Défense et Sécurité Internationale
Entretiens
Terminator – l’arme du futur ?
4/02/13
Joseph Henrotin était l’invité de Culturesmonde, sur France Culture, le 31 janvier, afin d’analyser les évolutions possibles dans le champ de l’armement. L’émission peut être réécoutée ici.
La technologie militaire en question : quelle Transformation pour les forces ?
17/09/12
Entretien avec Joseph Henrotin, auteur de La technologie militaire en question. Entretien paru dans DSI-Technologies n°15, janvier-février 2009
Votre ouvrage décrit les travers de la Transformation « à l’américaine » et pose l’hypothèse de la « technologisation ». Qu’entendez-vous par là et quelles en sont les ramifications concrètes ?
Pour bien comprendre ce qu’est la technologisation, il faut d’abord y opposer la technicisation, soit l’injection de technologies dans les armées. C’est un processus pluri-millénaire et universel : pour combattre, il faut toucher son adversaire, ce qui signifie allier des technologies et des tactiques. Il n’y a rien d’anormal à ce que l’on recherche les outils les plus efficaces. Par contre, dans certaines conditions, cette technicisation mute et tend vers le phénomène de technologisation. La technologie devient alors une idéologie et tend à surdéterminer les comportements militaires – du niveau tactique jusqu’au stratégique – comme politiques. Le « meilleur » belligérant serait celui qui disposerait des « meilleures » technologies, perçues comme les plus avancées. L’efficacité technologique serait alors devenue synonyme d’efficacité stratégique. Rien, évidemment, n’est plus faux : une technologie, d’emblée, ne vaut que par l’usage que l’on en fait : en 1999, c’est un SA-3 dont la conception remonte au début des années 1960 qui abat un F-117 vue comme un fleuron technologique.
Concrètement, la technologisation produit des effets multiples : une focalisation sur la tactique – où effectivement, la qualité des équipements peut jouer un grand rôle – ; corrélativement un détournement des facteurs politiques et stratégiques ; le désapprentissage de réflexes élémentaires (le coup du tankiste US qui, ses optiques détruites, n’a plus le réflexe de prendre ses jumelles) ; la focalisation sur les « effets cinétiques », alors que la relation « frappe-victoire » n’est pas systématique ; une focalisation sur « le renseignement » au détriment de l’information ; la croyance – parfois au sens religieux – en des guerres courtes durant lesquelles il serait possible d’imposer à l’adversaire sa conduite et, finalement, une trop grande confiance en soi alliée à une sous-estimation de l’adversaire. Iraqi Freedom en constitue un exemple typique : Rumsfeld était tellement imprégné par une conception de la supériorité technologique américaine qu’il a systématiquement écarté les critiques portant sur l’insuffisance du dispositif de forces. Il faut se rappeler, par exemple, qu’avant les présidentielles de 2000, Rumsfeld envisageait de remplacer les porte-avions américains… par des lasers spatiaux de frappe terrestre. En quelque sorte, D. Rumsfeld est l’incarnation politique de l’école la plus technophile de la révolution dans les affaires militaires. La suite >
Quel art de la guerre navale ? Entretien avec Milan Vego
13/09/12
Milan Vego est Professeur d’opérations au JMO Department, US Naval War College (1). Il a publié Operational Warfare At Sea: Theory and Practice (Taylor & Francis, Routledge Publishing Group, Londres, février 2009). Entretien paru dans DSI Hors-Série, n°14, octobre-novembre 2010.
S’il y a une tactique, une stratégie et une politique navales, vous avez été prompt à souligner l’utilité du niveau opératif à la mer dans vos ouvrages et vos articles. Vous le faites en soulignant le cas de la campagne du Pacifique. Mais y a-t’il d’autres exemples récents de l’utilité de ce niveau opératif ?
