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	<title>Magazine DSI &#187; Stratégie</title>
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	<description>Défense et Sécurité Internationale</description>
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		<title>Quelques réflexions sur le journalisme, le Mali et le rôle de l&#8217;image</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Feb 2013 08:32:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JH</dc:creator>
				<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[On a pu entendre, ça et là, pas mal de critiques à l&#8217;endroit de l&#8217;armée, sur la question des images, du contrôle de l&#8217;information, de l&#8217;accès au terrain, des restrictions faites au &#171;&#160;embed&#160;&#187;, du fait que des victimes ne soient pas visibles, etc. Quelque part, la &#171;&#160;couverture médiatique&#160;&#187; aurait été réduite comparativement notamment au Vietnam,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a pu entendre, ça et là, pas mal de critiques à l&#8217;endroit de l&#8217;armée, sur la question des images, du contrôle de l&#8217;information, de l&#8217;accès au terrain, des restrictions faites au &laquo;&nbsp;embed&nbsp;&raquo;, du fait que des victimes ne soient pas visibles, etc. Quelque part, la &laquo;&nbsp;couverture médiatique&nbsp;&raquo; aurait été réduite comparativement notamment au Vietnam, à la Corée ou encore à la Deuxième Guerre mondiale. Ce qui appelle, me semble-t-il, quelques précisions mais aussi quelques réflexions.</p>
<p>- La première sur la 2ème GM, quelque fois vue comme une sorte de &laquo;&nbsp;paradis perdu&nbsp;&raquo; entre Hemingway et Capa, mais qui pourrait être en fait la forme la plus achevée d&#8217;autocensure. Environ 40 % des GI ont fait un battle stress au combat, débouchant le cas échéant sur des cas de fragging (de mémoire, c&#8217;est dans l&#8217;excellent War de Freedman). Globalement la même proportion a fait ce que nous appellerions aujourd&#8217;hui un PTSD. Ce qui est remarquable, c&#8217;est que ces proportions sont, pour les armées OTAN, égales ou moindre aujourd&#8217;hui, alors que ces aspects bénéficient d&#8217;une couverture média supérieure : nous nous interrogeons plus sur ces questions qui estompent l&#8217;image des &laquo;&nbsp;jolies petites guerres&nbsp;&raquo; et nuancent les victoires décisives. De fait, on peut me semble-t-il légitimement interroger le degré d&#8217;autocensure de la plupart des médias américains de l&#8217;époque. Si pas mal de gens ont été impressionnés par la scène du débarquement d&#8217;Il faut sauver le soldat Ryan, assez réaliste, c&#8217;est aussi parce que le gros des images du débarquement ont été &laquo;&nbsp;adoucies&nbsp;&raquo;. Certes, il y avait Capa. Mais finalement beaucoup de camions, du déploiement de puissance &laquo;&nbsp;neutre&nbsp;&raquo; du point de vue de la violence, quelques blockhaus et surtout très peu de corps et encore moins de corps mutilés par les tirs d&#8217;artillerie, les mines ou les mitrailleuses&#8230;  <span id="more-5640"></span></p>
<p>- La deuxième sur le Mali en tant que tel, au regard des interventions récentes. Des MQ-9 frappent tous les jours au Yémen et il est possible que des civils soient dans les death toll. En Afghanistan, en 2001, les impératifs du combat couplé ont impliqué la distribution par les forces spéciales US de radios permettant de commander des raids de B-52 à des tribus. Le principe était qu&#8217;elle les utilisent contre des talibans. Ce qu&#8217;elles ont fait, juste après avoir éliminer l&#8217;une ou l&#8217;autre rivale &#8211; l&#8217;épisode est peu connu, il n&#8217;a guère duré. Nous n&#8217;avons eu aucun &laquo;&nbsp;visuel&nbsp;&raquo; de ces occurrences dans de courts laps de temps et comme pour les 40 % de soldats déstabilisés de la 2ème GM, il a fallu attendre le travail des chercheurs (et des militaires eux-mêmes, qui sont souvent les premiers à essayer de comprendre ce qu&#8217;il s&#8217;est passé). Réclamer les images d&#8217;une guerre dans des espaces aussi vastes que le Mali, n&#8217;est-ce pas céder à l&#8217;E(i)-media-cratie, à ce que Laurent Henninger indiquait dans un des séminaires que je dirigeais, comme la &laquo;&nbsp;civilisation de l&#8217;oeil&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>- Une troisième interrogation : l&#8217;image importe-t-elle en soi au point de créer du sens ? La critique faite sur la couverture du Mali est parfaitement légitime. Mais, me semble-t-il, des flux d&#8217;image même &laquo;&nbsp;live&nbsp;&raquo; et suivis de nombreuses d&#8217;interviews de soldats et de locaux ne disent rien des raisons, des intérêts, des modes d&#8217;actions, des enjeux (il y a tout un volet de rivalité intra-otanienne extrêmement important derrière cette affaire), des risques pour le reste de l&#8217;Afrique (le Niger était assez critique à l&#8217;égard du Mali, l&#8217;emprise d&#8217;AQMI s&#8217;accroissant et le menaçant), des rivalités autour de l&#8217;Afrique d&#8217;ailleurs (dans une optique marxiste, le premier bénéficiaire de l&#8217;opération ne sera pas la France&#8230; mais la Chine). Les images ne montrent qu&#8217;une partie d&#8217;une vérité, que les gens connaissent d&#8217;ailleurs en partie &#8211; la guerre, c&#8217;est atroce et ça coûte cher &#8211; et elles sont évidemment importantes mais il y a tellement d&#8217;autres choses intéressantes à essayer de comprendre.</p>
<p>D&#8217;où une autre critique, que le chercheur travaillant sur les études stratégiques que je suis adresse cette fois aux écoles de journalisme : la formation générale des journalistes ne comprend pratiquement rien sur les affaires militaires et la suspension de la conscription &#8211; qui pouvait, au moins, donner quelques élémentaires &#8211; n&#8217;a rien arrangé. Or, la guerre, comme la politique dont elle est l&#8217;extension directe, est devenue plus complexe, techniquement mais aussi politiquement. Et au train où vont les choses, en rendre compte sera de plus en plus difficile pour les journalistes. Les interrogations des médias autour du Mali, encore une fois légitimes, ne devraient-elles dès lors pas avoir une portée plus prospective ?</p>
<p>J. Henrotin</p>
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		<title>Etudes Marines, n°3</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Feb 2013 10:52:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures 2013]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le dernier Etudes Marines en date, publié par le CESM et consacré à la maritimisation des tensions régionales est accessible en ligne. Il comprend notamment un article de J. Henrotin, consacré à &#171;&#160;Géostratégie et vision de la mer dans les conflits terrestres. L&#8217;interfaçage entre le lisse et le strié&#160;&#187;.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le dernier Etudes Marines en date, publié par le CESM et consacré à la maritimisation des tensions régionales est <a href="http://fr.calameo.com/read/0001514996dd06291162d" target="_blank">accessible en ligne.</a> Il comprend notamment un article de J. Henrotin, consacré à &laquo;&nbsp;Géostratégie et vision de la mer dans les conflits terrestres. L&#8217;interfaçage entre le lisse et le strié&nbsp;&raquo;.</p>
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		<title>Serval, quelles perspectives ?</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jan 2013 14:41:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lancement de l&#8217;opération Serval par la France le 11 janvier est apparu comme une bonne surprise pour l&#8217;armée malienne : jusque là, le gouvernement de Bamako ne désirait pas engager les opérations sans une formation préalable de son armée (appelée à être le fer de lance de la contre-offensive vers le nord), ce qui,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le lancement de l&#8217;opération Serval par la France le 11 janvier est apparu comme une bonne surprise pour l&#8217;armée malienne : jusque là, le gouvernement de Bamako ne désirait pas engager les opérations sans une formation préalable de son armée (appelée à être le fer de lance de la contre-offensive vers le nord), ce qui, en fonction des plans initialement envisagés, aurait repoussé jusque septembre 2013 la contre-offensive contre les islamistes du MUJUAO, d&#8217;Ansar Dine et d&#8217;AQMI. De même, ce n&#8217;était que le 20 décembre que l&#8217;ONU avait autorisé le déploiement de la MISMA (Mission Internationale de Soutien au Mali). Or, les islamistes ne sont pas restés inactifs, forçant Bamako à demander l&#8217;aide française. Une première attaque par 3 Mirage 2000D de même que par des Gazelle a permis de stopper leur progression vers le sud du pays. Par la suite, des Rafale ont été positionnés à N&#8217;Djamena, mais tandis que des troupes de marine et des F-1CR ont rejoint Bamako, des éléments de la force Licorne faisant également mouvement vers la capitale malienne.</p>
<p>Si peu d&#8217;éléments sont communiqués par le ministère de la défense, plusieurs constats sont à faire. Au plan politique, la France a pris l&#8217;initiative de l&#8217;opération, prenant de cours des partenaires européens peu pressés de se trouver engagés dans une opération &#8211; même si leur rôle aurait essentiellement été de former les Maliens. Dans le même temps, une aide était également demandée aux partenaires européens, la Grande-Bretagne accordant deux C-17, le Danemark un C-130 et la Belgique, deux C-130 et un A-109 médicalisé. Paradoxalement donc, ce sont les deux Etats sans doute les moins pro-européens qui répondront le plus rapidement. On notera que l&#8217;aide de l&#8217;OTAN n&#8217;a pas été demandée et que, d&#8217;une manière générale, l&#8217;action française a été très bien accueillie par la communauté internationale &#8211; l&#8217;Algérie, pourtant en première ligne, se montrant cependant assez tiède. <span id="more-5562"></span></p>
<p>Au plan stratégique, la définition des buts de guerre est correcte. Le zweck, d&#8217;abord : recouvrer l&#8217;intégrité territoriale malienne et ainsi permettre sa survie, ce qui implique de stopper la progression des forces islamistes et de préparer le déploiement d&#8217;une force africaine. Ils appellent naturellement des ziel : casser les tentatives de percées vers le sud du pays &#8211; un objectif atteint &#8211; et s&#8217;en prendre à la chaine logistique et de commandement des islamistes ; former les forces maliennes et mettre en ordre de combat les différentes armées africaines devant effectuer le travail au sol. Ces deux derniers objectifs dans la guerre semblent les plus complexes à atteindre, demandant un temps que les islamistes peuvent mettre à profit pour s&#8217;adapter. Ce qui pose deux problématiques :</p>
<p>- La première est celle, au moins dans un premier temps, d&#8217;une logique de <em>containment</em> de la menace. Et ce, tant que les maigres forces africaines &#8211; on ne parle que de 3 500 hommes &#8211; ne sont pas prêtes. Or, plus le temps passe, plus les effets des frappes aériennes sur les chaines de commandement et de logistiques islamistes se dissiperont et ne pourront être exploités. Il faut ensuite mener un <a href="http://www.dsi-presse.com/?p=5555" target="_blank">combat couplé</a> (forces africaines/françaises) qui soit effectif &#8211; ce qui ne va pas de soi &#8211; la France misant sur les moyens aériens, avions ou hélicoptères ;</p>
<p>- Deuxième problématique, la réarticulation du dispositif adverse peut se faire à travers de très vastes zones désertiques &#8211; y compris d&#8217;ailleurs dans les pays voisins. Ce qui pose la question de la lutte effective dans ces zones et celle des moyens consacrés.</p>
<p>Au plan des moyens justement, l&#8217;aide demandée par la France aux Etats européens a notamment porté sur des moyens ISR. Certes, ceux déployés sur place ont permis de réaliser les premières frappes avec succès. Mais donner la chasse à des groupes dispersés est plus complexe et s&#8217;il faut souligner la rapidité avec laquelle les forces françaises ont été engagées, le dispositif reste, à l&#8217;heure où nous écrivons ces lignes (15 janvier), très léger au regard de la mission, même si l&#8217;on prend en compte un déploiement des quatre Harfang. Serval, de ce point de vue est un douloureux révélateur de l&#8217;état des forces, européennes comme françaises.</p>
<p>Les Européens, de ce point de vue, n&#8217;aideront vraisemblablement pas Paris en matière ISR : la Belgique dispose pourtant d&#8217;une dizaine de drones Hunter et la Grande-Bretagne dispose également d&#8217;Hermes 450. Pas question, non plus, de ravitailleurs en vol et seuls 5 C-135FR sont sur place. Côté hélicoptères de combat, le bilan est maigre : seuls trois Tigre seraient déployés (40 sont officiellement opérationnels) en plus des Gazelle (deux sont inutilisables depuis la première nuit de combat). Des Puma et Caracal sont également disponibles sur place. La question des moyens prend d&#8217;autant plus de relief à mesure que le temps passe : il faudra pouvoir durer, le ministre de la défense reconnaissant rapidement, et avec raison, que les opérations sont appelées à être longues.</p>
<p>In fine, l&#8217;opération Serval pourrait avoir également d&#8217;autres effets, cette fois sur le prochain Livre blanc, dont la rédaction est toujours en cours (la publication était annoncée pour fin 2012), à commencer par la reconnaissance d&#8217;un échec du Livre blanc 2008 à combler des déficits pourtant historiques, dans les domaines ISR et de ravitaillement en vol notamment. D&#8217;autres questions sont tout aussi historiquement pendantes, comme celles liées à la disponibilité des forces. Par ailleurs, la question de la prégnance de la défense européenne dans la politique de défense pourrait également s&#8217;inviter. L&#8217;UE doit certes déployer une mission au Mali, l&#8217;EUTM, mais qui ne comprendrait que de 200 à 250 formateurs et dont l&#8217;action se place dans une perspective de long terme : elle n&#8217;est donc pas à considérer comme une force opérationnelle en soi. Or, en matière de force opérationnelle, l&#8217;UE est absente et bien peu de ses membres semblent comprendre qu&#8217;il n&#8217;est de l&#8217;intérêt de personne de voir une contamination du Niger, de la Mauritanie et du Tchad par les islamistes…</p>
