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	<title>Magazine DSI &#187; Amérique du Nord</title>
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	<description>Défense et Sécurité Internationale</description>
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		<title>Defense Strategy Guidance 2012 : quelles évolutions pour la défense américaine ?</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 09:44:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amérique du Nord]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est sans doute la première &#171;&#160;Vision&#160;&#187; (au sens américain du terme) post-&#160;&#187;guerre contre le terrorisme&#160;&#187; qu&#8217;a publié le 5 janvier 2012 l&#8217;exécutif américain. Le Priorities for 21st Century Defense donne en effet le sens global de l&#8217;évolution de la politique de défense mais aussi de la stratégie des moyens américaines. Sans surprise, le document place&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">C&#8217;est sans doute la première &laquo;&nbsp;Vision&nbsp;&raquo; (au sens américain du terme) post-&nbsp;&raquo;guerre contre le terrorisme&nbsp;&raquo; qu&#8217;a publié le 5 janvier 2012 l&#8217;exécutif américain. Le Priorities for 21st Century Defense donne en effet le sens global de l&#8217;évolution de la politique de défense mais aussi de la stratégie des moyens américaines. Sans surprise, le document place l&#8217;Asie &#8211; et en arrière-plan, la Chine &#8211; au cœur de ses préoccupations. Rien de plus logique : depuis la fin des années 1990, Pékin est de plus en plus fréquemment évoqué comme Peer competitor.</p>
<p style="text-align: justify;">Corrélativement et tout aussi logiquement, la position de l&#8217;Europe sur la carte des intérêts stratégiques américains glisse vers la périphérie. Il y a sans doute là un signe supplémentaire de clochardisation stratégique européenne &#8211; pour reprendre un terme utilisé dans un article d&#8217;E. de Durand. Au-delà de la définition de la zone de préoccupation prioritaire, le document revient également sur les moyens permettant aux Etats-Unis de conserver leur supériorité militaire dans les prochaines années. Si les médias se sont attachés aux réductions d&#8217;effectifs &#8211; soit environ 40 000 hommes pour l&#8217;Army d&#8217;ici à 2015 &#8211; il convient de les relativiser à deux points de vue :<span id="more-4028"></span></p>
<p style="text-align: justify;">- D&#8217;une part, ces réductions sont comparables à celles subies par la Grande-Bretagne. Proportionnellement, elles sont donc loin de représenter un effondrement ;</p>
<p style="text-align: justify;">- D&#8217;autre part, la déflation en effectifs au terme d&#8217;une période d&#8217;engagement opérationnel majeure est pratiquement systématique aux Etats-Unis et, en dépit de la crise économique, l&#8217;ampleur de cette déflation est loin de refléter celles qui avaient été observées au terme de la Première ou de la Deuxième Guerre mondiale, celle de Corée ou du Vietnam.</p>
<p style="text-align: justify;">Le budget lui-même restera fondamentalement très supérieur à ce qu&#8217;il était avant l&#8217;arrivée au pouvoir de G.W. Bush : en 2013, il sera de 472 milliards de dollars, soit le même budget qu&#8217;en 2007&#8230;. Les Etats-Unis resteront donc, logiquement, la première puissance militaire mondiale, qualitativement comme quantitativement dans nombre de secteurs (appareils de combat et marine notamment).</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue des priorités affectées aux missions, la <em>Priorities</em><em> for 21st Century Defense</em> retient en premier lieu la nécessité de contrer le terrorisme et la guerre irrégulière. Suivent, dans l&#8217;ordre :</p>
<p style="text-align: justify;">- le fait de dissuader et de vaincre une agression classique (on notera que la doctrine des deux interventions reste d&#8217;application) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la projection de puissance en dépit des stratégies d&#8217;interdiction d&#8217;accès ;</p>
<p style="text-align: justify;">- le fait de contrer les armes de destruction massive (essentiellement par la prévention au sens diplomatique) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- le fait de pouvoir opérer librement dans l&#8217;espace et le cyber-espace ;</p>
<p style="text-align: justify;">- le maintien d&#8217;une dissuasion nucléaire ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la sécurité intérieure et le soutien aux autorités civiles ;</p>
<p style="text-align: justify;">- fournir une présence stabilisante outre-mer ;</p>
<p style="text-align: justify;">- conduire des opérations de stabilisation et de contre-insurrection ;</p>
<p style="text-align: justify;">- conduire des opérations humanitaires et de soutien après l&#8217;occurrence de catastrophes.</p>
<p style="text-align: justify;">La stratégie des moyens nécessaire à l&#8217;atteinte ces différents objectifs ne diffère pas foncièrement de celle déjà observée : l&#8217;attention portée à l&#8217;Air Force et à la Navy restera importante. Mais les forces spéciales et les drones devraient également continuer d&#8217;être privilégiées &#8211; la dernière UAS Roadlmap (voir nos précédentes éditions) ne devrait ainsi pas être remise en question. Reste qu&#8217;au-delà, plusieurs inconnues continuent de peser sur le développement des forces américaines. C&#8217;est en particulier le cas pour des programmes tels que celui du F-35 et du futur bombardier stratégique (Air Force) ; des porte-avions de la classe Ford, des porte-aéronefs de la classe America, voire même des destroyers de la classe Burke et des sous-marins de la classe Virginia (US Navy). Pour l&#8217;Army, la question de la poursuite du programme GCV se pose également, de même que celle du remplaçant des AAV-7 chez les Marines.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs autres programmes semblent sanctuarisés. C&#8217;est d&#8217;abord le cas, au terme de l&#8217;abandon définitif, du YABL-1A des systèmes de missiles, de radars et<br />
de systèmes C2 développés par la Missile Defense Agency. C&#8217;est également le cas du nouveau SSBNdestiné à la marine. Plus généralement, on ne connaît pas encore les répartitions des différentes coupes, si ce n&#8217;est que les forces plus particulièrement destinées à intervenir en Asie ne seront pas affectées par les<br />
