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	<title>Magazine DSI &#187; Tactique</title>
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	<description>Défense et Sécurité Internationale</description>
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		<title>Combattre en ville &#8211; introduction</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jun 2012 08:59:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Introduction du Histoire &#38; Stratégie n°11 &#8211; Combattre en ville. Les fondamentaux de la guerre en zone urbaine Traditionnellement, les armées font « campagne », livrant leurs combats sur des « champs » de bataille et, de fait, le combat urbain a été négligé par les armées occidentales jusqu’à une période assez récente. L’environnement complexe des zones bâties, susceptible&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2012/06/HS11-Couv-BLOG.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-4886" title="H&amp;S11-Couv-BLOG" src="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2012/06/HS11-Couv-BLOG-230x300.jpg" alt="" width="230" height="300" /></a>Introduction du <a href="http://www.dsi-presse.com/?p=4885">Histoire &amp; Stratégie n°11 &#8211; Combattre en ville. Les fondamentaux de la guerre en zone urbaine<br />
</a></p>
<p>Traditionnellement, les armées font « campagne », livrant leurs combats sur des « champs » de bataille et, de fait, le combat urbain a été négligé par les armées occidentales jusqu’à une période assez récente. L’environnement complexe des zones bâties, susceptible de piéger les forces s’y aventurant, a fait de la ville un endroit considéré comme devant être évité par des armées qui se sont traditionnellement structurées pour un combat en zone ouverte.</p>
<p>C’est pourtant une vérité universelle de l’histoire militaire, on choisit rarement l’endroit où l’on se bat, l’adversaire cherchant à bénéficier de l’avantage défensif que lui confère la connaissance du terrain. La donne, pourtant, a changé. L’urbanisation du monde est une réalité appelée à se renforcer : plus de 50 % de la population mondiale vit maintenant en ville, les projections de l’ONU montrant que ce chiffre atteindrait les 60 % en 2030. À ce moment, un milliard de personnes pourraient vivre dans des bidonvilles. Déjà aujourd’hui, nombre de batailles récentes portent le nom de villes : Falloujah, Sarajevo, Grozny, Mogadiscio, Bassorah ou encore Vukovar. À l’avenir, cette tendance devrait se renforcer et le dernier rapport Horizons stratégiques de la Délégation aux affaires stratégiques d’indiquer que « <em>les espaces urbains, centres de pouvoir et lieux symboliques, devraient, compte tenu de l’urbanisation croissante, rester des zones privilégiées d’affrontement. Avec le développement des mégapoles et le rôle croissant des villes-États, les zones urbaines pourraient constituer bien plus qu’un simple espace d’engagement tactique ou opératif et devenir un espace stratégique à part entière caractérisé par des modes et des tactiques d’affrontement asymétrique spécifiques</em> (1) ».<span id="more-4898"></span></p>
<p>On le comprend, s’intéresser à la ville en tant qu’objet d’affrontement est donc légitime : souvent symbole politique de premier plan, la ville est aussi un verrou géographique – politique ou économique – qui suscite une résistance acharnée. L’ampleur des combats pour Stalingrad, Berlin ou Falloujah en atteste. Au-delà, le sujet est d’autant plus légitime que l’art de la guerre, une fois porté dans les villes, montre des formes et une diversité plus qu’intéressantes, imposant des contraintes fortes non seulement sur nos structures de force, mais aussi sur nos façons d’envisager la guerre. La guerre urbaine, en effet, ne se déroule pas dans des cadres éthiquement et juridiquement neutres pour les forces occidentales, alors que nombre de combattants qu’elles auraient à affronter n’ont pas à respecter les mêmes règles. Ce qui pose, en retour, la question de la façon dont nos forces pourront combattre dans ce type d’environnement, avec en filigrane une autre question, renvoyant à la possibilité d’emporter le succès dans de pareilles conditions. Les forces occidentales ne sont pourtant pas totalement démunies face aux opérations urbaines : si l’environnement relativise leur avance technologique, cette dernière offre également des opportunités intéressantes, qu’il s’agisse d’appui direct ou indirect ou encore de renseignement et de surveillance. La ville sera sans doute, également, un laboratoire pour les technologies robotiques.</p>
<p>Surtout, le combat urbain replace au centre de l’équation tactique le combattant, ses forces morales, ses qualités physiques, mais aussi ses savoir-¬faire. C’est un champ, au demeurant, en pleine mutation. Ainsi, le sergent ¬David ¬Bellavia raconte comment ses hommes et lui eurent à faire face aux miliciens de Moqtada al-Sadr dopés à l’épinéphrine : « <em>À Moqdadiyah, mon peloton a vu un milicien du ¬Mahdi défoncé charger le Bradley de Cory Brown. Le canonnier l’a balayé, en lui broyant les jambes, avec la mitrailleuse coaxiale. Il est tombé au large du Bradley, de dos sur le sol. Comme nous approchions de lui, il a commencé à rire. Le rire est devenu une sorte de caquètement hystérique nous glaçant jusqu’aux os. Nous regardant avec des yeux sauvages, il a pris un une bouteille de pilules de sa poche pleine de sang et a versé le contenu dans sa bouche.</em> […] <em>Un type avec ça dans son corps est presque un surhomme. À moins d’être éparpillé en morceaux par nos plus grosses armes, il continuera à se battre jusqu’à ce que ses membres soient rompus ou qu’il se soit vidé de son sang.</em> » Terriblement durs, les combats urbains se paient par des pertes – blessés et tués – d’autant plus pénibles que la présence massive de civils complique la donne : à Stalingrad, il est question de 40 000 civils morts, de 750 000 pertes allemandes, de plus de 1 100 000 pertes soviétiques, dont près de 480 000 tués. Les batailles contemporaines sont moins coûteuses, mais tranchent au regard des chiffres des pertes observées par les forces occidentales lors d’engagements « classiques ». Durant la deuxième bataille de Falloujah, en novembre et décembre 2004, Américains et Britanniques ont perdu 99 hommes et 570 autres ont été blessés, des chiffres à comparer aux 1 200 à 1 500 combattants insurgés tués, 800 civils ayant perdu la vie, en dépit de l’évacuation conduite. Ces bilans, à l’avenir, pourraient bien être alourdis du fait d’une diffusion des techniques liées aux opérations hybrides et qui verraient des combattants adverses agissant suivant des modes de combat irréguliers – traditionnels en ville – bénéficier de systèmes de technologie relativement avancée. Surtout, l’expérience récente démontre que des adversaires irréguliers sont tout autant – voire plus – que nos propres forces capables d’apprendre et de s’adapter.</p>
<p>Derrière les facteurs humains se posent également des questions centrales, cette fois du point de vue du commandement. Cela concerne, au premier chef, les choix effectués en matière de modes opératoires retenus et la compréhension de l’environnement même de la ville, qui n’en est pas isolée. On ne peut comprendre le combat urbain si on extrait la ville de ses atterrages immédiats, voire du théâtre d’opérations dans lequel elle est située. Ensuite, le combat urbain, particulièrement lorsqu’il est de haute intensité, pose des questions éthiques importantes qui, dans le contexte actuel, légitiment ou non une opération. À ce stade, la question de la discrimination est aussi centrale que celle de la proportionnalité. Si la tentation de l’anéantissement – que ce soit d’un ou de plusieurs quartiers ou d’une ville – existe (Falloujah, Grozny en 1999), encore faut-il constater que nos technologies ne nous permettront pas, à un horizon humain, de parvenir à distinguer les intentions différenciant un civil d’un combattant irrégulier. On le comprend, l’intelligence tactique du moindre soldat ne peut qu’être mise à rude épreuve dans un environnement où son stress sera tel que sa consommation moyenne d’eau sera de deux à trois fois supérieure à la moyenne et où tout séjour de plus de vingt-quatre heures est susceptible de causer un stress post-traumatique.</p>
<p>Embrasser la complexité du phénomène guerrier en ville est complexe, aussi ce numéro d’Histoire &amp; Stratégie se découpera suivant quatre parties. La première est consacrée à l’environnement urbain en tant que tel, aussi bien dans ses caractéristiques premières que dans la relation que la géographie – dont la place est déterminante – y entretient aux opérations. La deuxième partie est consacrée à la théorie du combat urbain, plus qu’à la tactique et au close quarter battle au sens strict. Ce sera à la fois le cas par l’examen de la place prise par la guerre en environnement urbain dans les œuvres stratégiques classiques, mais aussi par une analyse des modes et des catégories d’action envisageables actuellement – qu’il s’agisse de combat d’infiltration ou d’anéantissement. Il s’agira ainsi de « dresser la carte des possibles », tout en prenant en compte la spécificité des adversaires que l’on peut potentiellement y rencontrer, mais aussi en s’attachant à la diversité des formes d’opérations urbaines. La dernière partie revient sur deux catégories d’expériences récentes. D’une part, celle de la Russie en Tchétchénie, que ce soit en 1994 ou en 1999. Analysées dans la continuité historique, ces opérations menées par une force en constante dégradation capacitaire (au sens large, soit y compris dans son entraînement et son commandement) démontrent des changements radicaux, qu’il s’agisse des modes d’action retenus ou encore du processus d’adaptation préalable à la conduite des opérations. D’autre part, l’expérience israélienne à Beyrouth, puis au cours des première et deuxième Intifadas. Cette fois, il s’agit d’étudier une force bénéficiant d’un haut niveau technologique et capacitaire dans un contexte certes spécifique à tous points de vue, mais démontrant également des problèmes d’adaptation.</p>
<p>Note<br />
(1) Délégation aux affaires stratégiques, Horizons stratégiques, Paris, 2012, p. 64.</p>
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		<title>Le feu contre l&#8217;homme  : l&#8217;impasse de la destruction comme idéal de guerre</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 13:05:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Tactique]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, animateur du blog La plume et le sabre et rédacteur en chef adjoint de Histoire &#38; Stratégie Pendant dix longues heures en ce 21 février 1916, l&#8217;artillerie allemande tire plus d&#8217;un million d&#8217;obus sur les positions françaises au nord de Verdun dans la plus longue et la plus&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, animateur du blog La plume et le sabre et rédacteur en chef adjoint de H<em>istoire &amp; Stratégie</em></p>
<p style="text-align: justify;">Pendant dix longues heures en ce 21 février 1916, l&#8217;artillerie allemande tire plus d&#8217;un million d&#8217;obus sur les positions françaises au nord de Verdun dans la plus longue et la plus massive préparation d&#8217;artillerie jamais enregistrée jusqu&#8217;alors. Lorsque les premières vagues d&#8217;assaut allemandes s&#8217;élancent, elles n&#8217;imaginent pas que les français puissent leur opposer une quelconque résistance. Pourtant, dans le Bois des Caures, deux bataillons de chasseurs à pied opposent à l&#8217;élite de la Reichswehr une résistance acharnée, et retardent de deux jours la percée allemande. En dépit des pertes et de la violence des bombardements, les troupes françaises s&#8217;accrochent partout au terrain, et immobilisent la percée allemande. La bataille de Verdun, envisagée comme une percée, devient par la force des choses une bataille d&#8217;attrition, la plus longue de la guerre. Elle fera près de 300 000 morts dans les deux camps.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que, en ce 20 novembre 1943, les premiers Marines embarquent dans les chalands qui doivent les amener à terre sur Bétio, l&#8217;île principale du minuscule atoll de Tarawa dans le Pacifique central, ils pensent ne trouver que des cadavres. Comment quiconque aurait-il pu survivre aux bombardements, aériens et navals, qui matraquent l&#8217;atoll depuis plusieurs semaines ? Qui aurait pu résister à la puissance de feu de la flotte d&#8217;invasion la plus puissante jamais réunie à ce moment ? Pourtant, à peine auront-elles touché terre que les premières vagues d&#8217;assaut seront clouées sur place par le feu de Japonais bien vivants, et ayant résisté aux tonnes de munitions déversées sur eux. Il faudra trois jours de combat acharnés, et plus de mille tués, aux vingt-mille Marines de la 2d Marine Division pour conquérir une île d&#8217;à peine trois kilomètres de long sur moins d&#8217;un de large défendue par à peine trois mille soldats.<span id="more-4304"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’en juillet 2006 les Forces de Défense Israéliennes lancent sur le Liban une offensive aérienne d&#8217;envergure destinée à détruire les capacités militaires du Hezbollah, elles ne doutent pas de la rapidité du succès. Armée de plus de 400 avions et hélicoptères de combat dotés des armements les plus modernes, soutenue par l&#8217;artillerie intégrée dans un plan de feux d&#8217;ensemble, dotée des meilleurs systèmes C4ISR, l&#8217;armée de l&#8217;air israélienne pense venir facilement à bout d&#8217;un adversaire incapable de se défendre faute de moyens sol-air. Et pourtant, après cinq jours d&#8217;attaques, il faut se résoudre devant leur insuccès à engager les forces terrestres, lesquelles, habituées à des opérations de police dans les territoires palestiniens, font face à un ennemi entraîné au potentiel de combat intact, qui leur réserve une mauvaise surprise. En plus d&#8217;un mois de combat et en dépit de l&#8217;engagement de moyens supérieurs à ceux de la plupart des armées européennes, les israéliens échouent à accomplir leurs objectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait multiplier les exemples similaires. L&#8217;idée selon laquelle il est possible de vaincre l&#8217;adversaire sans avoir à le combattre, en appliquant sur celui-ci une quantité suffisante de puissance de feu, n&#8217;est pas neuve. Depuis que l&#8217;arme à feu est devenue, au cours du XVIIème siècle, l&#8217;armement principal des armées européennes, le feu a, en occident, exercé sur les esprits civils comme militaires une dangereuse influence, et transformé progressivement la perception même de la guerre. Loin de ne constituer qu&#8217;un outil, tactique ou stratégique, le feu a progressivement envahi le champ idéel, et jusqu&#8217;à l&#8217;imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu&#8217;au développement de l&#8217;arme à feu, les armes de jet n&#8217;ont pas la possibilité de provoquer la décision, et il faut s&#8217;en remettre au corps à corps pour obtenir celle-ci. Or le corps à corps, le choc, est une forme de combat très incertaine, dans la mesure où son effet est avant tout moral, et donc impossible à prévoir ; l&#8217;effet du choc dépend de la réaction d&#8217;autrui bien plus que des rapports de forces réels. Le feu, en revanche, a un effet d&#8217;abord physique. Selon la laconique formule du futur maréchal Pétain, « le feu tue ». Les effets du feu sont donc quantifiables, et cadrent bien avec la « mathématisation » de la guerre – et du monde – à l&#8217;œuvre aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le feu, en quantité suffisante, doit permettre de détruire l&#8217;adversaire physiquement, supprimant donc ainsi la nécessité du choc pour rompre un dispositif adverse censé ne plus exister.</p>