Il y a une différence significative entre les niveaux de la guerre (tactique, opératif et de théâtre et stratégique national/d’alliance/de coalition) et l’art opératif. Les niveaux de la guerre existent seulement durant le combat, pas en temps de paix. Ils se rapportent aussi à la pratique de la guerre. Chaque niveau est lié à un objectif militaire spécifique qui doit être atteint. Le niveau opératif de la guerre existerait pour atteindre un seul objectif militaire – ou de théâtre –stratégique. La principale méthode pour atteindre un tel objectif est la campagne terrestre ou maritime (il n’y a pas de campagne aérienne). Par exemple, les niveaux opératifs de la guerre dans le Pacifique en 1942-1945 étaient dans le nord, le centre et le sud du Pacifique, respectivement. Il y avait aussi un niveau opératif de la guerre dans plusieurs autres théâtres de la Seconde Guerre mondiale (par exemple l’Atlantique nord et la Méditerranée). En comparaison, l’art opératif ou le combat opératif est une composante de l’art militaire ; c’est un champ intermédiaire à la fois de l’étude et de la pratique et qui concerne la planification, la préparation et l’exécution des opérations majeures et des campagnes pour accomplir un objectif de niveau opératif ou stratégique. Les principes de l’art opératif sont appliqués aux différents niveaux de la guerre, de l’opératif-tactique au stratégique. La suite >
Swarming et netwar – le point de vue de John Arquila et David Ronfeldt
20/07/12
John Arquilla est docteur en relations internationales, professeur au département d’analyse de défense de la Naval Postgraduate School de Monterey (États-Unis) et senior consultant à la RAND Corporation. David Ronfeldt est docteur en sciences politiques et senior social scientist à la RAND Corporation.
Interview parue dans DSI n°13, mars 2006 – aucune reproduction sans autorisation de la rédaction.
Vous avez publié des travaux qui ont profondément marqué les débats stratégiques américains et internationaux portant sur la Révolution dans les Affaires Militaires (RAM). Certains commentateurs et analystes indiquent que votre pensée sur la guerre de l’information est trop « technologiquement centrée » ou « RAM-centrée ». Êtes-vous d’accord ?
David Ronfeldt : Cette critique n’a aucun sens pour nous. Celui qui dit cela n’a jamais vraiment lu nos écrits. Ils peuvent les confondre avec des travaux concurrents mais différents, écrits par d’autres stratégistes sur la guerre réseaucentrée, un concept qui est technologiquement centré, spécialement dans la promotion de l’automatisation des systèmes d’armes. Notre travail se focalise sur l’organisation sociale, pas sur la « technologie dure ». Il est basé sur l’intuition que la révolution de l’information favorise l’émergence de formes réticulées d’organisation et rend la vie des hiérarchies difficile. Nous voulons que les stratégistes comprennent mieux que les formes de réseaux – en chaînes, en étoiles, en moyeux, les réseaux distribués, etc. – sont de plus en plus effectives et efficaces. De petits groupes et des individus dispersés sont maintenant capables de se lier, se coordonner et agir conjointement comme jamais auparavant, pour le meilleur et pour le pire.
Si différents types de réseaux émergent, c’est aussi le cas des stratégies de swarming. Le swarming (attaques en essaim) est apparemment amorphe mais c’est une façon, attentivement structurée et coordonnée, de frapper de toutes les directions au moyen de pulsions durables de force et/ou de feux, depuis des positions rapprochées et éloignées. Il fonctionne mieux lorsqu’il est conçu autour du déploiement d’une myriade de petites unités de manœuvre, dispersées et réticulées. Le but est de les faire monter en puissance rapidement et discrètement, d’attaquer un objectif puis de les dissoudre et de les re-disperser, pour qu’elles soient immédiatement prêtes à se recombiner pour une nouvelle pulsion. La suite >
Comment empêcher un nouvel embrasement de l’Afghanistan ?
20/12/11
Benoist Bihan était l’invité de France Culture avec Georges Lefeuvre et Pierre Micheletti le 13 décembre dernier. A réécouter ici.
UAVs in Russia – Interview of Denis Fedutinov
20/12/11
Denis Fedutinov was graduated from the Moscow Stankin National Technological University in 2000 and then worked for the National Scientific Research Institute for Aviation Systems. Since 2003, he his editor of the specialized webportal uav.ru on unmanned aviation and is the author of several articles on the development of modern technologies. He his here interviewed by Bertrand Slaski, senior consultant, CEIS
Bertrand Slaski (BS) : Is Russian defense industry truly behind the West regarding unmanned aerial systems (UAS)?