<p>J.H.</p>
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		<title>Après la parenthèse afghane. Les forces terrestres face à la mutation de l&#8217;adversaire</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jan 2013 08:42:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lancement de l&#8217;opération Serval met sur le devant de la scène la redécouverte de modes d&#8217;actions particuliers, à commencer par les opérations couplées. Afin d&#8217;y voir plus clair, nous republions ici un article de Joseph Henrotin, paru dans DSI Hors-Série n°24 (juin-juillet 2012). Aucune reproduction autorisée sans l&#8217;aval de la rédaction. Par Joseph Henrotin,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;" align="center">Le lancement de l&#8217;opération Serval met sur le devant de la scène la redécouverte de modes d&#8217;actions particuliers, à commencer par les opérations couplées. Afin d&#8217;y voir plus clair, nous republions ici un article de Joseph Henrotin, paru dans DSI Hors-Série n°24 (juin-juillet 2012). Aucune reproduction autorisée sans l&#8217;aval de la rédaction. <strong><br />
</strong></p>
<p>Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI. L&#8217;auteur travaille actuellement à un ouvrage intitulé <em>Le pire des deux mondes. Techno-guérillas et guerre hybride</em></p>
<p><strong>L&#8217;histoire militaire est ainsi faite que les observateurs l&#8217;appréhendent souvent suivant une vision où des phases se succèdent de façon plus ou moins claire. Du point de vue des structures de forces, des stratégies des moyens et de la structure de l&#8217;adversaire probable, à la phase de guerre massive mais courte de haute intensité et technologiquement intensive des années 1980 a ainsi succédé une phase de guerre limitée, courte, de haute intensité et hyper-technologique des années 1990 dans l&#8217;esprit des planificateurs. C&#8217;est finalement le retour à la guerre irrégulière et à la contre-insurrection qui a marqué les années 2000, s&#8217;imposant à des structures de forces qui ne l&#8217;ont pas choisi et qui ont continué de se structurer suivant les principes de la guerre régulière. Mais quel sera le cycle suivant ? </strong></p>
<p><strong>Remettre en question nos classifications des opérations</strong></p>
<p>Avant de répondre à cette question &#8211; si tant est que l&#8217;on puisse dégager une réponse claire &#8211; encore faut-il remettre en perspective les présupposés sur lesquels toute notre vision de la guerre (et singulièrement du combat terrestre) est fondée. A observer l&#8217;évolution des conflits, on ne peut que constater avec le général Georgelin, en son temps, que les conflits se durcissent. <em>De facto</em>, l&#8217;accroissement historique de la puissance de feu moyenne des acteurs stratégiques (Etats ou groupes) n&#8217;est plus une tendance mais une constante. A cela s&#8217;ajoute le fait que, mathématiquement, les guerres et conflits à dominante irrégulière sont plus nombreux que les guerres et conflits à dominante régulière. Cette notion de dominante est importante. En effet, rares sont, en réalité, les conflits strictement régulier ou irrégulier du point de vue des modes d&#8217;action choisis par les belligérants. Que ce soit durant la guerre d&#8217;indépendance américaine, la campagne de Napoléon en Espagne, durant sur les fronts de l&#8217;Est et dans les Balkans durant la Deuxième guerre mondiale, durant les opérations éthiopiennes de 2007 en Somalie, voire même du côté russe pendant les guerres de Tchétchénie ou de Géorgie, il faut constater que les armées engagées n&#8217;ont pas agi intégralement de manière régulière. <span id="more-5555"></span></p>
<p>D&#8217;une part, parce qu&#8217;elles ont souvent amalgamé des forces irrégulières, elle-même localement engagées dans les opérations. D&#8217;autres part, parce que lesdites forces n&#8217;étaient pas uniquement irrégulières du fait qu&#8217;elles n&#8217;étaient pas d&#8217;ordre étatiques ou qu&#8217;elles ne respectaient pas nécessairement le droit des conflits armés mais, également, parce qu&#8217;elles se comportaient tactiquement comme des guérillas &#8211; pouvant parfois mener des actions que ne peuvent mener des forces régulières. Un bon exemple en la matière est fourni par les maquis français et néerlandais les plus actifs durant la Deuxième Guerre mondiale. Menant des actions de sabotage et de renseignement, ils se sont avérés, une fois encadrés, précieux pour les Alliés. Mais il ne s&#8217;agissait pas encore d&#8217;actions de combat généralisées. Par contre, plus près de nous, les forces américaines se sont appuyées sur l&#8217;Alliance du nord en Afghanistan, en 2001, tout comme elles se sont appuyées sur les Peshmergas kurdes dans le nord de l&#8217;Irak en mars-avril 2003, avant de leur confier une bonne partie de la protection de la frontière nord du pays. A certains égards &#8211; dès lors que le &laquo;&nbsp;couplage&nbsp;&raquo; n&#8217;avaient rien d&#8217;officiel &#8211; les forces du Conseil National de Transition et les forces de l&#8217;OTAN agissaient également, en Libye, suivant ce type de schéma ; les premières agissant en irréguliers, les deuxième suivant des modes réguliers.</p>
<p><strong>La difficulté du combat couplé</strong></p>
<p>C&#8217;est la théorie dite du combat couplé, postulée par Huber en 1996 : des forces qualifiées selon lui de &laquo;&nbsp;principales&nbsp;&raquo; agissent en soutien de forces locales, bénéficiant de leur connaissance du terrain géographique mais aussi sociologique<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>. De la sorte, les Etats occidentaux pourraient exploiter au maximum leurs capacités technologiques &#8211; à l&#8217;exemple des B-52 larguant des bombes guidées GPS sur base d&#8217;informations transmises par des Afghans en 2001 &#8211; tout en minimisant les risques liés au &laquo;&nbsp;boots on the ground&nbsp;&raquo;. Incidemment, une telle rationalité minimise également le besoin de disposer de troupes nombreuses dès lors que la masse est fournie localement. Si l&#8217;on peut être tenté de poser l&#8217;hypothèse que nous entrons dans un cycle qui verrait une prédominance de ce combat couplé, sans doute faut-il encore indiquer que, pour tentante qu&#8217;elle soit, cette solution ne reste qu&#8217;imparfaite, à plusieurs égards. La valeur militaire de ce couplage dépend en effet des relations &#8211; politiques mais aussi militaires &#8211; entre ce qui apparaît comme des coalisés. Or, ces liens peuvent être relativement proches au plan politique mais distendus au plan militaire (cas du CNT en Libye) ; politiquement distendus mais militairement proches (cas du 10ème groupe de forces spéciales américain au Kurdistan irakien).</p>
<p>De ces liens dépendent également la discipline tactique-opérative de la coalition, laquelle ne va pas de soi. En 2001, les Américains ont été surpris de constater que l&#8217;Alliance du Nord engageait une offensive vers Kaboul sans leur assentiment. <em>De facto</em>, derrière quelque couplage que ce soit se cachent des intérêts propres, qui doivent naturellement présenter un certain niveau de compatibilité. C&#8217;est tout le reproche fait par certains à l&#8217;endroit des opérations en Libye, qui <em>in fine</em> n&#8217;auraient guère servi qu&#8217;aux franges extrémistes. Se pose également la question de la gestion éthique de cette coalition : que les liens entre coalisés soient importants et que son segment irrégulier commette des exactions et la &laquo;&nbsp;force principale&nbsp;&raquo; en sera immanquablement accusée. Dans le contexte d&#8217;une information aussi libre que manipulable, cette question est importante dès lors qu&#8217;elle peut saper la légitimité de l&#8217;engagement d&#8217;un Etat dans une opération. Plus largement, faire comprendre à des acteurs peu disciplinés les fondements d&#8217;une vision doctrinale parfois complexe en contre-insurrection et les ressorts tactiques de règles de droit n&#8217;est pas nécessairement simple.</p>
<p>Surtout, s&#8217;engager dans ce type de combat peut signifier l&#8217;adoption par la &laquo;&nbsp;force principale&nbsp;&raquo; des rationalités stratégiques des forces coalisées &#8211; non sans risques. Pour l&#8217;Alliance du Nord en 2001 ou les montagnards apportant leur aide à Washington durant la guerre du Vietnam, le combat est de nature totale, autorisant des pertes parfois considérables. Dans le même temps, leurs rationalités tactiques, fondées sur la conduite de raids, d&#8217;embuscades ou de combat d&#8217;escarmouche ne sont pas de nature à favoriser un règlement rapide du conflit &#8211; là où les forces occidentales. La logique totale dans laquelle ils sont engagés peut même leur interdire toute négociation avec ce qui est pour eux un ennemi et, pour la &laquo;&nbsp;force principale&nbsp;&raquo;, un adversaire. Ces mêmes forces principales tendent également à privilégier des conflits cette fois limité, à la fois dans le déploiement de violence mais aussi sur une échelle temporelle. On comprend donc la variété des difficultés induites par un tel positionnement, même s&#8217;il semble adapté aux contraintes politiques et budgétaires subies par nos propres systèmes de force.</p>
<p><strong>Vers une prolifération d&#8217;hybrides ?</strong></p>
<p>Le combat couplé représente en soi une forme de combat hybride, mêlant aspects réguliers et irréguliers, dans un contexte où le concept même de guerre hybride fait débat, singulièrement depuis 2006 et la guerre entre Israël et le Hezbollah<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>. Mis en évidence depuis 2007 par Hoffman, le concept rend compte du processus de durcissement des forces irrégulières par l&#8217;acquisition de technologies relativement avancées ou &#8211; suivant en cela P. Bracken &#8211; le détournement à leur profit de technologies initialement utilisées à d&#8217;autres fins, les <em>sidewise technologies</em><a title="" href="#_ftn3">[3]</a>. Dès lors, les forces deviendraient de véritables techno-guérillas, aptes à mieux affronter que par le passé les forces occidentales, en se dotant de missiles antichars plus ou moins avancés ou encore de MANPADS<a title="" href="#_ftn4">[4]</a>. Suivant les cas de figure, ces forces seraient également aptes à des missions de renseignement et de brouillage électronique (cas des Tigres tamouls), bénéficieraient de systèmes de vision nocturne, voire d&#8217;arsenaux balistiques variablement avancées, à l&#8217;instar du Hezbollah &#8211; un cas toutefois extrême. La disposition d&#8217;armements chimiques improvisés n&#8217;est pas, également, à exclure. A 17 reprises après 2004, des insurgés irakiens ont mené, sans grands effets, des attaques avec des agents improvisés et, durant la guerre de Tchétchénie, les insurgés locaux ont attiré des forces russes vers des entrepôts où avaient été amassés des produits chimiques, avant de les faire exploser.</p>
<p>Au vrai, cette évolution est une bonne illustration de ce que peut, dans le champ militaire, représenter la théorie de la convergence. Selon cette vision, une série d&#8217;innovations, initialement découplées les unes des autres, sont mises en synergie par une organisation donnée pour en tirer plus de bénéfice que si elles étaient utilisées individuellement. C&#8217;est ainsi que les groupes s&#8217;engageant dans des opérations hybrides ne sont pas uniquement cantonnés à la pratique de la techno-guérilla &#8211; telle que l&#8217;on pouvait l&#8217;envisager dans les débats des années 1970 et 1980. Au contraire, ils sont à même d&#8217;élargir leur champ d&#8217;action en développant une véritable grande stratégie incluant la disposition de leurs propres médias (Al Manar pour le Hezbollah, la défunte Med-TV pour le PKK kurde), la conduite de campagne d&#8217;information/désinformation, voire des actions de renseignement à l&#8217;échelle internationale<a title="" href="#_ftn5">[5]</a>. Ils bénéficient aussi directement des plus grandes facilités offertes en matière de transfert/collecte de fonds ou encore de transport aérien. Ces groupes peuvent ainsi devenir  &laquo;&nbsp;glocaux&nbsp;&raquo;, focalisant leur combat au plan local tout en bénéficiant d&#8217;apports globaux. Fondamentalement irréguliers et combattant suivant les modes tactiques liés mais ces groupes disposent d&#8217;une puissance dépassant considérablement celles des guérillas des années 1960.</p>
<p>Une autre caractéristique de ces groupes est leur faculté d&#8217;adaptation : tirant des leçons en &laquo;&nbsp;boucle courte&nbsp;&raquo;, ils peuvent rapidement réaligner leurs modes tactiques. En Irak, constatant la vulnérabilité des hélicoptères en zone urbaines, des insurgés mettront en place de véritables pelotons antiaériens qui causeront plusieurs pertes. Face à leur fréquence, les Américains n&#8217;ont eu d&#8217;autre choix que de divertir des forces pour les pourchasser, affaiblissant d&#8217;autres secteurs de leurs opérations. Cette faculté d&#8217;adaptation se fonde sur un rapport aux technologies spécifique, qui cherche à générer un surcroît d&#8217;efficacité tactique mais qui n&#8217;implique pas une structuration des forces ou de la stratégie des moyens. Reste que cette vision du combat hybride, relativement classique, pourrait ne pas être limitée qu&#8217;aux forces irrégulières. De fait, on l&#8217;a vu, la frontière entre ce qui est régulier et ce qui est irrégulier est mince. Mao ne préconisait-il pas une progression en trois étapes et impliquant la mobilisation politique, le combat de guérilla et ensuite une montée en puissance permettant d&#8217;affronter frontalement les forces régulières ? De même, pour reprendre l&#8217;exemple tchétchène, en 1994, nombreux sont les combattants issus des forces russes, leur leader lui-même étant un ancien général ayant cherché à préserver une aviation &#8211; qui sera d&#8217;ailleurs la première cible des Russes.</p>