<p style="text-align: justify;">Progressivement, l&#8217;idée de détruire une portion du dispositif adverse devient celle de détruire l&#8217;adversaire dans sa globalité. Vaincre l&#8217;adversaire devient moins important que le détruire. La destruction cesse d&#8217;être un moyen pour devenir une fin en soi, supplante la manœuvre, et doit rendre le combat obsolète. Cet idéal de la destruction, porté par la technique, va s&#8217;incarner à de multiples reprises dès la fin du XIXème siècle, mais surtout au XXème siècle. La bataille de Verdun, telle qu&#8217;elle est préparée du côté allemand, est l&#8217;expression la plus aboutie jusqu&#8217;alors de l&#8217;esthétique de puissance destructrice véhiculée par le feu. Elle va également en être son premier échec. En effet, que ce soit à Verdun, sur la Somme, à Tarawa, au Liban ou sur les villes anglaises, allemandes ou vietnamiennes, le feu échoue à remporter la victoire. Certes le feu tue, et ce de mieux en mieux. Mais il ne brise pas la volonté de combattre de l&#8217;adversaire. Il détruit, mais il ne vainc pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Les guerres contemporaines soulignent l&#8217;impuissance surprenante du feu face à l&#8217;homme. Le feu peut tuer les corps, meurtrir les chairs, et l&#8217;homme est impuissant à l&#8217;en empêcher. Mais cette impuissance individuelle, si douloureusement apparente dans les récits de soldats, se transforme en puissance collective dès lors que la volonté de se battre reste intacte, parce que symboliquement la motivation des combattants leur permet de dépasser la violence qu&#8217;on leur inflige. Au delà de l&#8217;importance immédiate du « groupe primaire », c&#8217;est l&#8217;importance de l&#8217;enjeu qui fixe le seuil de motivation des combattants. La Patrie, la Révolution, l&#8217;Honneur, la Religion, l&#8217;Histoire, autrement dit le territoire et l&#8217;identité – la Révolution, chez les volontaires de l&#8217;an II, est constitutive de leur identité – suscitent chez leurs défenseurs le courage de faire face au feu.</p>
<p style="text-align: justify;">Au demeurant, et au regard de l&#8217;Histoire, l&#8217;effet concret du feu sur le moral adverse est finalement plus faible qu&#8217;on ne pourrait le penser. Il n&#8217;y a en effet pas de transposition immédiate de l&#8217;effet physique dans le domaine psychologique. Dès lors que sa motivation est suffisante – et elle l&#8217;est dès lors que l&#8217;enjeu est suffisamment élevé – le feu ne suffit pas à défaire l&#8217;adversaire. Si il est toujours possible alors de détruire ponctuellement – c&#8217;est généralement de cette manière que se terminent les engagements en Afghanistan – l&#8217;adversaire meurt invaincu, et sa destruction aussi totale soit-elle sur le plan local n&#8217;a aucun effet sur le résultat global. C&#8217;est la combinaison du feu, de la manœuvre et du choc qui permet, seule, de provoquer chez l&#8217;adversaire l&#8217;effet moral décisif, au niveau tactique comme opératif. La défaite, on l&#8217;oublie trop souvent, est un acte volontaire : l&#8217;adversaire doit reconnaître qu&#8217;il est vaincu. Pour cela il faut le placer en état de choc, ce que seule l&#8217;intention humaine – dont les armes ne sont que l&#8217;outil – peut provoquer. L&#8217;Homme, et non le feu, reste bien l&#8217;instrument ultime de la victoire, car ce n&#8217;est que par sa présence que la guerre quitte le champ de la mécanique pour investir celui du politique.</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Nous empruntons, en l&#8217;inversant, ce titre à l&#8217;étude monumentale du colonel américain S.L.A. Marshall, Men Against Fire, consacrée au combat des petites unités américaines en Europe en 1944-1945 et qui constitue l&#8217;un des premiers ouvrages académiques consacrés à la place de l&#8217;homme dans le combat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Article publié dans DSI n°51, septembre 2009. Aucune reproduction sans autorisation préalable de la rédaction</p>
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		<title>Les Etats frace aux cybermenaces &#8211; rapport du SDA</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 09:05:12 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le Security and Defence Agenda vient de publier un rapport sur la cybersécurité et le degré de préparation des Etats aux cybermenaces, en partenariat avec McAfee. Le rapport intégral, en anglais, peut être librement accessible ici. Un résumé, qui comprend également la carte de notation des pays et rédigé en français est disponible ici.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le Security and Defence Agenda vient de publier un rapport sur la cybersécurité et le degré de préparation des Etats aux cybermenaces, en partenariat avec McAfee. Le rapport intégral, en anglais, peut être librement accessible <a href="http://www.mcafee.com/us/resources/reports/rp-sda-cyber-security.pdf?cid=WBB048">ici</a>. Un résumé, qui comprend également la carte de notation des pays et rédigé en français est disponible <a href="http://www.3dcommunication.fr/SMR/McAfee/Cyberdefense/Executive%20Summary%20France.pdf">ici</a>.</p>
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		<title>La 33F est (re)créée, le NH90 Caïman est officiellement opérationnel</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 09:40:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Tactique]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici in extenso, l&#8217;article que DSI a consacré à l&#8217;appareil, publié dans le dernier hors-série n° 20 (octobre-novembre 2011) &#160; NH90 Caïman &#8211; Une première flottille dans trois mois Par Véronique Sartini Le NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), version « navale » (1) de l’hélicoptère multirôle prévu pour remplacer les Super Frelon puis les Lynx, est aujourd’hui en expérimentation&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici <em>in extenso</em>, l&#8217;article que DSI a consacré à l&#8217;appareil, publié dans le dernier hors-série n° 20 (octobre-novembre 2011)</p>
<div id="attachment_3861" class="wp-caption alignleft" style="width: 435px"><a href="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2011/12/DSC05434-SMALL.jpg"><img class="size-full wp-image-3861" title="NH90 Caïman" src="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2011/12/DSC05434-SMALL.jpg" alt="" width="425" height="319" /></a><p class="wp-caption-text">Expérimentations du treuillage, ici avec un SNA de la classe Rubis ((c) CEPA/10S)</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>NH90 Caïman &#8211; </strong><strong>Une première flottille dans trois mois</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Par Véronique Sartini</strong></em><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), version « navale » (1) de l’hélicoptère multirôle prévu pour remplacer les Super Frelon puis les Lynx, est aujourd’hui en expérimentation au CEPA (Centre d’Expérimentations Pratiques de l’Aéronavale) (2) de Hyères qui dispose, pour l’instant, de quatre machines baptisées Caïman. Depuis la première livraison – en mai 2010 – par l’industrie à la Marine nationale, les hommes du CEPA avaient, fin août, déjà volé 550 heures pour expérimenter la machine. Une évaluation longue et minutieuse, par paliers, qui doit permettre à terme de fournir à la Marine les premières lignes de conduite de l’appareil dans chacune des missions qui lui sont dévolues. La première et la principale pour ces hélicoptères impressionnants : la lutte aéromaritime au-­dessus et au-­dessous de la surface. Les expérimentations démarrent tout juste. En revanche, 80 % des expérimentations sont désormais effectuées sur ses missions secondaires de sécurité maritime et de sauvetage en mer (mission SECMAR) ainsi que pour les missions de contre-­terrorisme maritime. Une première flottille – sur les deux prévues – doit voir le jour en Bretagne (à Lanvéoc-­Poulmic) dès la fin de l’année 2011.<span id="more-3860"></span> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Certes, le programme souffre d’un retard de plus de cinq ans, puisque le premier appareil devait initialement être reçu en… 2005. Et les objectifs du CEPA glissent par rapport à ceux qu’il s’était fixés lors de la première réception de l’appareil, il y a dix-­huit mois. Le CEPA estime qu’il a perdu près de 600 heures de vol théoriques. Les raisons ? Elles sont principalement liées aux problèmes de cadence de livraison. Il aurait dû recevoir quatre machines en 2010 et trois en 2011. Il faut ajouter à cela la lourdeur inhérente à tout programme multinational : pas moins de 23 versions différentes de l’hélicoptère en fonction des commandes des 14 pays signataires obligent l’industriel à avancer par petits pas. Des adaptations restent donc à faire, notamment sur les senseurs et leur intégration. Et puis, bien sûr, les aléas des expérimentations, principalement dus à la faiblesse de maturité de l’ensemble des systèmes et à une maintenance moderne des hélicoptères. Rien de très grave, assurent les marins de Hyères, les machines sont nouvelles, hautement perfectionnées. C’est plus leur manière de travailler, accepter d’exploiter la machine malgré les problèmes techniques encore pointés afin d’acquérir plus rapidement l’outil, qui les freine un peu. Les Allemands et certaines nations du nord, par exemple, ne volent pas tant que tous les voyants ne sont pas au vert. Prometteuses mais forcément complexes, ces machines font franchir aux marins un saut équivalant à celui qu’ont pu rencontrer les aviateurs en s’appropriant le Rafale ou les pilotes de l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) avec le Tigre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une première flottille dans trois mois</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le séquençage des expérimentations suit un calendrier serré, imposé par la création d’une première flottille en Bretagne – plus précisément, la « renaissance » de la 33F, dissoute en 1999 – qui remplacera dans un premier temps les missions qu’effectuaient les Super Frelon (3). Aussi, pour commencer, c’est l’ensemble des qualités du porteur qui ont été évaluées. De ce côté, rien à dire. De jour, de nuit, par mauvais temps, à masse maximale, sur pilote automatique ou sans, les qualités de vol, l’ergonomie et les performances du porteur sont « <em>très prometteuses </em>», affirme le capitaine de frégate ­Guillaume ­Guitard, commandant le CEPA. Atout considérable quand on sait que l’appontage, parfois par vent de travers, est toujours une opération délicate pour les marins et que de surcroît, il intervient en fin de mission.</p>
<p style="text-align: justify;">L’évaluation des différents senseurs, quant à elle, prend plus de temps. Jusqu’ici, ce sont les senseurs nécessaires aux missions SECMAR – plus simples – qui ont été évalués : radar, boule FLIR (Forward Looking InfraRed, système de détection et de pistage des cibles infrarouge), précision de navigation. Si les équipements sont déjà montés sur les machines, les performances optimales ne sont pas encore toutes qualifiées, bien que « <em>l’on ait déjà franchi un bond significatif par rapport à nos capacités actuelles </em>», poursuit ­Guillaume ­Guitard. C’est pour cette raison que les machines connaissent deux standards, qualifiés de « Step ». Le « Step A » correspond aux premières machines livrées, avec toutes les fonctions majeures, mais non encore pourvues de toutes leurs capacités, en attendant le standard final, le « Step B », qui verra les machines dotées de leurs capteurs améliorés et de leur armement (voir encadré page xx). Aujourd’hui, par exemple, si le radar panoramique – à 360° – fonctionne correctement, il connaît encore quelques problèmes de maturité pour détecter notamment les petites cibles à courtes distances. Cela provient essentiellement d’un fonctionnement en mode automatique qui provoque un écrêtage – dû aux faux échos – des petites cibles proches. L’industriel y pourvoit, et ce défaut devrait être corrigé sur les machines « Step B ». Pour ce qui concerne la boule FLIR, les marins du CEPA semblent enthousiastes. Elle « <em>fonctionne de manière exceptionnelle </em>», expliquent-­ils. Par ailleurs, couplé au radar, ce « prolongement de l’œil » qui permet de caractériser précisément une détection est une nouveauté pour eux. Ils y voient une application très prometteuse pour les missions de lutte au-dessus de la surface et, bien entendu, de SECMAR ou de contre-terrorisme maritime. Bien sûr, ils regrettent que les choix de l’époque – effectués il y a vingt ans désormais – ne se soient pas portés sur l’intégration d’une voie TV dans cette optique. Elle pourra toujours être intégrée par la suite… Plus gênant, ils ne disposent pas de cartographie numérique. Quand on sait que 70 % de leurs missions sont conduites à proximité des côtes, qu’une machine si perfectionnée en soit pour l’instant dépourvue est… quelque peu dommage.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, toute la partie treuillage a été évaluée. Avec des points de maturité à corriger, comme le design du croc du treuil qui ne les satisfait pas. Cette pièce comporte deux crochets – choix intéressant pour les hélicoptères terrestres –, dont le second avait tendance à s’accrocher sur un plongeur ou une ridelle du bateau. Ils ont donc conçu une petite pièce pour le masquer. Autre déconvenue : le souffle du rotor, très puissant et très concentré, s’est avéré gênant pour les treuillages à basse hauteur ou sur une embarcation dépourvue de gouvernance. Il a donc fallu travailler longuement pour adapter les techniques de treuillage, trouver la bonne hauteur. C’est précisément l’objet de ces expérimentations qui doivent permettre de fournir à « l’exploitant marine » l’outil et sa doctrine d’emploi précise en fonction de chaque cas probable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Démarrage des évaluations ASF et ASM</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un premier détachement d’une soixantaine d’hommes a déjà quitté Hyères pour Lanvéoc-Poulmic afin d’y constituer l’échelon précurseur de la première flottille. Ils y achèveront les 20 % d’expérimentation qu’il reste, estiment-­ils, pour terminer les évaluations de la machine dans ses missions SECMAR (finir de s’approprier le matériel, former les équipages et écrire la documentation). Sa première capacité opérationnelle doit intervenir fin 2011, début 2012. Un chalutier en détresse devrait donc pouvoir compter sur eux dès le début de l’année prochaine. Il est par ailleurs prévu que le NH90 Caïman puisse participer aux missions de contre-terrorisme maritime lors des JO de Londres, l’été prochain. Une centaine d’hommes restent à Hyères, affranchis de ces expérimentations SECMAR, pour se concentrer sur les expérimentations de lutte au-dessus de la surface (ASF) et sous-­marine (ASM). La Marine réclame une première capacité d’embarquement sur FDA (Frégate de Défense Aérienne, classe Forbin) pour mi-2012, tandis qu’une pleine capacité ASM doit être en phase avec l’admission au service actif des premières FREMM (Frégates Multi-­Missions, classe Aquitaine), soit fin 2012, probablement.