Types

Drones 101. Pourquoi la France n’est pas prête de renouveler ses MALE

Dans la foulée des récentes déclarations portant sur l’acquisition de drones MQ-9 Reaper, il nous a paru intéressant de revenir sur cet article, publié en octobre 2012, avant donc la parution du Livre blanc et alors qu’était évoqué le projet de fusion EADS/BAE System.

Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. Article paru dans DSI, n°85, octobre 2012 (pp. 90-95), aucune reproduction sans l’autorisation préalable de la rédaction.

C’est malheureusement banal de l’écrire, le dossier du renouvellement des drones MALE a pris un retard phénoménal et l’actualité récente (évocation d’une fusion entre BAE et EADS, collaboration sur les MALE entre l’Allemagne et la France, questionnements autour du Telemos franco-britannique) va dans le sens d’une redistribution industrielle des cartes qui pourrait ne pas permettre une réflexion posée. Tout cela laisse peu de place à la réflexion militaire autour de ces appareils. Mais comment conçoit-on un MALE ?

Les trois vecteurs militaires

La valeur de toute force militaire et des équipements dont elle est dotée se mesure à l’aune des effets politiques qu’ils sont en mesure de produire. Pour les drones, MALE comme HALE[i], ceux-ci sont fondamentalement de deux grandes catégories d’ordres. Le premier est évidemment l’ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) en ayant à disposition des plateformes dotées de capteurs dont l’avantage comparatif réside dans la persistance au détriment de la fugacité, qui est le propre des appareils de reconnaissance. En orbitant sur une zone donnée, un drone autorise une surveillance constante des points qui lui sont assignés.  Stratégiquement parlant, le drone apparaît comme utile : parce que les dispositifs militaires se contractent, le drone troque de la présence humaine sur zone contre une présence technologique. Cette dernière est trompeuse dès lors que le système n’est pas autonome. Il n’élimine nullement le recours à l’homme, dès lors que 24 heures de vol d’un MQ-9, par exemple, requièrent 66 analystes du renseignement, en plus de l’équipage et des maintenanciers de l’appareil, même s’ils restent au sol. In fine, le drone est donc un facteur d’anticipation augurant d’une action militaire pouvant jouer avec le temps. La suite >

Naissance de Kership

Piriou et DCNS ont créé Kership, une société commune visant à constituer à terme un leader mondial des navires destinés à l’action de l’Etat en mer. La co-entreprise est déjà opérationnelle et est active le domaine des navires aux standards civils destinés à l’action de l’Etat en mer. Ce projet s’inscrit dans les stratégies de croissance respectives des deux entreprises en élargissant leurs marchés accessibles.

Détenue par Piriou et DCNS à respectivement 55% et 45%, Kership est une société anonyme par actions simplifiées à Conseil de surveillance avec parité de représentation des deux partenaires. La société est dirigée par Patrick de Leffe, jusqu’à présent Directeur de l’Audit et des Risques de DCNS et qui avait notamment été de 1999 à 2008 directeur de l’ingénierie de ce groupe. Le siège social est basé à Concarneau (29). La suite >

La Chine a-t-elle lancé un super-ASAT ?

La presse américaine indique aujourd’hui que la Chine a procédé au test d’un missile anti-satellite Dong-Neng-2, capable de frapper sur les orbites de satellites moyennes et géostationnaires. Concrètement, si les faits se vérifient, cela signifierait que Pékin serait en mesure de frapper les réseaux de navigation par satellite mais aussi les satellites de communication et de détection de lancement de missiles balistiques. La Chine a quant à elle indiqué qu’il s’agissait du tir d’une fusée-sonde à très haute altitude.