coupes budgétaires. Dans le même temps, selon le président américain, &laquo;&nbsp;<em>Oui, notre armée sera amaigrie, mais le monde entier doit le savoir : les Etats-Unis vont maintenir leur supériorité militaire avec des forces armées qui seront agiles, flexibles et prêtes à réagir à l&#8217;ensemble des circonstances et des menaces</em>&laquo;&nbsp;.  <em></em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Etats-Unis : économies majeures, annulations de programmes, réduction des forces de plus de 40 000 hommes</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Jan 2011 10:22:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Aires géographiques]]></category>
		<category><![CDATA[Amérique du Nord]]></category>
		<category><![CDATA[Forces armées]]></category>
		<category><![CDATA[Thématiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Robert Gates n&#8217;en avait pas fait un secret, il est particulièrement critique à l&#8217;égard de la gestion budgétaire et programmatique de son département. Le résultat d&#8217;une série de travaux, à cet égard, est révélateur d&#8217;évolutions en termes d&#8217;économies, sans toutefois que le budget de défense américain ne soit diminué dans les prochaines années &#8211; au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Robert Gates n&#8217;en avait pas fait un secret, il est particulièrement critique à l&#8217;égard de la gestion budgétaire et programmatique de son département. Le résultat d&#8217;une série de travaux, à cet égard, est révélateur d&#8217;évolutions en termes d&#8217;économies, sans toutefois que le budget de défense américain ne soit diminué dans les prochaines années &#8211; au contraire, il devrait s&#8217;accroître, mais à un rythme moins important que durant ces dernières années. Leur résultat a été officiellement présenté le 6 janvier.</p>
<p>En l&#8217;occurrence, les services vont, par des réformes internes, économiser plus de 100 milliards de dollars sur les cinq prochaines années. La structure de force en Europe sera également revue à la baisse, tandis que des réductions de personnels, essentiellement administratifs sont en vue. Sur les 900 postes d&#8217;officiers généraux américains, 100 seront supprimés. Autre exemple de ces efforts de rationalisation, plus de 400 rapports rédigés annuellement seront supprimés. Des changements toucheront également le domaine du renseignement, dans le sens d&#8217;une rationalisation, après des années post-11 septembre ayant vu une prolifération de nouvelles agences/organisations et l&#8217;intégration toujours plus importantes d&#8217;acteurs privés du secteur. Par ailleurs, le système des soins de santé des militaires sera également revu. <span id="more-2739"></span></p>
<p>En contrepartie de ces économies &#8211; réinvesties ailleurs dans le département &#8211; les changements touchant les différents services seront nombreux, y compris en matière d&#8217;acquisition :</p>
<p>- Pour l&#8217;US Air Force, un nouveau bombardier stratégique, aptes aux missions nucléaires et pouvant éventuellement être piloté à distance sera lancé. Les radars des F-15 seront modernisés et un plus grand nombre de drones MQ-9 Reaper et de fusées EELV seront achetés. Des économies seront également réalisées dans le domaine de la gestion des carburants.</p>
<p>- Pour l&#8217;Army, il s&#8217;agira de moderniser les M-1 et M-2, d&#8217;accélérer le déploiement des nouveaux réseaux de communication tactique mais aussi d&#8217;augmenter les efforts en matière de prévention du suicide et d&#8217;utilisation de drogues par les soldats. Au-delà de 2015, dans une logique post-Afghanistan donc, la structure de forces sera réduite, avec la suppression de 27 000 postes.</p>
<p>- La marine va voir le développement d&#8217;une nouvelle génération de brouilleurs, dans le cadre d&#8217;une prise en compte de la menace du déni d&#8217;accès. Une nouvelle génération de drones ISR et de frappe pouvant être utilisés depuis la mer sera également développée. Plus de F-18 seront achetés, en prévision de retards dans le cadre du programme JSF.</p>
<p>- Ce sont les Marines qui seront les plus affectés. La décision la plus marquante touche l&#8217;EFV, véhicule de combat amphibie développé depuis les années 1980 et qui a déjà consommé plus de 15 milliards de dollars, qui est tout bonnement annulé. En fait, selon Gates, s&#8217;il était acquis, il consommerait pour son entretien l&#8217;ensemble du budget d&#8217;entretien des véhicules du Corps.</p>
<p>La version STOVL du F-35, le F-35B continue de subir des problèmes de développements, reconnus par Gates, qui indique qu&#8217;ils &laquo;&nbsp;<em>pourraient conduire un à re-design de la structure et de la propulsion</em>&nbsp;&raquo; et qu&#8217;il &laquo;&nbsp;<em>place l&#8217;appareil dans l&#8217;équivalent d&#8217;une période de probation de deux ans</em>&laquo;&nbsp;. Au-delà de cette période, le secrétaire à la défense a indiqué que si les problèmes n&#8217;étaient pas résolus, il faudra annuler la version B. Il s&#8217;agira également d&#8217;accélérer la remise en condition des véhicules des Marines revenant d&#8217;Irak ou d&#8217;Afghanistan. Il n&#8217;est toutefois pas question pour les Marines d&#8217;abandonner leurs spécificités amphibies mais, plutôt, d&#8217;utiliser les moyens actuellement disponibles. Les Marines verront également une réduction de leurs effectifs, située entre 15 000 et 20 000. Plus largement, Gates a manifestement pris en grippe le programme JSF. Indiquant que son deuxième moteur n&#8217;était pas nécessaire, il réduit également le nombre de commandes de l&#8217;appareil, toutes versions confondues, sur la période 2012-2016, de 449 à 325.</p>
<p>Les lecteurs de DSI bénéficieront, comme d&#8217;habitude, de mises à jour sur la question dans nos prochaines éditions papier</p>
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		<title>ABM et sécurité nationale aux États-Unis</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Jun 2010 18:12:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amérique du Nord]]></category>
		<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>