<p>En couplant la masse et la concentration des effets, une force à la fois irrégulière et hybride ne manquerait pas de poser de sérieux problèmes à des forces agissant suivant nos modèles. Les forces israéliennes de 2006, ayant peu à peu oublié ses fondamentaux après des années de présence dans les Territoires palestiniens tout en étant engagées de manière brouillonne, ont ainsi rencontré un adversaire plus puissant qu&#8217;elles n&#8217;imaginaient et qui a été capable de lui infliger une véritable défaite politique. Reste, également, que la conversion de groupes irréguliers à un modèle de combat hybride pourrait ne pas être le seul problème posé à nos forces à l&#8217;avenir. Il n&#8217;est, en effet, pas inimaginable d&#8217;envisager une telle conversion par des Etats, qui chercheraient à rompre avec les modes d&#8217;engagement linéaires de leurs forces, tout en ayant accès à des ressources potentiellement importantes. Si un tel mouvement peut s&#8217;observer dans le domaine naval &#8211; avec la prolifération de petits bâtiments dotés d&#8217;une forte puissance de feu &#8211; il pourrait également toucher le domaine terrestre. Et ce, en sachant notamment que les tenants des défenses alternatives des années 1970 et 1980 avaient principalement conçus leurs modèles à cette fin, ce qui impose de s&#8217;attarder quelque peu sur ces conceptions.</p>
<p>Pour le grand public, celles-ci se résument aux travaux, largement diffusés à l&#8217;époque, de Horst Afheldt, qui envisageait un maillage du territoire allemand par une défense essentiellement statique, de façon à ne pas induire chez l&#8217;adversaire la perception d&#8217;une politique de défense offensive. La vision d&#8217;Afheldt est alors conduite par des préoccupations d&#8217;ordre idéologique et non militaire ; son raisonnement étant soutenu par une stricte neutralité allemande, le refus d&#8217;engagements nucléaires tactiques ou encore la sortie de l&#8217;OTAN. Cependant, se pencher sur les travaux menés sur les défenses alternatives impose de sortir de la mode qu&#8217;avait suscité en son temps <em>Pour une défense non-suicidaire</em> et de considérer les autres travaux alors menés, comme ceux de Guy Brossolet ou, plus perfectionnés encore, ceux du groupe SAS<a title="" href="#_ftn6">[6]</a>. Dans ces derniers cas, un maillage couvre une bonne portion du territoire de petites unités disposant de moyens antichars et logistiques. Disposant d&#8217;une forte autonomie décisionnelle, ces petits groupes doivent à la fois provoquer une lente attrition de l&#8217;adversaire dans une défensive élastique similaire à une guérilla et renseigner sur ses axes de progression. En plus de ce &laquo;&nbsp;filet&nbsp;&raquo;, des forces blindées et d&#8217;hélicoptères d&#8217;attaque sont conservées afin de frapper plus lourdement l&#8217;adversaire mais aussi afin de disposer d&#8217;une réelle masse de manœuvre<a title="" href="#_ftn7">[7]</a>. Par ailleurs, pour Brossolet, sa vision est tout à fait compatible avec le maintien de la dissuasion nucléaire.</p>
<p><strong>De deux solutions, l&#8217;adversaire choisi toujours la troisième…</strong></p>
<p>Strictement rien n&#8217;indique que ce type de modèle ne soit pas applicable par des Etats. L&#8217;Autriche a ainsi travaillé suivant des lignes similaires, dans les années 1980 &#8211; le général Spannochi étant lui-même un observateur attentif du concept &#8211; dans une hybridation plus contrainte que délibérée. Le modèle, fondé sur la conscription &#8211; qui reste en vigueur dans nombre d&#8217;Etats &#8211; constitue, à nombre d&#8217;égards, le pendant terrestre des théories A2D (Anti Access &#8211; Area Denial) en stratégie navale et aérienne, en permettant de disposer d&#8217;une défensive solide. En tout état de cause, il constituerait un réel risque, même si rien ne semble pour l&#8217;heure indiquer que des Etats structurent leurs forces terrestres dans cette optique. Reste que, dans une perspective à moyen terme, il semble peu probable qu&#8217;un Etat se soumette à nos rationalités de combat de façon linéaire et sachant que les développements tactiques et technologiques affectant nos forces ont été nombreux. A ce stade, rester focalisé sur <em>Tempête du désert</em> (1991) reviendrait, à suivre un général américain, à se focaliser sur une aberration stratégique au cours de laquelle l&#8217;adversaire s&#8217;est cantonné à une défensive statique, linéaire et mâtinée de mauvaises décision politico-militaires et peu réactive face aux coups de boutoir qui lui ont été imposés de bout en bout, en dépit de la résistance de quelques unités. Plutôt, le modèle serait celui de la Libye de Kadhafi où, observant la mise en pièce systématique de ses unités structurées et équipées de manière classique, l&#8217;adversaire se reconfigure en utilisant des <em>technicals</em> autrement plus difficiles à identifier et à détruire. Cette dispersion, au demeurant, aurait pu être l&#8217;un des modèles de force suivi par la France des années 1950, alors que deux écoles du combat terrestre entretenaient des débats passionnés. Le général Juin avait proposé de disposer de milliers de petits blindés de combat utilisés de façon décentralisée et capables de créer un maillage permettant d’engluer les forces soviétiques dans un combat d’attrition. Plusieurs prototypes d’un blindé spécifiquement adapté, l’Even, décliné en plusieurs versions, sont alors conçus et construits pour expérimentation<a title="" href="#_ftn8">[8]</a>. Finalement, un modèle de défense plus classique sera retenu par Ailleret et débouchera ultimement sur l&#8217;adoption de l&#8217;AMX-30.</p>
<p><em>In fine</em>, à l&#8217;heure où les forces aériennes sont arrivées à un degré de maturité technique et tactique inédit et à l&#8217;heure où les contraintes budgétaires s&#8217;accumulent, il serait très abusif de considérer que les forces terrestres n&#8217;ont plus leur place dans les zones de bataille. Reste cependant que leurs modalités d&#8217;actions sont appelées à évoluer, bien plus encore que dans les années 1990. Outre que l&#8217;adversaire ne se pliera évidemment jamais au type de combat qu&#8217;on entend lui imposer, force est sans doute de constater que la prolongation des modèles de force utilisés jusqu&#8217;ici ne sera plus longtemps très pertinente. Les paramètres du combat ont trop évolué. L&#8217;adversaire voit sa puissance de feu s&#8217;accroître et dispose de capacités de mobilisation importante là où le volume de nos forces &#8211; à commencer par l&#8217;indispensable infanterie &#8211; se réduit<a title="" href="#_ftn9">[9]</a>. Notre aptitude à la projection lointaine et les contraintes logistiques induites se réduit également, de même que la résilience politique aux pertes ou à la durée des engagements. Notre avantage comparatif se réduit alors à nos systèmes d&#8217;armes avancés, mais les environnements urbains ou montagneux le relativisent considérablement. Dès lors, la pertinence du modèle ne tient plus que par sa faculté d&#8217;adaptation, en particulier face à un adversaire plus insaisissable que par le passé et dont les modes opératoires sont manifestement appelés à évolué : poser la question des guerres futures comme étant régulières ou irrégulières pourrait ne pas être des plus pertinent.</p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Voir, à la fois d&#8217;un point de vue théorique et historique : Thomas M. Huber (Dir.), <em>Compound Warfare: That Fatal Knot</em>, Combat Studies Institute, Command and General Staff College, Fort Leavenworth (Ks), September 2002.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Frank Hoffman, <em>Conflict in the 21st Century. The Rise of Hybrid Wars</em>, Potomac Institute, Washington, 2007.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Paul Bracken, « Sidewise Technologies: National Security and Global Power Implications », <em>Military Review</em>, September-October 2005.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Man Portable Air Defense Systems.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref5">[5]</a> Ainsi, les représentations des Tigres tamouls à l&#8217;étranger collectaient systématiquement des renseignements à leur profit (notamment au travers de revues de défense), en plus d&#8217;acheter des équipements utiles, comme des machines-outils, par exemple.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref6">[6]</a> Un bon aperçu des débats très complexes autour des défenses dites &laquo;&nbsp;non-offensives&nbsp;&raquo; peut être trouvé chez Bjorn Moller, <em>Dictionnary of Alternative Defense</em>, Lynne Riener/Adamantine Press, Boulder/London, 1995.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref7">[7]</a> Il s’agit alors de couvrir le nord de la France, de Dunkerque à la frontière suisse, par un véritable maillage d’une profondeur de 120 km. Ce dernier combine :</p>
<p>- 2<sup> </sup>500 « modules terrestres de présence », dotés de missiles (une dizaine) et de mines antichars (une vingtaine), de mortiers et de canons sans recul, montés sur jeep et armés par une quinzaine d’hommes (5 équipes de 3 personnes) devant contrôler une vingtaine de kilomètres carrés. Ces modules se seraient couverts les uns les autres ;</p>
<p>- des modules de soutien, armés par 16 combattants et assurant un soutien logistique, médical et de commandement minimal au profit de quatre modules terrestres de présence ;</p>
<p>- 200 modules aéromobiles comptant trois Gazelle dotées de missiles antichars HOT et de roquettes ;</p>
<p>- des modules de soutien aéromobile (un pour 20 modules aéromobiles) de 400 personnes ;</p>
<p>- 20 modules lourds, utilisant essentiellement les régiments blindés de l’époque, et renforcés par des missiles antiaériens et des mortiers de 120 mm. Ces modules auraient compris 54 chars de combat, de même que de l’infanterie mécanisée.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref8">[8]</a> Voir Stéphane Ferrard, &nbsp;&raquo; L’engin léger de combat Even ou David contre Goliath&nbsp;&raquo;, <em>Défense &amp; Sécurité Internationale</em>, n°65, décembre 2010.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref9">[9]</a> Voir l&#8217;entretien avec Michel Goya dans ce hors-série.</p>
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		<title>De l’abus du mot « guerre »</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Oct 2012 09:51:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°69, mars 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction Parmi les traits saillants de la littérature stratégique contemporaine, la déclinaison du mot « guerre » est l’un des plus remarquables. Il n’est désormais que très rarement employé sans lui accoler un qualificatif. Irrégulière, conventionnelle,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°69, mars 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction</p>
<p>Parmi les traits saillants de la littérature stratégique contemporaine, la déclinaison du mot « guerre » est l’un des plus remarquables. Il n’est désormais que très rarement employé sans lui accoler un qualificatif. Irrégulière, conventionnelle, « au sein des populations », « cyberguerre », guerre de l’information ou guerre économique ne sont que quelques exemples plus ou moins récents de l’approche typologique actuellement pratiquée. Or celle-ci est un redoutable écueil pour la pensée stratégique.</p>
<p>La volonté de créer des catégories de guerre distinctes n’est pas à proprement parler nouvelle. Au Moyen Âge, l’Église oppose guerre juste, licite, et guerre illicite, s’efforçant ainsi d’imposer, au nom d’un ordre supérieur, la fin des multiples conflits entre seigneurs féodaux. À l’époque moderne, la « grande guerre », celle des batailles rangées et des sièges, s’oppose à la « petite guerre », faite d’embuscades et d’escarmouches. Cette distinction perdure d’ailleurs aujourd’hui à travers la dichotomie communément établie entre guerre régulière, ou conventionnelle, et guerre irrégulière, non conventionnelle ou asymétrique.<span id="more-5187"></span></p>
<p>Fondée sur une opposition binaire entre deux types de guerre considérés comme distincts, cette première typologie est complétée, au tournant du XXe siècle, par un second processus de qualification de la guerre en fonction du milieu où prennent place les combats, puis progressivement en fonction de tel ou tel artefact technique jugé déterminant. Guerre industrielle, guerre navale, guerre aérienne apparaissent progressivement dans le discours, puis se voient décliner, par exemple, en « guerre mécanisée » ou « guerre sous-marine ». Les termes de guerre électronique, de guerre nucléaire poussent encore plus loin l’idée d’une typologie reposant sur des critères techniques.</p>
<p>Avec la guerre économique, la guerre de l’information ou la guerre « au sein des populations », et la cyberguerre, c’est enfin une typologie toujours fondée sur les milieux qui s’affirme. Mais en lieu et place de critères techniques, ce sont des « milieux virtuels », c’est-à dire dont l’existence est supposée autonome d’une inscription dans l’espace réel, qui sont identifiés. Ainsi, ce qui n’était au départ qu’un abus de langage, et dans une très large part en français une mauvaise transcription de la distinction faite dans la langue anglaise entre war et warfare, est progressivement devenu normatif. Aujourd’hui, des ouvrages, des doctrines, se fondent sur cette approche qui, de typologique, tend à devenir taxinomique, en ceci qu’elle cherche à organiser la guerre en catégories bien nettes, les considérant comme des entités autonomes.</p>
<p>Historiquement, l’approche taxinomique a permis de légitimer l’autonomisation d’une arme ou d’une armée : la création d’armes blindées, de forces aériennes indépendantes dans les années 1920-1930 repose ainsi largement sur un discours justifiant leur nécessité par l’existence d’une « guerre mécanisée » ou d’une « guerre aérienne » autonomes. Mais outre cet emploi opportuniste, la logique typologique présente des failles conceptuelles majeures, qui non seulement la rendent inapte à décrire la guerre mais, plus grave encore, obèrent durablement la capacité à la penser.</p>
