Défense et Sécurité Internationale
Archives pour juin, 2007
L’Airpower au 21ème siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne,
10/06/07
Joseph Henrotin, Coll. « RMES », Bruylant, Bruxelles, 2005, 584p.
L’Airpower au 21ème siècle apparaît rapidement comme un ouvrage de référence, de par la variété des conceptions abordées autant que par la qualité des données, la diversité des sources et des cas de référence exemplifiant la théorie, rendant sa lecture plus aisée qu’on ne pourrait le croire. Premier ouvrage de ce niveau en français, il constitue un état de l’art en matière d’évolution de la pensée aérienne dans les années 1990 (et d’aborder les conceptions de Possony, Boyd, Warden, Szafranski, Meilinger, Pape, Mason, Naïr ou les théoriciens des Effects Based Operations) l’ouvrage défend également la thèse de l’émergence d’une nouvelle conception de la stratégie aérienne. Selon l’auteur, l’opposition entre les conceptions tactique et stratégique de l’emploi de l’aviation – illustrées à travers l’histoire – donnerait lieu à une « puissance aérienne synergistique ». Pour ce faire, il montre comment l’évolution des stratégies des moyens (y compris des armements à énergie dirigée) est de nature à transformer les forces aériennes. Pour autant, cet ouvrage n’est pas exempt de défauts, malgré le fait qu’il n’apparîsse pas comme un plaidoyer pur et simple en faveur de l’aviation. Ainsi, l’auteur l’indiquant de lui-même, les conceptions d’origine américaines sont bien plus traitées que celle d’origine européenne, tandis que la période antérieure à 1970 se voit quelque peu déconsidérée. De même, la relation à certaines théories (le post-humanisme, la « technologisation » des forces, le rapport entre combat urbain et guerre aérienne) aurait mérité quelques pages de plus. Une preuve, à tout le moins, que le champ est fertile et que l’ouvrage ouvre là, avec brio, un débat crucial pour l’avenir des forces européennes.
L’empire cybernétique. De la machine à penser à la pensée machine
10/06/07
Céline Lafontaine.
Professeure à l’université de Montréal, Céline Lafontaine nous livre un ouvrage à la fois dense et intelligent, tiré de sa thèse de doctorat et portant sur l’émergence et la diffusion de la cybernétique, dans différentes sciences sociales (économie, psychologie, sociologie des systèmes, philosophie et, bien sûr, théorie de l’information) comme dans le concret des réalités artistiques ou quotidiennes. En ce sens, elle montre avec beaucoup de talent l’historicité de la diffusion du modèle cybernétique – et son origine militaire (qui aurait toutefois pu être mieux traité) avant d’emmener ses lecteurs dans les méandres du post-humanisme. En résulte un ultima où s’entremêlent aspiration à l’égalité homme-femme, assimilation progressive entre h(0)mme et mach(1)ne, réduction des risques d’erreurs propres à l’homme, évolution du rapport à la nature ou encore augmentation de ses capacités de calcul. Si la lecture de l’ouvrage n’est pas toujours aisée pour le lecteur qui ne serait pas familiarisé avec certains concepts sociologiques et philosophiques, elle reste très intéressante à bien des égards. Aussi, si l’auteure peut peiner à démontrer la liaison existant entre cybernétique et pensée politique, elle relate fort bien les enchaînements conduisant à une logique de déshumanisation/post-humanisation. Si elle l’envisage comme une forme, technique, d’anti-humanisme, elle incite également à une réflexion critique sur nos pratiques quotidiennes. On ne peut, en effet, s’empêcher de rester songeur face à la citation de N. Wiener indiquant que l’homme à tellement modifié son environnement que, pour pouvoir s’y adapter, il doit à présent lui-même muter.
La défense européenne contre le terrorisme,
10/06/07
Raphaël Mathieu, Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, 2005, 42p.
Depuis le 11 septembre et plus encore depuis les attentats de Madrid et de Londres, l’Union Européenne a entamé la construction d’un système spectral de mesures antiterroristes passant autant par des mesures de coopérations dans les champs policiers et juridiques que par une volonté d’approfondir des coopérations jusque là considérées comme étant essentiellement du chef des Etats ou encore par la nomination d’un « Monsieur terrorisme » au sein du Conseil. Or, il faut bien reconnaître que, dans le dédale des institutions européennes, ces mesures bénéficient de peu de publicité et peuvent apparaître comme difficile à énumérer comme à comprendre, dans la variété de leurs enjeux. A cet égard, Raphaël Mathieu fait œuvre utile en publiant ce dossier, très complet, détaillant la variété des mesures prises au niveau de l’Union Européenne dans la lutte contre le terrorisme. Si sa lecture pourra parfois sembler difficile en raison du style employé – très précis –, le dossier a également le mérite de rendre compte des difficultés rencontrées par les opérationnels dans l’application de ces mesures, des questionnements éthiques qu’elles engendrent mais aussi des lacunes observées, qu’elles découlent d’une sous-utilisation des mesures prises ou de la non prise en compte de certains vulnérabilités. On notera en particulier la bonne couverture de sujets tels que le COSPOL, la Counter-Terrorism Task Force, Eurojust, la sécurité aérienne, l’encadrement de l’emploi des forces armées, la protection des infrastructures critiques, les modalités de collaboration entre les services de renseignement ou encore l’assistance aux Etats-tiers. Indispensable à toute personne s’intéressant au contre-terrorisme en Europe.