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux flottilles, à terme, se partageront donc les 27 NH90 prévus pour la Marine nationale : la 31F (4) de Hyères et la 33F de Lanvéoc-­Poulmic, lesquelles ne seront pas spécialisées, mais réaliseront sur chaque façade maritime l’ensemble des missions dévolues au Caïman. Bien entendu, ni le hangar ni les plates-­formes des frégates antiaériennes de la classe Jean Bart ou anti-­sous-­marines de la classe Georges Leygues ne leur permettent d’accueillir le NH90. Ces dernières conserveront les Lynx et Panther dont le calendrier de retrait correspond au leur (2020-2022). Une rénovation à mi-­vie du Lynx est d’ailleurs en cours au SIAé (Service Industriel de l’Aéronautique) de Cuers, tandis que le premier Panther rénové au standard 2 se trouve à Hyères, en phase d’évaluation opérationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est prévu qu’un seul NH90 soit embarqué à bord des futures frégates (FDA et FREMM), son autonomie étant jugée plus grande que celle des Lynx. Des « lots d’autonomie » seront donc mis en place à bord, gérés par des techniciens embarqués d’un niveau assez élevé. Aussi, un détachement embarqué devrait‑il être constitué de 15 personnes (environ 10 techniciens et 5 personnels volants). Ce sont, là encore, les expérimentations qui permettront de définir précisément ce nombre. Par ailleurs, il n’est pas exclu que le NH90 arme le porte-­avions Charles de Gaulle (à l’instar des États-­Unis qui disposent de deux à cinq Seahawk à bord de leurs porte-­avions) ainsi que les BPC, en tant qu’appareil de combat, voire appareil « Pedro » (sauvetage au profit d’un avion embarqué), principalement pour assurer la lutte ASF/ASM ou la protection rapprochée de ces bâtiments précieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux campagnes d’appontage ont déjà été effectuées sur le BPC et sur FDA, ainsi que des expérimentations techniques de maintenance à bord. Elles ont déjà permis de mettre le doigt sur un défaut majeur lié au système de manutention à bord du bateau, le SAMAE (Système d’Aide à la MAnutention des hélicoptères Embarqués, qui permet de rouler l’hélicoptère depuis la plate-­forme jusqu’au hangar), lequel n’est pas adapté. Les spécifications, données à DCNS il y a quelques années, ont évolué, sans que les bonnes connexions aient été faites entre les industriels… Ce point très critique, connu, oblige à trouver des systèmes palliatifs pour permettre « l’embarquabilité » des hélicoptères sur le bateau, en attendant que DCNS modifie ses systèmes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une maintenance encore très importante</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À en croire les marins du CEPA, ce qui leur donne le plus de soucis actuellement relève de la maintenance, tant opérative que préventive. Avec une disponibilité actuelle de l’ordre de 30 à 40 % – ce qui est normal, soulignent-­ils, pour un appareil en expérimentation –, l’apprentissage et la découverte des opérations de dépannage sont fastidieux. Ils sont pour cela correctement secondés par l’industriel – Eurocopter – dont un détachement est présent à Hyères. Un autre point sur lequel travaillent d’arrache-­pied les hommes du CEPA : la réduction du temps nécessaire à la mise en route de la machine. Jusqu’ici, il fallait quarante minutes entre l’ordre de décollage et le moment où la machine était prête à le faire – ce qui est forcément pénalisant dès lors qu’on leur demande de tenir des alertes à une heure ! La complexité de la machine induit quantité de systèmes à mettre en route, munis chacun de leur propre « autotest ». Le travail du CEPA, secondé par l’industriel, porte sur les procédures à mettre en place pour diminuer ce temps : préparer la machine et faire en sorte que ces autotests soient déjà passés ou que le séquençage soit mieux fait. De quarante minutes, le délai est déjà passé à vingt-cinq. L’objectif à atteindre est de dix à quinze minutes, le même que pour les EC725 Caracal.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce travail long et compliqué pour parvenir à exploiter la totalité des capacités de la machine n’est pas encore terminé. La grosse partie encore à venir concernera l’exploitation optimale des senseurs et leur fusion, ainsi que l’écriture de leur doctrine d’emploi. Les premières expérimentations ont déjà montré un besoin supplémentaire de consoles tactiques pour pouvoir exploiter l’ensemble des senseurs, ainsi que la nécessité d’avoir un troisième homme à l’arrière, un « senso », affecté à l’exploitation de ces consoles. Malgré les réserves pour l’instant énoncées et ces difficultés inhérentes à toute expérimentation, <em>« aucun défaut n’est pour l’instant rédhibitoire </em>», explique le capitaine de frégate ­Guillaume ­Guitard et l’enthousiasme des marins de Hyères se ressent nettement. Ils « déballent » encore l’outil « <em>efficace </em>», prévoient-­ils, qu&#8217;ils utiliseront durant les trente ans qui viennent, regrettant d’ailleurs qu’il n’ait pu encore servir au large de la Libye.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) L’armée de Terre devrait recevoir prochainement la version « terrestre » TTH (Tactical Transport Helicopter) du NH90.</p>
<p style="text-align: justify;">(2) Le pendant du CEAM (Centre d’Expériences Aériennes Militaires) basé à Mont-de-Marsan pour l’armée de l’Air et du GAM/STAT (Groupement Aéromobilité de la Section Technique de l’Armée de Terre) basé à Valence pour l’armée de Terre. Le CEPA s’occupe de toutes les expérimentations relatives aux aéronefs embarqués (chasse, hélicoptères, patrouille maritime, drones), à leur interface avec les bateaux, ainsi que de ce qui concerne l’emploi de matériels ou d’armements spécifiques entre les avions et les bateaux (bouées acoustiques, torpilles, <em>etc</em>.)</p>
<p style="text-align: justify;">(3) Retirés du service en 2010 et momentanément remplacés par des EC225, la version civile du 725, pour pallier le retard du programme NH90.</p>
<p style="text-align: justify;">(4) La flottille 31F de Hyères, volant sur Lynx, avait été mise en sommeil à l’été 2010. Elle renaît donc avec le NH90. Il ne reste plus qu’une seule flottille volant sur Lynx, basée en Bretagne et qui dispose d’un petit détachement à Hyères.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Spécifications </strong></p>
<p style="text-align: justify;">• Trois membres d’équipage : un seul pilote (pour 95 % des missions) ; un coordinateur tactique (le « taco ») ; un opérateur qui met en œuvre les senseurs (le « senso »).</p>
<p style="text-align: justify;">• Poste radio (UHF/VHF) ; poste Saturn ; IFF et interrogateur d’IFF ; Liaison‑11, PR4G pour discuter avec les troupes au sol.</p>
<p style="text-align: justify;">• Boule FLIR.</p>
<p style="text-align: justify;">• Radar panoramique ENR (European Naval Radar) à 360° disposant du mode ISAR (Inverse Synthetic Aperture Radar, un mode doppler qui permet de reconstituer la silhouette du radar voisin, intéressant pour la reconnaissance). Portée du radar : 200 nautiques.</p>
<p style="text-align: justify;">• Suite ESM (Electronic Support Mesure), permet la détection électromagnétique, la guerre électronique.</p>
<p style="text-align: justify;">• Système de leurre, non encore fourni.</p>
<p style="text-align: justify;">• Armement :</p>
<p style="text-align: justify;">– Torpilles : 2 MU90 ;</p>
<p style="text-align: justify;">– Missile MARTE (dans sa version italienne) ;</p>
<p style="text-align: justify;">– ANL (Anti Navire Léger) franco-­britannique pour le NFH français ;</p>
<p style="text-align: justify;">– Armement de sabord : ANF 1 (7,62 mm) ; fusil de 12,7 mm de précision de type PGM et vraisemblablement une MAG 58.</p>
<p style="text-align: justify;">• Capacité VERTREP (Vertical Replenishment) : crochet + élingue permettant de soulever jusqu’à 3,5 t.</p>
<p style="text-align: justify;">• Potences corde lisse.</p>
<p style="text-align: justify;">• Cargo 14 places.</p>
<p style="text-align: justify;">• 14 kits ASM commandés : sonar FLASH trempé et capacité de lancer 20 bouées actives et passives, de les écouter à bord, et de programmer leur lancement. Les capacités de détection devraient être multipliées par trois par rapport au Lynx.</p>
<p style="text-align: justify;">• 13 machines devraient être équipées avec « rampes », permettant d’embarquer facilement du chargement pour soutenir une force navale (moteur de remplacement par exemple, voire le transport spécial à destination du Charles de Gaulle, une des missions qui leur sont dévolues).</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Calendrier prévisionnel </strong></p>
<p style="text-align: justify;">• Prise d’alerte de deux équipages SECMAR/CTM en Bretagne : décembre 2011</p>
<p style="text-align: justify;">• Prise d’alerte SECMAR Hyères : 2012</p>
<p style="text-align: justify;">• Première capacité de lutte au-dessus de la surface : mi-2012, sur les FDA</p>
<p style="text-align: justify;">• Première capacité ASM : été 2012 (laquelle est en train d’évoluer en fonction de la mise en service des FREMM).</p>
<p style="text-align: justify;">• Mise en Service Opérationnel (MSO) définitive : juin 2014.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les premiers NH90 Caïman dans la Marine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">• Le premier a été livré le 5 mai 2010 ;</p>
<p style="text-align: justify;">• le 2<sup>e</sup>, le 7 septembre 2010 ;</p>
<p style="text-align: justify;">• le 3<sup>e</sup>, le 12 décembre 2010 ;</p>
<p style="text-align: justify;">• le 4<sup>e</sup>, le 27 mai 2011 ;</p>
<p style="text-align: justify;">• le 5<sup>e</sup>, en octobre 2011 ;</p>
<p style="text-align: justify;">• le 6<sup>e</sup> est attendu pour la fin de l’année 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">Les sept premiers NH90 Caïman sont attendus au standard « Step A » (la qualification des performances n’est pas encore achevée, notamment sur tous les senseurs, mais ce niveau intermédiaire a permis de recevoir les machines plus tôt). Les machines suivantes seront livrées au standard « Step B », standard final. Les sept premiers hélicoptères « Step A » seront ensuite rétrofités au « Step B ».</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Capacités du STEP A :</strong> qualifié pour pouvoir assurer les missions SAR (Search And Rescue) et les missions ASM/ASF avec des performances senseurs non encore garanties. Capacité treuil ; radar au standard « Step A » ; boule FLIR ; ESM (capacité de détection électromagnétique), mais non encore livré sur les 4 premières machines ; système SONICS ; Liaison‑11 ; des limitations pointées pour l’embarquement, dues au SAMAE (Système d’Aide à la MAnutention des hélicoptères Embarqués) installé sur les bateaux.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Capacités au STEP B</strong> : version complète du NH90 dans sa version combat, en phase de qualification au sein de la DGA. Le « Step B » verra la qualification globale de la performance des senseurs, laquelle devrait intervenir fin 2012 (ESM, Radar, FLIR, Liaison‑11, radios, emploi de leurres), l’emport de réservoirs supplémentaires externes, de l’armement de sabord et du système AIS, une correction de la capacité d’alignement des centrales à inertie à la mer ainsi que la pleine capacité d’embarquement.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Déclin de la puissance aérienne : faut-il croire Martin Van Creveld ? (extraits)</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 09:53:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI L&#8217;historien militaire israélien Martin Van Creveld vient récemment de publier The Age of Airpower , un ouvrage de 500 pages dans lequel il revient sur l&#8217;histoire de la puissance aérienne, affirmant que l&#8217;aviation militaire est, littéralement, finie. Son inefficacité à gagner seule les guerres, son peu d&#8217;utilité&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;historien militaire israélien Martin Van Creveld vient récemment de publier The Age of Airpower , un ouvrage de 500 pages dans lequel il revient sur l&#8217;histoire de la puissance aérienne, affirmant que l&#8217;aviation militaire est, littéralement, finie. Son inefficacité à gagner seule les guerres, son peu d&#8217;utilité dans les guerres irrégulières ou encore son coût seraient tels qu&#8217;elle serait condamnée. Appuyant son propos au travers de plusieurs articles et interview , les propos de l&#8217;auteur doit toutefois être remis dans leur contexte et méritent d&#8217;être à la fois nuancés et remis en perspective.<span id="more-3682"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Pouvant faire des sorties théâtrales , l&#8217;auteur des excellents Command in War ou de Technology and War peut aussi produire des analyses confinant parfois à la mauvaise foi. En 1989, dans les Transformations de la guerre , il envisageait la fin de Clausewitz ou le règne des entités subnationales sur les questions stratégiques avec à la clé la fin des Etats comme entités stratégiques. Radical dans ses hypothèses &#8211; ce qui n&#8217;est certainement pas un mal &#8211; il peut également l&#8217;être dans la conduite de la méthodologie lui permettant d&#8217;étayer cette hypothèse, au risque de minorer des facteurs la relativisant. Si l&#8217;auteur de cet article, en ayant lui-même beaucoup écrit sur la puissance aérienne, est également susceptible d&#8217;être critiqué pour chercher à relativiser des travaux le contredisant, il n&#8217;en demeure pas moins que l&#8217;on ne travaille par sur les études stratégiques avec un hachoir. Reste, cependant, que M. Van Creveld pose avec son dernier ouvrage une série des questions qui reviennent périodiquement dans les débats stratégiques et qui présentent une certaine pertinence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Gagner les guerres à la force de l&#8217;avion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La première de ces questions est un &laquo;&nbsp;marronnier&nbsp;&raquo; pour les critiques de la puissance aérienne : elle ne serait pas capable de gagner à elle seule les guerres comme le prédisaient ses grands théoriciens, Douhet, Mitchell ou Trenchard. Premier arrêt ici sur trois auteurs qui ont certes marqué l&#8217;historiographie de la puissance aérienne, toutefois plus pour leur rôle de propagandistes que pour leurs apports théoriques, fondamentalement faibles. La défense d&#8217;une arme à peine née et à peine disponible les pousse souvent à développer un réel activisme politique doublé d&#8217;une radicalité de leurs prises de positions. Pour Douhet, quelque soit la défense qui lui est opposée, le bombardier passera ; pour Trenchard (dont l&#8217;essentiel des travaux seront de nature doctrinale), les bombardements de villes sont la clé de la victoire. Pour Mitchell, l&#8217;aviation élimine le besoin d&#8217;avoir des marines. Mais si la lecture des documents qu&#8217;ils nous ont laissé est intéressante en soi, elle n&#8217;offre toutefois qu&#8217;un panorama très partiel de ce qu&#8217;est la pensée aérienne et, comme souvent, ce sont les auteurs les plus radicaux qui sont aussi les plus lus.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, l&#8217;historiographie montre aussi des auteurs nettement plus prudents : Slessor ou, plus récemment, Pape ou Warden, pour ne citer que ceux-là, qui savent se montrer très critiques à l&#8217;égard de leurs prédécesseurs. Une bonne partie de Bombing to win de Robert Pape est d&#8217;ailleurs une critique assez virulente des théories de Douhet . Les travaux allemands de l&#8217;entre-deux-guerres, qui tirent notamment parti de l&#8217;expérience de la guerre civile espagnole, sont également très intéressants. Et si l&#8217;on peut être très critiques à l&#8217;endroit des EBO, un certain nombre de travaux qui ont été menés dans ce cadre &#8211; dans leurs liaisons à Boyd notamment &#8211; sont intéressants, que ce soit chez Osinga ou Szafranski.</p>