<p>La première de ces failles tient au caractère arbitraire des catégories de guerre ainsi créées. L’existence d’une « guerre mécanisée » repose sur l’idée de la domination du véhicule blindé, et spécifiquement du char, sur le champ de bataille. Or, en se focalisant sur un artefact technique parmi d’autres, cette typologie est sensationnaliste : elle attribue au char une influence sur la guerre qu’il n’a jamais eue. Les Panzerdivisionen allemandes par exemple sont conceptuellement des divisions de choc de 1918 motorisées, et non des organisations radicalement novatrices. Elles témoigneront d’ailleurs des mêmes limites que leurs consœurs à pied de la fin du premier conflit mondial, en particulier par leurs insuffisances opératives. Le char n’est en fait qu’une réponse technique à l’accroissement de la puissance de feu défensive : parle-t on pour autant de « guerre de la puissance de feu » ?</p>
<p>Cette première limite, essentiellement méthodologique, demeure toutefois mineure en comparaison de l’inversion fondamentale de la hiérarchie entre nature et formes de la guerre dont procèdent ces typologies. En effet, lorsqu’elles établissent une différenciation entre un modèle de guerre dit régulier ou conventionnel, autrement dit un idéal type pouvant servir d’étalon à la guerre, et une ou plusieurs formes « irrégulières » s’écartant de l’idéal type conventionnel, ces typologies fondées sur une opposition binaire attribuent à la guerre une double nature. Or, même en considérant que le terme de guerre, ici, correspond à l’anglais warfare, l’idée d’un double visage de la guerre ne résiste pas à l’examen.</p>
<p>La guerre, en effet, procède de la politique. Dès lors, sa nature ne peut être que celle, unitaire, de la « poursuite de la politique par d’autres moyens » énoncée par Clausewitz. C’est justement dans les « autres moyens » que peuvent résider des différences entre les formes prises par la guerre. Chaque belligérant combat avec les moyens à sa disposition et met dans la balance tous ceux qu’il estime devoir engager pour remporter la victoire. La nature de la guerre n’est donc ni régulière, ni irrégulière, pour ne pas parler du simple jugement moral – sans valeur en stratégie – concernant la justesse ou non d’une guerre. Outre les statuts juridiques, la valeur stratégique des concepts totalisants de régularité et d’irrégularité est nulle, voire négative, en cela qu’elle tend à plaquer des catégories toutes faites sur des myriades de cas spécifiques. En Afghanistan, le calque par les Américains sur les talibans des rationalités et des modes d’action de la guérilla sunnite irakienne produit ainsi un décalage entre l’ennemi réel et sa construction intellectuelle dans les états-majors de l’ISAF.</p>
<p>Les typologies reposant sur une caractérisation de la guerre en fonction du milieu où se déroulent les engagements, ou du champ emprunté par la conflictualité, inversent quant à elles entièrement la hiérarchie des disciplines de l’art et de la science de la guerre : elles élèvent au rang de déterminants stratégiques des notions tactiques, voire techniques dans le cas des types de guerre définis par un matériel jugé décisif ; elles procèdent en outre d’une pensée linéaire aujourd’hui obsolète bien que continuant à dominer les cercles stratégiques. Dans sa conduite également, la guerre procède de la politique. Dès lors, l’idée d’une « guerre navale » ou d’une « guerre aérienne » indépendantes, dotées de leur propre finalité, n’a pas de sens. C’est d’opérations navales ou aériennes, branches d’une stratégie militaire globale, et non de guerre, qu’il s’agit. De même, les soi-disant « guerres économiques » ou « de l’information » sont-elles des branches spécifiques d’une stratégie d’ensemble, menée par l’ensemble des constituants d’un acteur politique.<br />
L’autonomisation des « milieux » aériens, maritimes, terrestres, et aujourd’hui « cyber » ne fait pas sens elle non plus. Elle se réfère à une vision linéaire de la guerre où chaque « milieu », servi par des corps spécialisés (armée de terre, marine, armée de l’air), serait stratégiquement autonome. Cette représentation est dangereuse et traduit une lecture erronée de la stratégie : chaque milieu n’est en effet que l’un des espaces du déploiement d’une stratégie militaire qui, pour être victorieuse, doit être unifiée. Les logiques de ce type doivent être ramenées au niveau tactique auquel elles appartiennent. Abus de l’emploi du terme « guerre », incompréhension de la nature totale de la stratégie : au-delà de la sémantique, il est aujourd’hui indispensable de combattre ces deux tendances, sous peine de perversion durable de la pensée stratégique.</p>
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		<title>Embrasser l’incertitude</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Sep 2012 09:02:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°68, février 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction L’incertitude et la surprise font partie non seulement de la guerre, mais aussi de la vie. Cette évidence est trop souvent oubliée, particulièrement dans l’étude et la pratique de la stratégie. Parce qu’elle a constitué&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°68, février 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction</p>
<p>L’incertitude et la surprise font partie non seulement de la guerre, mais aussi de la vie. Cette évidence est trop souvent oubliée, particulièrement dans l’étude et la pratique de la stratégie. Parce qu’elle a constitué pendant plus de quarante ans un horizon stratégique indépassable, la guerre froide demeure aujourd’hui encore, pour de très nombreux analystes et décideurs, le référent absolu de la pensée stratégique. Ayant longtemps évolué dans le monde dangereux, mais relativement stable, de l’affrontement des blocs, nombreux sont ceux à être encore aujourd’hui, vingt ans après la disparition de l’URSS, incapables de penser la stratégie autrement qu’en comparaison avec celle de ce passé jugé plus simple. Privée des certitudes confortables de la guerre froide, l’analyse stratégique est à la peine.</p>
<p><strong>Incertitudes quantifiables et non quantifiables</strong></p>
<p>Aussi, les notions d’incertitude et de surprise stratégiques, reflets conceptuels de cet inconfort à évoluer dans un monde décrit comme plus imprévisible que jamais, sont-elles particulièrement en vogue aujourd’hui. En France, le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale de 2008 en fait des notions centrales, affirmant ainsi que « le contexte international dans son ensemble appelle la prise en compte de l’incertitude stratégique comme fondement de la pensée et de la politique de défense et de sécurité de la France » et que, de ce fait, « nous devons nous attendre à des surprises stratégiques ». <span id="more-5118"></span></p>
<p>La réponse choisie, celle d’un effort « de connaissance et d’anticipation » destiné à se prémunir contre la surprise en dissipant l’incertitude, en témoigne. Vouloir s’en défaire, se débarrasser de l’incertitude, vouloir en somme dissiper une fois pour toutes le brouillard de la guerre, n’est pas une ambition récente. Mais en s’efforçant d’ériger une véritable ligne Maginot informationnelle, derrière laquelle le pays, protégé de la surprise, pourrait déjouer les menaces sans avoir à défaire ses adversaires éventuels, on s’expose aux pires conséquences. Comme l’a souligné Corentin Brustlein (1), la nature même de la surprise garantit son occurrence quels que soient les moyens consacrés à s’en prémunir. De la vigie au satellite, en passant par la longue-vue ou le radar, les moyens « de connaissance et d’anticipation », humains ou techniques, ont toujours fait partie de la panoplie des armées et des État et constitué pour ceux-ci des moyens vitaux. Mais, aussi nombreux et efficaces soient-ils, tous ont au moins une fois été déjoués.</p>
<p>L’incertitude en effet ne peut être réduite, voire dissipée, que lorsqu’il s’agit d’une incertitude quantifiable, réductible en risques, c’est-à dire en événements dont la possibilité d’occurrence est mesurable. Mais, comme l’a montré en 1921 Frank Knight dans sa théorie du risque (2), ce type d’incertitude n’est pas celui dont les conséquences sont les plus graves. S’il n’est en effet pas toujours possible de prévenir l’événement en raison de l’incertitude sur son moment de déclenchement, l’évaluation du risque de son occurrence permet de s’y préparer en amont. Un exemple simple est celui du risque d’incendie : s’il n’est pas possible d’empêcher un départ de feu, un ensemble de moyens sont mis en place pour intervenir sur un événement probable de manière à en limiter au maximum l’impact.</p>
<p>Opérer de manière efficace dans un environnement où l’incertitude n’est pas quantifiable exige néanmoins une autre démarche. Plutôt que de chercher à tout prix à se prémunir contre la surprise, au risque, une fois persuadé d’en être préservé, de s’en trouver inévitablement victime, il s’est historiquement avéré plus payant de se préparer à l’inéluctabilité de la surprise et de développer en conséquence les moyens de l’absorber. C’est après tout d’abord à cela que servent les armées : leur rôle inclut celui d’absorber le choc initial d’une attaque pour donner à l’État le temps de réagir. Face à des menaces de type terroriste, la résilience de la population (3) est de même la seule réponse efficace, justement parce qu’elle admet la surprise comme une certitude. Bien que sa probabilité d’occurrence ne soit pas mesurable, il est ainsi possible de s’y préparer intellectuellement et de transformer la surprise, avec ses conséquences néfastes sur la prise de décision, en simple imprévu, qui change certes les conditions stratégiques, mais auquel il est possible de s’adapter.</p>
<p><strong>L’incertitude porteuse d’opportunités</strong></p>
<p>L’importance accordée, dans les discours et dans les priorités identifiées en matière de défense, à l’incertitude stratégique apparaît dès lors surtout comme le reflet d’une pensée stratégique inquiète, redoutant de ne plus avoir à faire face à des risques quantifiables comme l’essentiel de ceux de la guerre froide. En allant plus loin, il est même possible de voir cette « inquiétude stratégique » qui, au-delà de la France, saisit l’ensemble des pays européens, comme le reflet de sociétés en voie de repli sur elles-mêmes. L’incertitude est en effet le produit du mouvement, la conséquence naturelle de l’Histoire. La meilleure manière de la dominer est de l’embrasser, c’est-à dire à la fois de la regarder dans tous ses aspects, pour s’efforcer de comprendre le bouillonnement du monde, et de l’accepter comme une constante stratégique. Devenu le cadre naturel de l’action stratégique, dans les esprits et non pas seulement dans les faits, l’incertitude perdra alors la valeur négative qui lui est actuellement attribuée.</p>
<p>L’incertitude stratégique, au lieu de dessiner un « arc de crises », offrirait alors un tableau différent, celui d’un vaste espace d’opportunités, encore élargi par la très forte incertitude. De la même manière qu’en économie, les marchés à haut risque sont souvent ceux dans lesquels le potentiel de profit est le plus important, les espaces stratégiques les plus instables sont aussi ceux dans lesquels la liberté d’action est maximale et les gains potentiels les plus importants. Pour tirer pleinement parti de l’environnement stratégique incertain, il convient néanmoins de substantiellement transformer notre manière d’aborder la stratégie. Le simple fait de rédiger un livre blanc sur « la défense et la sécurité » témoigne d’une posture stratégique fixiste, purement réactive et susceptible de devenir rapidement conservatrice. Voulant conserver un ordre international qui n’existe déjà plus, ayant subi de fait de multiples transformations depuis les années 1990 et appelé à en subir d’autres, ce conservatisme stratégique visant à défendre « l’ordre international » existant pourrait alors se transformer rapidement en une stratégie réactionnaire de plus en plus en décalage avec la réalité.</p>
<p>Embrasser l’incertitude, avec ses dangers certes, mais surtout avec ses potentialités, constitue dès lors le meilleur pari stratégique à court, moyen et long terme au XXIe siècle. Faire ce choix exige cependant de redonner à la stratégie ses lettres de noblesse, en lui donnant à nouveau une place centrale dans l’action politique au sommet de l’État. Au « Roi-stratège » doit succéder l’État stratégiste ; à l’action fondée sur la connaissance des menaces, celle fondée sur la compréhension du système stratégique complexe qu’est le monde. Stratégie positive contre repli négatif, telle est l’essence de ce choix de l’incertain.<br />
B. B.</p>
<p>Notes<br />
(1) Corentin Brustlein, « La surprise stratégique. De la notion aux implications”, Focus Stratégique no 10, IFRI, Paris, 2008.<br />
(2) Frank H. Knight, Risk, uncertainty, and profit, Houghton Mifflin Company, Boston and New York, 1921. Knight, qui est un économiste, y fait la différence entre le risque, qui est quantifiable et donc qu’il est possible d’assurer, et l’incertitude qui ne l’est pas et à laquelle la réponse repose sur l’entrepreneur et sa politique d’entreprise. La distinction risque/incertitude est transposable dans le champ stratégique.<br />
(3) On lira avec profit à ce sujet Joseph Henrotin, La résilience dans l’antiterrorisme, le dernier bouclier, coll. « Défis du IIIe millénaire », L’esprit du livre, Sceaux, 2010.</p>
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		<title>La technologie militaire en question : quelle Transformation pour les forces ?</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Sep 2012 09:24:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Technologie et armement]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Joseph Henrotin, auteur de La technologie militaire en question. Entretien paru dans DSI-Technologies n°15, janvier-février 2009 Votre ouvrage décrit les travers de la Transformation « à l’américaine » et pose l’hypothèse de la « technologisation ». Qu’entendez-vous par là et quelles en sont les ramifications concrètes ? Pour bien comprendre ce qu’est la&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Entretien avec Joseph Henrotin, auteur de La technologie militaire en question. Entretien paru dans DSI-Technologies n°15, janvier-février 2009</p>
