Entretien avec Dale R. Herspring, professeur émérite de sciences politiques à l’université d’État du Kansas (États-Unis).

Les militaires russes sont actuellement confrontés à d’énormes problèmes qui viennent aggraver une situation déjà délicate du fait que nombre de projets de réformes militaires ne se sont jamais concrétisés. Le renouvellement des équipements figure en tête des préoccupations. Comment les ressources russes en équipements militaires sont-elles dépensées ? Est-il possible d’envisager une évolution vers une meilleure transparence et une meilleure gestion ? Dans un tel contexte et dans le cadre de cette réforme, peut-on espérer une augmentation du budget de la défense ?

Permettez-moi, au préalable, de souligner que j’ai travaillé avec les forces soviétiques puis russes et que la presse militaire russe est bien plus transparente qu’on veut bien le croire. Il suffit pour s’en convaincre de voir la façon dont elle a couvert la guerre en Georgie. Jamais en Occident je n’ai entendu de commentaires aussi dévastateurs que ceux que j’ai lus en Russie. Le général en charge de cette opération a été limogé et les forces militaires ont subi d’énormes pressions en raison de leur « mauvaise » performance à cette occasion. J’irai même jusqu’à dire que la presse russe est parfois plus ouverte que dans certains pays occidentaux.

Le problème des équipements est très grave. Pendant dix ans, l’armée russe n’a quasiment pas reçu de nouvelles armes. Seuls trois navires, par exemple, ont été construits durant cette période. Encore plus préoccupant : d’après ce que l’on entend de la part des Russes eux-mêmes, les unités de productions sont équipées de machines dépassées et presque tous les spécialistes ont atteint l’âge de la retraite. Encore pire : on estime que, si la Russie se remettait à construire de nouveaux modèles d’avions ou de chars, ceux-ci auraient déjà pris dix ans d’obsolescence technologique avant même d’entrer en action sur le terrain. J’ai même l’impression qu’un grand nombre de spécialistes russes souffrent de ce que j’appellerais un complexe « d’infériorité technologique ».

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