Défense et Sécurité Internationale
Livres
STRATEGIQUE. n°88. « Stratégie et histoire ».
10/06/07
Paris : Economica. 2007. 238 p.
Dernière représentante française des revues académiques traitant de stratégie théorique, Stratégique et Hervé Coutau-Bégarie nous proposent dans cette livraison de nous focaliser sur le rapport existant entre histoire et stratégie. Certes, comme il le rappelle, l’histoire comme unique source de la science stratégique a coûté cher à la France comme à d’autres. Mais il n’en demeure pas moins qu’elle apporte l’éclairage de la longue durée sur nos processus éminemment complexes d’adaptation / transformation de nos armées. Et la revue de se focaliser, dans cette optique, sur le 17e siècle, terreau non seulement de la guerre totale mais aussi de la « petite guerre » – on n’aura donc pas de mal à voir en quoi cette période matricielle nous concerne directement. La revue contient ainsi un article sur la « guerre des partis » de Sandrine Picaud ; un autre sur le Duc de Rohan (Olivier Ribière) ; un troisième sur la méthode de raisonnement tactique de Du Praissac (Jean-Pierre Salzmann). D’autres articles offrent également des éclairages importants sur les rôles de l’histoire. Ils portent sur la stratégie des Romains en montagne (Delphine Acolat) ; les caractéristiques du système militaire Omeyyade (Lev Evgenevic Kubel) ; ou encore la bataille d’Isandhlwana de 1879 (Pape Drame), très indicatif des problématiques contemporaines. Stratégique peut être commandée via le site de l’Institut de Stratégie Comparée (www.stratisc.org). P.L.
Handbook of Intelligence Studies
10/06/07
Loch K. JOHNSON (Ed.), London, Routledge (Intelligence Studies/Strategic Studies/Foreign Policy), 2007, 382 p.
Les ouvrages publiés par Routledge constituent toujours un bonheur pour l’esprit – mais non pour le portefeuille – et celui-ci ne fait pas exception. Sous la houlette de L. K. Johnson et en 26 chapitres, ce livre nous démontre une fois de plus non seulement la richesse conceptuelle qui accompagne les Intelligence Studies mais également leur utilité. Fouillé, de qualité académique, l’ouvrage constitue un véritable état de l’art de ces dernières années, en 6 grandes parties. La première examine le champ lui-même : ses méthodes, ses sources, les différentes cultures en la matière ou encore l’éthique qui lui est propre. La seconde partie se concentre plus spécifiquement sur le contre-renseignement et compte un très intéressant chapitre sur le « chaperonnage » des services de renseignement allemands de l’après-guerre par leurs confrères américains. La troisième partie porte, quant à elle, sur le cycle du renseignement lui-même et s’avèrera d’une grande utilité pour les professionnels du secteur. Mentionnons ainsi un chapitre consacré au renseignement économique. La quatrième partie est consacrée à l’analyse et à la dissémination des informations. Y sont notamment traitées l’alerte avancée ou encore la fusion de données. La cinquième partie aborde la question des covert actions et revient, notamment, sur les échecs américains en la matière. Enfin, la dernière partie est consacrée au contrôle des services de renseignement. Dans le contexte français actuel, on comprendra donc qu’elle a toute son importance. Au final, l’ouvrage est du plus haut intérêt même si son caractère académique ne le rend pas nécessairement facile d’accès. Néanmoins, en cette matière comme en celle du renseignement à proprement parler, l’on pourrait rappeler que no pain, no gain. J.H.
L’ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle.
10/06/07
Thérèse DELPECH. Paris : Hachette littérature (Pluriel), 2005, 366p.