<p><strong>Votre ouvrage décrit les travers de la Transformation « à l’américaine » et pose l’hypothèse de la « technologisation ». Qu’entendez-vous par là et quelles en sont les ramifications concrètes ?</strong></p>
<p>Pour bien comprendre ce qu’est la technologisation, il faut d’abord y opposer la technicisation, soit l’injection de technologies dans les armées. C’est un processus pluri-millénaire et universel : pour combattre, il faut toucher son adversaire, ce qui signifie allier des technologies et des tactiques. Il n’y a rien d’anormal à ce que l’on recherche les outils les plus efficaces. Par contre, dans certaines conditions, cette technicisation mute et tend vers le phénomène de technologisation. La technologie devient alors une idéologie et tend à surdéterminer les comportements militaires – du niveau tactique jusqu’au stratégique – comme politiques. Le « meilleur » belligérant serait celui qui disposerait des « meilleures » technologies, perçues comme les plus avancées. L’efficacité technologique serait alors devenue synonyme d’efficacité stratégique. Rien, évidemment, n’est plus faux : une technologie, d’emblée, ne vaut que par l’usage que l’on en fait : en 1999, c’est un SA-3 dont la conception remonte au début des années 1960 qui abat un F-117 vue comme un fleuron technologique.</p>
<p>Concrètement, la technologisation produit des effets multiples : une focalisation sur la tactique – où effectivement, la qualité des équipements peut jouer un grand rôle – ; corrélativement un détournement des facteurs politiques et stratégiques ; le désapprentissage de réflexes élémentaires (le coup du tankiste US qui, ses optiques détruites, n’a plus le réflexe de prendre ses jumelles) ; la focalisation sur les « effets cinétiques », alors que la relation « frappe-victoire » n’est pas systématique ; une focalisation sur « le renseignement » au détriment de l’information ; la croyance – parfois au sens religieux – en des guerres courtes durant lesquelles il serait possible d’imposer à l’adversaire sa conduite et, finalement, une trop grande confiance en soi alliée à une sous-estimation de l’adversaire. Iraqi Freedom en constitue un exemple typique : Rumsfeld était tellement imprégné par une conception de la supériorité technologique américaine qu’il a systématiquement écarté les critiques portant sur l’insuffisance du dispositif de forces. Il faut se rappeler, par exemple, qu’avant les présidentielles de 2000, Rumsfeld envisageait de remplacer les porte-avions américains… par des lasers spatiaux de frappe terrestre. En quelque sorte, D. Rumsfeld est l’incarnation politique de l’école la plus technophile de la révolution dans les affaires militaires. <span id="more-5095"></span></p>
<p>Mais sa croyance en la supériorité technologique américaine est allée plus loin que cela : il a fait partie des personnes ayant convaincu G.W. Bush de mener une opération invariablement présentée comme courte, décisive, peu coûteuse humainement et financièrement. De facto, ce qui restait de l’armée irakienne après 12 ans d’embargo et Desert Storm a littéralement été pulvérisé. Si Rumsfeld et les « transformationnistes » semblaient avoir eu raison – comme ils semblaient avoir eu raison en Afghanistan lors de la campagne de 2001-2002 – ils ont, dans les deux cas, sous-estimé la probabilité d’une reconfiguration des dispositifs adverses, voire l’émergence de nouveaux acteurs – y compris étatiques, ceux dont on estimait qu’ils étaient la « cible idéale » des forces « transformées » &#8211; beaucoup plus difficiles à traiter….</p>
<p><strong>Mais la Transformation US bat de l’aile au vu de l’évolution, ces dernières années, des débats américains. Au surplus, elle grève lourdement le budget de défense de Washington. Que faire pour « revenir en arrière » ?</strong></p>
<p>Si vous me le permettez, il ne s’agit pas de « revenir en arrière » mais bien de s’adapter aux nouvelles conditions du combat : il faut avancer, mais différemment. Et, de fait, les forces US ont compris leurs travers, il n’est que de voir les derniers documents doctrinaux américains – en particulier le dernier FM-3.0 – et les débats dans leurs revues professionnelles. Leur structure de forces évolue aussi : là où l’on envisageait que ce soit les Contractors qui « fassent le coup de feu », de façon très ponctuelle, avec les troupes régulières, le Pentagone augmente le volume de son infanterie. Le modèle qu’il a un temps défendu, celui de guerres courtes de haute intensité, ce que l’on appelait l’hyperguerre au début des années 1990, a été enterré dans les sables irakiens. La tension vers l’automatisation à outrance du combat s’estompe, de même que l’utilisation à tout crin du « décisif » (opérations décisives, frappes décisives, etc.), qui avait percolé jusque dans les conceptions doctrinales. Et le budget, effectivement, a essentiellement été consacré à la préparation de la « guerre idéale » et non à celle de la « guerre réelle ». Il est fascinant de voir à quel point certains programmes ont été lancés durant la guerre froide, dans l’optique d’une guerre contre l’URSS, et n’ont été que peu amendés par la suite.</p>
<p>Comment, alors, avancer différemment ? Dans le cas américain, il faudra passer par une reconfiguration doctrinale déjà entamée. En clair, il s’agit de savoir quels sont les formes futures de combat, de redéfinir l’ordre des menaces, dans le temps et dans l’espace. Il me semble illusoire de croire qu’un adversaire étatique va combattre comme l’aurait fait l’URSS et comme a cru le faire, en 1991, Saddam Hussein. Je pense qu’aucun Etat ne cherchera plus à combattre frontalement, en mode direct, une force de l’OTAN. D’autres options existent pour les Etats, comme pour les groupes sub-étatiques. Ce ne seront pas nécessairement des conflits « a-technologiques », que du contraire. En fait, nos débats, y compris en France, opposent trop souvent « guerre classique/technologique/de haute intensité » et « conflits irréguliers/non-conventionnels/asymétriques/non-technologiques ». Nous allons sans doute vers une hybridation de ces modèles. Vincent Desportes remarquait ainsi que les Britanniques parlaient de « contre-insurrection de haute intensité », alors qu’elle est traditionnellement considérée comme « de basse intensité ». Structurer nos modèles dans de tels cadre est un véritable défi : il faudra répondre en quelque mois à la volatilité des adaptations de l’adversaire, capitaliser sur des technologies déjà développées, redéfinir notre rapport à la quantité autant que nos cultures de guerre.</p>
<p><strong>Vous faites la part belle à une conception clausewitzienne du rapport du militaire à la technologie et vous indiquez qu’elle renverrait plus à la culture stratégique européenne qu’à l’américaine. Mais l’Europe est-elle à l’abri de la technologisation ? Serons-nous donc éternellement en retard, si l’on peut s’exprimer ainsi ?</strong></p>
<p>Fondamentalement, personne n’est à l’abri d’un phénomène de technologisation. Les Israéliens avaient un rapport clausewitzien à la technologie mais il a muté dans les années 1990 pour, en quelque sorte, s’américaniser. La guerre de 2006 a été l’un des résultats de ce travers, montrant les limites d’un modèle de guerre technologique où le politique pense pouvoir se décharger de ses responsabilités stratégiques au motif d’une supériorité technique. Or, plus les capacités techniques sont avancées, plus la mise en œuvre est complexe et impose une réflexion – tactique comme stratégique – développée. En ce sens, croire que la guerre technologique est une guerre d’automatismes – techniques comme de la pensée – est une erreur fondamentale et la meilleure voie vers l’échec stratégique. En effet, la première fonction de la technologie dans l’art de la guerre est d’élargir la liberté de manœuvre des niveaux politiques et militaires et ne pas répondre à cet élargissement des libertés par leur exploitation reviendrait à réduire ces libertés… parce que l’adversaire, lui, exploitera nos faiblesses. Nous sommes alors au cœur de la technologisation : la technologie devient un facteur contre-productif. Or, à certains égards, la réflexion stratégique et tactique, en Europe, se porte assez mal : si la France connaît un renouveau remarquable depuis 2-3 ans, nombre de membres de l’Union sont amorphes. Ils restent enferrés dans des schémas linéaires, dont certains remontent à « l’âge d’or » de la RMA.</p>
<p>On peut toujours entendre certains états-majors indiquer qu’il est nécessaire d’alléger le blindage des forces pour les rendre plus projetables, alors que la puissance de feu des unités élémentaires – qu’elles proviennent d’Etats ou de groupes de guérillas – n’a historiquement jamais été aussi puissante, diversifiée, létale et facile d’utilisation. De ce point de vue, nous sommes effectivement à contre-courant du « sens de l’histoire ». L’Europe n’a compris les implications de la RMA qu’en retard – disons de 5 à 6 ans, si l’on regarde l’émergence d’une littérature européenne sur la question – et a tardé à conceptualiser la Transformation de ses armées. Nous sommes dès lors toujours enfoncés dans le modèle « rumsfeldien » de Transformation, alors que les États-Unis l’ont formellement abandonné – à relire le dernier discours de Robert Gates, et sachant qu’il a mis en œuvre les conclusions de son discours bien avant de l’avoir prononcé. De ce point de vue, nous devons sans aucun doute nous réapproprier nos cultures stratégiques et, en particulier, leur fondement clausewitzien.</p>
<p><strong>Quels sont, selon vous, les futurs de la technologie ? Vers quelles directions techniques les armées « les plus en pointe » en matière de réflexion vont-elles se diriger ?</strong></p>
<p>La question mériterait quelques ouvrages ! Disons que ce que nous voyons, en Russie ou en Chine, n’est pas tant l’imitation du modèle occidental que son acculturation, seuls certains secteurs très spécifiques étant développés au niveau du « very high tech », le reste ne l’étant qu’aux niveaux « middle tech » voire au mieux « high tech ». Par exemple, si les Russes veulent développer avec le PAK-FA un chasseur qu’ils veulent de 5ème génération – et donc équivalent au F-35 ou au F-22 – il est fort probable qu’il n’en ait pas, in fine, les capacités. Ils placeront le curseur de l’intensité technologique sans doute moins haut mais pourront se permettre d’en construire un plus grand nombre, qui pourront opérer de concert avec des appareils des générations précédentes. Ils pourraient être en mesure, à terme, de nous surclasser numériquement tout en effectuant des percées importantes non dans le domaine des plateformes mais bien dans celui de la missilerie. Le « very high tech » développé sur tous les « fronts » de la technologie, de ce point de vue, n’est plus guère à la portée que des seuls Américains. Dans le domaine naval, l’observation du cas iranien (ou du cas littoral chinois) est fascinante : ils construisent des nuées de petits bâtiments, qui tiennent la mer raisonnablement bien, et qui pourraient être armés assez lourdement. On peut ainsi imaginer voir une projection en haute mer d’une guérilla navale que l’on pensait uniquement réservée aux franges côtières.</p>
<p>Dans le domaine terrestre, la puissance de feu des infanteries évolue constamment. Le RPG-32, par exemple, ne pèse que 3 kg pour un peu plus d’un mètre de long et peut disposer d’une charge thermobarique. Il est facile d’utilisation et peut recevoir des équipements de vision nocturne dont le prix chute radicalement, même si la qualité est loin d’être la nôtre. Dans des scénarios de guerre urbaine, ce type d’équipement serait dévastateur et le suivi russe des exportations d’armes est pour le moins laxiste. Autrement dit, les technologies de protection vont devenir absolument déterminantes, au risque de voir les niveaux politiques occidentaux paralysés par la peur de subir des pertes. Autre secteur de progression, le domaine de la vision nocturne, crucial pour nos infanteries, ou encore celui de drones légers, simples d’utilisation, et totalement consommables. Le grand défi à cet égard est de diminuer le coût d’acquisition de ces systèmes en « recyclant » des technologies déjà développées, récemment ou non, que ce soit dans le domaine de la propulsion, des charges optiques/IR ou encore des plateformes. Même chose dans le domaine, absolument vital, des hélicoptères. Ce qui pourrait être interprété comme une sorte de « ralentissement » dans la vitesse de progression des développements technologiques me semble ne plus véritablement constituer une option mais bien une obligation : l’augmentation des budgets d’équipement, qui est loin d’être évidente partout en Europe, n’est plus proportionnelle à l’envolée des coûts d’acquisition et de possession des matériels. Si ce n’était pas le cas, une certaine obsession pour de fantastiques visions technologiques pourrait se retourner contre nous et affaiblir nos armées.</p>
<p>Propos recueillis par Jean-Jacques Mercier, le 5 décembre 2008</p>
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		<title>Quel art de la guerre navale ? Entretien avec Milan Vego</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Sep 2012 07:27:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Milan Vego est Professeur d’opérations au JMO Department, US Naval War College (1). Il a publié Operational Warfare At Sea: Theory and Practice (Taylor &#38; Francis, Routledge Publishing Group, Londres, février 2009). Entretien paru dans DSI Hors-Série, n°14, octobre-novembre 2010. S’il y a une tactique, une stratégie et une politique navales, vous avez été prompt&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Milan Vego est Professeur d’opérations au JMO Department, US Naval War College (1). Il a publié Operational Warfare At Sea: Theory and Practice (Taylor &amp; Francis, Routledge Publishing Group, Londres, février 2009). Entretien paru dans DSI Hors-Série, n°14, octobre-novembre 2010.</p>
