La minute de Carl von C.

This is (nearly) the end…

La chronique de Carl von C., parue dans DSI n°91, avril 2012

Comment ne pas écouter la complainte des Doors (non, pas les Dôrz, groupe folk-rock breton que je salue au passage) à la lecture des innombrables rapports, articles, posts et autres communiqués de presse qui ne font que constater ce dont votre magazine préféré vous parle depuis au moins quatre ans : on est cuits/crâmés/tchétchénisés/foutus/morts. Alors certes, si certains d’entre vous n’aurez pas échappé à l’infâme « scénario Z » posé tel un ballon (d’essais) sur la pelouse d’un cimetière (militaire) par J. Guisnel, sans doute faut-il aussi considérer sa pertinence.

Quoi me, direz-vous, aurais-je à ce point abusé du schnaps que je considérerais comme pertinent la destruction de 30 régiments et de 15 000 emplois dans l’industrie (ouh…. Ça fait un bon paquet de Floranges, ça !), la mise sous cocon du Charles de Gaulle et l’arrêt des programmes Rafale et Caïman ? Et bien oui, ces craintes sont pertinentes. Bien sûr, pas de tout de suite, pas pour ce Livre blanc, juste pour les suivants. Sacrilège ? La suite >

Et le Darwin Award des études stratégiques 2013 revient à…

Après l’époustouflante prestation de Bernard Henri-Lévy dans Le serment de Tobrouk, il semblait difficile de lui trouver un successeurs pour les Darwin Award des études stratégiques (également appelés DAUBE – Darwin Awards Ubusques de Bêtises en Estratégie). Le Jury, présidé par moi-même, Jane Fonda et Saddam Hussein désespérait lorsqu’il y a 48 heures nous est apparue l’oeuvre que nous n’attendions plus.

Par son incompréhension des principes stratégiques élémentaires ; son ubuesque incapacité à se renseigner a minima sur des fondamentaux qui sont pourtant largement disponibles dans nombre de bibliothèques ; pour le courage qu’il a fallu à l’homme de régresser au stade de l’élève de CM2 regardant pour la première fois « La bataille des Ardennes » sur une de ces chaînes de la TNT qui n’a plus d’argent pour des films de guerre décents ; et pour l’aplomb à clamer à toute la francophonie son ignorance, le Darwin Awards des études stratégiques/DAUBE 2013 revient à… La suite >

Le Sixième cavalier de l’apocalypse

La chronique de Carl von C., parue dans DSI n°51, septembre 2009.

Ils sont quatre, on fait un passage remarqué dans le Nouveau Testament et sont en représentation permanente « dans un théâtre (d’opérations) près de chez vous » : nos quatre premiers cavaliers de l’apocalypse sont décidément de bons acteurs. Le 5ème est arrivé plus tard dans un roman éponyme de Lapierre et Collins – New York atomisé, ça le fait toujours (ou, au choix, noyé, gelé, bombardé, avec ou sans Godzilla et/ou King Kong) – mais le dernier petit copieur, le 6ème donc, est en action chez nous. Si, si, il est Français (quoique, les Américains sont aussi de grands admirateurs de la France), porte le béret (vert), râle en permanence et à la fâcheuse habitude de distribuer des bras d’honneurs aux élémentaires de la pensée stratégique la plus élémentaire. Je veux bien entendu parler de notre obsession pour le terrorisme et sa petite sœur, cette vicieuse nommée insécurité. Allons bon. Carl ne va pas vous écrire dans ces illustres pages que le terrorisme n’existe pas – on va laisser ça à Michael Moore – mais bien qu’il faut tout de même commencer à remettre les choses en perspective avant que nos armées ne subissent les foudres de ce 6ème cavalier. La suite >

Wikiplantage

Mon collègue Vidocq, qui n’a plus accès au web depuis qu’il oublié de payer sa facture Free, me prie de passer la dédicace suivante à ses camarades de la DCRI à la suite de ceci :

