale, les hommes du CEPA avaient, fin août, déjà volé 550 heures pour expérimenter la machine. Une évaluation longue et minutieuse, par paliers, qui doit permettre à terme de fournir à la Marine les premières lignes de conduite de l’appareil dans chacune des missions qui lui sont dévolues. La première et la principale pour ces hélicoptères impressionnants : la lutte aéromaritime au-­dessus et au-­dessous de la surface. Les expérimentations démarrent tout juste. En revanche, 80 % des expérimentations sont désormais effectuées sur ses missions secondaires de sécurité maritime et de sauvetage en mer (mission SECMAR) ainsi que pour les missions de contre-­terrorisme maritime. Une première flottille – sur les deux prévues – doit voir le jour en Bretagne (à Lanvéoc-­Poulmic) dès la fin de l’année 2011. La suite >

Déclin de la puissance aérienne : faut-il croire Martin Van Creveld ? (extraits)

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’historien militaire israélien Martin Van Creveld vient récemment de publier The Age of Airpower , un ouvrage de 500 pages dans lequel il revient sur l’histoire de la puissance aérienne, affirmant que l’aviation militaire est, littéralement, finie. Son inefficacité à gagner seule les guerres, son peu d’utilité dans les guerres irrégulières ou encore son coût seraient tels qu’elle serait condamnée. Appuyant son propos au travers de plusieurs articles et interview , les propos de l’auteur doit toutefois être remis dans leur contexte et méritent d’être à la fois nuancés et remis en perspective. La suite >

Le facteur culturel dans la réflexion sur la guerre : source de victoires ou de défaites à travers l’histoire

Par le chef d’escadron Frédéric Jordan, 18ème promotion de l’Ecole de guerre

Pour Lénine, les guerres sont le reflet des peuples qui les mènent. Dans ce contexte, chacun s’accorde à dire aujourd’hui que les solutions aux conflits asymétriques se trouvent donc dans la capacité à dépasser un mode de pensée militaire occidental. Ce dernier admet en effet que la victoire ou la bataille décisive tient lieu de fin en soi, la supériorité technique et les principes séculaires étant les garants du succès. Pourtant, l’histoire et l’analyse de nombreux auteurs semblent démontrer que la compréhension ou l’influence des facteurs culturels conditionnent souvent le succès et l’échec à l’échelon tactique comme au niveau opératif voire stratégique. Dans ce cadre, afin de mettre en perspective les opérations contemporaines, il paraît intéressant d’étudier tout d’abord l’influence des sociétés dans l’action du soldat, puis d’étudier comment la prise en compte, par le chef militaire, d’une culture étrangère est déterminante pour la planification d’une opération et, in fine, sur la réussite de sa mission. La suite >

« Commander »

Entretien avec Olivier Kempf, auteur de Le casque et la plume. Lettres de commandement.

La question est large mais peut-on résumer ce qu’est « commander » ?

C’est effectivement une question large…. ! Et comme toutes les questions simples et pertinentes, elle nécessite une réponse circonstanciée. Sans regarder dans le dictionnaire, je dirais que commander peut être défini comme l’action d’un chef qui conçoit des ordres, qui les attribue (ou les donne) à des subordonnés et qui en contrôle l’exécution pour les amender, si nécessaire. C’est donc quelque chose d’un peu plus large que le simple « command and control » américain.

J’insisterai sur la notion de chef (le commandement est une affaire humaine), qui suppose que le commandement s’intègre dans une hiérarchie et donc une organisation, même si les formes peuvent en être très variables et souples (pensez au chef de bande).

Il faut également insister sur le rôle de la conception : si le chef est dans « l’action », son rôle consiste en permanence à l’analyser. Ce va-et-vient permanent entre l’action et la réflexion constitue toute la difficulté du « réflagir », comme disait un de mes anciens. Cela justifie d’ailleurs le contrôle, qui mesure la distance entre la conception et la réalité : cette distance pouvant être le fait soit de l’exécution maladroite, soit d’une erreur de conception, plus ou moins profonde. C’est d’autant plus vrai que le groupe qui reçoit les ordres est nombreux. La suite >

Guerre littorale : la vision suédoise

Un petit documentaire publié par le ministère de la défense suadois montrant la complexité de l’architecture de défense littorale retenue par Stockholm.

Le « Frappeur » – Entretien avec René Loire

Alors que le salon Euronaval se tiendra dans maintenant moins d’un mois et que notre équipe peaufine un Hors-Série qui sera consacré à la guerre navale de surface, nous vous invitons à relire cette interview de René Loire, concepteur français du « Frappeur » – un type de bâtiment « missileur » aussi particulier qu’attrayant, l’US Navy ayant conceptualisé en son temps l’Arsenal Ship sur cette base. L’interview est parue dans DSI-Technologies n°16, mars-avril 2009.

La conception du « Frappeur » est très simple : semi-submersible et bénéficiant de ce fait d’une réduction de sa signature radar, il ne dispose que d’un radar de navigation et nécessite peu de personnel pour sa conduite. Sa puissance de feu potentielle est, en revanche, phénoménale. Comment l’idée de concevoir un tel bâtiment vous est-elle venue ?

Elle m’est venue tout d’abord à la lecture d’un article « historique » du vice-amiral Joseph Metcalf, ancien chef des opérations navales « surface » de la marine des États-Unis, dans le numéro de janvier 1988 de US Naval Institute Proccedings, intitulé « A Revolution at Sea ». Il y exposait sa « vision » d’un navire de combat contrôlé-piloté par le moyen des réseaux. Ayant reçu un avant-projet dans lequel j’essayais d’illustrer son concept, Metcalf m’invita à venir le voir et m’introduisit au Pentagone. J’y livrai deux campagnes de « planches » en 1995 et 2001. Elles furent bien accueillies mais le Striker, dans sa version américaine Arsenal Ship, objet d’un appel d’offres conjoint entre la Navy et la DARPA, rencontra l’opposition des aviateurs, partisans du seul porte-avions et des « lobbies » de l’Industrie aéronautique au Congrès. Cette opposition persiste aujourd’hui mais devrait être surmontée pour des raisons économiques et de bon sens. La suite >

Fuller et le darwinisme militaire. « Evolve or die »

Par Olivier Entraygues, chef de bataillon

« C’est le privilège de l’être humain parvenu à la maturité de ses facultés d’interpréter à sa guise les données de son expérience personnelle et de les utiliser comme il l’entend. »
John Stuart Mill

Le soir des obsèques du général de Gaulle, le Président Georges Pompidou déclarait au Président Richard Nixon : « Les sociétés qui ne se défendent pas ne survivent pas. Et d’ailleurs, elles ne méritent pas de survivre ». Ces propos du chef d’État français, chef des armées, à son homologue américain, recentre la problématique de la conduite de la guerre dans sa dimension socio-biologique. Ils nous renvoient sans détour au cœur des écrits du naturaliste britannique Charles Darwin et de ses théories sur la survivance des plus aptes. Mais quel lien peut-il alors exister entre les notions d’évolution et celles de la conduite de la guerre – un homme, un officier, un écrivain prolixe, un penseur militaire non-conformiste : le major-général John-Frederick-Charles Fuller. Cet article a pour but de montrer comment l’originalité et le prolongement de la pensée du Major-General J.-F.-C. Fuller illustrent un véritable modèle d’évolutionnisme militaire. La suite >