<p><strong>S’il y a une tactique, une stratégie et une politique navales, vous avez été prompt à souligner l’utilité du niveau opératif à la mer dans vos ouvrages et vos articles. Vous le faites en soulignant le cas de la campagne du Pacifique. Mais y a-t&#8217;il d’autres exemples récents de l’utilité de ce niveau opératif ?<br />
</strong><br />
Il y a une différence significative entre les niveaux de la guerre (tactique, opératif et de théâtre et stratégique national/d’alliance/de coalition) et l’art opératif. Les niveaux de la guerre existent seulement durant le combat, pas en temps de paix. Ils se rapportent aussi à la pratique de la guerre. Chaque niveau est lié à un objectif militaire spécifique qui doit être atteint. Le niveau opératif de la guerre existerait pour atteindre un seul objectif militaire – ou de théâtre –stratégique. La principale méthode pour atteindre un tel objectif est la campagne terrestre ou maritime (il n’y a pas de campagne aérienne). Par exemple, les niveaux opératifs de la guerre dans le Pacifique en 1942-1945 étaient dans le nord, le centre et le sud du Pacifique, respectivement. Il y avait aussi un niveau opératif de la guerre dans plusieurs autres théâtres de la Seconde Guerre mondiale (par exemple l’Atlantique nord et la Méditerranée). En comparaison, l’art opératif ou le combat opératif est une composante de l’art militaire ; c’est un champ intermédiaire à la fois de l’étude et de la pratique et qui concerne la planification, la préparation et l’exécution des opérations majeures et des campagnes pour accomplir un objectif de niveau opératif ou stratégique. Les principes de l’art opératif sont appliqués aux différents niveaux de la guerre, de l’opératif-tactique au stratégique.<span id="more-5081"></span></p>
<p>Du fait de l’absence de guerres conventionnelles de haute intensité dans l’après-Seconde Guerre mondiale, il y a relativement peu d’exemples où le combat opératif à la mer a été pratiqué. Cependant, l’art opératif a été appliqué (ou mal appliqué) dans plusieurs guerres régionales, par exemple durant la guerre de Corée (1950-1953), les guerres israélo-arabes de 1956, 1967 et 1973, la guerre des Falkland/Malouines de 1982, la guerre Iran-Irak de 1980-1988, la guerre du Golfe de 1990-1991 et l’invasion de l’Irak en 2003 (opération « Iraqi Freedom »).</p>
<p><strong>Plusieurs auteurs ont critiqué votre position selon laquelle les marins ont sous-estimé le niveau opératif – en France, je pense à Bruno Paulmier. Pour eux, le « chaînon manquant » n’est pas au niveau pratique (ils citent les opérations britanniques dans l’Atlantique au XVIIIe siècle, par exemple) mais au niveau théorique. Peut-on construire une théorie de l’art opératif à la mer et quels seraient ses piliers ?</strong></p>
<p>C’est surprenant, pour moi. La raison est probablement le manque de familiarité avec mes travaux. En fait, dans tous mes livres et articles sur la guerre opérative navale, les positions théoriques sont illustrées par des exemples issus de l’histoire navale ancienne ou récente. Mon livre Naval Strategy and Operations in Narrow Seas (Frank Cass, Londres, 1999 ; seconde édition revue, 2003) et mon ouvrage le plus récent, Operational Warfare At Sea: Theory and Practice (Taylor &amp; Francis, Routledge Publishing Group, Londres, février 2009 ; dos cartonné 2010) contiennent beaucoup d’exemples issus de l’histoire navale.</p>
<p>Eh oui ! Nous pouvons et nous devrions construire une théorie globale de l’art opératif à la mer. Plusieurs morceaux de cette théorie existent déjà. Ils sont issus des principaux travaux de penseurs navals classiques, spécifiquement l’amiral Alfred T. Mahan, Sir Julian S. Corbett, et les vice-amiraux Philip H. Colomb, Wolfgang Wegener et Raoul Castex, plus beaucoup d’autres théoriciens navals moins connus. Leurs idées sur les différents aspects de l’art opératif à la mer devraient être identifiées et ensuite réévaluées à la lumière des expériences et des leçons apprises (ou identifiées) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je voudrais mettre en évidence qu’en dépit des affres du temps subies par les Principes de stratégie maritime de Corbett et les cinq volumes des Théories stratégiques de Castex, ils ont une grande signification pour le développement de l’art opératif à la mer, même aujourd’hui. Nous semblons être dans une situation similaire à celle des grandes marines avant 1914 ; trop d’attention est portée au matériel, alors que la théorie navale est soit ignorée soit disqualifiée comme non pertinente dans notre âge de l’information.</p>
<p>Une saine théorie de l’art opératif naval devrait être générale dans sa nature, intemporelle, globale, simple et compréhensible, et souple. Elle devrait être basée sur des exemples empiriques fournis pas l’histoire navale/militaire. Elle devrait décrire des composants et leurs éléments subordonnés et leurs relations mutuelles à travers le spectre des conflits à la mer. Elle devrait décrire les effets des aspects non militaires sur la préparation et la conduite de la guerre en mer. Spécifiquement, les composants clés d’une pareille théorie devraient inclure la nature et le caractère de la guerre navale, les objectifs et les niveaux de la guerre à la mer, les méthodes et des éléments de l’emploi au combat des forces navales pour atteindre des objectifs opératifs ou stratégiques (opérations navales majeures, campagnes maritimes), les facteurs opérationnels (l’espace, le temps et la force) leurs relations mutuelles, l’influence de l’information sur les facteurs opérationnels, les fonctions opératives ou s’étendant sur le théâtre (organisation du commandement, renseignement, guerre du commandement et du contrôle, les feux, la logistique et la protection), le processus de décision opératif et la planification, le leadership opératif, l’entraînement opératif et les visions de la guerre future à la mer. Plus généralement, le focus devrait être sur les constantes et non sur les occurrences transitoires de la guerre navale au niveau opératif.</p>
<p><strong>Vous avez beaucoup écrit sur la guerre opérative à la mer durant votre carrière, en n’hésitant jamais à pointer du doigt les problèmes touchant l’US Navy. Selon vous, les opérations majeures à la mer sont-elles suffisamment prises en compte par les marines européennes ? Existe-¬t il une probabilité que nous ayons à combattre à la mer ?</strong></p>
<p>De mon point de vue, la plupart des marines occidentales se sont focalisées sur la technologie et la tactique alors que la guerre navale au niveau opératif est expédiée sans ménagement. Contrairement aux armées, elles (les marines, NDT) ne comprennent pas réellement le rôle et l’importance des opérations navales majeures. Il existe un grand déficit de travaux théoriques dans ce domaine, et sans théorie saine, c’est difficile de voir comment une saine doctrine de guerre opérative à la mer peut être développée.</p>
<p>Personne n’a de boule de cristal pour prédire s’il y aura une autre guerre majeure en mer dans le futur. Cependant, la prudence dicte que les marines devraient être pleinement préparées pour une telle éventualité. Il sera trop tard pour corriger les erreurs faites en temps de paix si le besoin de planifier, de préparer et d’exécuter des opérations navales majeures en soutien aux armées combattant à terre émerge soudainement. Il y a plusieurs points chauds potentiels dans le monde aujourd’hui, par exemple la péninsule coréenne et le golfe Persique (Arabique) où l’on peut entrevoir aisément le besoin de plans pour conduire des opérations navales majeures.</p>
<p><strong>Le professeur Hervé Coutau-Bégarie, en France, a récemment travaillé sur la question de la diplomatie navale, une thématique également explorée par Sir James Cable. Il souligne assez logiquement le rôle des marines en temps de paix. Mais, dans le même temps, y a-t il un risque pour que cette fonction occulte les opérations majeures ? En bref, sommes-nous encore prêts à combattre ?</strong><br />
Je pense que les grandes marines devraient être préparées adéquatement à conduire des opérations à travers l’ensemble du spectre des conflits à la mer, qui va des opérations autres que la guerre (soutien à la diplomatie, lutte contre la piraterie, contre-terrorisme, soutien aux campagnes de contre-insurrection) à la guerre conventionnelle de haute intensité. Comme dans le cas des armées, une marine capable de défaire un ennemi dans une guerre conventionnelle de haute intensité sera capable, avec une force d’une composition propre, la doctrine et l’entraînement, de mener les missions qui lui sont assignées en temps de paix et dans les opérations autres que la guerre.</p>
<p><strong>Les États-Unis connaissent actuellement des débats sur le futur des opérations amphibies dans le contexte d’une pression financière sur les marines. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’emploi de forces amphibies dans des « opérations d’entrée en force » est toujours une option dans notre contexte d’interdiction maritime et de stratégies anti-accès ?</strong></p>
<p>Tout les débats sur ce dont on a besoin pour utiliser des forces amphibies dans des débarquements sur des littoraux adverses ratent leur cible. C’est « a-historique ». On a besoin de lire et d’évaluer de façon appropriée les leçons de l’histoire navale. Les débarquements de troupes amies sur des plages tenues par l’ennemi sont presque aussi vieux que la guerre navale elle-même. Ce qui a changé à travers l’histoire de la guerre navale, ce sont les méthodes, pas le propos ou les objectifs des assauts amphibies. On doit se souvenir que les prédictions passées sur l’obsolescence des débarquements amphibies se sont révélées fausses. Par exemple, le général Omar Bradley, de l’US Army, président du comité des chefs d’état-major a dit, en octobre 1949 : « Je prédis que les opérations amphibies à grande échelle ne se produiront plus jamais ». Nous savons ce qui est arrivé en septembre 1950 – une opération amphibie majeure à Inchon (opération « Chromite ») a été conduite avec succès et a inversé le cours de la guerre dans la péninsule coréenne au profit des forces des Nations unies. Le côté le plus fort à la mer a toujours eu le besoin, en définitive, d’aller à terre ; et le futur ne fera pas exception.</p>
<p><strong>Est-ce que l&#8217;US Navy dans sa forme actuelle et sa forme future – et ses débats sur le LCS, par exemple – sera adaptée à la possibilité de mener un art opératif à la mer ? Quelle serait, d’ailleurs, votre « US Navy rêvée » ?</strong></p>
<p>La force de combat de l’US Navy se compose actuellement de 290 bâtiments et sous-¬marins. Presque tous les bâtiments de surface sont très grands et très efficaces mais sont des plates-formes très chères. L’objectif poursuivi d’avoir une force de bataille de 313 navires ne sera probablement pas atteint en fonction des tendances budgétaires actuelles. L’US Navy n’est tout simplement pas composée de façon optimale pour mener ses missions à travers le spectre des conflits à la mer. Elle est appelée à mener des missions très diverses en temps de paix, des opérations autres que la guerre et dans une guerre conventionnelle de haute intensité. Les navires et les sous-marins de l’US Navy doivent opérer dans divers environnements physiques, qui vont des grandes profondeurs du milieu des océans aux eaux littorales et aux mers fermées ou semi-fermées. Les eaux littorales sont souvent confinées et de faible profondeur. Elles peuvent, généralement, restreindre l’espace de manœuvre et la vitesse des grands bâtiments de combat de surface et des sous-marins nucléaires d’attaque. Elles présentent également des environnements denses et encombrés du fait de la présence de troupes amies, potentiellement hostiles et de navires neutres ou commerciaux. Le caractère de la guerre dans les zones littorales diffère considérablement de celui en haute mer ou dans les profondeurs. Aussi, les capacités anti-accès sur quelques littoraux posent-elles un risque sérieux à la survivabilité des grands navires de surface et des sous-¬marins américains. Bien que les porte-avions, les croiseurs, les destroyers, les sous-marins et les grands navires amphibies puissent opérer dans les zones littorales, ils ne sont pas idéalement adaptés pour opérer là.</p>
<p>Dès lors, le besoin urgent pour l’US Navy est d’acquérir auprès des nations amies outre-mer ou de construire localement un grand nombre de plates-formes plus petites, efficaces, mais moins coûteuses, optimisées pour la guerre littorale et les opérations autres que la guerre (lutte contre la piraterie, contre-terrorisme, liberté de la navigation et soutien aux opérations de paix). La force que je propose devrait inclure des porte-avions de 30 000 à 40 000 tonnes, des frégates légères de 2 000 à 2 500 tonnes, des corvettes polyvalentes de 1 200 à 1 500 tonnes et peut-être même des patrouilleurs rapides de 400 à 500 tonnes. Évidemment, je ne suis pas qualifié pour suggérer combien l’US Navy devrait avoir de ces plates-formes comme composante d’une force de bataille plus équilibrée. Cependant, je veux indiquer que la force proposée de plus petits bâtiments/sous-marins devrait être complémentaire et ne pas remplacer l’actuelle et la future force de bataille. La force que je propose donnerait à l’US Navy la force efficace dont elle a besoin pour combattre dans les zones littorales en cas de conflit régional. Elle libérerait aussi les porte-¬avions de 100 000 tonnes et les grands bâtiments de surface de la conduite d’opérations autres que la guerre</p>
<p>Note<br />
(1) Cette interview ne représente que les opinions de l’auteur et non celles du Naval War College, du Département de la Marine ou du Département de la Défense.</p>
<p>Propos recueillis par Joseph Henrotin, 16 septembre 2010</p>