		<category><![CDATA[Thématiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Jean-Philippe Baulon, docteur en histoire, auteur de L’Amérique vulnérable ? (Economica, 2009). La « course à la protection » est un phénomène complexe. Le Pentagone a-t-il toujours vu d’un bon œil le développement de programmes antimissiles ? Les projets lancés sont-ils entrés en concurrence avec d’autres projets, dans le domaine de la dissuasion nucléaire « classique », par exemple ?&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="color: #888888;">Entretien avec Jean-Philippe Baulon, docteur en histoire, auteur de </span></em><span style="color: #888888;">L’Amérique vulnérable ? <em>(Economica, 2009).</em><br />
</span></p>
<p><strong><a href="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2010/03/baulon-3.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-513" title="Baulon 3" src="http://www.dsi-presse.com/wp-content/uploads/2010/03/baulon-3.jpg?w=300" alt="" width="300" height="200" /></a>La « course à la protection » est un phénomène complexe. Le Pentagone a-t-il toujours vu d’un bon œil le développement de programmes antimissiles ? Les projets lancés sont-ils entrés en concurrence avec d’autres projets, dans le domaine de la dissuasion nucléaire « classique », par exemple ?</strong></p>
<p>Le Pentagone est resté longtemps divisé sur la question antimissile. À partir du milieu des années 1950, les programmes relevaient principalement de l’armée de terre et celle-ci faisait face au scepticisme voire à l’hostilité des autres services du département de la Défense. La direction civile demeurait circonspecte devant les incertitudes techniques et financières ; surtout, l’aviation s’opposait année après année aux plans de déploiement. Il faut dire que cette dernière avait ses propres projets antimissiles, imaginant déjà une défense spatiale alors que les systèmes de l’<em>Army </em>associaient des composantes basées à terre. En outre, la concurrence était rude entre les forces armées pour capter la plus grande part des crédits alloués aux forces stratégiques.</p>
<p>Cette guerre bureaucratique ne prit fin qu’en 1965 : tous les services ont alors exigé le déploiement d’une défense antimissile ; mais le Pentagone n’était pas unanime pour autant : il s’agissait de constituer un front commun des militaires contre le secrétaire McNamara qui refusait toute acquisition supplémentaire d’armements stratégiques. McNamara a finalement cédé et un système limité a été déployé (Sentinel, rebaptisé Safeguard sous l’Administration Nixon). L’expérience s’est néanmoins avérée très décevante. Quand le Sénat a voté la fermeture des sites en 1975, le Pentagone a déploré <em>mezzo voce</em> la fin de cette première expérience opérationnelle mais n’a guère fait d’efforts pour la sauver. Vous le voyez, la situation des antimissiles fut dans un premier temps précaire au Pentagone ; on peut même considérer qu’ils furent les « parents pauvres » des programmes stratégiques américains. À cet égard, en 1984, la création par l’Administration Reagan de la Strategic Defense Initiative Organization (SDIO), l’ancêtre de l’actuelle Missile Defense Agency (MDA), fut un tournant : une agence indépendante, directement placée sous l’autorité du secrétaire à la Défense, prenait en charge les projets antimissiles ; ces derniers étaient ainsi soustraits aux rivalités bureaucratiques.</p>
<p><span id="more-512"></span>Dans ces conditions, vous comprendrez que les programmes antimissiles n’ont jamais sérieusement concurrencé les programmes stratégiques destinés à garantir la dissuasion durant la guerre froide. Même sous l’Administration Reagan, l’IDS ne recevait qu’environ 2 % du budget de la défense… Depuis les années 1950, la priorité fut bien de déployer des moyens de plus en plus performants d’alerte avancée, d’acquérir puis de conserver des forces de représailles crédibles, voire d’étoffer les forces basées en Europe (qui manifestaient peut-être mieux la garantie américaine que des missiles enterrés dans le Montana ou le Dakota), pas de construire une « Ligne Maginot » contre la menace soviétique. J’irai même plus loin en relevant que les antimissiles, d’abord imaginés pour dépasser la dissuasion, ont parfois été pensés pour renforcer cette dernière. Deux exemples. 1° L’administration Nixon, en 1969, a transformé le système prévu par l’administration Johnson : Sentinel (conçu pour protéger le pays d’une future menace balistique chinoise) est devenu Safeguard, un dispositif dont la mission était de protéger les silos de Minuteman d’une première frappe soviétique, donc de garantir la dissuasion. 2° En 1984-1985, plusieurs responsables du Pentagone ont pris leurs distances avec la « vision » dévoilée par Reagan à ses concitoyens en 1983 ; ils ont rejeté dans le très long terme la nécessité de dépasser la dissuasion par la menace de destruction assurée, et défendu l’IDS au Congrès en certifiant qu’elle allait surtout renforcer la dissuasion en compliquant considérablement la planification d’une frappe ennemie.</p>
<p><strong>Les Américains vont-ils poursuivre sur un rythme aussi soutenu que durant les trois dernières présidences leurs efforts en matière ABM ? Pensez-vous qu’ils soient en mesure, un jour, de disposer d’une défense ABM efficace ?</strong></p>
<p>Pour l’Administration Bush, la construction d’une défense antimissile était plus qu’une priorité, une véritable « marque de fabrique », un brevet de conservatisme en matière stratégique. Le projet a été poursuivi avec résolution quitte à sacrifier la qualité des relations avec la Russie, et en passant outre les objections d’une partie des experts qui ne considéraient pas le traité ABM comme une simple « relique de la guerre froide ». Or, ces experts favorables à la maîtrise des armements reviennent aux responsabilités derrière Barack Obama. La nouvelle administration poursuivra le programme, mais elle observera une certaine modération rhétorique et reverra sans doute le rythme du déploiement en accordant une véritable attention à la perception par les Russes des initiatives américaines. Les projets antimissiles en Europe centrale sont d’ailleurs en cours de réexamen. Il paraît très difficile à Washington de renoncer au radar prévu en République tchèque et aux 10 intercepteurs prévus en Pologne sans donner l’impression de céder à la pression russe. On peut toutefois imaginer un étalement du calendrier si la Russie fait aussi une part du chemin en se montrant plus coopérative, par exemple pour contenir l’avancée du programme nucléaire iranien. Ajoutons que le contexte budgétaire est contraignant ; après l’octroi de crédits assez généreux durant les huit années de présidence Bush, le financement de la <em>Missile Defense </em>pourrait fort bien subir des ajustements.</p>
