Défense et Sécurité Internationale
Lectures 2012
Replacer l’armée dans la nation
7/12/12
Hughes Esquerre, Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2012, 102 p.
Chef de bataillon, Hughes Esquerre pose avec nuance et précision le constat d’un « a-militarisme » progressif de la société française : certes, les opinions à l’égard de l’armée sont positives à 80 % mais elles sont aussi le reflet d’une certaine indifférence : l’ennemi n’est plus aux frontières et la conscription est suspendue. L’éloignement entre l’armée et la nation est d’autant plus important que de moins en moins de militaires font partie des cercles décisionnels : sur 920 députés et sénateurs, un seul est un ancien militaire de carrière… La suite >
La guerre pour l’opinion publique
5/12/12
Benoît Royal, Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2012, 105 p.
Lorsque l’on parle de « guerre de l’information », c’est d’abord de lutte des perceptions dont il s’agit, avec à la clé un affrontement de volontés opposées qui, si elles n’utilisent pas la force, vont s’atteler à user de toutes les formes de propagande. La question, pour nos armées, est alors de savoir que faire. A l’heure du web 2.0, rester stoïque face aux attaques ou chercher à rétablir des vérités (ou ses vérités) par les canaux classiques n’est plus une option et Benoît Royal, ancien commandant du SIRPA Terre de 2007 à 2010, pose ici les balises d’une stratégie adaptée. La suite >
Stratégies chinoises. Le regard jésuite (1582-1773)
3/12/12
Thomas Flichy, Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, Paris, 2012, 100 p.
Le titre de cet ouvrage pourrait paraître anachronique à première vue. La Chine et sa stratégie sont certes au centre de toutes les préoccupations, mais que viennent y faire les dynasties Ming et Qang ou encore les Jésuites ? C’est justement là où l’intérêt de l’ouvrage se révèle : la culture stratégique chinoise est remarquablement stable dans le temps : les cadres du parti ne sont-ils pas si proches, dans leurs méthodes et leur fonction, des mandarins ayant administré la Chine impériale ?
Le point de vue des jésuites – un ordre militaire – sur une civilisation qu’ils découvrent est donc celui d’une première analyse qui permet de saisir les fondements de leur objet sans tomber d’une casuistique des débats sans fin. Ce n’est donc certainement pas à la lecture d’un ouvrage réservé à une poignée de sinologues lettrés que nous invite Thomas Flichy mais bien à un examen en règle des fondamentaux d’une culture stratégique particulière. L’actuelle course à la prospérité brouille notre vision de ce qu’elle est mais des permanences sont bien là. La suite >
The Evolution of Operationnal Art 1740-1813. From Frederick the Great to Napoleon
29/11/12
Claus Telp, Frank Cass, London, 2005, 207 p.
Le regain d’intérêt observé aujourd’hui pour l’art opératif ne relève pas d’une mode passagère : il est la conséquence non seulement de l’observation d’un certain nombre d’échecs sur le terrain mais aussi de nouveaux éclairages offerts par l’histoire. C’est dans ce cadre qu’il faut voir l’ouvrage de Claus Telp, qui part d’une question simple : l’art opératif se développe-t-il dès lors qu’arrivent dans les armées les bénéfices de la révolution industrielle (télégraphe, chemins de fer) ? Ou lui est-elle antérieur, bénéficiant néanmoins de ces apports ?
Bien sûr, on peut partir du concept jominien de « grande tactique » pour montrer qu’un « quelque chose » était déjà perceptible, mais l’auteur cherche plus loin, en effectuant une étude non seulement de la théorie en vigueur à l’époque mais aussi des campagnes de Jena et de celles de 1813. Pour Telp, on entre clairement dans une logique opérative dès lors que des corps indépendants sont engagés dans une opération prenant la forme d’une campagne et sont articulés de manière à atteindre un objectif. La suite >
Comprendre la guerre. Histoire et notions
27/11/12
Laurent HENNINGER et Thierry WIDEMANN, Coll. « Tempus », Perrin, Paris, 2012, 227 p.