<p style="text-align: justify;">Passons maintenant à la question de la victoire, évidemment décisive, par la seule puissance aérienne. Or, que ses propagandistes l&#8217;aient prédit n&#8217;est pas, en soi, le signe que l&#8217;assertion soit fondée. Surtout, très peu de théoriciens de la puissance aérienne et encore moins de doctrines nationales reprennent l&#8217;assertion à leur compte. Si l&#8217;histoire de la stratégie aérienne montre bien une tendance lourde, c&#8217;est au contraire vers l&#8217;emploi synergistique de l&#8217;ensemble des formes de puissance disponible permettant de créer la corrélation des forces nécessaires à la victoire . On ajoutera, d&#8217;ailleurs, que cette synergie ne renvoie pas nécessairement à des structures interarmées.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans pareil cadre, la puissance aérienne est un véritable atout. C&#8217;est elle qui &#8211; suivant les règles de la Compounded warfare &#8211; et en conjonction avec l&#8217;Alliance du nord en 2001 ou avec le CNT en 2011 qui permet d&#8217;obtenir des résultats tangibles en permettant de ne déployer qu&#8217;un minimum d&#8217;hommes sur le terrain. C&#8217;est encore elle qui, avec la puissance navale, permet d&#8217;étrangler le Japon : en 1945, ses eaux sont minées, ses approvisionnements sont taris et les ressources japonaises déclinent de jour en jour. C&#8217;est également elle qui permet à Israël d&#8217;éliminer, en 1981 et en 2007, les réacteurs nucléaires irakien et syrien. Pour l&#8217;auteur, dès lors qu&#8217;il s&#8217;agit là que d&#8217;opérations ponctuelles, il n&#8217;est pas question de guerre. Pour autant, le résultat a bel et bien été atteint et ne peux pas être considéré comme négligeable : la stratégie ne touche pas que la tactique stricto sensu…</p>
<p style="text-align: justify;">Extrait de DSI n°75, novembre 2011. Toute reproduction interdite sans l&#8217;accord de la rédaction</p>
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		<title>Le facteur culturel dans la réflexion sur la guerre : source de victoires ou de défaites à travers l’histoire</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Jun 2011 14:51:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par le chef d’escadron Frédéric Jordan, 18ème promotion de l’Ecole de guerre Pour Lénine, les guerres sont le reflet des peuples qui les mènent. Dans ce contexte, chacun s’accorde à dire aujourd’hui que les solutions aux conflits asymétriques se trouvent donc dans la capacité à dépasser un mode de pensée militaire occidental. Ce dernier admet&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Par le chef d’escadron Frédéric Jordan, 18ème promotion de l’Ecole de guerre</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Lénine, les guerres sont le reflet des peuples qui les mènent. Dans ce contexte, chacun s’accorde à dire aujourd’hui que les solutions aux conflits asymétriques se trouvent donc dans la capacité à dépasser un mode de pensée militaire occidental. Ce dernier admet en effet que la victoire ou la bataille décisive tient lieu de fin en soi, la supériorité technique et les principes séculaires étant les garants du succès. Pourtant, l’histoire et l’analyse de nombreux auteurs semblent démontrer que la compréhension ou l’influence des facteurs culturels conditionnent souvent le succès et l’échec à l’échelon tactique comme au niveau opératif voire stratégique. Dans ce cadre, afin de mettre en perspective les opérations contemporaines, il paraît intéressant d’étudier tout d’abord l’influence des sociétés dans l’action du soldat, puis d’étudier comment la prise en compte, par le chef militaire, d’une culture étrangère est déterminante pour la planification d’une opération et, in fine, sur la réussite de sa mission.<span id="more-3358"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Pour de nombreux sociologues, si le matériel et la qualité des hommes sont essentiels à l’efficacité d’une troupe, les « possibilités sociales » du moment sont incontournables pour la légitimité et l’action du soldat sur un théâtre. Aussi, quand François Géré, historien et président de l’IFAS , analyse les sociétés « post-belliques » occidentales qui excluent de leur psychologie la violence et la mort, on repense aisément aux conclusions du livre de Marc Bloch. Ce dernier, dans « L’étrange défaite », justifie la débâcle de 1940 par l’incapacité des penseurs stratégiques français à se démarquer de l’immobilisme et de la paresse intellectuelle propre à la France de l’entre-deux guerres. Dans un autre registre, Gérard Chaliand, spécialiste de géostratégie affirme dans son ouvrage « Terrorisme et guérillas » qu’historiquement, le succès des luttes insurrectionnelles contre un adversaire étranger aboutit d’autant plus vite que l’adversaire est un Etat démocratique, dont la population, souvent éloignée, se lasse rapidement d’un conflit durable et sans grande visibilité pour elle. Aujourd’hui encore, Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialiste des questions de défense, confirme ce désintérêt national pour les opérations expéditionnaires que ce soient dans son livre « Mourir pour l’Afghanistan » ou sa tribune dans l’hebdomadaire Marianne intitulé « Que fait la France en Afghanistan ? Le débat interdit ? ».<br />
De même, de nombreuses études soulignent que la capacité des guérillas à construire leur action repose sur une analyse détaillée de leur société, de ses rouages, de ses faiblesses, de son histoire et de sa nature. En effet, contrairement aux idées reçues, le combattant révolutionnaire recrute de jeunes combattants plutôt éduqués et instruits, mais souvent marginalisés par les conditions sociales du moment (urbanisation à outrance, chômage, discriminations, corruption,…). Dès lors, on le voit bien, d’Abdel Krim luttant contre les français dans le Rif marocain dans les années 1930 à l’insurrection afghane, en passant par mai 1940 et la guerre d’Algérie, les facteurs sociaux endogènes influencent la doctrine, la motivation et l’efficacité de celui qui se bat.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, tout au long de l’histoire, le chef militaire, sur le terrain comme au niveau opératif, a toujours pressenti la nécessité de mettre sa culture en parallèle de celle de l’adversaire. Ainsi, la capacité à connaître et à comprendre l’autre, voire à modifier sa culture du combat pour vaincre, demeure-t-elle essentielle pour gagner les batailles. C’est pourquoi, les échecs opérationnels sont souvent liés à une mauvaise appréciation ou une sous-estimation de l’ennemi et de ses modes d’action. D’ailleurs, le général Guillaume, dans son livre « Pourquoi l’armée rouge a vaincu ? » met en lumière les erreurs, lors de l’offensive de 1941, de l’armée allemande dans sa gestion de la population ukrainienne. En effet, celle-ci percevait initialement les forces nazies comme une force de libération, mais elle finira par se retourner contre l’occupant du fait des exactions et du désintérêt de Berlin pour les revendications identitaires ukrainiennes. De la même façon, bien plus tôt, les légions romaines, souvent trop confiantes dans l’efficacité de leur organisation tactique, seront défaites par la mobilité des cavaliers Parthes lors de la bataille de Carrhes, puis par le harcèlement des Germains dans la forêt de Teutoburg. En revanche, nombreux sont les exemples où la capacité d’adaptation et le respect de la culture adverse ont conduit au succès d’une opération. Il suffit pour cela de relire les récits de la pacification du Maroc de 1931 à 1934 écrits par le général Hure, commandant le corps expéditionnaire français. Dans ses mémoires, il explique que le respect des commandants rebelles ennemis, la connaissance du terrain, l’usage de troupes supplétives et l’action civilo-militaire des « affaires indigènes » ont permis de remporter la décision, et ce grâce à ce que l’on appellerait aujourd’hui une stratégie d’ « approche globale ». Bien avant, à la fin du 19ème siècle, Charles Calwell, stratège et historien britannique évoque dans son livre « Petites guerres » une doctrine victorieuse mise en œuvre en contraignant un ennemi, irrégulier et culturellement différent, à combattre selon les règles occidentales, mais aussi en s’en prenant à ce qui est essentiel pour lui, à savoir, sa capitale, ses chefs, ses lieux de culte, ses récoltes, ses troupeaux et ses ressources. Même si cette analyse est discutable à l’heure du droit international et humanitaire et des règles éthiques propres à nos démocraties, elle s’appuie concrètement sur l’action efficace des armées impériales russes détruisant les moissons kirghizes pour s’imposer dans le Caucase ou encore sur les campagnes des « Camel corps » anglais contrôlant les points d’eau du désert égyptien pour vaincre les rebelles soudanais. Néanmoins, Calwell souligne la nécessité de conduire une violence « froide » pour ne pas acculer l’adversaire au désespoir ou à la vengeance tout en lui montrant notre détermination. Il s’agit donc uniquement de le faire fléchir dans la durée car l’idée d’une bataille décisive n’a aucun sens face aux Boers d’Afrique du sud en 1902 ou aux derviches du Mahdi en 1821. Aujourd’hui comme hier, dans la conduite du combat, la prise en compte du facteur culturel ne peut donc être exclue sous peine d’un échec à court ou moyen terme.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’aune du XXIème siècle et des surprises stratégiques à venir, dans un contexte où le monde asiatique et le Moyen-Orient apparaissent comme les nouveaux centres de gravité stratégiques, le chef militaire doit donc, dès la planification ou l’entraînement, prendre en compte la culture, les modes de pensée de son futur adversaire et de l’environnement socio-économique opérationnel. Aussi, s’agit-il d’envisager, en amont de toute intervention, une étude plus poussée, dans les états-majors ou dans les pôles de formation, des ennemis potentiels réels. Pour cela la pédagogie impose d’évacuer des exercices le recours à l’ennemi générique (TTA 106) ou pire encore, aux adversaires fictifs « glaise », « indigo » ou encore « alambarais ». Certes, de prime abord, une telle proposition peut paraître non « politiquement correcte », car ne ménageant pas le consensus diplomatique, mais elle demeure essentielle pour préparer nos armées aux missions et crises à venir. En effet, force est de constater, comme le soulignent de nombreux articles, que les outils d’anticipation stratégique actuels ainsi que les grilles d’analyse ne sont le reflet que des situations passées et, en aucun cas de celui mouvant et nouveau des conflits attendus pour demain. Il semble par conséquent nécessaire que les écoles de formation, initiales ou supérieures, associent les études géopolitiques et stratégiques de leurs stagiaires ou élèves à des exercices dans lesquels l’ennemi corresponde à des foyers de tension latents ou à des armées étrangères potentiellement dangereuses dans des zones géographiques identifiées. Pourquoi donc ne pas envisager, à l’Ecole de Guerre par exemple, la planification d’une action de stabilisation dans le Sahel face à AQMI , un conflit de haute intensité dans la péninsule coréenne ou une opération amphibie près des îles Spratley ou Paracels. Cette évolution pourrait s’inscrire dans la démarche d’étude de potentielles « surprises stratégiques » prônée par le ministre de la Défense en janvier 2011 lors du baptême de la 18ème promotion de l’Ecole de guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un autre registre, plus doctrinale cette fois, il y a probablement matière à discuter la pérennité de la COIN et de l’idée qu’il faille, dans les conflits asymétriques, gagner « les cœurs et les esprits » pour vaincre l’insurrection. Pour démontrer ce point de vue, rappelons que nos opérations s’inscrivent de plus en plus dans un temps politique court et exigeant où la pression de l’opinion publique impose des résultats rapides et concrets mais aussi visibles sur le spectre du « zapping » médiatique des sociétés occidentales. L’étude des facteurs culturels d’un théâtre d’opération pourrait donc être réorientée vers la recherche des points faibles socioculturels des belligérants (ressources, croyances, chefs…) propres à contraindre les parties prenantes par des actions de vive force (« targeted killings », contrôle de l’approvisionnement et des communications, bombardements des zones refuge, restriction de la liberté de circulation, fichiers génétiques…) dans une logique d’imposition de la sécurité au travers des principes de « foudroyance » et d’« incertitude » . Cet effort, inscrit dans un cadre espace-temps planifié d’emblée (six mois à un an maximum), apparaît clairement comme la condition exigée pour déployer les actions de reconstruction prônées par l’« approche globale ». Ainsi, « la manœuvre par la lassitude », décrite par le général Beaufre comme l’outil principal des guérillas depuis Mao TSE TUNG, ne peut se mettre en place pour saper la motivation, l’image et le bilan de la force engagée. Néanmoins, une telle orientation stratégique pourrait apparaître éthiquement voire juridiquement inacceptable pour un certain nombre d’Etats qui doivent donc revenir aux fondamentaux de l’ère colonial et accepter la mise en place durable de forces armées dans des pays lointains. Le professeur Coutau-Bégarie estime à ce titre que les vrais spécialistes de la guerre asymétrique étaient, par exemple, les unités britanniques des Indes dont les soldats passaient près de 15 ans outre-mer avant de revenir au Royaume-Uni, se fondant ainsi dans la population locale, apprenant les rites et coutumes, tissant des liens et des réseaux pour enfin être acceptés par les « indigènes ». Un tel investissement militaire paraît aujourd’hui assez peu envisageable pour des dirigeants européens déjà frileux à l’idée d’envoyer des corps expéditionnaires en Afghanistan. Les choix stratégiques exigent dès lors, effectivement, la définition claire d’orientations politiques et d’effets finaux recherchés pour adopter la doctrine appropriée aux engagements militaires futures.