Voici ce que nous avions publié dans DSI n°86 (novembre 2012) : « Selon les analystes américains, la Chine serait sur le point de tester un nouveau type de missile antisatellite, le Dong Neng 2. A les suivre, l’engin serait une menace majeure pour les forces occidentales dès lors qu’il serait expressément conçu pour mener des frappes par collision directe sur des orbites géosynchrones, à environ 36 000 km de distance de la terre, soit l’altitude à laquelle opèrent les satellites de communication. Jusque là, les essais antisatellites menés, américains, russes ou chinois, visaient des satellites opérant sur des orbites basses ». La suite >

Echec du 6ème tir de M51, au mauvais moment politique

L’affaire est aussi peu courante qu’embarrassante : le tir d’un missile balistique stratégique M51, lancé de sous-marin le 5 mai au large du Finistère, a abouti à un échec, le missile s’étant détruit en vol pour une raison inconnue. Engin de dernière génération d’une portée de 8 000 km et pouvant embarquer jusque six têtes nucléaires, le M51 avait été tiré à cinq reprises avant ce vol, l’essai du 5 mai devant permettre de valider la conversion du SNLE Le Vigilant au missile.

C’est, par ailleurs, la première fois depuis 1996 qu’un essai de missile balistique est raté. Or, ce ratage tombe à un mauvais moment : le Livre blanc tout juste paru montre une réduction capacitaire et si elle ne touche pas le nucléaire, il est difficile de ne pas faire le rapprochement. La suite >

150 ans de Camerone

(c) VS/Areion

La main du capitaine Danjou était portée par le général d’armée (2S) Michel Guignon, accompagné de l’adjudant (er) Berthold Vossler et du caporal-chef Sully Laplagne du 2e REI. (c) VS/Areion

Foule à Aubagne aujourd’hui, pour commémorer le 150e anniversaire de la bataille de Camerone. En présence de Jean-Yves Le Drian, du général Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre et, exceptionnellement, des 11 groupements et détachements de la Légion, avec à leur tête les chefs de corps accompagnés des gardes aux drapeaux.

Inauguration également du nouveau musée de la Légion, agrandi, dont les portes n’ouvriront au public qu’au mois de juin.

LBDSN 2013. La France, première force européenne ? Plus maintenant.

Depuis la SDSR britannique, la France se trouvait de facto en position de leader militaire européen : elle avait plus de frégates, de brigades et d’appareils de combat que la Grande-Bretagne, qui la « battait » seulement sur quelques points (SNA, tonnage des bâtiments amphibies, drones, capacités GMTI).

Or, au regard des décisions publiées hier, on constate un nouveau retournement de situation. Certes, comparaison n’est pas raison : les lecteurs de DSI sont bien placés pour savoir que les armées sont très loin d’être les listes de matériels publiées par l’IISS ou Brassey’s. Reste que sur l’échiquier militaire européen, la France a perdu son rang, il est vrai acquis par défaut et non par volonté : La suite >

LBDSN 2013. Quelles menaces ?

Le spectre des menaces potentielles reconnu par le LBDSN est large. S’il est question de menaces irrégulières, il est également question de la résurgence de conflits interétatiques avec des engagements de haute intensité nécessitant de conserver une « supériorité technologique« .

La question de la prolifération nucléaire est considérée comme primordiale mais n’est citée que trois fois dans le document. Au passage, s’il est question de défense antimissiles, c’est soit de théâtre et en mettant en avant la nécessité de disposer d’une capacité de détection, soit dans le cadre de l’OTAN. La menace de la prolifération nucléaire est bien moins citée que le terrorisme, reconnu au passage comme mode d’action.

On notera l’apparition dans le lexique stratégique des « menaces hybrides », uniquement considérées comme devant être le fait d’acteurs non-étatiques et devant s’entrevoir dans des phases de transition. Fréquemment traitées dans DSI elles nécessitent, paradoxalement, une réelle masse de combat pour leur traitement, en plus de modes de combat voire de structures adaptés. A l’aune de l’histoire, elles sont un mode de combat en soi et non le résultat d’une transition dans l’emploi de la force. La suite >

LBDSN 2013. Format et capacités des armées, ce qui change

La publication du Livre blanc 2013 induit un certain nombre de changements quant aux structures de force telles qu’elles étaient projetées en 2008, à commencer par les effectifs, avec 24 000 pertes de postes supplémentaires. Depuis 2008, 78 000 postes auront donc été perdus – c’est près de deux fois le format de la Marine nationale de 2011 (elle était alors à 40 3853 personnels).