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		<title>Pourquoi la supériorité militaire de l’Ouest compte à peine</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Aug 2012 10:08:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Rob de Wijk, professeur de relations internationales (Académie Militaire Royale &#8211; Breda) et d’études stratégiques (Université de Leyde), directeur du Centre Clingendael d’Études Stratégiques (La Haye). Article publié dans DSI n°14, avril 2006. Depuis la fin de la Guerre froide, les démocraties libérales sont intervenues à de nombreuses reprises, avec des résultats variables. Durant&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Rob de Wijk, professeur de relations internationales (Académie Militaire Royale &#8211; Breda) et d’études stratégiques (Université de Leyde), directeur du Centre Clingendael d’Études Stratégiques (La Haye). Article publié dans DSI n°14, avril 2006.</p>
<p>Depuis la fin de la Guerre froide, les démocraties libérales sont intervenues à de nombreuses reprises, avec des résultats variables. Durant la première moitié des années 1990, l’intervention militaire pour expulser l’Irak du Koweït a été un succès sans équivalent mais Mogadiscio et Srebrenica sont devenues des symboles d’échecs des tentatives d’apporter la paix à des pays déchirés par la guerre. Durant la seconde moitié des années 1990, l’opération Allied Force, la guerre de l’OTAN au Kosovo a été un succès mitigé. Cette « guerre humanitaire » a nécessité 78 jours, alors que les Serbes ont tué plus d’Albanais durant la campagne aérienne que durant les mois la précédant.</p>
<p>Après les horrifiques attaques d’Al-Qaïda du 11 septembre 2001, une coalition conduite par les États-Unis a détruit le régime Taliban afghan, principal soutien d’Al-Qaïda. Subséquemment, la coalition a été remarquablement prompte à éliminer avec succès le régime de Saddam Hussein. Les interventions en Afghanistan et en Irak ont démontré que des objectifs limités peuvent être atteints rapidement, avec quelques pertes amies et des niveaux acceptables de dommages collatéraux. Toutefois, il s’est avéré difficile de stabiliser les deux pays après le changement de régime.  <span id="more-5032"></span></p>
<p>Pourquoi le résultat final de l’usage de la force par les démocraties a-t-il si souvent été pauvre ? Le principal argument de mon étude est que, pour réussir, les démocraties libérales doivent utiliser la force de façon décisive. La « décision » se mesure contre les ensembles d’objectifs politiques et militaires. Les objectifs sont ce que les acteurs doivent atteindre. L’utilisation décisive de la force requiert un bon équilibre entre les fins et les moyens, basé sur la compréhension des dynamiques de la coercition. Mais, même si c’est le cas, des réactions asymétriques d’un opposant, même faible, peuvent facilement neutraliser la supériorité militaire des armées occidentales et interdire à celui qui initie une coercition d’atteindre ses objectifs.</p>
<p><strong>Une nouvelle façon de penser est requise</strong></p>
<p>Traditionnellement, les États utilisent la force pour protéger des territoires et en conquérir d’autres. Aujourd’hui, les démocraties libérales utilisent la force principalement en tant qu’instrument de politique étrangère, pour influencer les choix stratégiques d’un opposant. Les objectifs sont différents, comme le mixte de moyens utilisés. Cet usage de la force, qui est le sujet de cette étude, est connu comme étant la coercition. Comme les gouvernements occidentaux ne peuvent plus mener des guerres de conquête, le label de la coercition couvre aujourd’hui la plupart des actions offensives contre d’autres États.</p>
<p>Je définis la coercition comme l’usage délibéré et ciblé ou la menace d’utiliser des instruments de puissance afin de manipuler et d’influencer les choix politico-stratégiques d’un acteur. Cet acteur peut être un État ou être non-étatique. Donc, la coercition entraîne une action offensive contre un État ou un acteur non-étatique, comme des milices sous le commandement d’un seigneur de la guerre ou une organisation terroriste qui se serait repliée sur un territoire en dehors du contrôle d’une autorité.</p>
<p>Je trouve qu’il est utile de faire une distinction entre diplomatie coercitive et coercition militaire. La différence entre elles réside dans l’équilibre entre diplomatie et force militaire. La diplomatie coercitive demande des mesures économiques et de la force militaire pour peser sur les activités diplomatiques. La dissuasion est plus importante que l’usage réel de la force. Si la dissuasion et la diplomatie échouent, celui qui cherche à contraindre peut n’avoir d’autre choix qu’une stratégie de coercition militaire. Ce qui conduira à l’introduction de la puissance militaire en tant qu’instrument, potentiellement à grande échelle. La diplomatie s’estompe alors, ou les canaux diplomatiques sont complètement fermés.</p>
<p>Cette nouvelle distinction entre diplomatie coercitive et coercition militaire est importante, parce qu’elle demande de nouvelles stratégies. Une stratégie de diplomatie coercitive devrait être construite autour de la dissuasion ou de la menace d’utiliser la force ; d’encouragements et de la compellence (Ndlr : convaincre – et non forcer – l’adversaire d’adopter un comportement donné) et être basée sur l’isolation politique, les sanctions économiques et la punition militaire. Si l’adversaire ne plie pas, une stratégie de coercition militaire devrait être l’étape suivante. La compellence devrait donc impliquer la punition, quoique sur une plus large échelle ; l’interdiction et le contrôle, visant à réduire la capacité adverse à mener des opérations ; l’incapacitation visant l’affaiblissement des structures étatiques de l’adversaire ; ou la décapitation visant l’élimination du régime hostile.</p>
<p>La plupart des auteurs indiquent que la compellence implique l’usage limité de la force, lequel est opposé à ce que Thomas Schelling appelle la « force brute ». Selon Schelling, « la force brute réussit lorsqu’elle est utilisée, tandis que la puissance de blesser réussit mieux lorsqu’elle est placée en réserve. C’est la menace de dommages, ou de plus de dommages à venir, qui peut forcer quelqu’un à être contraint » .</p>
<p>Ce peut être vrai pour la diplomatie coercitive mais certainement pas pour la coercition militaire. Pour atteindre des objectifs politiques et militaires, celui qui opère la coercition ne peut avoir d’autres options que d’utiliser la force à une grande échelle. En permanence, toutefois, la force militaire ne devrait être utilisée que proportionnellement aux intérêts en jeu. Si des intérêts vitaux sont menacés, l’usage massif et décisif de la force peut être nécessaire. La menace ou l’usage de la force à une large échelle pourrait contribuer au succès à la fois de la diplomatie coercitive et de la coercition militaire.</p>
<p>Cette utilisation d’une force « brute » est clairement distincte de la destruction vue par Schelling. Le but de celui qui opère la coercition est d’atteindre des objectifs politiques limités et non pas l’occupation ou la destruction d’un pays et de sa population. Politiquement considérée comme étant non-éthique et amorale, la force « brute » pourrait n’être que la seule option pour éliminer celles de l’adversaire. Ce ne peut être atteint que si celui qui mène la coercition domine l’escalade.</p>
<p>En dépit de la supériorité militaire de l’Occident, les efforts pour contraindre d’autres pays impliquent toujours des risques considérables. D’une part, les opérations sont devenues moins risquées parce qu’il n’y a plus de menace d’escalade jusqu’à un affrontement majeur entre deux superpuissances militaires et qu’aucun acteur ne peut rivaliser avec la puissance militaire occidentale. D’autant plus que de nouvelles méthodes de conduite de la guerre réduisent les risques associés aux interventions.</p>
<p>D’autre part, des États hostiles et des groupes terroristes sont dans la position où ils peuvent rétablir l’équilibre militaire, au moyen d’armes de destruction massive et de la guerre asymétrique, y compris en menant des attaques sur des pays contribuant à la coercition. Comme l’indique la Quadrennial Defense Review américaine de 1997, « la domination américaine dans le domaine des opérations militaires conventionnelles peut encourager des adversaires à utiliser des moyens asymétriques pour attaquer nos forces et nos intérêts, outremer et chez nous » . Les moyens asymétriques ne vont pas miner les capacités des démocraties libérales occidentales. Ils vont, cependant, miner la capacité de contrôler un environnement hostile. Cette possibilité peut dissuader des démocraties libérales postmodernes d’intervenir.</p>
<p><strong>L’application de la force</strong></p>
<p>Concernant l’utilisation avec succès de la puissance, mon étude tire trois conclusions importantes. Premièrement, une bonne stratégie est le prérequis du succès et devrait prendre en compte la distinction entre diplomatie coercitive et coercition militaire. La stratégie est définie comme le lien entre les objectifs politiques et les moyens militaires disponibles. Les objectifs ne peuvent seulement être atteints que si un plan militaire sain est sous-jacent à la stratégie. J’argue que la coercition ne peut être efficace que si les puissances occidentales veulent utiliser la force pour interdire à l’adversaire d’user de son potentiel militaire (interdiction) et que si elles veulent occuper des territoires et des centres de gravité de l’adversaire (contrôle).</p>
<p>Mais des défis tactiques mettent de plus en plus en danger le succès au niveau stratégique, alors que les conditions (Ndlr : politiques et sociologiques) au niveau stratégique mettent en danger l’exécution d’opérations au niveau tactique. Le lien étroit entre les niveaux tactique et stratégique de la guerre est une caractéristique de la coercition contemporaine. L’explication est que la guerre non-conventionnelle et l’asymétrie sont les options les plus probables pour l’adversaire. Comme rien ne peut rivaliser avec la puissance militaire occidentale, ses adversaires trouvent que la guerre non-conventionnelle et la guerre asymétrique sont les grands égalisateurs. La guerre non-conventionnelle consiste en une série d’engagements tactiques, quelquefois isolés, pour atteindre des objectifs stratégiques. Ce faisant, les tactiques hit and run et le terrorisme sont des stratégies de contre-coercition utiles. Ces attaques peuvent créer, pour celui qui initie la coercition, des problèmes insurmontables.</p>
<p>La guerre non-conventionnelle est d’abord une entreprise politique et les victoires militaires sont difficiles à atteindre. Les tactiques des adversaires visent à miner la crédibilité et la légitimité de celui qui a engagé la coercition et le temps est avec eux. Comme les politiciens, dans les démocraties libérales, se focalisent sur les prochaines élections, leur horizon temporel est, par définition, court. L’expérience d’opérations comme Enduring Freedom et Iraqi Freedom montre que, pour l’adversaire, le choix rationnel est d’appliquer ces stratégies non-conventionnelles durant les phases de stabilisation. Donc, le succès peut être annulé.</p>
<p>D’autres observations renforcent cette conclusion. Les démocraties libérales sont devenues de plus en plus sensibles aux risques. Pour beaucoup, les pertes amies sont inacceptables. En outre, la coercition concerne l’atteinte d’objectifs politiques et militaires limités, qui requièrent une utilisation de la force proportionnée aux intérêts en jeu. De hauts niveaux de dommages collatéraux ne seront pas tolérés. Finalement, les médias, la télévision en particulier, jouent un rôle de plus en plus important. Les journalistes au sein des théâtres d’opérations tendent à se focaliser sur des enjeux tactiques plus que sur les stratégiques et vont magnifier des questions relativement mineures.</p>
<p>Pour ces raisons, les commandants militaires doivent être sensibles aux implications stratégiques des erreurs tactiques, alors que les décideurs politiques devraient être conscients des conséquences de leurs ingérences dans les opérations militaires. La pression créée par les médias est la cause la plus probable d’une interférence politique excessive dans la conduite des opérations. Comme les principes de la guerre sont le soubassement des doctrines, le commandant militaire va baser sa planification d’action sur eux. Il est donc crucial de comprendre comment la viabilité de ces principes peut être mise en danger par des suppositions politiques irréalistes et d’autres formes d’interférence. En effet, la stratégie devrait être basée sur des objectifs clairs et réalistes.</p>
<p><strong>Une approche dynamique</strong><br />
La seconde conclusion est que, pour être efficace, une intervention demande une stratégie basée sur une approche dynamique. C’est le cœur de mon argumentation. Pour comprendre la dynamique de la stratégie, les décideurs politiques ont besoin d’être conscients de trois mécanismes basiques qui, combinés, déterminent l’efficacité stratégique des instruments de puissance :<br />
1°) L’intensité à laquelle est préparé celui qui initie la coercition est proportionnelle aux intérêts en jeux.<br />
2°) Les tentatives de l’adversaire pour augmenter les coûts liés à l’intervention sont directement proportionnelles à ses intérêts.<br />
3°) Les asymétries entre les intérêts et les capacités militaires conduisent à des réactions asymétriques.</p>
<p>Ces mécanismes mettent en évidence une connexion évidente entre les intérêts en jeu et l’utilisation de la force. Si celui qui intervient ne veut pas prendre de risques, et conséquemment s’il n’accepte pas les pertes, l’opération est condamnée à échouer. Ce sera le cas si aucun ou peu d’intérêts sont en jeu.</p>
<p>Ces mécanismes s’appliquent à celui qui mène la coercition et à celui qui en est l’objet. Ils sont aussi importants pour la préparation d’opérations, relativement faciles et sans risques, de maintien de la paix, conçues pour exécuter un accord de paix ou un cessez-le-feu. Au cas où les parties ne tolèrent pas les accords, celui qui les met en œuvre peut être confronté à une situation où la force militaire peut devenir nécessaire.</p>
<p>Finalement, ces mécanismes peuvent être appliqués à des activités impliquant des acteurs non-étatiques. La lutte contre des milices et des organisations terroristes demande aussi un équilibre solide entre les moyens et les objectifs, les coûts et les bénéfices. Le succès de toute stratégie dépend ultimement des trois mécanismes coercitifs. Donc, les efforts coercitifs débutent par la définition d’une stratégie qui devrait être basée sur :</p>