<p>Mais il faut tenir pour acquis que le changement d’administration n’entraînera pas une fin de cycle. En effet, l’approche des antimissiles a changé aux États-Unis : elle semble maintenant moins dogmatique et plus pragmatique. Même si la référence à l’IDS est fréquente, on est loin de la démesure reaganienne puisqu’il est seulement question de compenser les incertitudes de la dissuasion face à de petites puissances balistiques. À droite, si l’on reste viscéralement attaché aux antimissiles, on admet les limites de systèmes qui gardent un caractère très expérimental. À gauche, les antimissiles ne sont plus immédiatement frappés d’anathème ; on accepte de discuter leur éventuelle pertinence face aux nouvelles menaces. Cet affaiblissement des clivages politiques sur la question antimissile devrait permettre aux programmes de traverser les alternances, même si ces dernières provoqueront encore des inflexions, déterminant des ralentissements ou des accélérations. On peut s’amuser à relever que certaines déclarations de Barack Obama ne sont pas en contradiction avec les conceptions autrefois portées par Ronald Reagan : le Président a évoqué à Prague l’abolition de la menace nucléaire, puis a envisagé à Moscou une ambitieuse relance du désarmement stratégique. Bien entendu, les circonstances sont radicalement différentes, mais cette petite musique en rappelle une autre…</p>
<p>Reste évidemment la question de l’efficacité. Un système efficace à 100 % est irréalisable ; un système crédible, d’une efficacité estimée à 80 %, pose quantité de problèmes car il ne s’agit pas seulement d’intercepter un engin balistique, ce qui relève déjà de la gageure, mais de déjouer des tactiques de saturation, de distinguer de véritables ogives au milieu de leurres, d’atteindre des ogives qui peuvent être furtives et manœuvrantes. Il y a fort à parier que les capacités offensives resteront longtemps supérieures aux performances de la défense, sauf dans le cas de menaces assez rudimentaires et de format réduit. Or, ce sont ces dernières qui justifient l’actuelle <em>Missile Defense </em>; il n’est plus question d’affronter un arsenal balistique massif et sophistiqué, comme durant la guerre froide. Pour la première fois depuis le début des programmes, le format de la menace retenue paraît coïncider avec les capacités défensives espérées ; ce qui est moins déraisonnable ! Les incertitudes concernant les performances de la MD dans des conditions opérationnelles restent élevées, mais il n’est pas exclu que les États-Unis parviennent à construire un système présentant une certaine efficacité dans des circonstances particulières : un arsenal offensif adverse comptant quelques engins dépourvus de leurres sophistiqués et connaissant un taux d’échec en vol important, un climat de crise permettant une mise en alerte optimale du système. Dans ces conditions, on imagine toutefois qu’un État souhaitant à tout prix atteindre le territoire américain adopterait un mode d’action alternatif et contournerait la MD « par le bas », en utilisant des moyens plus sommaires que les engins balistiques…</p>
<p><strong>Pour vous qui avez consacré plusieurs années de votre vie à l’étude des décisions entourant ces systèmes aux États-Unis, comment percevez-vous à la fois la concomitance de la rentrée de la France dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN et l’attention portée par le dernier <em>Livre blanc</em> aux « briques » des systèmes A(T)BM ?</strong></p>
<p>La France a longtemps regardé avec suspicion les systèmes défensifs dont le développement paraissait nuire à la crédibilité de forces de dissuasion moyennes. Souvenons-nous de l’opposition de François Mitterrand à l’IDS. À la fin des années 1990, Paris conservait encore une ligne officielle très réservée devant la relance du programme américain. Mais le contexte a changé à cause de la mise au point par plusieurs pays de fusées d’une portée croissante, et la France s’engage désormais de manière notable dans le domaine antimissile. Tout d’abord, le nouveau système de « défense aérienne élargie » (SAMP/T), que l’armée de l’Air commence à percevoir, possède une capacité antimissile de théâtre contre des engins simples et de courte portée (de type Scud-B). À l’autre extrémité de la défense antimissile, le <em>Livre blanc</em> manifeste la volonté d’acquérir des moyens d’alerte avancée pour surveiller l’évolution de la menace et, le cas échéant, détecter un tir hostile. Il s’agit d’un projet ambitieux puisque la France se doterait, dans la seconde moitié de la décennie 2010, d’une composante terrestre (un radar à très longue portée) et d’une composante spatiale (des satellites équipés de capteurs infrarouges).</p>
<p>Ces « briques » françaises ne prennent cependant tout leur sens que mises en relation avec des systèmes alliés. En ce qui concerne la défense de théâtre, la composante radar du SAMP/T est actuellement insuffisante pour que le système puisse déployer toute sa capacité antimissile. De nouveaux radars sont en cours de développement mais, si ceux-ci ne devaient pas équiper les escadrons pour des raisons de coût, il faudrait alors une connexion à des moyens OTAN pour songer intercepter des engins sophistiqués ou de plus de 600 km de portée. Le SAMP/T a d’ailleurs vocation à rejoindre le système de défense tactique multicouche contre les missiles balistiques qu’échafaude l’OTAN. La contribution française à une architecture antimissile OTAN est explicitement assumée par le <em>Livre blanc</em>. Pour ce qui est de la défense du territoire, la France fait un premier pas en visant l’acquisition d’un système d’alerte avancée. Si elle décidait à l’avenir d’y associer un dispositif d’interception (issu d’une évolution de ses propres systèmes de théâtre ou conçu avec d’autres États), cela ne pourrait être pensé qu’en association étroite avec ses alliés. Pour des questions de coûts, évidemment. Mais aussi parce que tout missile visant la France et tiré depuis l’Asie orientale ou le Moyen-Orient aurait une trajectoire passant au-dessus de plusieurs pays membres de l’OTAN. Pour détruire un missile visant la France, il faudrait sans doute tirer un antimissile depuis un deuxième pays, sachant que l’interception se déroulerait probablement au-dessus d’un troisième pays (tout cela en 15 à 30 minutes…). Sans même envisager l’incontournable mise en relation avec un probable dispositif antimissile américain en Europe, force est de constater qu’une défense du territoire français supposerait un très haut degré d’intégration des moyens militaires entre alliés.</p>