La fin des empires : accident ou destinée ?
10/06/07
Gabriel Wackermann. Paris : Ellipses. Coll. « Transversale Débats ». 2006. 192 p.
Fréquemment invoqué, le concept d’empire est tout aussi fréquemment peu défini, son actualisation semblant plus devoir à George W. Bush qu’aux empires millénaires l’ayant de loin précédé. Aussi, G. Wackermann, professeur émérite à la Sorbonne, fait-il œuvre utile en nous proposant, dans ce petit ouvrage sans prétention, une remise en perspective du concept, tout en posant la question de sa pérennité. L’auteur utilise pour ce faire des outils historiques et géographiques et explore plus avant les empires avec force exemples, analysant les processus de constitution comme de dépérissement d’empires dont les significations varient certes mais qui entretiennent un lien fort avec la notion de pouvoir. Aussi, les analyses proposées, sans tomber dans les travers académiques, sont-elles parfois audacieuses. Mieux, l’ouvrage est frais, tonique et se laisse lire comme l’on se raconterait une histoire qui n’est, finalement, que la nôtre. Certes, on n’est pas toujours d’accord avec l’auteur. Mais celui-ci a le mérite d’ouvrir son lecteur à la réflexion par un style vif et la très grande diversité d’exemples qu’il utilise pour son propos. Voilà donc un ouvrage qui, s’il sera utile à l’étudiant, ne le sera pas moins à toute personne soucieuse de comprendre les grands équilibres du temps passé… et présent. J.H.
La dissuasion nucléaire française : paramètres doctrinaux, politiques et techniques. Révolution ou inflexion de la stratégie en post-guerre froide (1990-2006) ?
10/06/07
André Dumoulin et Christophe Wasinski. IBIDEM (Interdisciplinary Belgian Institute for Defence Economics & Management) n° 1. Bruxelles : ERM. 2006. 120 p.
Ce n’est rien de dire que la dissuasion nucléaire française est un domaine à la fois original et complexe. Original dans la mesure où la posture nucléaire française a été pionnière. Du pouvoir égalisateur de l’atome aux réflexions sur la structuration de la force de frappe, la France a su développer une conception particulière, fierté nationale en matière de stratégie théorique. Complexe, parce que les débats l’entourant ont été nombreux et nourris de multiples contributions, souvent de haute volée, quelquefois moins bien inspirées. Ce sera particulièrement le cas durant la sortie de la Guerre froide, une période de transition complexe, marquée par des interrogations lourdes mais qui a toujours permis d’asseoir la continuité de la dissuasion, y compris lorsque les temps n’étaient pas toujours financièrement favorables. Aussi, le travail d’André Dumoulin et Christophe Wasinski permet-il de clarifier aux yeux du lecteur les évolutions fondamentales de ce continuum. Adoptant une démarche à la fois historique et holistique (en remettant en perspective aussi bien les questions politiques que techniques), les deux auteurs éclairent l’actualité de la dissuasion nucléaire française aussi bien que ses futurs possibles, notamment en proposant une série de scénarios. Ce faisant, ils reviennent également sur des questions à nouveau évoquées, en creux, par le président français, telles que la dissuasion européenne. L’analyse qui en ressort est sérieuse, solidement charpentée, truffée de références et surtout hautement instructive. Si elle est à déconseiller aux personnes n’ayant pas de connaissances élémentaires sur les principes de la dissuasion, elle constitue, assurément, un travail remarquable. J.H.
Europe’s World
10/06/07
N° 4. Automne 2006. Bruxelles. 184 p.
L’Union européenne est porteuse d’enjeux absolument cruciaux et, de fait, la littérature la concernant a également investi le champ des magazines et autres revues. Parmi ceux-ci, Europe’s World, un quadrimestriel qui en est à sa 4e livraison, apporte un éclairage intéressant sur un certain nombre de questions, dont, en l’occurrence, celle du positionnement de l’Europe à l’égard de l’OTAN, du soft power européen. Son également abordées des questions d’ordre économique et politique et des points de vue d’experts assez intéressants sur la réforme des Nations Unies. Notons en particulier un article du RUSI sur les GT1500 et leur chaîne de commandement. Mais, ceci dit et pour ne rien cacher du sentiment qui s’empare du critique, environ 80 % du magazine n’apportera pas grand-chose au lecteur qui s’intéresse ne fût-ce qu’un peu à la politique européenne. Le magazine est gentil, ne se distinguant pas particulièrement par des points de vue un peu moins consensuellement corrects que d’ordinaire. Ce faisant, il ménage la chèvre européenne et un chou américain qui semble faire bouillir quelque peu la marmite publicitaire. Pour autant, l’initiative, si elle manque d’un punch qui serait plus salutaire en ces temps où l’UE est désespérément absente d’un certain nombre de dossiers, est à saluer. Après tout, ce n’est pas de la faute des éditeurs si le débat européen s’enlise dans autant de considérations tendant plus à édulcorer les idées des Pères fondateurs de l’Europe qu’à les faire avancer : là comme ailleurs, ce sont les auteurs et leur capacité d’innovation qui déterminent tout. C.V.C.