L’époque actuelle, c’est indéniable, recèle autant de dangers que de moyens d’y faire face. Reste, toutefois, à pouvoir l’appréhender à sa juste mesure, tout en nuance – parce qu’on ne répond pas avec des analyses grossières à une Zeitgeist, un esprit du temps, complexe. À cet égard, l’ouvrage de Thérèse Delpech montre que l’on peut à la fois allier éthique et Realpolitik. Auteure pour le moins connue, elle produit ici un ouvrage très intéressant – que sa parution en format « poche » rend en outre accessible aux étudiants –, formulant un certain nombre d’hypothèses et les validant. Premièrement, les intellectuels sont condamnés à se tromper mais l’on ne peut faire sans eux. Et l’auteure de prendre ce qu’elle appelle le « télescope » pour montrer à quel point nous sommes trop proches de l’actualité que pour avoir un jugement digne de confiance. Deuxièmement, elle définit son concept d’ensauvagement. Contre un Norbert Elias ayant une vision par trop linéaire du progrès social, Delpech montre la permanence et la diversification, consubstantielle aux sociétés dont elle est le fruit, de la violence. Troisièmement, elle montre à quel point nous sommes peut-être plus proches de 1905, en tant « qu’année 0 » des transformations radicales qui allaient animer le 20e siècle, que du 21e siècle ! Entre révolutions scientifiques et politiques et complexité d’une interdépendance économique qui ne sera, une fois 1914 venu, nullement garante de paix, 1905 ressemble fort, effectivement, à notre monde. Avec une plume peu avare de réflexions pénétrantes, Thérèse Delpech nous offre donc un excellent ouvrage qui, si certaines des positions qu’il défend peuvent être critiquées, est de loin supérieur en termes prospectifs à la Brève histoire de l’avenir d’un Attali ronflant de réinventer les roues conceptuelles et perdant une méthode qu’il avait pourtant eu plus assurée.
J.H.
Le militaire belge en opérations : aspects politiques et sociologiques.
10/06/07
André Dumoulin et Delphine Resteigne. Bruxelles : Les Cahiers du CRISP n°1960. 2007. 48 p.
Comment les forces armées d’un « petit » pays européen dont la défense n’est pas la préoccupation première des élites politiques peuvent-elles évoluer ? C’est à cette question que répondent Delphine Resteigne et André Dumoulin dans cette monographie d’un accès aisé et particulièrement riche en informations. Revenant sur les ressorts politiques de la stratégie de sécurité belge et sur l’évolution des forces armées, André Dumoulin fait la synthèse d’une série d’évolutions qui ont touché l’ABL (Armée Belge – Belgische Leger) ces dernières années tout en montrant son imbrication à l’échelle internationale (OTAN et Union européenne) et ses scénarios d’engagement. La monographie est donc une utile remise à jour de l’excellent ouvrage auquel A. Dumoulin avait co-écrit avec P. Manigart et W. Struys (La Belgique et la PESD, Bruylant, 2003) Delphine Resteigne, sociologue, dans la seconde partie du document, examine quant à elle le « résultat » de ces positions au niveau du ressenti des soldats engagés en opération en Bosnie, au Liban ou en Afghanistan. En ressortent des résultats paradoxaux : c’est dans les missions les moins risquées que les soldats ressentent le plus de frustration, notamment parce qu’ils se perçoivent comme insuffisamment impliqués dans les missions humanitaires. L’étude, détaillée et fouillée, examine les facteurs moraux, de stress ou encore les relations interpersonnelles, au sein des unités et avec les forces alliés engagées dans les mêmes missions. Utile, très intéressante, peu coûteuse (6,90 euros), cette monographie peut être commandée sur le site www.crisp.be. J.H.
La première guerre mondiale.
10/06/07
John KEEGAN. Perrin, Paris (Tempus), 2003. 553 p.
John Keegan est l’un des meilleurs historiens militaires britanniques et chacun de ses ouvrages est un petit événement dans le monde des études stratégiques. Aussi, la traduction française puis l’édition de son ouvrage de référence sur la Première guerre mondiale est-elle particulièrement bienvenue et constitue un instrument indispensable à tout étudiant. Ouvrage complet, il plante d’emblée le contexte de l’époque, met en évidence des interdépendances culturelles, politiques et économiques telles que nombreux étaient les commentateurs de l’époque qui considéraient qu’une guerre généralisée était impossible. Il est dès lors difficile de ne pas penser aux réflexions de T. Delpech sur la similitude des situations de l’époque comparativement à la nôtre. Et John Keegan d’entrer dans son sujet pour véritablement le disséquer : des plans de guerre jusqu’aux batailles en passant par des plongées particulièrement instructives dans le moral des forces, l’historien maîtrise de fond en combe son domaine. Il réussit à restituer la complexité des ambiances tout en gardant la distance académique nécessaire et réussit, in fine, à fournir une véritable mine de détail sans jamais perdre la vue d’ensemble qu’il a sur les opérations, à l’échelle mondiale. Un ouvrage indispensable donc, agrémenté d’une très utile bibliographie commentée. J.H.