Paradoxalement, on notera l’apparition dans le lexique stratégique des « menaces hybrides », qui nécessitent pourtant une réelle masse de combat pour leur traitement, en plus de modes de combat adaptés (1). La cyberdéfense, y compris par actions offensives, est prise en compte. Plus largement, le rôle du renseignement est conforté, y compris par un meilleur partage des capacités entre les divers organismes, la place du coordonateur (comme de l’Assemblée nationale, en matière de contrôle) sera renforcée.

D’un point de vue budgétaire, de 2014 à 2025, les armées sont sensées recevoir 364 milliards d’euros – ressources exceptionnelles comprises (mais on sait ce qu’il faut en penser…) – dont 179 pour la prochaine LPM, qui couvre la période 2014-2019.

Concrètement, l’armée de Terre va se structurer autour de 7 brigades « interarmes » (- 1) qui se répartissent entre deux brigades aptes au combat de coercition contre des chars lourds, trois brigades multirôles, deux brigades légères. Un total de 66 000 hommes seraient projetables. Elles seront dotées d’« environ » 200 Leclerc (- 54) ; 250 chars médians (- 166) ; 2 700 blindés (actuellement : 3 586 VAB). La composante aérienne est la moins touchée : le format 2013 prévoit 140 machines de reconnaissance et d’attaque (80 Tigre au total ont été commandés – ce qui semble laisser de la place pour le futur X-4) ; 115 machines de transport (64 NH90 ont été commandés, 23 Cougar et 8 Caracal sont disponibles hors-Puma) ; 30 drones tactiques (le Watchkeeper est en test). La suite >

This is (nearly) the end…

La chronique de Carl von C., parue dans DSI n°91, avril 2012

Comment ne pas écouter la complainte des Doors (non, pas les Dôrz, groupe folk-rock breton que je salue au passage) à la lecture des innombrables rapports, articles, posts et autres communiqués de presse qui ne font que constater ce dont votre magazine préféré vous parle depuis au moins quatre ans : on est cuits/crâmés/tchétchénisés/foutus/morts. Alors certes, si certains d’entre vous n’aurez pas échappé à l’infâme « scénario Z » posé tel un ballon (d’essais) sur la pelouse d’un cimetière (militaire) par J. Guisnel, sans doute faut-il aussi considérer sa pertinence.

Quoi me, direz-vous, aurais-je à ce point abusé du schnaps que je considérerais comme pertinent la destruction de 30 régiments et de 15 000 emplois dans l’industrie (ouh…. Ça fait un bon paquet de Floranges, ça !), la mise sous cocon du Charles de Gaulle et l’arrêt des programmes Rafale et Caïman ? Et bien oui, ces craintes sont pertinentes. Bien sûr, pas de tout de suite, pas pour ce Livre blanc, juste pour les suivants. Sacrilège ? La suite >

Et le Darwin Award des études stratégiques 2013 revient à…

Après l’époustouflante prestation de Bernard Henri-Lévy dans Le serment de Tobrouk, il semblait difficile de lui trouver un successeurs pour les Darwin Award des études stratégiques (également appelés DAUBE – Darwin Awards Ubusques de Bêtises en Estratégie). Le Jury, présidé par moi-même, Jane Fonda et Saddam Hussein désespérait lorsqu’il y a 48 heures nous est apparue l’oeuvre que nous n’attendions plus.

Par son incompréhension des principes stratégiques élémentaires ; son ubuesque incapacité à se renseigner a minima sur des fondamentaux qui sont pourtant largement disponibles dans nombre de bibliothèques ; pour le courage qu’il a fallu à l’homme de régresser au stade de l’élève de CM2 regardant pour la première fois « La bataille des Ardennes » sur une de ces chaînes de la TNT qui n’a plus d’argent pour des films de guerre décents ; et pour l’aplomb à clamer à toute la francophonie son ignorance, le Darwin Awards des études stratégiques/DAUBE 2013 revient à… La suite >