 

 

Lasagnes de livre blanc

On vous l’avait promis pour décembre, puis pour janvier et nous sommes en mars. Le Livre blanc, c’est un peu comme Noël mais façon Tim Burton : gore, en retard et, comme avec le cousin Franky (avec qui ce n’est pas nécessairement bon), les cadeaux sont destinés à finir sur E-Bay, on ne sait jamais qu’un kakou de Marseille voudrait un klaxon « la soupe aux choux ». Bien sûr, on vous expliquera que le Livre blanc se doit de tenir compte de l’expérience de Serval. Mais soit honni qui Mali pense. Le sympathique félidé vit tout de même une vingtaine d’années et si l’on y regarde bien, si nous devions attendre les leçons du Mali pour rédiger le Saint Graal de la réduction ad bellum, c’est que nous aurions un sacré problème. Pourquoi ? Au-delà du fait que celui qui fait trop le Malien tombe dans le ravin (1), les problèmes isolés dans Serval ont été isolés depuis longtemps : nos matériels sont vieux, les unités de moins en moins nombreuses et il nous manque un tas de trucs. Attendez, ce genre de chose, on le sait depuis… pardon, plaît-il ? Depuis Harmattan ? Depuis l’Afghanistan ? Celui qui vous dit ça n’a plus ouvert un livre depuis 20 ans, preuve que l’écouter revient à installer le klaxon du cousin Franky sur la Simca 1000. Ces déficits, ces problèmes, ils sont déjà clairement explicités depuis le milieu des années 1990. Oui, quand certains de nos lecteurs étaient encore qui de jeunes militaires plein de fougue, qui de sympathiques spermatozoïdes. La suite >

Le jeu du foulard

Cher Militaire,

Je ne te connais pas, pas plus sans doute que tu me connais. je me permet de te tutoyer, parce que j’éprouve l’envie irrépressible de te donner la tape dans le dos que l’on fait à son frère d’arme.

J’ai vu ta photo, très artistique. Tu étais au Mali, un hélicoptère se posait à proximité, la poussière filtrait la lumière, rendant la scène presque irréelle. Tu portais un foulard, produit de marketing d’un jeu vidéo, comme en portent des milliers de personnes. Que tu l’aie fait exprès ou non, le dessin de la tête de mort se marquait sur ton visage. La suite >

Ce que le Mali nous révèle sur la vie des éléphants

Il y a des jours où le vieux Prussien que je suis voudrait un peu plus encore être né en France. Serval, c’est un concentré de culture militaire française : rapide, félin, manœuvrier, motivé et agressif juste ce qu’il faut. Bon, d’accord, un peu « système D » aussi. Mais bon, ça fait partie de notre folklore et, de toute façon, si ça marche, c’est que c’est une bonne solution. Bon, d’accord, on a aussi entendu un beau florilège de bêtises éhontées – ça, c’est pour notre culture du débat – dont on aimerait que les auteurs rejoignent le cimetière des éléphants.

Florilège. A tout seigneur, tout honneur. Valery Giscard d’Estaing déclarant que Serval pose la question d’un risque néocolonialiste, brûlant ce qu’il a adoré et ne réalisant pas vraiment qu’on a compris que ce serait dur, long et que la tentation de nous barrer agitera certainement la sphère politique après l’unanimité de façade. Ce député européen également, cité par Le Monde et indiquant que le problème de l’UE, c’est qu’il n’y a pas de forces européennes. Bien essayé, il y en a juste 33. C’est juste qu’on les vide de leur substance à coup de réductions budgétaires et qu’en prime, on ne les utilise pas. Allez, au plan politique toujours, quelques perles, mais cette fois au niveau des chefs d’Etat. La suite >

Peur de Noël ? Tonton Carl a la solution !

Dans le brouillard pour vos cadeaux ? Peur de la friction avec vos invités ? Pas d’idée de génie ? Si votre paquetage n’est pas encore prêt et que vous ne savez toujours pas comment défourailler les cadeaux à la fin de ce moins, tonton Carl a la solution pour vous aider.

