Lectures 2005

Des armes contre la chute. Rêveries guerrières


René Loire

2e édition, TRAMCO, Paris, 2005, 208 p.

Le destin de René Loire est fascinant. Ingénieur spécialiste de l’offshore, il décide de répondre à un article de l’amiral Metcalf. Nous sommes en 1988. Il propose, carrément, une petite révolution, en développant le « Frappeur », un bâtiment semi-submersible peu coûteux mais disposant d’une puissance de feu incroyablement importante. Connecté aux réseaux d’informations, le bâtiment est naturellement furtif et sert de plate-forme de projection de feu à un âge de la guerre navale où « l’action vers la terre » ne tardera pas à devenir le leitmotiv des marines les plus avancées. Loire voit juste mais ses visions sont rapidement déformées : le Frappeur deviendra ultimement le DDG-1000, totalement à l’opposé de ce que l’auteur proposait en termes d’efficacité et de coût. En France – où un timbre sera émis par la Poste – il ne rencontrera pas plus d’écho. C’est cette aventure, évidemment en forme de plaidoyer pour son projet, que nous raconte René Loire. Si l’on y trouve de nombreuses informations techniques, l’intérêt de son ouvrage réside surtout dans la vision qu’il a de la guerre navale, de la stratégie en général mais aussi d’une partie des débats navals de ces 15 dernières années. L’auteur, érudit, nous livre un ouvrage facile à lire, qui ne manque pas de faire réfléchir, voire de perturber. Ne propose-t-il pas d’armer ces navires de nouveaux condottieres ? On ne sera sans doute pas d’accord sur tout et certaines digressions feront, certes, le délice des sociologues et des historiens de la technique, mais au risque de nous éloigner du propos principal. Cependant, comment ne pas être séduit par une vision cohérente, simple sans être simpliste, exposée avec tant de verve et qui, pourtant, n’a sans doute jamais trouvé l’attention qu’elle aurait dû recevoir, ne serait-ce que dans les débats stratégiques ? P.L.

Guerres et civilisations

Gérard CHALIAND. Odile Jacob, Paris, 2005, 445 p.

On ne présente plus Gérard Chaliand, auteur prolixe à l’expérience comme au savoir considérable et dont l’un des ouvrages les plus pénétrants a, en l’occurrence, une tonalité plus historique qu’à son habitude. Guerres et civilisations retrace en effet l’émergence des grands empires au travers de leurs conquêtes. Ce faisant, l’auteur revient sur la combinaison de vertu et de chance – la virtu et la fortuna de Machiavel – des grands conquérants mais aussi leur façon de négocier leurs accords ou leur rapport à l’armement. Ce faisant, l’ouvrage est autant un livre d’histoire que de stratégie appliquée. Le propos est clair, précis, sans emphase excessive, chaque chapitre étant en outre illustré d’une carte. Sont ainsi passés en revue les empires assyriens, byzantins, arabe, ming, mandchous, mogols ou encore ottomans la liste n’est pas exhaustive). Ce qui s’en dégage réside, plus encore que la recherche de domination géographique, dans le contrôle du temps agrégé à une maîtrise de la croissance et de la préservation de ses moyens. Les empires se construisent à force de patience, d’audace et de retenue mais peuvent être perdus nettement plus rapidement. Et G. Chaliand d’en terminer par un chapitre portant sur les guérillas et les stratégies indirectes, montrant ainsi les mécanismes de sape des mêmes empires. On comprendra donc que l’ouvrage donne à réfléchir, à une heure où l’adaptation de nos armées aux formes les plus avancées d’asymétrie peut être questionnée, voire peut être considérée comme quantité négligeable par certains analystes. P.L.