<p>Quoi que l’on pense des dernières décisions françaises et du rapport coûts-bénéfices des ABM, il faut reconnaître qu’il y a une cohérence entre le retour de la France dans les structures intégrées de l’OTAN et son engagement dans la mise au point de « briques » antimissiles. Compte tenu de leur complexité, de leurs coûts, de la géographie européenne et de la rapidité d’une interception, la défense antimissile de théâtre et (plus encore) de territoire requiert et produit de l’intégration. L’effort antimissile de la France conduirait-il ainsi à une perte d’autonomie ? Cela reste à démontrer. On a vu ses effets intégrateurs, mais il est aussi possible d’avancer un argument en faveur de l’autonomie : les projets français vont développer une expertise nationale sur le sujet ; la France gardera donc une faculté d’appréciation indépendante et pourra peut-être proposer aux alliés quelques alternatives à des solutions américaines. Il sera surtout intéressant de voir comment la France articulera la solidarité avec ses alliés européens et américains en matière antimissile et sa posture de dissuasion, à propos de laquelle l’indépendance reste le maître mot. Notons à ce sujet que la France est revenue dans toutes les structures intégrées de l’OTAN, dont le Comité de la défense aérienne (NADC) compétent pour les architectures antimissiles, sauf dans le Groupe des plans nucléaires (NPG). Nous retrouvons ici la dialectique de la solidarité et de l’autonomie qui définit depuis un demi-siècle les relations de la France et de l’Alliance.</p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #888888;">Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 17 juillet 2009</span></p>
<p><strong>Photo : </strong>Complexe de défense anti-missile de Fort Greely, en Alaska. (© DoD</p>
<p><span style="color: #ffffff;">&#8211;</span></p>
<p><span style="color: #800000;"><em>Publié dans le magazine DSI n°53 (novembre 2009). </em><em>Tous droits réservés. </em><br />
<em>Aucune reproduction n’est autorisée sans l’accord de l’éditeur (Areion Group).</em></span></p>
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		<title>Le F-35C effectue son premier vol</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Jun 2010 09:46:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amérique du Nord]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>
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		<title>Fin de la RMA et révolution des doctrines militaires américaines</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Dec 2009 21:56:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrateur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amérique du Nord]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Par le général de division Vincent Desportes, directeur du Collège Interarmées de Défense (CID). Les processus de Transformation touchant nos armées sont les fruits de la Révolution dans les affaires militaires perçue aux États-Unis dès le début des années 1990. Mais les expériences irakienne comme afghane – de même que les évolutions des débats stratégiques – ont montré que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color:#888888;"><em>Par le général de division Vincent Desportes, directeur du Collège Interarmées de Défense (CID).</em></span></p>
<p><span style="color:#888888;"><em> </em></span></p>
<p><a href="http://dsimag.files.wordpress.com/2010/03/desportes-1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-418" title="Desportes 1" src="http://dsimag.files.wordpress.com/2010/03/desportes-1.jpg?w=300" alt="" width="300" height="233" /></a>Les processus de Transformation touchant nos armées sont les fruits de la Révolution dans les affaires militaires perçue aux États-Unis dès le début des années 1990. Mais les expériences irakienne comme afghane – de même que les évolutions des débats stratégiques – ont montré que la vision fondée sur le « tout technologique » devait être dépassée. En conséquence, la doctrine américaine, après avoir embrassé la Transformation, mute à nouveau.</p>
<p><em> </em></p>
<p>On sait que <em>les politiques étrangères et les doctrines militaires se contraignent et se définissent réciproquement par compromis </em>: la vision politique de l’utilisation des forces structure les doctrines techniques et, en retour, celles-ci, naturellement contraintes par les réalités, imposent leurs limites aux visions idéales. En ce sens, les évolutions profondes des doctrines techniques d’emploi des forces américaines constituent un véritable cas d’école. Ce qui s’est passé, c’est <em>le choc d’un rêve totalement déconnecté des réalités avec cette même réalité</em>. Huit années de réalités guerrières ont imposé <em>une véritable révolution aux doctrines américaines.</em></p>
<p><strong><span id="more-416"></span>La « vision » d’hier</strong></p>
<p>Pour percevoir l’ampleur de cette révolution, il faut <em>se rappeler ce qu’était la vision des « affaires militaires »</em> lorsque le président G. W. Bush prête serment devant le Capitole, le 20 janvier 2001. Ignorante des échecs vietnamiens, bâtie sur l’effondrement soviétique et la victoire de 1991 au Koweït, vite oublieuse des échecs somaliens, cette vision s’était construite progressivement autour du sentiment de puissance/invulnérabilité et de l’idée que la technologie, avantage comparatif majeur des États-Unis, constituait la source essentielle de cette puissance/invulnérabilité et permettait, enfin, de dominer les aléas de la guerre.</p>
<p>Basée sur une rationalité qui finit par être déconnectée des vérités essentielles de la guerre, ce courant de pensée conduisit à une doctrine puis à une politique sous-tendues par le mythe de la grande guerre (<em>The Nation War</em>) contre le <em>« peer competitor</em> ». Cette dérive de la pensée militaire s’était concrétisée dans le concept de Transformation. Progressivement, sans qu’il n’ait jamais été testé en vraie grandeur, l’axiome de l’infaillibilité de la RMA et de la domination contre tout adversaire par la seule puissance de <em>l’Information Dominance</em>, à force d’être infiniment répété, devint la vérité qu’il était dangereux de mettre en doute. Ce concept fut amplifié par la nouvelle Administration Bush, dans une volonté de rupture avec l’administration précédente.</p>