<p>- les intérêts en jeux ;<br />
- la connaissance de l’adversaire ;<br />
- les objectifs atteignables ;<br />
- la dynamique de l’interaction entre la puissance intervenante et la cible ;<br />
- un équilibre entre les objectifs politiques et les moyens militaires ;<br />
- la proportionnalité des réponses vis-à-vis des objectifs visés.</p>
<p>La clé de toute stratégie d’intervention, contre n’importe quel adversaire, est d’influencer son calcul coût/bénéfice. Dans le cas d’un conflit militaire, ceci suppose que celui qui intervient conçoive une stratégie qui ne soit pas attractive pour l’adversaire. Ce peut être fait à la fois en rendant trop élevé le coût militaire ou en rendant les bénéfices d’un abandon du combat attractif. La protection des intérêts nationaux requiert une intervention mettant en évidence le coût militaire pour l’adversaire. La mentalité de beaucoup de politiciens et de planificateurs militaires est toujours modelée par des stratégies conventionnelles devant protéger les intérêts nationaux. Mais négliger les stratégies adverses conduit au désastre.</p>
<p><strong>La doctrine militaire</strong></p>
<p>La coercition ne concerne pas l’occupation des territoires. Il s’agit plutôt d’influencer les choix stratégiques d’un acteur. Des objectifs limités requièrent des moyens limités. L’instrument coercitif le plus attractif est la puissance aérienne mais si, à elle seule, elle ne parvient pas à contraindre l’adversaire, des troupes au sol doivent être utilisées. Les forces spéciales et des forces spécialisées, avec les forces navales et aériennes, devraient faire ce travail. Les forces spécialisées peuvent former des moyeux ou des têtes de pont à partir desquelles les forces spéciales peuvent conduire des opérations clandestines ou non.</p>
<p>Une campagne visant « les cœurs et les esprits » doit être conduite en permanence et est cruciale. Comme la coercition concerne des objectifs limités, cette campagne devrait clairement montrer aux populations que la guerre n’est pas dirigée contre elles mais contre ses dirigeants. Durant la phase de stabilisation, gagner les cœurs et les esprits est essentiel pour séparer les insurgés des populations, sans quoi la paix ne pourra être gagnée.</p>
<p>Mais l’exécution d’une stratégie coercitive sera mise en danger si les décideurs politiques ignorent la doctrine militaire, en particulier les principes de la guerre. C’est ma troisième conclusion. Les principes sont les règles fondamentales de l’utilisation des moyens militaires et consistent en des concepts comme l’unité d’effort, l’unité de commandement, la surprise, l’initiative et la flexibilité. Si les commandants militaires ne peuvent pas conduire correctement les opérations militaires, il y a peu de chances qu’elles aboutissent au succès et que les objectifs politiques soient atteints. Les décideurs devraient savoir en quoi leur environnement politique et sociologique pourrait affecter ces principes, sans être eux-mêmes des experts militaires. Les décideurs politiques peuvent facilement mettre en danger les principes de la guerre. Les demandes, souvent entendues, de « pas de pertes, pas de dégâts collatéraux » dans les opérations en coalition pourraient miner les principes ci-dessus. Résultat, la stratégie coercitive peut échouer.</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Il y a trois grandes raisons pour lesquelles les efforts occidentaux en matière de coercition ont si souvent donné des résultats décevants. La coercition est conceptuellement difficile. La coercition réussie est le résultat d’un processus dynamique basé sur la créativité et sur la compréhension des mécanismes coercitifs. C’est extrêmement exigeant pour les décideurs politiques. Ils manquent souvent des connaissances de base concernant l’utilisation des instruments de la puissance dans la politique étrangère. La plupart des décideurs manquent aussi des connaissances de base en matière de doctrine militaire. Donc, l’environnement socio-politique pourrait entrer en conflit avec les principes militaires et mettre en danger l’effort coercitif.</p>
<p>Tout aussi important, les réactions asymétriques d’un adversaire plus faible pourraient facilement neutraliser la supériorité militaire occidentale et, conséquemment, miner les efforts coercitifs. Durant la phase de stabilisation, l’adversaire peut détruire la plupart de ce qui a été réalisé durant la phase des combats.</p>
<p>Pour ces raisons, les leaders politiques occidentaux devraient ne pas exagérer leurs suppositions à propos de ce qui peut être réalisé par l’utilisation de la force s’ils ne veulent pas utiliser la force de façon décisive. En effet, la supériorité militaire occidentale compte à peine si les décideurs ne savent pas comment utiliser la puissance militaire au mieux ou s’ils considèrent que la force ne doit pas être utilisée du tout.</p>
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		<title>La fin de la cavalerie ?</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Aug 2012 07:43:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DSI</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°66, janvier 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction. S’il fallait désigner celle des armes qui, au cours du temps, a le plus évolué, il s’agirait sans doute de la cavalerie, dont l’organisation, les missions, l’armement et les modes d’action se sont transformés plusieurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, paru dans DSI n°66, janvier 2011. Aucune reproduction sans autorisation de la rédaction.</p>
<p>S’il fallait désigner celle des armes qui, au cours du temps, a le plus évolué, il s’agirait sans doute de la cavalerie, dont l’organisation, les missions, l’armement et les modes d’action se sont transformés plusieurs fois entre l’Antiquité et l’époque contemporaine. Aujourd’hui toutefois, la question se pose de savoir si la cavalerie, devenue entre-temps blindée, n’est pas appelée à disparaître.</p>
<p>Cette question, à vrai dire, s’est posée déjà à plusieurs reprises dans l’Histoire. À la fin du Moyen Âge, la cavalerie en Europe occidentale se confond avec la noblesse chevaleresque, caste sociale avant d’être un outil militaire. Constituée d’unités lourdes et cuirassées, dont les modes d’action sont fondés sur le choc frontal, la chevalerie perd, à partir de la guerre de Cent Ans et définitivement au tournant du XVIe siècle, la place d’armes de la décision qu’elle tenait depuis la fin de l’Antiquité. Tandis que la Renaissance militaire enfin bat son plein, que l’infanterie, d’abord armée de piques, puis progressivement d’armes à feu, s’affirme à nouveau comme la « reine des batailles », et alors que l’artillerie jusqu’ici réservée aux sièges fait son irruption sur les champs de bataille, la cavalerie semble sur la voie d’un irréversible déclin. <span id="more-5000"></span></p>
<p><strong>Deux fois réinventée</strong></p>
<p>Pourtant, c’est l’exact opposé qui va se produire et, contre toute attente, on assiste à l’époque moderne à un remarquable renouveau de la cavalerie. Si la chevalerie disparaît au XVIe siècle, une cavalerie lourde, qui perpétue les traditions du choc, se développe, tandis qu’à ses côtés apparaît une cavalerie légère inspirée, dans son organisation, son armement et ses modes d’action, des unités présentes sur les frontières militaires du sud-est de l’Europe : hussards hongrois, pandours croates deviennent, au XVIIe puis au XVIIIe siècle, des silhouettes familières des champs de bataille d’Europe de l’Ouest. Au XVIIIe siècle, toutes les armées européennes – jusqu’à l’armée britannique – créent ainsi des unités de hussards, avant, pour certaines, d’en faire dériver des unités similaires, mais plus spécifiquement nationales, à l’instar, en France, des chasseurs à cheval. Simultanément, les dragons, à l’origine fusiliers montés qui vont progressivement devenir une cavalerie « médiane », apparaissent et viennent combler pour partie le fossé entre combats monté et démonté.</p>
<p>Cette diversification des unités coïncide avec une diversification des missions. Force de choc, la cavalerie devient arme de la reconnaissance, de la couverture, du contrôle des espaces lacunaires autour d’armées dont le gros, jusqu’à la Révolution française, manœuvre en bloc unitaire et ne peut contrôler effectivement des espaces d’opération qui, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, tendent à s’élargir. Réinventée, la cavalerie retrouve avec les guerres de l’Empire un rôle crucial, et ajoute la poursuite à un éventail de missions désormais vaste.</p>
<p>À cette première réinvention va succéder une seconde, lorsqu’un siècle après les batailles napoléoniennes, la Première Guerre mondiale va sonner – définitivement cette fois – le glas de la cavalerie équestre. Devenue incapable de remplir ses missions au vu des nouvelles conditions du combat, la cavalerie se voit de nouveau chassée du champ de bataille et menacée d’extinction. Mais après un long combat d’arrière-garde qui dure tout l’entre-deux-guerres, elle va néanmoins se transformer à nouveau, abandonnant cette fois sa monture de toujours, le cheval, pour se mécaniser. Dans certains pays, l’Allemagne en particulier, elle disparaît certes pratiquement en tant qu’arme et ses traditions sont transférées aux nouvelles armes blindées créées à l’issue du premier conflit mondial. Cette transformation est bien plus brève que la précédente. Là où la chevalerie avait mis un siècle à disparaître, le cheval se trouve balayé en trente ans : à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’association militaire de l’homme et du cheval a vécu.<br />
Durant la guerre froide, la cavalerie semble un temps retrouver, avec le char, sa monture perdue, et surtout sa primauté sur l’infanterie : après 1945, le char est en effet au cœur des doctrines de combat des armées occidentales et soviétiques, alors que le fantassin, entièrement dépourvu de protection contre les armes nucléaires qui commencent à équiper les arsenaux des deux camps, paraît quasi condamné et se voit réduit au rang d’auxiliaire du char. Mais ce triomphe de la cavalerie qui, devenue arme blindée, renoue avec le choc frontal, n’est qu’apparent.</p>
<p><strong>La cavalerie, fonction du combat mobile</strong></p>
<p>La véritable mutation n’est pas tant que la cavalerie se soit mécanisée en effet, mais que cette mécanisation ait eu lieu simultanément dans toutes les autres armes, et particulièrement dans l’infanterie. Celle-ci, pour la première fois dans l’Histoire, devient de ce fait aussi mobile que sa consœur et, à partir de l’entrée en service des premiers véhicules de combat d’infanterie, également apte au combat monté. L’essor du vecteur aérien fait perdre par ailleurs à la cavalerie son statut d’arme la plus rapide. Triomphante en apparence, celle-ci voit en réalité le champ de ses missions se restreindre considérablement, jusqu’à l’arc-bouter aujourd’hui sur deux missions : l’appui-feu direct et le combat antichar, ce qui la ramène au rang d’arme d’appui d’une infanterie définitivement reine des batailles. Encore ces missions ne sont-elles pas des missions de cavalerie : tant l’appui-feu direct que l’antichar assimilent le char à un canon d’assaut, autrement dit à de l’artillerie mobile. Dans le même temps, la reconnaissance de cavalerie, autre grande mission traditionnelle, disparaît progressivement, remplacée par des capteurs déportés, de plus en plus souvent aériens.</p>
<p>Aussi est-il aujourd’hui légitime de se reposer la question de la pérennité de la cavalerie en tant qu’arme. Est-il pertinent de lui conserver une existence distincte ? Tant l’intégration interarmes à des niveaux très bas que le rétrécissement considérable du spectre de ses missions incitent au premier abord à répondre par la négative. Il est pourtant possible de raisonner autrement. Le fond de la question est en réalité de savoir si la nature de la cavalerie relève de ses montures ou de ses missions. Légitimement, les traditions de cette arme dans tous les pays où elle existe encore sont liées au combat monté, et donc au cheval, dont le char est l’héritier moderne. Mais l’évolution de la cavalerie depuis l’avènement de l’arme à feu est dans le même temps celle d’une arme ayant progressivement dissocié ses missions de ses montures, pour les rattacher à la place à une fonction spécifique de mobilité et de manœuvre.</p>
<p>Aussi l’avenir de la cavalerie en tant que fonction du combat mobile et celui de la cavalerie en tant qu’arme ne sont-ils sans doute pas liés. S’il convient de préserver des traditions riches, dont l’expérience prouve l’impact sur l’efficacité au combat, le rapprochement des armes de mêlée, leur intégration au plus bas échelon, l’étroitesse de la niche tactique dans laquelle s’enferme la cavalerie, la nature interarmes et interarmées du combat moderne sont autant d’aspects qui militent pour que cavalerie et infanterie s’articulent désormais en groupements homogènes permanents. Des groupements capables de basculer de manière souple du combat embarqué au combat débarqué et combinant les vertus des deux armes : souplesse, rapidité, choc, feu, capacité à prendre comme à tenir le terrain.</p>
<p>Bousculant plusieurs siècles de tradition, une telle force n’est pourtant pas sans précédent : les Panzertruppen allemandes intègrent ainsi tant les chars que les Panzergrenadieren, fantassins mécanisés qui les accompagnent ; la cavalerie américaine, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a su devenir, non seulement, blindée (en intégrant quelques éléments démontés), mais aussi aéromobile. Aboutissement logique en réalité de la transformation entamée au XVIe siècle, cette évolution redéfinirait la cavalerie comme un état d’esprit et une fonction, davantage que comme une institution attachée à des montures dont l’histoire montre que leur temps, qu’elles soient de chair ou de métal, finit par passer.<br />
B. B.</p>
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