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, le soldat sur le terrain est indissociable de son contexte socioculturel. Ce dernier conditionne d’abord son aptitude à légitimer son action et à la mener, sur le long terme, dans une perspective de succès. De même, la guerre ne peut exclure la connaissance parfaite de l’environnement, des ennemis, des populations et de leur culture. Celle-ci constitue une source de nouveaux modes d’action et un formidable moyen d’adapter et de faire évoluer nos propres concepts tactiques afin d’obtenir l’effet majeur recherché. Considérer nos modèles et nos convictions comme universels risquerait fort de nous coûter la victoire et de décrédibiliser les opérations expéditionnaires menées actuellement par les armées occidentales. La redécouverte des écrits des officiers français comme David Galula et Roger Trinquier sur la contre-insurrection, les stratégies initiées par les généraux américains MacChrystal et Petraeus pour l’Irak et l’Afghanistan sont peut-être les prémices d’un renouveau de cette prise en compte du facteur culturel dans la guerre. Néanmoins, ils ne doivent pas être vus comme les recettes miracles dans la résolution des crises à venir. Celles-ci exigent de connaître « l’autre », ses forces et faiblesses, non pas pour essayer en vain de gagner sa confiance, mais pour repenser nos actions militaires ainsi que les objectifs à cibler pour imposer la sécurité et prendre l’initiative. Dans ce cadre, le temps à consacrer aux opérations, les buts politiques et notre capacité d’investissement à long terme sur un théâtre extérieur doivent être définis avec rigueur.<br />
En outre, il serait intéressant d’envisager le rôle des facteurs culturels pour les acteurs qui prennent part au développement des nouveaux champs de bataille ouverts par la « cyber sécurité » et la globalisation.</p>
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		<pubDate>Mon, 03 Jan 2011 11:26:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Entretien avec Olivier Kempf, auteur de Le casque et la plume. Lettres de commandement. La question est large mais peut-on résumer ce qu&#8217;est &#171;&#160;commander&#160;&#187; ? C’est effectivement une question large…. ! Et comme toutes les questions simples et pertinentes, elle nécessite une réponse circonstanciée. Sans regarder dans le dictionnaire, je dirais que commander peut être&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Entretien avec Olivier Kempf, auteur de <em>Le casque et la plume. Lettres de commandement.</em></p>
<p><strong>La question est large mais peut-on résumer ce qu&#8217;est &laquo;&nbsp;commander&nbsp;&raquo; ?</strong></p>
<p>C’est effectivement une question large…. ! Et comme toutes les questions simples et pertinentes, elle nécessite une réponse circonstanciée. Sans regarder dans le dictionnaire, je dirais que commander peut être défini comme l’action d’un chef qui conçoit des ordres, qui les attribue (ou les donne) à des subordonnés et qui en contrôle l’exécution pour les amender, si nécessaire. C’est donc quelque chose d’un peu plus large que le simple « command and control » américain.</p>
<p>J’insisterai sur la notion de chef (le commandement est une affaire humaine), qui suppose que le commandement s’intègre dans une hiérarchie et donc une organisation, même si les formes peuvent en être très variables et souples (pensez au chef de bande).</p>
<p>Il faut également insister sur le rôle de la conception : si le chef est dans « l’action », son rôle consiste en permanence à l’analyser. Ce va-et-vient permanent entre l’action et la réflexion constitue toute la difficulté du « réflagir », comme disait un de mes anciens. Cela justifie d’ailleurs le contrôle, qui mesure la distance entre la conception et la réalité : cette distance pouvant être le fait soit de l’exécution maladroite, soit d’une erreur de conception, plus ou moins profonde. C’est d’autant plus vrai que le groupe qui reçoit les ordres est nombreux. <span id="more-2703"></span></p>
<p>Il y a enfin une dernière dimension dans votre question : le « commandement » est-il quelque chose d’exclusivement militaire ? Je dirais que c’est essentiellement militaire, mais que le commandement peut s’observer dans le civil. Certains expliquent que « les militaires ne font pas du management, car ils commandent », suggérant qu’il y a là quelque chose de plus que l’application de procédures techniques : c’est vrai, mais je crois qu’on observe aussi du « commandement » dans le civil : dans les entreprises, le « manager » a justement ces qualités de leadership et d’entraînement qui le distinguent d’un « simple » cadre. Disons que la question est beaucoup plus cruciale chez les militaires et qu’elle s’adresse à chacun d’eux, quelque soit son niveau de commandement, du simple gradé au sous-officier ou à l’officier.</p>
<p>Mais alors, la distinction viendrait-elle seulement de l’opérationnel, donc du feu ? À ce compte là, il y a beaucoup de militaires en métropole qui sont bien éloignés du commandement, et ce serait leur faire injure que de le dire. Un chef ou un manager commandent, un cadre ou un officier d’état-major apportent des compétences techniques mais ne commandent pas à proprement parler. Il reste que tout officier a normalement été en situation de commandement, ce qui modifie forcément son appréhension des choses lorsqu’il sert dans des fonctions plus techniques. Pour résumer, la question du commandement me semble plus communément partagée chez les militaires que chez les civils : ils en sont des experts sans en avoir pour autant le monopole.</p>
<p><strong>L&#8217;art du commandement est un art humain là où certains ont pu, un temps, parler de technologie du commandement, et ce n&#8217;est pas le moindre des mérites de votre livre que de mettre en évidence la centralité de l&#8217;humanité dans le commandement. Cela s&#8217;apprend-t-il ? Nos écoles militaires y préparent-elles ?</strong></p>
<p>Vous avez raison, le commandement est une affaire humaine. Remarquez d’ailleurs que dans la réponse que je vous ai donnée, immédiatement après avoir ébauché la définition j’ai insisté sur la personne du chef. Le commandement est forcément incarné.</p>
<p>C’est pourquoi je suis assez sceptique sur la technologisation du commandement, qui peut améliorer éventuellement la transmission des ordres, ou le contrôle de leur exécution (encore faut-il avoir « entré » au préalable les bons critères et le bon appareillage de mesure, ce qui entraîne mécaniquement une torsion de la réalité). Mais l’essentiel n’est pas là : il est dans la conception et dans l’amendement, qui sont en fait les parties les moins visibles du commandement.</p>
<p>Pour la deuxième partie de la question, je dirais que le commandement s’apprend, même s’il est difficile de l’enseigner. Le commandement nécessite en effet une démarche très active, très participative de celui qui aspire à être chef. Cela pose la question de ce qu’on peut transmettre. En la matière, on est souvent écartelé entre des grands principes et une réalité prosaïque et très concrète qu’on apprend difficilement en école. Vous avez donc énormément de livres de grands principes du commandement (l’exemplarité, le dynamisme, l’enthousiasme, l’opiniâtreté…) qui sont nécessaires mais qui paraissent souvent désincarnés ; et le jeune chef, officier ou sous-officier, est souvent déstabilisé devant les problèmes très concrets qu’il rencontre quotidiennement lorsqu’il arrive en situation de commandement.</p>
<p>Dès lors, le commandement s’apprend par la pratique : d’abord parce que l’école reproduit le système qu’on va rencontrer plus tard en unité : et apprendre à obéir c’est apprendre à commander. Ensuite parce que l’apprenti chef va apprendre sur le terrain. Ainsi s’explique la nécessité du périple de la Jeanne d’Arc pour les élèves de Navale. Quand j’étais à Saint-Cyr, nous avions un stage de cinq mois comme aspirant chef de section en corps de troupe : aujourd’hui, les cyrards ne viennent en régiment que deux semaines en trois ans, ce qui est notablement insuffisant ! Il est évident que quand je suis arrivé comme lieutenant dans mon premier régiment, j’étais beaucoup plus affuté.</p>
<p>Je le dis d’autant plus que je ne suis pas issu d’une famille de tradition militaire : c’est peut-être d’ailleurs pour cela, parce que ce n’était pas forcément « naturel », qu’il a fallu que j’apprenne beaucoup. Cela renvoie à la question de l’inné et de l’acquis : naît-on chef, ou le devient-on ? J’ai connu Bigeard à la fin de sa vie, et cet homme avait incontestablement un potentiel de chef qu’il a su magnifiquement exploiter. Mais tout le monde n’est pas Bigeard ! Et même Bigeard a appris et a transformé ses qualités foncières. Je dis cela pour rassurer ceux qui s’interrogent : oui, le commandement s’apprend, pour peu qu’on le veuille.</p>
<p>Car voici, je crois, les deux qualités qu’il faut travailler : la volonté (contre l’autre : l’adversité, les événements, le subordonné qui veut moins que vous, l’ennemi …) et la perspective (voir loin force à réfléchir, donc à appréhender les grandes masses, puis à intégrer progressivement les conditions pratiques de son intention). Elles sont différentes, l’une étant portée vers l’action, l’autre s’en dégageant (ce qui explique la variété des tempéraments de chefs). Mais le niveau exigé de volonté et de perspective s’accroît avec l’âge, donc avec l’expérience. Par exemple, un lieutenant a besoin de voir à deux semaines, un capitaine à six, un colonel à trois mois…. Le niveau de complexité augmente, mais la capacité à la dominer augmente simultanément grâce à l’expérience (l’action), surtout si cette expérience est fructifiée par la réflexion et le retour sur soi-même.</p>
<p><strong>Commander, dans les conditions sociétales actuelles, est devenu plus complexe : l&#8217;armée n&#8217;est pas extérieure à la société, les militaires en sont issus… Comment maintenir le cap, quelle transaction doit s&#8217;opérer entre ces évolutions et la nécessaire discipline des armées ?</strong></p>
<p>En comprenant le sens du commandement, ce qui nécessite un travail de réflexion. On ne peut plus commander par habitude, mais commander pour créer des habitudes. Cela impose de savoir ce qui appartient à la régulation de l’organisation et ce qui est spécifiquement militaire.</p>
<p>Vous prenez l’exemple de la discipline : je croyais au début que comme souvent en matière militaire, la discipline se justifiait par la guerre. Je me suis aperçu que ce n’était pas aussi simple que ça, et que la discipline se justifie d’abord par le temps de paix, même si elle est évidemment nécessaire en temps de guerre : je m’en explique dans le livre. Tout chef d’une organisation dispose de moyens de coercition pour réguler l’activité commune : la pointeuse à l’entrée de l’usine constitue à la fois un asservissement, et l’instrument nécessaire de l’équilibre et donc d’une certaine justice.</p>
<p>La discipline est inhérente à tout groupe humain organisé, et il faut se déprendre de l’adage « la discipline est la force principale des armées ». La discipline est la force principale des groupes humains. En revanche, la discipline est elle nécessaire en temps de guerre ? oui, car les habitudes d’obéissance constituent des réflexes nécessaires à la survie dans le chaos de la guerre. La guerre est, fondamentalement, un désordre et chacun des belligérants vise à produire puis augmenter le désordre des structures de l’autre. A la fin, la seule structure résiduelle reste la structure du mental humain qui anime sa volonté. Dans l’affrontement des volontés cher à Clausewitz, la discipline est un ciment de la volonté du groupe. Et elle s’acquiert en temps de paix.</p>
<p>Dès lors, assez naturellement, les évolutions sociétales civiles transpireront dans les pratiques militaires de temps de paix. Ce n’est pas grave. La transaction, pour reprendre votre mot, devra donc se concentrer sur autre chose : l’identification de ce qui est particulier au militaire, parce que nécessité par la radicalité de la guerre ; puis sur la façon dont on peut se préparer en temps de paix à ce temps de guerre. Je crois ici que la notion de « temps de crise » complique la compréhension des choses, au lieu de la faciliter.</p>
<p><strong>Vous revenez, entre autres, sur l&#8217;initiative, notamment en citant la fameuse phrase de De Gaulle qui disait, parlant de Leclerc, &laquo;&nbsp;il a exécuté tous mes ordres, même ceux que je ne lui ai pas donnés&nbsp;&raquo;. Or, l&#8217;initiative est intimement liée à l&#8217;Auftragstaktik (commandement par les intentions) dont nombre d&#8217;analystes soulignent la nécessité pour nos armées. Elle est également liée à la culture de l&#8217;armée de Terre, bien plus qu&#8217;à celle de l&#8217;US Army, par exemple. Les évolutions des rapports politico-militaires, tels qu&#8217;on peut les pressentir, s&#8217;accommodent-elles de l&#8217;initiative ?</strong></p>
<p>La question est sensible. Elle renvoie à l’étendue du contrôle que l’on a déjà évoquée, et aux moyens technologiques qui permettent du micro-management (il est d’ailleurs significatif qu’on ne parle pas de micro-commandement). La question est ancienne : souvenez-vous de Guderian qui fermait ses postes radio pour ne pas avoir à rendre compte ni recevoir d’ordres, afin de poursuivre sa manœuvre dans la campagne de France.</p>
<p>Dans la méthode française de raisonnement tactique, on évoque « l’intention du chef ». Cela vient à la fois d’un esprit français qui aime mettre les choses en perspective, et aussi du constat que la réalité va forcément entraver les détails du plan, que ce soit à cause du terrain, de l’ennemi, des aléas, de l’absence de transmissions, …. Les circonstances favorisent le brouillard. L’intention permet de s’adapter au brouillard, et donc de le traverser.</p>
<p>Or, la technologie donne l’illusion que l’on peut dissiper ce brouillard, et ce n’est pas propre au chef politique ou au chef militaire. Mais c’est une illusion prométhéenne qui me semble datée, XX° siècle pourrait-on dire. Dans le nouveau monde qui apparaît, nous discernons bien un système réticulaire et dispersé qui prend peu à peu le pas sur le système « contrôlé ».</p>