Tous deux chargés d’études à l’IRSEM, les auteurs ont adopté dans cet ouvrage une voie de progression atypique, en produisant une série de fiches réunies en trois parties (« la guerre et l’État », « l’art de la guerre », « les hommes et les armes ») qui produisent une belle cohérence tout en permettant d’aborder le livre par différentes voies, afin d’y revenir pour mûrir les analyses données.
De fait, si les fiches sont courtes, les thèmes sont bien isolés, ce qui permet d’aller rapidement au cœur du sujet. Et ce, avec brio : tout en passant au bazooka un certain nombre de mythes (sur les femmes soldats, les performances allemandes ou françaises en 1940, les guerres totales ou limitées), les auteurs parviennent à offrir au lecteur un bon coup d’œil sur une série de notions essentielles non seulement pour « lire » l’histoire (et pas uniquement la militaire) mais aussi pour comprendre l’actualité contemporaine.
Évidemment, tout ne peut pas être abordé et quelquefois les auteurs s’attaquent à des points qui font encore débat. Mais c’est justement le propre de cet ouvrage que de susciter l’interrogation et la curiosité tout en remettant en perspective un certain nombre d’outils utilisés par tous ceux qui s’intéressent aux questions militaires. C’est vif, écrit dans un style dynamique et accessible, c’est intelligent et, en prime, c’est abordable (8 euros). Impératif !
David Galula. Combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire
27/11/12
Gregor MATHIAS, Coll. « Guerres et guerriers », Economica, Paris, 2012, 190 p.
Comme Clausewitz, Galula est plus souvent cité que lu et encore l’est-il généralement assez mal : de lui, on retient essentiellement ses travaux pour la RAND Corporation, son décès prématuré ou encore la reprise de ses théories par le général Petraeus. Au risque, pour le lecteur français ayant une vision trop partielle de la contre-insurrection – quelque part entre les « escadrons de la mort » et la recherche du « cœur et des esprits » –, de n’y voir qu’une sorte d’épiphénomène de la pensée stratégique française, à oublier aussi vite qu’une expérience afghane peu heureuse.
Ce serait pourtant passer à côté de nombre d’aspects intéressants et de leçons. Or cet ouvrage montre comment se fabrique un stratégiste « intégral » à la fois combattant – notamment durant la Seconde Guerre mondiale où il combat en Afrique du Nord –, et praticien s’interrogeant sur ce qui doit être fait. De fait, débarquant en Algérie en 1956, il n’a aucune doctrine, aucune méthode à appliquer pour pacifier la zone qui lui est assignée. Il fait ensuite un réel travail d’officier : tout en commandant, il observe, cherche à comprendre, utilise son expérience et cherche des solutions à un problème complexe, avec succès. La suite >
Les robots au cœur du champ de bataille & La guerre robotisée
14/11/12
Ronan Doaré et Henri Hude (Dir.), Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2011, 211 p. et Didier Danet, Jean-Paul Hanon et Gérard de Boisboissel (Dir), Coll. « Guerres et opinions », Economica, Paris, 2012, 336 p.
Ces deux ouvrages représentent l’aboutissement d’un programme de recherche entamé en 2009 et mené par le Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan – au début duquel avait d’ailleurs été publié le DSI Hors-Série n°10, consacré à la robotique. Ces deux ouvrages sont importants. D’une part, parce qu’ils sont les premiers à réellement prendre en compte, d’une manière exhaustive, les questionnements liés à l’emploi de la robotique sous des aspects aussi différents que la tactique, la technique, l’organique (question des structures de force), l’éthique, le droit, les relations entre les combattants et leurs machines, l’histoire, la formation des hommes ou encore les aspects industriels. Certes, d’autres ouvrages ont été publiés mais étaient le plus souvent d’une nature historique ou descriptive et étaient essentiellement consacrés aux drones aériens. D’autre part, parce que cette exhaustivité permet justement d’en arriver à une vision cohérente de ce que doit être l’emploi des robots dans la guerre et offre, de la sorte, une excellente base à une véritable doctrine en la matière. La suite >
La logistique, une fonction opérationnelle oubliée
4/11/12
Olivier Kempf (Dir.), Coll. « Défense », L’Harmattan, Paris, 2012, 183 p.