Denis Fedutinov (DF) : Russian experts repeatedly claim that the Russian UAV systems developers are fundamentally lagging behind with the development capabilities of the industry leaders such as Israel and USA. To some extent, it is true. However, the comparison is to be contrasted with the late departure of the Russian industry in the UAV systems and the industrial hardship they are coming out right now.
The Russian companies offer categories of mini-UAV and tactical UAV systems. Russian mini-UAVs are quite competitive in the global market. One of the best examples is the Eleron, made by Enics Kazan based company. This system received excellent marks from the Russian Army during trials in 2010. Another very interesting system is the Inspector-402, made by Aerocon company from Zhukovsky, Moscow region. This UAV uses hydrogen fuel cell as power source, which allows it to conduct flights up to 10 hours. La suite >
Robotique de combat : interview de Noël Sharkey
25/11/11
Intelligence artificielle et éthique
Entretien avec Noël Sharkey, professeur d’intelligence artificielle à l’Université de Sheffield, paru dans DSI n°57, mars 2010. Retrouvez également une autre interview, plus longue, dans le DSI Hors-Série Robotique militaire (n°10, février-mars 2010)
Nos armées, et notre opinion publique, sont-elles prêtes, d’un point de vue éthique, à voir des warbots (robots de guerre) en action ? Peut-on imaginer, et j’aurais dû commencer par cela, voir un robot apprendre des leçons d’éthique… et qu’il les applique sur le terrain ?
Le principal problème d’éthique vient du fait qu’aucun robot autonome ou système d’intelligence artificielle ne dispose de capteurs capables de différencier les combattants des innocents. Si on leur permettait de décider qui tuer, cela signifierait passer outre les préceptes éthiques fondamentaux d’une guerre juste dans le cadre d’un jus in bello, ainsi que le consacrent les conventions de Genève et de La Haye ou les différents protocoles élaborés pour protéger les innocents : seuls les soldats/guerriers combattants sont une cible d’attaque légitime. Tous les autres, y compris les enfants, les civils, les fonctionnaires et les retraités, devraient être à l’abri des attaques. En fait, les lois de protection s’appliquent même aux soldats blessés, à ceux qui se sont rendus ou qui sont malades mentaux. La suite >
« Commander »
3/01/11
Entretien avec Olivier Kempf, auteur de Le casque et la plume. Lettres de commandement.
La question est large mais peut-on résumer ce qu’est « commander » ?
C’est effectivement une question large…. ! Et comme toutes les questions simples et pertinentes, elle nécessite une réponse circonstanciée. Sans regarder dans le dictionnaire, je dirais que commander peut être défini comme l’action d’un chef qui conçoit des ordres, qui les attribue (ou les donne) à des subordonnés et qui en contrôle l’exécution pour les amender, si nécessaire. C’est donc quelque chose d’un peu plus large que le simple « command and control » américain.
J’insisterai sur la notion de chef (le commandement est une affaire humaine), qui suppose que le commandement s’intègre dans une hiérarchie et donc une organisation, même si les formes peuvent en être très variables et souples (pensez au chef de bande).
Il faut également insister sur le rôle de la conception : si le chef est dans « l’action », son rôle consiste en permanence à l’analyser. Ce va-et-vient permanent entre l’action et la réflexion constitue toute la difficulté du « réflagir », comme disait un de mes anciens. Cela justifie d’ailleurs le contrôle, qui mesure la distance entre la conception et la réalité : cette distance pouvant être le fait soit de l’exécution maladroite, soit d’une erreur de conception, plus ou moins profonde. C’est d’autant plus vrai que le groupe qui reçoit les ordres est nombreux. La suite >
Robotique et adversaires irréguliers : du bricolage à la bataille des narrations
21/12/10
Entretien avec Peter W. SINGER, Senior fellow à la Brookings Institution (Washington), auteur de Wired for War. The Robotics Revolution and the 21st Century Warfare.
Durant la guerre de 2006, le Hezbollah a utilisé quelques drones équipés de systèmes de contrôle LOS. L’armée israélienne en a détruit au moins un, tandis que d’autres ne l’ont pas été. Pourrions-nous, à court terme, avoir à faire face à des insurgés ou à des terroristes employant des systèmes robotisés ? Pensez-vous qu’ils puissent eux-mêmes construire ces systèmes, sans le soutien des États ?
