Défense et Sécurité Internationale
Livres
La stratégie de l’audace. Quatorze cas concrets
31/05/13
Gilbert Forray, Coll. « Défense », Economica, Paris, 2013, 280 p.
Général ayant commandé en Indochine, en Allemagne et premier commandant de la Force d’Action rapide, G. Forray revient sur un concept d’audace souvent mobilisé et finalement peu explicité : où commence l’audace et où s’arrête la prudence ? Un premier chapitre revient sur le processus décisionnel. S’il ne marquera pas l’historiographie de la praxéologie, il a, à tout le moins, le mérite de la clarté et de la justesse.
Suivent les quatorze cas d’études, présentés de manière méthodique : les ordres donnés aux uns et aux autres, les faits, l’analyse et les leçons. La longueur des chapitres et variables : six pages pour Seelöwe, 26 pour le plan Manstein et la bataille de France, tous sauf deux des cas relevant de la Deuxième Guerre mondiale (majoritairement le théâtre européen), les deux autres étant consacrés à l’opération sur Kolwezi et à la guerre des Malouines. En dépit du titre de l’ouvrage, l’auteur est prudent. La suite >
La bataille navale de l’écluse. 24 juin 1340
27/05/13
Guy Le Moing, Coll. « Campagnes et stratégies », Paris, 2013, 203 p.
Une fois à Dunkerque, suivez la côte, continuez au long des 60 kilomètres du littoral belge et entrez de deux kilomètres aux Pays-Bas : vous y trouverez la petite bourgade de Sluys (l’Ecluse, en français), à l’époque sur la mer, qui fut le théâtre d’une des assez rares batailles navales décisives de l’histoire. Nous sommes en 1340 et la guerre de Cent ans a commencé depuis trois ans.
Pour la France, il s’agit d’empêcher le débarquement des Anglais sur le continent mais l’affaire vire à la catastrophe : plus de 15 000 morts dans une bataille où la flotte s’est laissée enfermer dans un véritable cul-de-sac. Ne pouvant être reconstituée, la flotte française ne pourra empêcher le débarquement de 1346. Si l’auteur revient sur cet épisode, il va également au-delà et le premier chapitre revient sur ce qu’est la guerre navale à l’aube du 14ème siècle, d’un point de vue tactique, stratégique et des méthodes de combat mais également du point de vue des navires ou encore des armements.
Les chapitres suivant reviennent sur l’équilibre des puissances de l’époque ; les relations franco-anglaises ; les premières années de la guerre. La deuxième partie de l’ouvrage traite de la bataille à proprement parler, en exploitant bien les maigres sources disponibles, offrant au lecteur un résultat convainquant. L’ouvrage est accompagné d’annexes, dont notamment la vision qu’en avaient les chroniqueurs (modifiée française contemporain). Au final, un ouvrage de belle facture, bien écrit et bien sourcé, clairement une référence de classe mondiale sur ce sujet et qui, au-delà de son objet, a le mérité de nourrir la réflexion autour de l’interaction entre opérations maritimes et opérations terrestres. P.L.
Les blessures psychiques en 10 questions
23/05/13
Yann Andruétan, Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2013, 116 p.
La question des « blessures invisibles » n’est certes pas neuve mais elle devient plus urgente dès lors que les guerres ne sont plus menées pour une question de survie nationale « justifiant » plus facilement les traumatismes. Aussi, l’auteur, psychiatre et médecin en chef dans le service de santé des armées fait-il œuvre utile avec cet ouvrage qui présente plusieurs intérêts.
Le premier est « d’entrer » dans ce type de blessures, d’en comprendre le « comment » et les expressions, au-delà de la simple expression de témoignages. L’auteur traite de facto son sujet en dix questions en ne manquant pas de s’appuyer sur des exemples concrets et, surtout, en en donnant une bonne vue. Certes, ce n’est pas un ouvrage scientifique mais il a toute l’apparence d’un manuel pratique. La suite >
Théorie du drone
17/05/13
Grégoire Chamayou, Editions La Fabrique, Paris, 2013, 363 p.
Ce n’est pas une histoire du drone ou une étude comparative que nous propose l’auteur mais bien une réflexion philosophique autour du drone armé. Faisant de la stratégie génétique sans en avoir l’air – il repart de l’instrument pour chercher les intentions de ses concepteurs – il revient, non sans malice ni une ironie très supportable, sur les rationalités propre à l’emploi de ces appareils.
Très foucaldien, le drone permettrait de « surveiller et anéantir » mais met également la guerre à distance, remettant en question, du coup, la valeur politique, souveraine, de la guerre. Ce faisant, le drone est un symptôme d’une mutation plus large de notre rapport à la politique ou à la mort. Qu’en penser ? La suite >
Penser la violence collective
25/04/13
Cynthia Salloum et Benjamin Brice (Coord.), Coll. « La pensée stratégique », Nuvis, Paris, 2012, 288 p.