Pas (encore) de Leclerc en peluche sur notre boutique en ligne mais des abonnements à toutes nos revues avec quelques avantages à la clé : non seulement l’économie vaut le détour comparativement à des achats en kiosque  (un abonnement de deux ans à DSI, pour 22 numéros, fait passer son coût unitaire à 3,63 Eur… au lieu de 6,8) mais les abonnements « couplés » (DSI et DSI Hors-Série, DSI et Histoire et Stratégie ou DSI et Diplomatie) sont des cadeaux vite fait bien faits.

Alors, qu’est-ce qu’on dit ? Merci qui ? Merci tonton Carl !

 

 

Du rôle des boutons dans la guerre

La chronique de Carl von C. (parue dans DSI n°85, octobre 2012)

Le bouton, c’est quelque chose d’important à la guerre mais c’est sans doute surfait. Prenez la guerre de 1870 (celle qui vaudra aux Belges de ne plus avoir de boudin) : il ne nous manquait pas un seul bouton de guêtre – oui, bon, c’est vrai que ça ne nous a pas aidés. Prenez la guerre froide. Tout le monde regardait le gros bouton rouge sur lequel personne n’a appuyé. Prenez la guerre Iran-Irak : à tirer des vésicants à qui mieux mieux, tout le monde se chopait de gros boutons sans que personne ne gagne vraiment. Mais une menace, pire encore, nous guette maintenant : la GGCDM. Derrière ce barbare acronyme se cache la Grande Guerre Civile Des Militaires. Adoptons l’œil de l’anthropologue – gloire à Levi-Strauss – et partons sur la piste de la tribu des guerriers de France. Ouah. Perdu dans des cambrousses, son territoire peu à peu rogné par des civils parfois hostiles, le militaire survit dans des conditions précaires, semble trouver intéressant de faire des excursions culturelles dans des théâtres d’opérations, aime le sport, chérit ses traditions et peut, sur son passage, vider les frigos de la moindre canette de « Kro » (spéciale dédicace aux Dolos). Mais un événement vient rituellement troubler des programmes déjà bien remplis de choses aussi intéressantes que comprendre le fonctionnement des bases de défense ou faire relire par la moitié de l’état-major un article avant publication. La suite >

Can your hear the drums, Bernardo ?

La chronique de Carl von C., DSI n°83, juillet-août 2012

Sacrilège, votre vieux pachyderme fait dans le titre anglais – en variante suédoise plus exactement, en référence à la chanson Fernando d’Abba, groupe qui est à la chanson des années 1970/1980 ce que les köttbular sont à la restauration de brasserie, soit un machin sympathique qui vous ravigote en un rien de temps. Et qui est Bernardo, me direz-vous ? Il s’agit de la mascotte de la philo post/néo/portnawak, la girl qui manquait à Glubb Pacha (1), le champion de la chemise blanche et le plus grand des stratégistes en chambre (dans la maison de la poupée Barbue, s’entend) : j’ai nommé BHL…

Sacrilège ! On ne s’attaque pas à BHL qui, dit-on, a ses entrées un peu partout, sait faire pression et imposerait l’omerta sur les médias. Chez DSI, les gens sont indépendants et BHL ne peut tout de même pas contraindre 120 000 lecteurs à ne plus lire nos pages. Enfin, on l’espère, parce qu’après tout, notre homme est devenu un spécialiste de la stratégie paradoxale – par ailleurs titre d’un brillant ouvrage d’Edward Luttwak. Le paradoxe de sa stratégie apparaît dès lors que l’on met côte à côte, d’une part, le titre de son dernier ouvrage, La guerre sans l’aimer – dans lequel on sent tout de même que son rôle historique n’est pas sans lui faire des papouilles un peu partout – et, d’autre part, le sous-titre de son blog BHL, « L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre ». La suite >