<p>Dès lors, je pense que la seule façon de concilier la conception (qui est le propre du chef, souvenez-vous) et l’initiative du subordonné consiste en l’orientation de l’initiative. Alors pourtant que la médiatisation demande l’apparence d’une plus grande réaction, les nouvelles conditions nécessitent de la part du chef une conception encore plus aboutie, et donc une moindre réaction « apparente » aux événements. Par là, on démultiplie le potentiel de chacun ce qui permet d’obtenir une meilleure performance. Vous remarquerez que cela transforme également la nature de la discipline.</p>
<p><strong>Si les écoles de management on pu s&#8217;appuyer dans les années 1950, 60 et 70 sur l&#8217;expérience militaire, ce mouvement s&#8217;est inversé, en particulier dans les années 1990, où les rhétoriques &laquo;&nbsp;civiles&nbsp;&raquo; ont irrigué la gestion des ressources humaines en entreprise. Or, ces dernières ne manquent pas d&#8217;être critiquées et de véritables catastrophes &#8211; comme chez France Télécom &#8211; se sont produites. Finalement, le civil ne devrait-il pas s&#8217;en retourner vers le militaire comme source d&#8217;inspiration ?</strong></p>
<p>Oui, à condition que le militaire soit tout à fait clair avec lui-même. C’est un peu l’objet de ce livre, qui est d’abord la réunion des lettres que j’adressais à mes capitaines. Autrefois, les chefs avaient l’habitude d’écrire à leur subordonnés, mais le développement de la technique (l’informatique, les réseaux, traitement de texte et powerpoint) a fait passer cette habitude. On en arrive à la pensée powerpoint, ou plutôt à la non-pensée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette remise en cause de powerpoint vient des militaires américains.</p>
<p>En écrivant à mes capitaines, et en me forçant à le faire tous les mois (pour le coup, c’était une vraie discipline que je me suis imposée : comme toujours, la plus efficace, mais aussi la plus féconde), il s’agissait justement de sortir du maelstrom d’informations qu’ils subissent, pour évoquer au fond les sujets qui font débat : ou plutôt, qui font débat au mess ou dans les popotes, mais qui sont rarement « posés ». Nous subissons tous le harcèlement des courriels avec des pièces jointes toujours très longues et donc inexploitées, en ayant rarement le temps de poser les problèmes.</p>
<p>Mais j’ai fait attention dès le départ à la possibilité d’une double lecture : il fallait que ce soit lisible par eux, mais aussi par tout chef civil (même si les lettres sur les opérations sont d’abord utiles aux chefs militaires) : ce critère m’assurait une certaine pertinence. A défaut, comme toutes les activités techniques, le texte aurait croulé rapidement sous le jargon technique et l’abus de sigles : c’est vrai des ressources humaines, des finances, du contrôle de gestion, …. Pour le coup, le chef s’efface derrière le technicien.</p>
<p>Dès lors, la question est-elle vraiment celle du civil ou du militaire, d’autant qu’on a vu que le commandement n’est pas seulement affaire militaire ? Ne s’agit-il pas au fond de poser la question du chef, ou du manager ? De ce point de vue, les écoles de management pourraient utilement faire témoigner des chefs militaires, surtout s’ils ont une expérience opérationnelle. D’ailleurs, mon livre évoque des situations très communes au civil et au militaire, et je suis très heureux quand les lecteurs « civils » me disent qu’ils y retrouvent des cas génériques de leur milieu professionnel (les absences de personnel, l’évaluation, la sanction, les vacances, les signatures, la hiérarchie, l’abus d’informatique, …. sont des difficultés que tout chef connaît).</p>
<p>L’enrichissement mutuel sera probable. Il n’est toutefois possible qu’à la seule condition que chacun adopte un langage compréhensible par l’autre. Pour le militaire, ou plus largement pour quiconque commande, cette simplification du langage est une nécessité : elle renvoie justement à la conception que j’évoquais et qui est indispensable. Ce travail de conception doit se traduire par une expression simple. Je constate, à l’expérience, que cela s’acquiert par l’écriture. Plus on écrit, plus c’est facile, et plus on se déprend des mauvaises habitudes. L’épurement du langage est la chose la plus compliquée à acquérir. C’est le seul cas que je connaisse où l’on arrive vraiment à « faire mieux avec moins » !</p>
<p><strong>A côté de ces considérations de forme, quelles sont les qualités foncières que le militaire peut transmettre au civil ?</strong></p>
<p>J’en vois plusieurs, et la liste que j’improvise est forcément ouverte : Le sens du concret, d’abord (un militaire se méfie naturellement du mirobolant) ; la loyauté, conjugaison de la discipline que nous évoquions, et de la disposition partagée à « servir » ; Le mélange de professionnalisation et de non-spécialisation (même si on possède un métier ou une technique, on est d’abord un soldat, qui maîtrise les « fondamentaux du combattant ») ; la résistance au stress, qui passe par le goût de l’effort, et l’exposition récurrente à des situations hors-normes (l’opex, notamment) ; la certitude que « on n’est pas tout seul », car seul le groupe peut réussir la mission, même si c’est le chef qui la reçoit et l’ordonne ; La partage d’une culture commune (regardez le temps consacré aux cérémonies ou aux traditions, investissement nécessaire pour construire la cohésion) ; … Et je ne parle que de celles qui me viennent à l’esprit : elles sont audibles par des civils, sans conteste.</p>
<p>Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 17 septembre 2010</p>
<p>Entretien paru dans DSI n°63, octobre 2010. Toute reproduction interdite sans l&#8217;aval de l&#8217;éditeur</p>
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		<title>Guerre littorale : la vision suédoise</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Sep 2010 14:56:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un petit documentaire publié par le ministère de la défense suadois montrant la complexité de l&#8217;architecture de défense littorale retenue par Stockholm.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="385" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/Bs_Zz4CC7go?fs=1&amp;hl=en_US" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="385" src="http://www.youtube.com/v/Bs_Zz4CC7go?fs=1&amp;hl=en_US" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
<p>Un petit documentaire publié par le ministère de la défense suadois montrant la complexité de l&#8217;architecture de défense littorale retenue par Stockholm.</p>
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		<title>Le &#171;&#160;Frappeur&#160;&#187; &#8211; Entretien avec René Loire</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Sep 2010 12:33:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>
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		<description><![CDATA[Alors que le salon Euronaval se tiendra dans maintenant moins d&#8217;un mois et que notre équipe peaufine un Hors-Série qui sera consacré à la guerre navale de surface, nous vous invitons à relire cette interview de René Loire, concepteur français du &#171;&#160;Frappeur&#160;&#187; &#8211; un type de bâtiment &#171;&#160;missileur&#160;&#187; aussi particulier qu&#8217;attrayant, l&#8217;US Navy ayant conceptualisé&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2010/09/Loire-2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2194" title="Loire 2" src="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2010/09/Loire-2.jpg" alt="" width="291" height="400" /></a>Alors que le salon Euronaval se tiendra dans maintenant moins d&#8217;un mois et que notre équipe peaufine un Hors-Série qui sera consacré à la guerre navale de surface, nous vous invitons à relire cette interview de René Loire, concepteur français du &laquo;&nbsp;Frappeur&nbsp;&raquo; &#8211; un type de bâtiment &laquo;&nbsp;missileur&nbsp;&raquo; aussi particulier qu&#8217;attrayant, l&#8217;US Navy ayant conceptualisé en son temps l&#8217;Arsenal Ship sur cette base. L&#8217;interview est parue dans <em>DSI-Technologies</em> n°16, mars-avril 2009.</p>
<p><strong>La conception du « Frappeur » est très simple : semi-submersible et bénéficiant de ce fait d’une réduction de sa signature radar, il ne dispose que d’un radar de navigation et nécessite peu de personnel pour sa conduite. Sa puissance de feu potentielle est, en revanche, phénoménale. Comment l’idée de concevoir un tel bâtiment vous est-elle venue ?</strong></p>
<p>Elle m’est venue tout d’abord à la lecture d’un article « historique » du vice-amiral Joseph Metcalf, ancien chef des opérations navales « surface » de la marine des États-Unis, dans le numéro de janvier 1988 de US Naval Institute Proccedings, intitulé « A Revolution at Sea ». Il y exposait sa « vision » d’un navire de combat contrôlé-piloté par le moyen des réseaux. Ayant reçu un avant-projet dans lequel j’essayais d’illustrer son concept, Metcalf m’invita à venir le voir et m’introduisit au Pentagone. J’y livrai deux campagnes de « planches » en 1995 et 2001. Elles furent bien accueillies mais le Striker, dans sa version américaine Arsenal Ship, objet d’un appel d’offres conjoint entre la Navy et la DARPA, rencontra l’opposition des aviateurs, partisans du seul porte-avions et des « lobbies » de l’Industrie aéronautique au Congrès. Cette opposition persiste aujourd’hui mais devrait être surmontée pour des raisons économiques et de bon sens.<span id="more-2193"></span></p>
<p>Ensuite, à l’annonce de l’exploit du destroyer USS Fife (DD 991) qui, dans l’opération Desert Storm contre l’Irak, en janvier 1991, lança à lui seul 60 missiles Tomahawk Land Attack Missile (TLAM) sur les 282 tirés, par un total de 20 navires. Les engins avaient été guidés « cartographiquement » par TERrain COntour Matching (TERCOM) – dans les opérations suivantes ils le furent surtout par GPS –, le luxueux gréement électronique du Fife n’avait pas servi. D’autre part, on constata que la plupart des 133 tankers atteints par Exocet (pour 193 engins lancés) au cours de la guerre Iran-Irak (1981-88) avaient beaucoup mieux résisté à ces tirs que les HMS Sheffield (incendié en 1982 aux Malouines) et USS Stark (mis hors de combat en 1987 dans le golfe Persique). De plus, à l’occasion de Tempête du Désert, on avait vu le croiseur USS Princeton ravagé par l’explosion d’une mine de fond à influence, dont les effets avaient été aggravés par l’hétérogénéité de la structure, mêlant acier et aluminium. On était ainsi conduit à s’inspirer de la structure compartimentée et exempte d’aluminium inflammable des navires pétroliers si l’on voulait dessiner un navire de guerre solide.</p>
<p><strong>D’un point de vue opérationnel, comment mettre en œuvre le bâtiment, dans sa conduite comme durant les opérations de frappe ? </strong></p>
<p>Il s’agit d’une solide plate-forme flottante de lancement vertical de missiles guidés. Le recours aux réseaux pour la détection des objectifs et leur traitement par les engins emportés en puits-lanceurs « universels » noyés dans la coque, permet de supprimer les classiques senseurs de combat de bord et donc les superstructures. Afin de placer le pont en dessous de l’altitude minimale de vol de l’Exocet en mer ouverte, soit 1,50 m, le franc-bord est maintenu à cette valeur par ballastage, à mesure de la consommation de carburant. Le navire est ainsi rendu naturellement furtif au radar (« Stealthy without really trying »). Seule superstructure permanente : une prise d’air pour les moteurs diesels tartinée à l’anti-réfléchissant d’ondes radar. Un mât-radar de navigation courante et une petite passerelle sont escamotables en configuration de furtivité maximale. Une certaine furtivité sonore résulte du fait que le bruit émis par la machine diesel ne peut être distingué par les sous-marins de celui provenant de la plupart des motorships de commerce, alors que les navires de guerre fonctionnent avec des turbines à gaz qui émettent un son spécifique.</p>
<p>Des rideaux d’eau latéraux alimentés par écopage en marche – au prix d’une faible réduction de la vitesse maximale par prélèvement sur la puissance de la machine – sont actionnés à volonté en zones hostiles et protègent le navire des engins rase-mer (sea-skimming) programmés pour échapper aux crêtes de vagues, les obligeant à « sauter » par-dessus le pont (une fusée de proximité pouvant les faire détoner néanmoins, il existe un léger blindage pare-éclats du pont). On pourrait essayer de brouiller la vue des engins plongeants par la projection d’une nappe d’eau par-dessus le pont.</p>
<p>Parce que la coque est de largeur constante, à bordés plans parallèles de proue à poupe, elle peut être constituée de modules prismatiques, identiques par la forme et les dimensions extérieures, mais individuellement dédiés à une fonction spécifique (armes, commandement, quartier de vie, machine). On peut faire varier le nombre de modules de chaque type suivant les missions prévues, en fonction de la puissance de feu, de la vitesse et de l’autonomie désirées, soit au stade du dessin, soit en cours de vie. Ainsi, peut-on échanger très rapidement un module de commandement devenu obsolète contre un module « en état de l’art », déjà testé et « recetté ». Un tel module en attente d’incorporation dans une coque peut servir à « recertifier » un équipage sur des instruments de bord nouveaux et prendre part à des exercices avec des navires en mer.</p>
<p>La charge de guerre varie suivant le nombrede modules de coque qui lui sont dédiés (de 1 à 5), soit de 120 à 600 engins pouvant être de tous types (antiterre, antinavire, anti-air, anti-sous-marins, leurres, etc.), en lots homogènes ou en « assortiments », ce qui permet d’adapter le frappeur à ses missions du moment. L’équipage comprend 20 hommes (effectif approuvé par l’amiral Boorda, lorsqu’il était chef des opérations navales de la marine US. De sensibilité « surfacière », il fut chaud partisan du concept. Malheureusement, il devait disparaître par un suicide bizarre et fut remplacé par un « fana » des porte-avions. Le prix d’acquisition « coque nue » d’un Striker est de 100 millions d’euros, soit le coût programmé d’un seul avion Rafale. En ordre de marche, avec 480 missiles à 0,4 million d’euros et 20 hommes à un million d’euros, le coût en capital exposé, soit 312 millions d’euros, est la moitié de celui, armement compris, d’une frégate de 5 000 tonnes et le quart de celui d’un destroyer Arleigh Burke de 10 000 tonnes.</p>