Peter W. Singer : L’été dernier, lors d’une conférence de défense nationale, Jim Tuttle, directeur de la division science et technologie du Département de la Sécurité intérieure, a minimisé l’idée que quiconque puisse jamais avoir recours à une telle technologie contre les États-Unis. « Quel terroriste pourrait avoir un Predator ? » De telles affirmations pourraient nous conduire droit dans le mur. Des insurgés en Irak ont déjà réussi à intercepter des contenus vidéo de certains de nos drones à l’aide de logiciels à 30 dollars achetés sur Internet (nous connaissions le risque sécuritaire depuis des années, mais nous avons présumé avec arrogance que personne au Moyen-Orient ne serait capable d’y arriver). Par ailleurs, le dernier kamikaze en Afghanistan a visé une équipe de renseignement de la CIA, pensant que l’agence projetait des attaques de drones.
Mais nos adversaires n’apprennent pas seulement à adapter notre technologie. Ils explorent également comment l’utiliser par eux-mêmes. Quarante-trois autres nations construisent, achètent et utilisent de la robotique militaire aujourd’hui, allant de la Chine, qui a révélé récemment sa version du Predator et des prototypes d’un chasseur robotisé, jusqu’à des États plus faibles tels que la Biélorussie et le Pakistan. Cela soulève d’immenses questions de concurrence nationale. Et plus encore, à l’instar des logiciels, la guerre devient « open source ». À la différence des avions de transport, des bombes atomiques et des avions de chasse, la robotique ne requiert pas une énorme infrastructure pour être construite et utilisée. On peut monter les éléments à partir de pièces sur étagère ou même avec une technologie de bricolage. Quelqu’un a construit une version du drone américain Raven pour à peine 1 000 dollars. Cela signifie que des acteurs non étatiques peuvent également les utiliser. Le Hezbollah a fait voler quatre drones au cours de son récent conflit contre Israël, alors qu’un insurgé en Irak a construit son propre EEI robotisé, un skateboard télécommandé chargé d’explosifs. Même des groupes qui affirment travailler avec nous, mais qui pourraient un jour présenter un danger, sont en train de passer à l’acte. Une milice privée le long de la frontière américano-mexicaine réalise des vols de surveillance avec ses propres systèmes non pilotés qui leur ont coûté 25 000 dollars. La suite >
Le « Frappeur » – Entretien avec René Loire
24/09/10
Alors que le salon Euronaval se tiendra dans maintenant moins d’un mois et que notre équipe peaufine un Hors-Série qui sera consacré à la guerre navale de surface, nous vous invitons à relire cette interview de René Loire, concepteur français du « Frappeur » – un type de bâtiment « missileur » aussi particulier qu’attrayant, l’US Navy ayant conceptualisé en son temps l’Arsenal Ship sur cette base. L’interview est parue dans DSI-Technologies n°16, mars-avril 2009.
La conception du « Frappeur » est très simple : semi-submersible et bénéficiant de ce fait d’une réduction de sa signature radar, il ne dispose que d’un radar de navigation et nécessite peu de personnel pour sa conduite. Sa puissance de feu potentielle est, en revanche, phénoménale. Comment l’idée de concevoir un tel bâtiment vous est-elle venue ?
Elle m’est venue tout d’abord à la lecture d’un article « historique » du vice-amiral Joseph Metcalf, ancien chef des opérations navales « surface » de la marine des États-Unis, dans le numéro de janvier 1988 de US Naval Institute Proccedings, intitulé « A Revolution at Sea ». Il y exposait sa « vision » d’un navire de combat contrôlé-piloté par le moyen des réseaux. Ayant reçu un avant-projet dans lequel j’essayais d’illustrer son concept, Metcalf m’invita à venir le voir et m’introduisit au Pentagone. J’y livrai deux campagnes de « planches » en 1995 et 2001. Elles furent bien accueillies mais le Striker, dans sa version américaine Arsenal Ship, objet d’un appel d’offres conjoint entre la Navy et la DARPA, rencontra l’opposition des aviateurs, partisans du seul porte-avions et des « lobbies » de l’Industrie aéronautique au Congrès. Cette opposition persiste aujourd’hui mais devrait être surmontée pour des raisons économiques et de bon sens. La suite >