Constituant les actes d’un atelier de travail organisé par l’IRSEM en février 2012, cet ouvrage est important, essentiellement parce qu’il permet de revenir sur des questions d’une nature épistémologique quant à la place accordée à la notion de violence. Qu’est-ce qui relève des phénomènes criminel et guerrier ? Les tenants des security studies ont fréquemment travaillé sur la « violence politique » mais de quoi parle-t-on, sachant que l’on va alors d’actes de police politique et de « pseudo-bavures » aux émeutes de la faim et jusqu’aux génocides en passant par des guerres « propres », soit menées suivant les canons du droit international ? La suite >
La cyberstratégie russe
24/04/13
Yannick Harrel, Coll. « Cyberespace et cyberdéfense », Nuvis, Paris, 2012, 245 p.
Expert en cybersécurité, russophone ayant vécu sur place, Yannick Harrel fait œuvre utile en examinant la vision russe de la cyberstratégie et ce, d’une manière assez globale ; soit en prenant également en compte les ressorts socio-historiques du renseignement russe.
C’est aussi une histoire de l’informatique soviétique, y compris dans des années 1990 pour le moins politiquement troublées et celle d’une mise en cohérence au service d’un projet stratégique plus large. Techniquement parlant, cette Cyberstratégie est donc plus large que son titre ne l’indique – en prenant en compte, caractéristiques russes obligent, des aspects liés aux opérations d’influence – mais également en cherchant à examiner les changements de politique stratégique à l’œuvre. La suite >
Gagner une guerre aujourd’hui ?
23/04/13
Stéphane Chalmin (Dir.), Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, Paris, 2013, 187 p.
A la question plus que pertinente posée en titre par l’auteur répond une méthodologie assez particulière consistant en des chapitres courts – 14 pages au maximum mais le plus souvent quatre ou cinq – nécessitant d’en arriver à l’essentiel. Et ce, en sachant que les thématiques prédéfinies par le directeur de l’ouvrage ont été bien cernées et que les auteurs auxquels elles ont été confiées ont déjà travaillé dessus.
Au final, la méthode est payante : les nuances à apporter aux réponses à la question originelle sont bien là et la complexité même de la question est bien soulignée. Véritable exploit pour un ouvrage en direction, les contributions sont toutes porteuses de beaucoup de perspectives – signe indéniable de réussite. Parce que nous ne pouvons relayer ici les 19 interventions, nous ne citerons que celles liées à la question de la valeur militaire des démocraties. Au début des années 2000, plusieurs ouvrages et articles remettaient ainsi en question la possibilité pour une démocratie de gagner une guerre, particulièrement irrégulière. La suite >
Touaregs. La révolte des hommes bleus. 1857-2013
22/04/13
Meriadec Raffray, Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, 2013, 99 p.
Ecrit dans le cadre du Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF), l’ouvrage de M. Raffray arrive à point nommé : finalement, que savons-nous de ces seigneurs du désert, commerçants traditionnellement amis de la France certes mais aussi, durant Serval, adversaires parce qu’intégrés au MNLA et à Ansar Dine ?
L’auteur nous fait donc parcourir l’histoire des relations entre la France (et surtout son armée) et une nation nomade, qui va considérer que les frontières établies après les indépendances africaines sont illégitimes. Vu le contexte, l’ouvrage est donc plus qu’utile parce : tôt ou tard, Paris comme Bamako ne pourront fermer les yeux sur la question, tout conflit doit un jour se terminer. Et si certains pourraient trouver qu’une histoire en bonne et due forme serait intéressante, le propos de l’auteur n’est pas là : il s’agit de donner les élémentaires permettant de comprendre la situation. La suite >
Stratégique, n°102, Stratégie aérienne III.
26/03/13
février 2013, 434 p.
Pour la troisième reprise, la revue de l’Institut de Stratégie et des Conflits revient sur la question de la stratégie aérienne, proposant rien moins que 25 articles, en plus d’un hommage au général Poirier (qui était également président du conseil scientifique de l’ISC) mais aussi d’une annexe qui ravira les plus aérophiles, la traduction en français du briefing Destruction et création du colonel John « OODA » Boyd.
La teneur des articles est variable. Il peut très historique (le bombardement aérien de Venise de 1849, le premier de l’histoire, l’emploi de l’aviation française en 1940, la force aérienne hongroise pendant la Deuxième Guerre mondiale) mais peut être également plus stratégique. C’est le cas sur l’évolution de la doctrine aérienne soviétique dans l’entre-deux guerres ou le « plan Gorrel », premier plan aérien de bombardement aérien de l’histoire. La suite >
Cyberstratégie. L’art de la guerre numérique
25/03/13
Bertrand Boyer, Nuvis, Paris, 2012, 235 p.
Officier des troupes de marine se spécialisant dans les systèmes d’information, l’auteur a manifestement travaillé son sujet en profondeur et propose un ouvrage découpé en trois parties : méthode stratégique et milieu ; nature de la cyberguerre ; fondements de la cyberstratégie.
Paru en juin 2012, cet ouvrage gagne largement à être connu, revenant non seulement sur les élémentaires techniques tout en les ancrant dans une continuité de pensée stratégique et en offrant au lecteur des schémas de raisonnement non seulement opérationnel mais, également, ne l’enfermant pas dans les logiques propres. Tirant parti du cyber comme stratégie particulière – induisant donc la possibilité d’une guerre particulière, à l’instar de la navale ou de l’aérienne – l’auteur effectue des allez-retours avec les classiques du genre pour y tirer les fondamentaux sur base desquels son objet pourra être construit. La suite >