<p>La puissance de feu « instantanée » (tous les engins tirés en peu de temps) d’un frappeur, exprimée en poids d’explosif est, à portée supérieure (1 000 milles et plus), plusieurs fois celle d’un porte-avions moyen genre Charles de Gaulle (la charge de guerre d’une « pontée » de 30 avions). Sa longévité « économique » est de 10 ans (il ne nécessite pas d’entretien lourd). En guerre, l’amortissement « comptable » peut s’effectuer en une seule « sortie » (croisière) avec tir de tous les engins emportés, « le plus bas coût par coup » (The Least Cost Per Round) ayant été réalisé. Ce qui justifie le choquant concept d’un frappeur éventuellement « jetable » (Disposable Striker). Le coût des réseaux est certes élevé mais, loin d’être imputable aux seuls frappeurs, car les réseaux sont dorénavant utilisés par l’ensemble des forces armées.</p>
<p><strong>Quels rôles les réseaux ont-ils à jouer dans l’architecture de force devant permettre de mettre en œuvre le Frappeur ?</strong></p>
<p>Un Frappeur fait partie d’une chaîne redondante de consoles de situation-commandement réparties sur des plates-formes de tir et d’observation diverses reliées à un satellite terrestre : navires classiques pleinement dotés en senseurs, avions de détection lointaine AWACS, aéronefs UAV (Unmanned Air Vehicles), stations terrestres « durcies » (souterraines) ou « nomades » (en camions de déménagement). Il faut une disparition du Capital Ship avec un amiral-cible à bord. Tel Nimitz dans son bureau de Pearl Harbor combattant victorieusement Yamamoto embarqué classiquement sur le gigantesque cuirassé Yamato et, victime du silence radio qu’il avait imposé, ne contrôlant pas la bataille pour Midway (1942), le conducteur des opérations se trouvera à terre. De même, Internet permet aujourd’hui de ne pas conduire des opérations industrielles et commerciales dans le monde entier d’un seul siège.</p>
<p><strong>Vous préconisez, dans Des armes contre la chute, le recours à des opérateurs privés non seulement pour construire le bâtiment mais également pour le maintenir en condition et le mettre en œuvre. N’est-ce pas contradictoire au vu des enseignements tirés de l’usage des sociétés militaires privées, ces dernières années ?</strong></p>
<p>Le système étant « révolutionnaire », comme recommandé par Metcalf, sa mise en œuvre demande un personnel nouveau, capable de s’affranchir des traditions, habitudes et considérations des seules situations stratégiques et tactiques du passé et du présent, qu’un ennemi doué d’imagination ne reproduira pas. Il faudra donc, avant l’adversaire, inventer des situations inédites. Le personnel naval existant n’en est pas forcément capable et n’est pas soumis à obligation de résultats comme l’étaient les constructeurs de l’Offshore en exécutant 220 milliards de dollars de travaux dans les mers du Nord et de Norvège, par conditions nautiques et climatiques très difficiles, pour donner du pétrole et du gaz à l’Europe. Les directeurs d’études et de travaux des entreprises choisies par les compagnies pétrolières exploitant les champs étaient « virés » s’ils n’atteignaient pas les objectifs de réalisation des ouvrages dans les délais fixés. Ce fut une véritable « guerre » sur mer et, d’ailleurs, les morts par accidents furent nombreux. Les effectifs déployés, 50 000 hommes, étaient du même ordre de grandeur que ceux des marines française ou britannique et les flottes d’hélicoptères lourds déployées furent bien plus importantes que celles de ces marines (jusqu’à 1 000 mouvements par jour, externes ou internes, sur les héliponts de Brent). Il fallait produire vite pour assurer un prompt « retour sur investissements ». D’importantes avancées technologiques virent le jour dans une variété de domaines tels que le soudage de tubes épais, la protection contre la corrosion, les sous-marins de travail, les robots, les plongées à grandes profondeurs, le positionnement dynamique de corps flottants (les pods), la prévention ou le contournement de la fatigue des structures et mécanismes soumis aux efforts alternés de la houle, le contrôle tout temps du trafic aérien, etc.. Avancées dont les marines militaires négligèrent de s’inspirer.</p>
<p>Aussi, pourrait-on envisager de confier la mise en œuvre du Frappeur, dès le dessin et la construction, à un sous-traitant, « entrepreneur de guerre » sélectionné par concours, véritable condottiere moderne de haute technicité – rien à voir avec les primitifs mercenaires et soldats de fortune employés dans les récentes guerres africaines – soumis à « bonus-malus » quant aux résultats opérationnels. De tels sous-traitants existent déjà. Il n’est plus possible aujourd’hui de vendre des armes, surtout à des pays peu avancés, sans un « service après vente ». Non seulement ils assurent la fourniture de rechanges, mais ils mettent à la disposition du client des moniteurs le conseillant pour le meilleur usage du matériel acheté, ce qui aboutit parfois à les impliquer dans des opérations de guerre. Bien entendu, les « marchands d’armes » nient de telles participations, pourtant bien connues, à certains conflits récents.</p>
<p><strong>L’US Navy – notamment par l’intermédiaire de l’amiral Metcalf, ancien CNO – s’est intéressée de près à votre concept. Qu’en a-t-il été (et qu’en est-il) de la Marine nationale, qui, justement, veut doter ses nouvelles frégates de missiles de croisière ? Nombre de marines sont actuellement à cours de financement, à commencer par la Marine nationale, dont le nombre de FREMM qu’elle pourra acquérir a dû être revu à la baisse. Vous estimez le coût d’acquisition d’un Frappeur à 100 millions d’euros – l’équivalent d’un gros patrouilleur. Il a donc, en théorie, tout pour plaire. Quels facteurs, selon vous, ont jusqu’ici empêché le concept de trouver une réalisation concrète ? </strong></p>
<p>Les causes supposées du rejet du système par l’état-major et/ou la DGA sont :<br />
- Le culte d’un passé qui ne se reproduira pas, laissant le soin d’inventer l’avenir à un prochain adversaire créatif ;<br />
- L’allergie aux analyses économiques réalistes de l’industrie non étatique ;<br />
- Le rejet a priori d’idées engendrées en dehors de la marine, par exemple chez des entrepreneurs « Hors-Côtes » qui, pourtant, furent généralement victorieux dans leurs opérations ;<br />
- Les conflits à venir sont vus comme pouvant être réglés par des tirs « chirurgicaux » des fragiles frégates FREMM. Un chef d’état-major de la marine m’a même écrit que « nous n’avons pas besoin de batteries flottantes à faire peur » ( !). Les Américains que nous imitons tant, pour qui le Chinois, dont ils ont grande frousse, est l’adversaire potentiel majeur, procèdent à des tirs massifs fictifs dans leurs wargames (auxquels des Striker ont plusieurs fois participé avec succès).<br />
- Un refus persistant de remplacer un PA2 – désiré, mais infinançable – par 2 Frappeur (ou plus), moins chers d’acquisition, engins compris, apportant chacun une puissance de feu supérieure à portée plus grande, à capacité dissuasive, serait incompréhensible pour beaucoup. En 1999, la formule avait déjà été examinée à la Commission des forces armées du Sénat avec mention de mon nom. Aujourd’hui, le président de cette commission m’a écrit espérer que « d’autres ne me voleront pas l’idée ».</p>
<p>Propos recueillis par Joseph Henrotin le 9 février 2009</p>
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		<title>Fuller et le darwinisme militaire. « Evolve or die »</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Aug 2010 12:46:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Olivier Entraygues, chef de bataillon « C’est le privilège de l’être humain parvenu à la maturité de ses facultés d’interpréter à sa guise les données de son expérience personnelle et de les utiliser comme il l’entend. » John Stuart Mill Le soir des obsèques du général de Gaulle, le Président Georges Pompidou déclarait au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Olivier Entraygues, chef de bataillon</p>
<p>« C’est le privilège de l’être humain parvenu à la maturité de ses facultés d’interpréter à sa guise les données de son expérience personnelle et de les utiliser comme il l’entend. »<br />
John Stuart Mill</p>
<p>Le soir des obsèques du général de Gaulle, le Président Georges Pompidou déclarait au Président Richard Nixon : « Les sociétés qui ne se défendent pas ne survivent pas. Et d’ailleurs, elles ne méritent pas de survivre ». Ces propos du chef d’État français, chef des armées, à son homologue américain, recentre la problématique de la conduite de la guerre dans sa dimension socio-biologique. Ils nous renvoient sans détour au cœur des écrits du naturaliste britannique Charles Darwin et de ses théories sur la survivance des plus aptes. Mais quel lien peut-il alors exister entre les notions d’évolution et celles de la conduite de la guerre – un homme, un officier, un écrivain prolixe, un penseur militaire non-conformiste : le major-général John-Frederick-Charles Fuller. Cet article a pour but de montrer comment l’originalité et le prolongement de la pensée du Major-General J.-F.-C. Fuller illustrent un véritable modèle d’évolutionnisme militaire.<span id="more-2019"></span></p>
<p>La matrice d’une pensée</p>
<p>Né en Angleterre en 1876 et décédé en 1966, Fuller est surtout connu comme le véritable aruspice de la mécanisation des armées. Sa vie se décompose en trois périodes distinctes, le penseur militaire, le penseur politique et enfin le redoutable historien. La matrice intellectuelle du Britannique s’est forgée, d’une part, grâce à une solide expérience opérationnelle – la guerre des Boers, les Indes, la Grande Guerre– et, d’autre part, grâce à une étude approfondie de la philosophie, de l’histoire des guerres napoléoniennes et, surtout, des conflits plus récents que sont la guerre de Sécession et la guerre russo-japonaise.</p>
<p>Dès 1913, Fuller pressent que les évolutions techniques des outils du tacticien – le fusil à répétition avec 600 mètres de trajectoire rasante, la mitrailleuse tirant plusieurs centaines de coups à la minute, le canon à tir accéléré avec goniomètre, la poudre sans fumée – vont bousculer l’art de la guerre. Mais la véritable matrice intellectuelle du Britannique s’inscrit au cœur de la révolution philosophico-scientifique qui secoue la seconde partie du règne de la Reine Victoria. La pensée de Fuller doit être comprise comme celle d’un disciple du philosophe Herbert Spencer et du scientifique Charles Darwin. Au-delà de cette double filiation, Fuller réalise une synthèse de la pensée de ces deux théoriciens.</p>
<p>« Évolutionnisme (1) » vs « Transformisme »</p>
<p>En 1850, Hebert Spencer, père de la sociologie moderne, est un jeune philosophe lorsqu’il publie son premier ouvrage, Statique sociale. Spencer s’attache à formuler la notion générale d’évolution (2), notion philosophique qu’il définit comme une loi de passage fatal de l’homogène à l’hétérogène, de l’indéfini au défini. Or, le développement du système évolutionniste de Spencer (3) s’est effectué en parallèle des travaux du naturaliste Charles Darwin. Les publications traitant du système synthétique de philosophie parurent en 1858, soit plus d’un an avant la diffusion de De l’origine des espèces.</p>
<p>Au cœur de cette révolution philosophico-scientifique, une confusion vit le jour entre ces deux théories. En effet, dès l’apparition du concept philosophique de Spencer, les mots évolutionnisme et transformisme furent confondus. D’un côté, le mot évolutionnisme, en tant que système d’évolution, se rapporte à une philosophie, c&#8217;est-à-dire à la philosophie synthétique de Spencer. À l’intérieur de ce système doit s’opérer l’unification des disciplines scientifiques sous l’autorité exclusives de la loi de l’évolution. De l’autre, le mot transformisme est une théorie propre à l’histoire naturelle et met en lumière la transformation progressive des espèces vivantes par descendance modifiée. Elle fut illustrée par Lamarck, Wallace puis Darwin.</p>
<p>La pensée de Fuller</p>
<p>À partir de la publication de son ouvrage The Foundations of the science of war, Fuller utilise les deux notions, puisque, d’une part, son analyse transhistorique suit la loi d’évolution de Spencer, dans sa dimension sociologique et, d’autre part, il se sert des idées de Darwin pour biologiser le phénomène guerre. Ainsi, la pensée de Fuller devient à la fois celle du darwinisme (4) militaire et de l’évolutionnisme militaire. L’évolution ou la transformation de la tactique puis de la stratégie devient donc fondamentalement assujettie à la technique puisque cette dernière structure la vie sociale des hommes. C’est la phrase de Carlyle, « Sans outils, il n’est rien, pourvu d’outils, il est tout. », qui conduit Fuller à conclure que les outils ou les armes, celles qu’il faut demander à l’invention, constituent les 99 centièmes de la victoire. Par conséquent, celui qui ne s’adapte pas ne pourra pas dominer tactiquement et stratégiquement la conduite de la guerre.</p>
<p>La capacité d’adaptation est donc liée à l’instinct de survie, car l’homme ne va pas au combat pour la lutte, mais pour la victoire. Fuller démontre que l’adaptation réactive de l’homme en guerre s’articule autour du principe d’économie des forces et de la coopération entre les trois armes majeures (l’artillerie pour le facteur protection, l’infanterie pour l’offensive et la cavalerie pour la mobilité). Dans cette interaction séculaire entre le matériel et le guerrier, il est le premier à percevoir que le couple s’inscrit de manière prégnante dans une logique d’adaptation réciproque.</p>
<p>Le déterminisme technique (5)</p>
<p>À travers l’ouvrage Armament and History, publié en 1946, Fuller présente une nouvelle synthèse de ses idées sous l’angle d’une étude transhistorique approfondie. Le livre se présente comme un roman et il reprend trois idées-forces qu’il développe depuis 1918 :</p>
<p>- Il y a toujours une interaction entre le phénomène guerre et les civilisations ;<br />
- C’est toujours le meilleur armement qui gagne les guerres ou, tout au moins, il rentre pour 99 % dans l’obtention de la victoire ;<br />
- La loi du facteur tactique constant énonce le fait que l’apparition d’une nouvelle arme est toujours suivie plus ou moins rapidement de la découverte d’un contre-perfectionnement de cet armement qui la prive de la supériorité qu’elle avait pu avoir un moment.</p>
<p>Fuller commence sa démonstration par une approche anthropologique pour relier l’histoire des hommes à celle de ses outils. Il utilise d’emblée Clausewitz (6) pour dévoiler l’influence mutuelle entre les deux notions. Il développe ensuite la loi de l’évolution généralisée pour renforcer ce lien. Il écrit alors que ce principe « signifie que ceux qui s’adaptent le plus rapidement et le plus parfaitement aux changements matériels, intellectuels ou moraux, sont ceux qui ont le plus de chance de survivre. En ce qui concerne l’histoire des organisations militaires, c’est la même chose : la civilisation est le milieu ambiant et pour rester apte à faire la guerre, les armées doivent s’adapter elles-mêmes à ces phases changeantes (7) ».</p>