Introduction à la stratégie. Paris : Economica
10/06/07
Vincent DESPORTES et Jean-François PHELIZON. Coll. « Stratégies et doctrines ». 2007. 258 p.
On ne connaît jamais aussi mal une discipline que ses fondements, sans cesse appelés à être médités et questionnés. C’est également le cas en matière de stratégie et, à cet égard, par la démarche innovante du dialogue entre l’industriel de très haut vol et le militaire plus qu’expérimenté, V. Desportes et J-F. Phélizon ont produit un ouvrage autant destiné à l’honnête citoyen qu’à l’expert. Ce sont les fondements mêmes de la stratégie qui y sont disséqués au travers de réflexions pénétrantes, tout à la fois précises et limpides. Mais derrière cette perle d’épistémologie accessible à tous se cachent aussi des questionnements récurrents et transverses : le poids des héritages culturels occidentaux et orientaux ; celui des héritages historiques aussi ; les similitudes et les différences parfois profondes entre stratégie militaire et économique ; des variations autour de la notion d’objectif qui valent leur pesant de méditation ; d’autres sur la valeur de l’action indirecte par ses formes obliques et latérales ; les formes et l’importance du commandement et, ultimement, la mise en action de la stratégie au travers des facteurs espace et temps. En somme, les auteurs plantent le décor de la mécanique du monde – économique et militaire certes mais aussi, par nombre d’aspects, politique – et offrent au lecteur les élémentaires de la boîte à outil du stratège comme du stratégiste. Pourtant sans prétention cette Introduction à la stratégie – qui invite brillamment le lecteur à poursuivre ses pérégrinations dans le monde des idées – marquera sans aucun doute l’historiographie de la stratégie. En un mot comme en cent, l’ouvrage est indispensable. J.H.
Democracy and Counterterrorism. Lessons of the Past.
10/06/07
Robert J. ART and Louise RICHARDSON (Eds). Washington : United States Institute of Peace Press. 2007. 639 p.
Les démocraties sont-elles réellement plus démunies que les Etats autoritaires face au terrorisme ? Sont-elles condamnées à le subir ? La réduction des libertés individuelles et le spectre d’un big brother entremêlant informatique et délation sont-ils des fatalités inhérentes à la menace sans fin que représenterait le terrorisme ? D’ailleurs, peut-on vaincre un mouvement terroriste, qu’il soit prédateur, revendicatif ou subversif ? Ce sont là autant de questions sous-tendant les débats nationaux en matière de sécurité et de terrorisme auxquelles, qui appellent une pluralité de réponses et qui imposent également d’examiner en profondeur une série d’expériences historiques. Art et Richardson, dans ce contexte, ont réussi une véritable gageure. Cet excellent travail faisant appel à des spécialistes réputés démontre avec brio que les démocraties ne sont certainement pas désarmées, qu’elles ont même souvent vaincu ces groupes et qu’il n’existe en la matière aucune fatalité pour peu que des solutions innovantes soient appliquées et que l’action s’accompagne d’une réflexion « libérée », en ce sens qu’elle ne s’interdit aucune limite. Sont analysés les cas des Brigades rouges, de la France et du GIA, de l’ETA, de l’IRA, du FALN/FLN vénézuélien, des FARC, du Hamas et du Fatah, du Hezbollah, du Sentier lumineux péruvien, du Kashmir, du PKK, du LTTE et de la secte Aum. Dans chaque cas de figure – on devinera qu’il ne se limite pas qu’au terrorisme -, les analyses sont effectuées en profondeur, contextualisant actions et ripostes et faisant l’état de l’art de chaque cas de figure. Une véritable référence, qui vaut très largement ses 35 $ et qui est très chaudement recommandée par la rédaction. P.L.
L’assaut. GIGN. Marignane – 26 novembre 1994 – 17H12.
10/06/07
Roland MONTINS. Paris : Les Editions des Riaux. 2007. 277p.