<p>Dédaigneuse de l’aspect fondamentalement dialectique de la guerre, l’idée du candidat Bush est simple : « <em>La meilleure façon de maintenir la paix est de redéfinir la guerre selon nos propres termes.</em> »<sup> (1)</sup> Sa vision, qui est une vision technique, est celle de <em>la domination par la destruction</em> : « <em>Nos armées doivent être capables d’identifier des cibles grâce à toute une variété de moyens puis de les détruire presque instantanément par toutes sortes d’armes, des missiles de croisière à l’artillerie à longue portée</em>. »<sup> (2)</sup></p>
<p>Progressivement, se crée ainsi l’idée d’une nouvelle surpuissance invulnérable, facilement utilisable dans l’espace vide unipolaire puisqu’elle est justement libérée des contraintes de la multipolarité. En quelque sorte, pour la surpuissance unique, la perception de la supériorité technologique vient élargir la liberté de manœuvre politique et militaire. La mécanique politique d’intervention<sup> (3)</sup> se construit en aval : les opérations futures seront, en toute probabilité, rapidement réglées, en particulier si elles sont menées sur le mode préemptif. Il suffit, par la technologie, de contourner la nature même de la guerre et d’imposer à l’adversaire le comportement qui favorise l’efficacité des armes détenues. À partir de janvier 2001, la guerre réseaucentrée devint la seule base de réflexion, de planification opérationnelle et de conception des systèmes de forces. Elle ouvrit de nouvelles perspectives à la politique extérieure américaine.</p>
<p>La dérive intellectuelle a été de construire un adversaire virtuel renvoyant systématiquement à la guerre de l’information. On recherche et on finit par croire à l’existence ou au retour probable d’un « <em>peer competitor</em> » génétiquement proche, c’est-à-dire d’un champion adverse qui accepterait le combat dans le champ clos de la haute technologie, au détriment de l’adversaire réel, celui qui s’adapte et qui évite. La supériorité technique est assimilée à l’efficacité stratégique, devenant dans les esprits le facteur de puissance prépondérant, celui qui détiendrait la supériorité technologique étant assuré de la victoire. La technologie finit par devenir stratégie par elle-même.</p>
<p>Dans cette vision de la guerre « réseaucentrée », les progrès en matière de détection doivent, pour leur part, procurer une vision globale, sans cesse améliorée, des cibles à traiter. Cette démarche conduit donc progressivement à percevoir l’ennemi comme un ensemble de cibles, mais suppose en retour l’existence de ces dernières. Comme elle le percevra à ses dépens en Irak et au Liban, la Transformation ne peut donc s’avérer pertinente que face à un ennemi de type conventionnel, constitué d’un ensemble d’objectifs matériels, détectables et destructibles – ce qui n’est plus, désormais, qu’un cas improbable parmi d’autres plus certains. Hélas, <em>ce rêve de l’hyperpuissance estimant pouvoir dominer la guerre grâce à son avantage comparatif technologique s’est avéré très éloigné des nouvelles réalités conflictuelles.</em></p>
<p><strong>Un rêve théorique de plus en plus loin des réalités</strong></p>
<p>Très vite, après l’euphorie de la chute de Kaboul et celle de la prise de Bagdad, la vérité de la guerre impose de nouvelles interrogations. Trop lentement cependant, puisque c’est toujours le même modèle qui conduit Israël à l’échec stratégique en juillet 2006. Cette fois-ci, il faut bien repenser la guerre. Les difficultés rencontrées font alors apparaître comme étrangement décalé tout le débat stratégique des années 1990, focalisé comme il l’était sur la victoire décisive et l’accélération des <em>tempos</em>. Brutalement, <em>on s’aperçoit que l’effacement total du politique derrière le technique conduit à l’impasse. </em>La <em>Transformation</em> paraît en effet opérer essentiellement au niveau virtuel de<em> </em>l’affrontement conventionnel à grande échelle, alors que les conflits menés se situent en grande majorité à l’autre extrémité du spectre. Elle trouve donc naturellement ses limites face aux réalités de la guerre probable.</p>
<p><span style="text-decoration:underline;"> </span></p>
<p>Au-delà de ce décalage entre le rêve technique et la réalité conflictuelle, c’est la valeur politique même de la <em>Transformation</em> qui pose problème. L’exemple de la campagne « Iraqi Freedom » est particulièrement frappant. Au printemps 2003, la campagne « des 21 jours » en Irak a constitué une remarquable démonstration du niveau d’efficacité technique atteint par les armées des États-Unis. Pour autant, cette formidable victoire tactique et professionnelle n’a pas su créer les conditions du succès stratégique. Cette difficulté fait dire, en novembre 2005, au général de corps d’armée Mattis, aujourd’hui chef du Joint Forces Command :</p>
<p>« <em>Notre fascination pour la Révolution dans les affaires militaires et la Transformation a été une fois encore ébranlée par les leçons de l’Histoire, nous montrant le rôle essentiel du facteur humain dans la guerre. Notre engouement pour la technologie n’était que la marque de notre propre culture et le désir irréaliste de dicter la conduite de la guerre selon nos propres conditions.</em> » La crise majeure du concept sous-tendant la guerre occidentale moderne a donc conduit à de sérieuses remises en cause, non pas seulement des modalités de la Transformation, mais également de sa philosophie générale. Elle débouche finalement sur une nouvelle doctrine dont les conséquences sur la politique extérieure américaine sont loin d’être négligeables.</p>
<p><strong>Une doctrine nouvelle</strong></p>