<p>C’est en définitive la loi de l’évolution généralisée de Spencer qui permet à Fuller de déduire la loi du facteur tactique constant, véritable innovation de la pensée du Britannique. Il la définit dès le premier chapitre de la manière suivante : « Toute amélioration destinée à accroître la puissance des armes a pour but de diminuer le danger pour l’un des camps, tout en l’augmentant pour le camp adverse. C’est pourquoi chaque perfectionnement apporté aux armes a toujours été en fin de compte suivi d’un contre-perfectionnement qui rendait le premier suranné : l’évolution de la puissance des armes est comme un pendule qui se balance lentement ou rapidement de l’offensive vers la défensive et de la défensive vers l’offensive selon le rythme du progrès civil et chaque balancement élimine le danger de façon sensible (8) ».</p>
<p>Il continue sa définition en insistant sur la notion du rythme des progrès : « &#8230;À l’âge de pierre, quand le progrès était au point mort, le perfectionnement des armes était également très lent et l’on pourrait dire qu’il était toujours à jour. Aujourd’hui, les conditions sont diamétralement opposées, car le progrès civil est si rapide qu’on peut non seulement craindre, mais même être absolument certain qu’en temps de paix, il sera impossible à une armée de se tenir à jour au sens entier du mot. C’est pourquoi l’évolution sera très rapide en temps de guerre, et en conséquence l’armée qui sera intellectuellement la mieux préparée à s’adapter aux transformations tactiques aura une énorme supériorité sur toutes les autres (9) ».</p>
<p>L’originalité de l’analyse historique de Fuller est de présenter l’histoire de la guerre comme une succession de périodes ou de cycles tactiques reposant sur un concept ou un fait technologique. Il en conceptualise ainsi six, qui sont chronologiquement l’âge de la bravoure, de la chevalerie, de la poudre, de la vapeur, du pétrole et de l’énergie atomique.</p>
<p>Une loi de l’évolution militaire…</p>
<p>Il formule ainsi une loi de l’évolution militaire, qu’il appelle la loi de l’évolution militaire, « à savoir que la civilisation est une question d’ambiance et que, par conséquent, les armées doivent s’adapter continuellement à ses phases changeantes si elles veulent toujours être prêtes à l’action, pour l’instant du moins, elle [la puissance de l’arme atomique] renverse cette loi en faisant de la guerre le “milieu” auquel la civilisation doit s’adapter si elle veut survivre ». La synthèse militaire darwino-spencerienne présentée par Fuller poussera toujours plus loin l’homme en guerre. La loi de l’évolution militaire suit par analogie la concurrence biologique entre un petit mammifère et un puissant reptile cuirassé. Dans le règne animal, certains traits caractéristiques d’un organisme vivant favorisent son adaptation à l’environnement et donc ses chances de reproduction puisqu’il survit plus longtemps ; c’est également l’essence de l’évolutionnisme tactique. La théorie de l’évolution des espèces met en lumière que la constitution d’une armure protectrice a toujours eu une conséquence funeste pour cette espèce. A contrario, l’organisme peut se protéger par sa furtivité, la rapidité de ses déplacements, en se dissimulant ou en s’unissant avec d’autres organismes de la même espèce. Darwin démontre que l’expérience de l’armure échoue constamment. En effet, les créatures qui l’adoptèrent devinrent énormes, leurs mouvements se firent très lents ; ils s’alimentèrent d’une nourriture végétale qui les désavantageait vis-à-vis de leurs ennemis vivant d’une nourriture animale rapidement assimilable. Ces animaux furent représentés par les mammifères immenses vivant en Amérique durant l’ère tertiaire.</p>
<p>Interprétation…</p>
<p>Pour l’homme en guerre, la principale leçon des théories de Fuller (10) comme celles de Darwin ou des néo-darwiniens est très simple. L’échec répété de l’armure renvoie sans détour la réflexion tactique et stratégique au récit biblique du duel entre David et Goliath : la fronde et l’épée du pâtre hébreux ne pesaient rien face à l’armure et à la lance du champion philistin. Ce combat, asymétrique et dissymétrique, illustre la dialectique permanente entre l’esprit et la matière au cœur de toute réflexion tactique. Le Triceratops (11) philistin est vaincu par une manœuvre parfaitement réfléchie. L’évolution de la tactique et de la stratégie est donc marquée par une série de rencontres entre l’Homme et la technique. Ayant compris l’esprit du combat de David contre Goliath initialement à pied, il suffit de le transposer à cheval, sur des chenilles ou de le décliner à l’aune de facteurs spatio-temporels voire culturels, pour comprendre puis extrapoler le véritable sens de l’évolutionnisme militaire.</p>
<p>Cependant, si l’étude de la biologie montre que la nature a doté le règne animal de toute la panoplie d’armes et de leur tactique ou stratégie associée, force est de constater que l’évolution actuelle du bipède en fait le moins bien armé de la création. Sans poil, cuirasse, dard, lance, corne, griffe, croc, la mutation biologique a lentement désarmé l’homo erectus en le contraignant à lâcher le gourdin de son cousin le singe. Ainsi l’homo occidentalis est subitement devenu sociable mais dans sa quête effrénée pour acquérir ses ressources vitales et matérialiser un territoire, il a toujours besoin du phénomène guerre pour se structurer. Alors le prolongement de la pensée de Fuller nous apprend peut-être que celui qui continuera à l’emporter, au sens de la victoire militaire, ne sera pas forcément le plus fort, le plus rapide, le plus intelligent mais celui qui sera le plus apte à s’adapter en évoluant… parce qu&#8217;il est devenu le plus inventif et le plus coopératif…!</p>
<p>Prospective…</p>
<p>Aujourd’hui la vision occidentalo et anthropo-centrée de la guerre semble refuser de développer une conscience de l’échec car elle oublie de facto deux notions fondamentales du phénomène guerre, ses dimensions morales et temporelles. Elle reste technocentrée. Peut-on évoquer la guerre sans parler de ses doctrines théologiques, philosophiques, juridiques voire idéologiques ? Sans parler de Saint Thomas d’Aquin et de Karl Marx ? Sans relier Carl von Clausewitz à Carl Schmitt ? Sans se réapproprier la notion grecque de Kairos (12) ? En reprenant les cycles tactiques définis par Fuller, nous nous trouvons à la fin d’un cycle car nous n’arrivons plus à inscrire l’action militaire dans le même référentiel temporel de la zone géographique dans laquelle nous voulons appliquer des effets ! Dans ce domaine, Fuller nous enseigne que l’imagination de l’homme en guerre est sans limite. À l’instar des mutations génétiques, les mutations technologiques induisent de nouvelles formes d’organisation tactique, mais également des hybridations des modes de combat qui peuvent être surprenants pour celui qui ne retient pas les leçons l’histoire.</p>
<p>Ainsi, les armées des sociétés occidentales viennent d’entrer dans une phase d’évolution régressive. En effet, a contrario de leur adversaire, elles sont victimes d’une dé-corrélation entre l’utilisation de l’outil dominant de la société (13) et leurs mondes des idées. C’est une phase inédite qui place le soldat dans une posture transymétrique puisqu’il ne n’arrive pas à trouver le lien entre l’existence et l’essence du phénomène guerre. Sur un versant de la guerre, l’outil de l’homo numericus est exclusivement utilisé pour et par sa dimension matérielle, mais de l’autre côté de la colline, la menace du moment le met partiellement en œuvre dans des champs immatériels, voilà le défi (14) de la transymétrie. C’est encore l’acception puis le dépassement de l’idée de Fuller : « … son objectif immuable est la conquête par les idées, car conquérir avec des obus est impossible : l’obus détruit, il ne crée pas ; il est stérile et non fertile ».</p>
<p>Conclusion</p>
<p>Finalement, la loi de l’évolution militaire est toujours suivie d’une certaine co-évolution, c’est-à-dire d’une hybridation qui laisse apparaître des modes de combat non-conventionnel, sub-conventionnel et supra-conventionnel. Hier, le moujik analphabète et inculte décrit par Tolstoï tint en échec les tacticiens de Napoléon. Aujourd’hui, les figures du résistant, de l’espion et du militant se sont transmutés en un seul homme que Carl Schmitt dénomme le « partisan industriel ». De cette hybridation naît l’asymétrie puis la transymétrie, puisqu’il y n’a plus aucun repère commun dans le cadre spatio-temporel de l’existence et l’essence de la guerre. Entre 1939 et 1989, l’opposition ami-ennemi, fondement de la notion politique, est devenue totalement floue ; il s’ensuit une transformation graduelle de la conduite de la guerre qui laisse désormais entrevoir une juxtaposition des concepts clausewitziens et schmittiens. Alors, pour continuer à tracer la courbe de l’évolution, il serait dommageable de réduire la pensée du major-Général J.-F.-C. Fuller au seul déterminisme technique puisque le Britannique souligne que l’âge de la technicisation totale conduit au néant spirituel. Fuller nous aide à prendre conscience du présent. C&#8217;est-à-dire à saisir le sens et les contresens que l’on veut bien donner à cette courbe. En ce début de siècle désorienté, sa principale leçon devient essentiellement philosophique. En reliant la notion de conduite de la guerre, dans la pensée occidentale, à celle d’évolution, il offre un contrepoids spirituel à la réflexion de l’homme en guerre… Et c’est précisément ce que les chefs militaires bolchéviques, comme le jeune maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, lui ont reproché dès 1923.</p>
<p>L’originalité de la pensée du major-Général J.-F.-C. Fuller montre simplement que l’homme en guerre sera toujours la mesure de l’évolution, au sens spencérien du terme, car la singularité de l’homo sapiens résidera toujours dans sa capacité à s’adapter face à de nouveaux dangers. Alors, à l’instar d’Hannibal le perfide, redevenons ces tact-ticiens (15) imaginatifs car, pour survivre, il nous faudra inexorablement réinventer la guerre en oubliant parfois qu’il sera toujours plus facile pour un officier de mourir que de chercher à réfléchir ! « Pacem intelligere nec bellum timere » (16).</p>
<p>Olivier Entraygues</p>
<p>Notes<br />
(1) Le terme évolution vient du latin evolutio (action de dérouler), qui appartenait à l’origine au vocabulaire militaire (faire manœuvrer une armée). Il apparaît en français en 1536. Dans la seconde moitié du 18e siècle, en sciences naturelles, il prend le sens de changement, transformation et développement. À partir d’Auguste Comte, il remplace en partie « progrès ». Évolutionnisme apparaît en 1873, transformisme en 1867. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française.<br />
(2) Fuller emprunte la théorie générale de l’évolution pour bâtir les fondations de la science de la guerre.<br />
(3) La théorie synthétique.<br />
(4) L’expression « darwinisme social », ainsi nommé par le journaliste anarchiste français Emile Gauthier en 1880, est impropre car elle fait référence aux idées de Spencer (non assistance aux pauvres, par exemple) et non à celles exprimées par Darwin. Pour Spencer, il ne faut pas que l’État, par exemple par des mesures d’assistance, contrecarre la concurrence vitale et la sélection naturelle dans la société. Il fournit au libéralisme anglo-saxon une conception du progrès liée au triomphe des individus les mieux adaptés et à la non prise en charge des moins « aptes ». C’est ce que l’on a appelé, à tort, darwinisme social. En effet, selon Darwin, les conduites altruistes chez l’animal et l’homme étaient un fait d’évolution grâce aux développements d’instincts sociaux. La conséquence est la politique d’institution étatique dont l’action contredit la loi de la sélection naturelle en protégeant les plus faibles.<br />
(5) « Jusqu’où nous faudra-t-il remonter pour prouver que c’est la guerre qui a le plus contribué à répandre la machine ? ». in Technique et civilisation Lewis Mumford, (Technics and Civilization, Harcourt Brace, New York, 1934), trad. D. Moutonnier, Seuil, Paris, 1950, 414 p..<br />
(6) « La guerre au sens strict, c’est le combat…la nécessité de combattre a très rapidement guidé les hommes vers des inventions ayant pour but particulier de leur permettre de vaincre et de s’assurer ainsi l’enjeu de la bataille. C’est pourquoi les modes de combat ont beaucoup varié ; mais en dépit de ces variations, le principe est demeuré le même, et le combat est toujours l’élément constitutif de la guerre… Le combat détermine tout ce qui se rapporte aux armes et au matériel et ceux-ci à leur tour modifient le mode de combat ; il y a donc une influence réciproque de l’un sur l’autre ». in De la Guerre.<br />
(7) in L’influence de l’armement sur l’histoire, des guerres médiques à la seconde guerre mondiale. L’âge de la bravoure, l’âge de la poudre, l’âge de la vapeur, l’âge du pétrole, l’âge de l’énergie atomique, page 39, traduction du général Chassin, Payot, Paris, 1948, 239 p..<br />
(8) Ibid. page 40.<br />
(9) Ibid. page 41.<br />
(10) Il est intéressant de noter que, chronologiquement, l’ouvrage d’Arnold Toynbee, War and Civilization, 1943, celui de Tom Wintringham, Weapons and Tactics, 1943, ou Les Guerres, de Gaston Bouthoul, édité en 1950, reprennent les idées que Fuller développent en 1932 dans ses ouvrages The Dragon Teeth et War and Western Civilization. La comparaison avec l’ouvrage de Samuel Huntington, Le choc des civilisations, est saisissante. En revanche, dans Armament and History, Fuller reconnait sa dette intellectuelle vis-à-vis de Lewis Mumford pour son ouvrage Technics and Civilization, 1934, et de Quincy Wright pour Study of War, 1942.<br />
(11) Reptile fossile du crétacé dont la tête était pourvue de trois cornes.<br />
(12) Le mot Kairos signifie le temps de l’action opportune. C’est la possibilité de construire son bien au moment où il se présente. Le Kairos incarne la rencontre entre deux notions, le temps et l’action. Le philosophe, dormant sur le plan politique, est pleinement éveillé sur le plan théorique et intellectuel car ce dernier attend le moment opportun, Kairos, de l’action après l’attente. À la fin des années 70, c’était le mode d’action de la Rote Armee Fraktion, des Brigate Rosse ou d’ Action directe. Aujourd’hui les cellules dormantes d’al Qaïda. La science de la guerre est donc de savoir discerner à quel moment il faut intervenir et à quel moment il ne le faut pas. Le Kairos devient alors une phase d’attente nécessaire pour s’adapter aux nouvelles menaces et expérimenter, afin de rétablir l’équilibre entre la doctrine et les nouvelles technologies.<br />
(13) La mondialisation de l’Internet qui contracte les notions d’espace et de temps.<br />
(14) Le mot est à prendre ici à la fois dans son acception anglaise de challenge et française de provocation.<br />
(15) Jeu de mots créé par Fuller dans son ouvrage Generalship : its diseases and their cure. A study of the personal factor in command, afin d’associer les notions de tact et de tacticien.<br />
(16) « Étudie la paix pour ne pas craindre la guerre »</p>
<p>Article paru dans DSI n°44, janvier 2009. Toute reproduction interdite sans l&#8217;accord préalable de l&#8217;éditeur</p>
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