Tout le monde a encore en tête les images de l’assaut du GIGN sur l’A300B d’Air France détourné par des membres du GIA algérien, qui projetaient de le faire exploser sur Paris. Assaut parfaitement maîtrisé, fruit d’un entraînement et d’une discipline rigoureux que nous présentait V. Sartini dans le 12e numéro de DSI, il aura des répercussions politiques considérables – il deviendra un facteur de dissuasion en soi. Aussi, tout l’intérêt de cet ouvrage, écrit par l’un des membres de l’unité ayant participé à la libération en tant que chef de groupe, est de pouvoir entrer dans la mécanique de l’opération, minute par minute. En plus d’un récit extrêmement détaillé, l’auteur livre au lecteur les sentiments animant le groupe : après tout, avant d’être un gendarme d’élite, un membre du GIGN est un fin psychologue. L’ouvrage intéressera donc de près les admirateurs de l’unité et les personnes intéressées par les forces spéciales. C’est également un récit véritablement extraordinaire. D’autant plus que le ton romancé de l’auteur a le don de transporter le lecteur au cœur de l’action. J-J. M.
Les armées françaises à l’aube du 21e siècle. Tome V. Les armées françaises à l’heure de l’interarmisation et la multinationalisation.
10/06/07
Pierre PASCALLON (Dir.). Paris : L’Harmattan (Défense). 2007. 593p.
Enjeux majeurs de l’évolution des forces armées, l’interarmisation et son corollaire, la multinationalisation, sont loin de se limiter aux seules questions technologiques de la mise en œuvre des réseaux ou des liaisons de données. C’est ce que démontrent les contributeurs – en nombre impressionnant à cet ouvrage qui, sur la question, ne manquera certainement pas de faire date. Tout y passe ou presque : depuis les aspects politiques jusqu’à ceux de la planification en passant par la question de l’espace, celle du renseignement, l’impact culturel de l’interarmisation, ses faux-pas, le chemin restant à accomplir, le pourquoi et le comment. Exhaustif donc, l’ouvrage est aussi une mine d’informations sur le quotidien des opérations interarmées et multinationales. C’est là où le lecteur comprendra que les armées d’aujourd’hui, pourtant plus souples que celles de la guerre froide, restent des machineries complexes et que le décalage entre désir d’interopérabilité et réalité du terrain peut être important. Bien évidemment, sur pareil nombre de chapitres, certains valent plus que d’autres. Néanmoins, chacun présente un intérêt, la diversité des intervenants – chercheurs, industriels, politiques, officiers supérieurs et généraux – révélant autant d’« angles d’attaque » de la question. Au final, se dégage pour le lecteur le sentiment que, si du chemin reste à parcourir, une réelle dynamique en la matière est engagée, tendance d’autant plus lourde qu’interarmisation et multinationalisation sont devenues de véritables conditions d’existence stratégique pour les armées européennes. P.L.
L’âme du samouraï. Une traduction contemporaine de trois classiques du Zen et du Bushidô.
10/06/07
Thomas CLEARY. Paris : Éditions du Rocher. 2007. 224p.
L’âme du samouraï est la traduction accessible de deux grands classiques d’abord parue en anglais : d’une part, le Livre des traditions familiales, de Yagyû Munenori, maître d’armes et chef de la police secrète, et, d’autre part, L’insondable subtilité de la sagesse immuable et Réflexions sur le sabre incomparable, tous deux de Takuan Sôhô, lequel a été chargé d’enseigner le zen à l’empereur. Traités faciles à la lecture, ils mettent en relief les principes élémentaires du rapport culturel du Japon à la violence.Ils posent également, de façon extrêmement intéressante et paradoxale, les bases d’une connectivité avec la pensée occidentale. Les commentaires de Cleary, expert s’il en est des classiques japonais, montrent ainsi la profondeur paradigmatique des liens entre pensées occidentale et asiatique, si souvent présentées comme totalement cloisonnées – alors qu’elles le sont plus, en vérité, sur le fond que sur la forme. On retiendra en particulier la première partie, celle de Munenori, se terminant dans sa troisième phase par un « non-sabre » qui, à bien des égards, renvoie aux ultima de la stratégie « occidentale » : retourner les armes de l’adversaire contre lui ou, encore, manœuvrer, tel Napoléon à Ulm, de telle sorte que l’adversaire n’ait plus guère le choix que de déposer les armes. Cleary nous offre donc un voyage dans une pensée qui, présentée comme abstraite et insondable, n’est sans doute que la partenaire, complice, d’une pensée occidentale dont certaines abstractions mathématiques peuvent être tout autant insondables. J.H.