<p>S’il est une capacité admirable dans les armées américaines, c’est celle de la remise en cause et de l’adaptation. Le « <em>can do spirit</em> » permet très vite de renverser le <em>credo</em> d’hier. On est <em>frappé aujourd’hui de constater combien, en moins de six années, la pensée doctrinale a profondément évolué</em>. Devant l’impérieuse nécessité de sortir de l’impasse terrible dans laquelle elle s’enfonçait en Irak, après une première période où elle a continué à s’enliser dans ses dérives, l’armée américaine a véritablement cherché à « <em>redonner de l’utilité à la force </em>», selon l’expression du général (UK) Rupert Smith<sup> (4)</sup>.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>La première révolution</em> a été pour les Américains de comprendre que, bien que la pensée militaire occidentale – et particulièrement américaine –, ait été depuis longtemps monopolisée par la « guerre symétrique », la « <em>forme traditionnelle de la guerre est bien, en fait, irrégulière », que « l’adaptation asymétrique durant la guerre est éternelle », que « les futurs conflits seraient dominés par les guerres au milieu de la population… les menaces irrégulières étant vraisemblablement désormais une menace dominante</em> », comme l’affirme avec force pour la première fois un document officiel de doctrine en 2006<sup> (5)</sup>, et le répètent désormais régulièrement tant le ministre Gates que le chef d’état-major interarmées, l’amiral Mullen.</p>
<p>Ces constats <em>lancent le débat doctrinal</em>. Puisque la pensée officielle peine à produire les nouvelles idées indispensables, <em>la parole est donnée aux officiers </em>qui s’expriment assez librement, tant pour critiquer les actions conduites que proposer des idées nouvelles. Le général David Petraeus (qui sera ultérieurement le commandant en chef en Irak, de février 2007 à septembre 2008), joue ici un rôle fondamental, lorsqu’il prend la tête du Combined Arms Center (CAC) à Fort Leavenworth. Il engendre un courant de réflexions et de propositions fondé sur un retour aux réalités, c’est-à-dire, essentiellement, sur l’évidence redécouverte de la <em>centralité du facteur humain</em> dans la guerre. De là découlent la <em>reprise en compte de la prédominance du politique sur le militaire</em>, <em>la réintégration du militaire dans une « approche globale » des crises</em>, ce qui conduit, par conséquent, non pas à un rejet de la technologie, toujours perçue comme l’un des facteurs importants, mais à la fin de la <em>technologisation</em> de la stratégie et à sa <em>repolitisation</em><sup> (6)</sup>.</p>
<p>Cette évolution doctrinale, initiée et poussée par les armées au contact (US Army et US Marine Corps) est accompagnée par la parution de manuels de doctrine interarmées qui prennent acte, à leur tour, du poids de la nouvelle réalité guerrière. Elle est accentuée par la nomination (en septembre 2007) à la tête de l’US JFCOM, le grand commandement interarmées américain, et de l’ACT (commandement stratégique de l’OTAN pour la Transformation) du général d’armée (USMC) James N. Mattis. Cet officier, à la forte personnalité et à l’expérience opérationnelle incontestable, remet en cause, d’entrée, le principe même de Transformation, affirme au contraire celui de réalité et rejette les modes de pensée qui lui paraissent décalés par rapport à la réalité dialectique de la guerre. Il s’agit, en particulier, des Effects-Based Operations (Opérations basées sur les effets)<sup> (7)</sup>. Cette méthode de planification/action lui apparaît refléter un courant mécaniste et technologiste, à l’origine des difficultés américaines</p>
<p><em> </em></p>
<p>Ainsi, de 2001 à 2009, la perception brutale de la limite de l’outil militaire en tant que producteur d’efficacité politique conduit naturellement à de nouvelles visions politiques. Les États-Unis sont conduits à relativiser l’un des facteurs de puissance – la puissance militaire – dont ils avaient eu l’impression qu’il leur conférait une liberté et une capacité d’action totales sur l’environnement de leur pôle unique.</p>
<p><strong>Où en est-on aujourd’hui ?</strong></p>
<p><em><span style="text-decoration:underline;"> </span></em></p>
<p><em>Un impact sur les acquisitions</em></p>
<p>Dans le cadre de cette réorientation doctrinale, Robert Gates a proposé de profonds rééquilibrages budgétaires. Selon lui, le département de la Défense investit beaucoup trop pour se préparer à de très improbables conflits de type conventionnel contre la Russie et la Chine ou pour renforcer encore des dominations maritimes ou aériennes que personne ne peut contester. Les programmes d’armement sont revus à l’aune de leur incidence sur les opérations en cours et les projets futuristes sont reportés jusqu’à ce que soient bien précisés besoins, concepts d’emploi et stratégies d’acquisition.</p>
<p>Ainsi en est-il du projet Future Combat System (FCS) de l’US Army, drastiquement revu à la baisse en raison de la dérive haussière exponentielle de ses coûts et de son inadaptation aux guerres combattues. Ainsi en est-il aussi du futur destroyer DDG-1000, dont la production sera limitée aux trois exemplaires en cours de construction, du projet de croiseur de prochaine génération (CG-X) et du futur bombardier qui devront rester sur les planches à dessin tant que ne seront pas mieux définis les concepts d’emploi et les besoins technologiques en découlant. Une autre victime est le chasseur F-22 Raptor, dont les coûts ont véritablement explosé : voulant des appareils « <em>qui puissent être produits en quantité à un coût viable </em>», Gates a décidé d’arrêter la production de ces avions furtifs où elle en était, à 187, réduisant ainsi de plus de moitié la cible initiale<sup> (8)</sup>.</p>
<p><em><span style="text-decoration:underline;"> </span></em></p>
<p><em>Un impact sur les volumes de force et les équilibres entre les armées</em></p>
<p>Contrairement aux postulats initiaux des campagnes « Enduring Freedom » et « Iraqi Freedom », la guerre combattue montre qu’il faut y déployer des volumes importants au sol. Ce sont<em> </em>160 000 hommes qui seront déployés en Irak au moment du « <em>surge </em>» décidé par le Président Bush au début de l’année 2007 et les effectifs américains en Afghanistan, qui étaient de 5 200 en 2002, atteindront au moins 70 000 à la fin de l’année 2009. La décrue des effectifs terrestres – qui, dès 1999, amène l’US Army au niveau de 480 000 hommes et le Marine Corps à 170 000 – s’est donc heurtée aux réalités. À partir de 2003, les effectifs de l’US Marine Corps et de l’US Army vont donc croître, par palier, mais de manière régulière. En juillet 2007, le secrétaire Gates décide une nouvelle augmentation qui porte les effectifs de l’US Army à 569 000 hommes (ce qui correspond à une augmentation de presque 100 000 hommes en dix ans) et ceux du Marine Corps à 200 000.</p>
<p><em><span style="text-decoration:underline;"> </span></em></p>