Constituant les actes d’un colloque tenu en juin 2010 avec, notamment, le soutien de DSI, cet ouvrage a deux mérites. Premièrement, il revient sur une thématique peu abordée en langue française (elle l’est à peine plus en anglais) alors pourtant que le sujet, s’il n’est pas « glamour » s’avère important pour des armées marquées par les OPEX. Deuxièmement, il aborde la question sous un angle analytique mais aussi contextualisé.
Comme souvent dans les ouvrages en direction, les contributions sont très inégales et nous retiendrons essentiellement celles portant sur la théorie de la logistique, par Guillaume Lasconjarias et Benoist Bihan mais aussi sur son importance dans le conflit tamoul (Hughes Eudeline) et en Irak (Stéphane Taillat). De ce point de vue, les seules 62 premières pages valent l’achat de l’ouvrage. Plus loin, G-H. Bricet des Vallons revient sur le « paradigme Watan », qu’il avait déjà abordé dans nos pages. La suite >
Afghanistan : Mission Task Force La Fayette
4/10/12
José Nicolas (photos) et Christophe Gautier (textes). Edition l’Esprit de tous les combats, 2012, 256 p., 480 photos
Un très bel ouvrage que propose l’Aixois José Nicolas. Ce photo-reporter de 56 ans, ancien sous-officier du 3e RPIMa, devenu photographe de guerre chez SIPA press et indépendant depuis 1995, parcourt la planète depuis longtemps. Il a posé son appareil en 2011 en Afghanistan, auprès des troupes françaises engagées dans la Task Force La Fayette. De leur entraînement à Mailly et Canjuers jusqu’à leur déploiement dans les FOB de Tora, de Gwam ou de Nijrab, il a vécu avec eux le quotidien et rapporte des clichés émouvants, comme ceux de l’opération « Cigogne Blanche 3 », lorsque, dans la nuit du 7 août 2011, les hommes du 152e RI, du 19e RG et les légionnaires du 2e REP ont été pris à parti par des insurgés durant plus de trois heures. Au moment où la page « Afghanistan » commence à se tourner pour l’armée française, c’est sans nul doute un ouvrage qui fera référence, par la force de ses images. Mieux que tout autre, José Nicolas a su traduire par ses prises de vues la qualité de l’engagement, le goût de l’effort des hommes et des femmes qui ont servi en Afghanistan. Un bel hommage.
The Risk Society at War: Terror, Technology and Strategy in the Twenty-First Century
23/08/12
Mikkel Vedby RASMUSSEN, Cambridge University Press, Cambridge, 2006, 232 p.
Avec The Risk Society at War de Mikkel Vedby Rasmussen, nous sommes en mesure de préciser la nature des rouages guerriers en nous focalisant sur la charnière politique-stratégique. L’élément le plus fascinant de cette étude est d’exposer comment, à cette jonction entre le décideur politique et le militaire, se constituent une représentation de l’environnement international de sécurité, comment s’élaborent les recettes jugés opportunes pour agir dans cet environnement, et comment la confiance accordée à l’outil militaire se construit.
Le point de départ de l’auteur est de montrer comment s’est historiquement constituée une représentation de la violence en tant que moyens rationnel pour contrer des menaces à partir d’une relecture de la pensée stratégique du passé. Avec ce que l’on a appelé la Révolution dans les Affaires Militaires et la « Transformation », des concepts qui apparaissent dans les années 1990 et 2000, la croyance en la rationalité et en l’efficacité de l’outil militaire s’est encore renforcée parmi les hommes politiques. La suite >