<p><em>Un impact sur la conduite de la guerre en Afghanistan</em></p>
<p>C’est probablement la relève, le 11 mai dernier, du général McKiernan, commandant américain de l’ISAF, qui constitue la décision la plus emblématique de l’évolution des doctrines et perception de la guerre. Elle fait suite, d’une certaine manière, aux démissions provoquées en août 2008 du secrétaire à l’Air Force et du chef d’état-major de l’US Air Force. L’affaire est emblématique parce que la dernière relève d’un général commandant en chef un théâtre d’opérations remonte à presque 60 ans, quand le Président Truman relève le général MacArthur, commandant en chef en Corée.</p>
<p>Ici, la volonté est véritablement de modifier la philosophie générale des opérations. Pour Gates<sup> (9)</sup>, « <em>le point est de penser autrement, de porter des yeux nouveaux sur la situation ; notre mission ici demande une pensée nouvelle et de nouvelles approches »</em>.<em> </em>Ce qui est reproché au général McKiernan, au fond, c’est de n’avoir pas adhéré franchement au nouveau courant doctrinal, d’être resté dans une posture « conventionnelle », basée d’abord sur la destruction, qui ne pouvait correspondre à la nouvelle stratégie annoncée par le Président Obama en février dernier. D’ailleurs, cette volonté de changement se retrouve d’emblée dans les consignes données par le nouveau commandant de l’ISAF, le général McChristal. Elle marque aussi le rapport qu’il adresse au Pentagone à la fin du mois d’août et dont l’un des leitmotivs est simple : « <em>Nous devons changer notre culture opérationnelle, nous devons profondément changer notre façon d’opérer et notre façon de penser. »</em></p>
<p>Il est frappant de constater à quel point la doctrine américaine a évolué en dix ans, au point qu’il faut bien évoquer une véritable révolution. Un aveuglement certain sur les capacités de l’outil militaire avait, en 2002, contribué au lancement de l’aventure irakienne, la perception de la supériorité technologique américaine y ayant joué un rôle important, du niveau tactique au plan politique. Aujourd’hui, les attitudes et les méthodes seraient profondément différentes. Il reste cependant à connaître la pérennité de ces évolutions dont l’effectivité ne peut se juger que sur des périodes de l’ordre de la décennie. On remarquera, en particulier, que si les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont sérieusement fait évoluer les esprits des armées touchées en leur cœur et en leur chair par les nouvelles formes de guerre (Army et Marine Corps), elles ont eu un impact plus modéré chez ceux dont les équipements, techniques et méthodes de guerres, n’ont pas véritablement été remis en cause<sup> (10)</sup>. On remarquera aussi que si les armées américaines possèdent, plus que beaucoup d’autres, une très grande capacité d’adaptation, elles sont également très marquées par une culture stratégique spécifique aux tendances souvent plus lourdes que les adaptations de circonstances : ces tendances lourdes pourraient assez vite ramener le balancier vers les errements antérieurs.</p>
<p><span style="color:#000000;"><strong>Notes :<br />
</strong></span></p>
<p><span style="color:#000000;">(1) Discours de George W. Bush à La Citadelle, 23 septembre 1999 ; il reprendra cette idée plusieurs fois, en particulier à l’occasion du baptême du porte-avions Ronald Reagan, le 4 mars 2001, et à l’Académie navale, le 25 mai 2001.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(2) <em>Ibidem</em>.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(3) La sociologie politique remarquera que la guerre en Irak peut apparaître comme un effet du croisement historique d’un courant de pensée politique et de l’apparition de nouvelles capacités techniques, celles conférées par la RMA. Le cadre conceptuel est pour sa part celui de <em>l’enlargement</em> (extension du modèle démocratique et libéral) et du <em>shapping</em> (modelage du monde pour le rendre perméable aux idées et intérêts américains) qui, progressivement, au cours de l’ère Clinton, se sont substitués à l’ancien paradigme central de la guerre froide, celui du <em>containment</em>.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(4) Rupert Smith, <em>L’utilité de la force</em>, Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, Paris, 2007.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(5) MCCDC, <em>Marine Corps Operating Concepts for A Changing Security Environment</em>, Quantico.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(6) Voir notamment Joseph Henrotin, <em>La technologie militaire en question. Le cas américain</em>, Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, Paris, 2008.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(7) Sur cette méthode et sa critique, on pourra se reporter à Vincent Desportes, <em>La Guerre probable</em>, 2<sup>e</sup> édition, Coll. « Stratégies et doctrines », Economica, Paris, 2008 ; et à l’article du général Mattis dans <em>Joint Forces Quarterly</em>, 4<sup>e</sup><em>DSI</em>, n° 43, décembre 2008).<br />
</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(8) Cible initiale de 381, ramenée ultérieurement à 243.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(9) Propos du 12 mai 2009.</span></p>
<p><span style="color:#000000;">(10) Il est probable que les démissions provoquées en août 2008 du secrétaire à l’Air Force et du chef d’état-major de l’US Air Force soient davantage liées à ces différences d’interprétation qu’aux problèmes de « <em>sécurisation de matériels sensibles </em>» brutalement redécouverts et évoqués officiellement.</span></p>
<p><span style="color:#000000;"><strong>Photo</strong> : impression d’artiste de la version embarquée du Joint Strike Fighter, le F-35C, après un décollage depuis un porte-avions. L’une des conséquences de la Transformation américaine a été de faire du F-35 la future colonne vertébrale non seulement des capacités de l’US Air Force, de la Navy et des Marines mais aussi de nombre de forces européennes… (© Lockheed Martin)</span></p>
<p><span style="color:#000000;"><br />
</span></p>
<p><span style="color:#888888;"> </span></p>
<p><span style="color:#800000;"><em>Publié   dans le  magazine DSI n°54 (décembre 2009). </em><em>Tous  droits   réservés.<br />
Aucune reproduction n’est autorisée sans l’accord de     l’éditeur   (Areion Group).</em></span></p>
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