Les chemins de la défense
10/06/07
Jacques Bongrand. Paris : France-Empire. 2006. 294 p.
Lorsqu’un ingénieur général de l’Armement prend la plume pour tenter de montrer au lecteur les « chemins de la défense », c’est souvent pour parler de l’évolution de la DGA mais aussi, plus largement, pour tenter de décrypter avec son regard l’évolution du monde contemporain. Aussi l’auteur, en adoptant un style fluide, agréable et facilitant une lecture rapide, met-il en évidence, en creux, l’importance que revêtent la science et la technologie dans les opérations actuelles. Pour ce faire, Jacques Bongrand donne un point de vue nuancé relevant plus d’une réflexion à voix haute qu’il partagerait avec le lecteur que d’une présentation académique, implacable de rigueur. Pour autant, un certain nombre d’évolutions du monde de la défense sont abordées par l’auteur qui, « l’air de rien », touche néanmoins à un certain nombre de questions problématiques et en profite pour donner son point de vue. C’est en particulier le cas pour des réformes telles que celles qui ont touché la DGA ou pour la question du financement de la défense – dont on sera tous d’accord pour dire qu’il s’agit là d’un des enjeux les plus essentiels (bien que le moins médiatisé) des prochaines élections présidentielles. Sans être réellement essentiel pour la compréhension du monde de la défense, l’ouvrage permet néanmoins de l’explorer avec des angles d’attaque assez originaux, son indéniable apport résidant dans la charge d’expérience de l’auteur que l’ouvrage permet de transmettre au lecteur. P.L.
L’empire cybernétique. De la machine à penser à la pensée machine
10/06/07
Céline Lafontaine.
Professeure à l’université de Montréal, Céline Lafontaine nous livre un ouvrage à la fois dense et intelligent, tiré de sa thèse de doctorat et portant sur l’émergence et la diffusion de la cybernétique, dans différentes sciences sociales (économie, psychologie, sociologie des systèmes, philosophie et, bien sûr, théorie de l’information) comme dans le concret des réalités artistiques ou quotidiennes. En ce sens, elle montre avec beaucoup de talent l’historicité de la diffusion du modèle cybernétique – et son origine militaire (qui aurait toutefois pu être mieux traité) avant d’emmener ses lecteurs dans les méandres du post-humanisme. En résulte un ultima où s’entremêlent aspiration à l’égalité homme-femme, assimilation progressive entre h(0)mme et mach(1)ne, réduction des risques d’erreurs propres à l’homme, évolution du rapport à la nature ou encore augmentation de ses capacités de calcul. Si la lecture de l’ouvrage n’est pas toujours aisée pour le lecteur qui ne serait pas familiarisé avec certains concepts sociologiques et philosophiques, elle reste très intéressante à bien des égards. Aussi, si l’auteure peut peiner à démontrer la liaison existant entre cybernétique et pensée politique, elle relate fort bien les enchaînements conduisant à une logique de déshumanisation/post-humanisation. Si elle l’envisage comme une forme, technique, d’anti-humanisme, elle incite également à une réflexion critique sur nos pratiques quotidiennes. On ne peut, en effet, s’empêcher de rester songeur face à la citation de N. Wiener indiquant que l’homme à tellement modifié son environnement que, pour pouvoir s’y adapter, il doit à présent lui-même muter.
L’Airpower au 21ème siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne.
10/06/07
Joseph Henrotin, Coll. « RMES », Bruylant, Bruxelles, 2005, 584p.
L’Airpower au 21ème siècle apparaît rapidement comme un ouvrage de référence, de par la variété des conceptions abordées autant que par la qualité des données, la diversité des sources et des cas de référence exemplifiant la théorie, rendant sa lecture plus aisée qu’on ne pourrait le croire. Premier ouvrage de ce niveau en français, il constitue un état de l’art en matière d’évolution de la pensée aérienne dans les années 1990 (et d’aborder les conceptions de Possony, Boyd, Warden, Szafranski, Meilinger, Pape, Mason, Naïr ou les théoriciens des Effects Based Operations) l’ouvrage défend également la thèse de l’émergence d’une nouvelle conception de la stratégie aérienne. Selon l’auteur, l’opposition entre les conceptions tactique et stratégique de l’emploi de l’aviation – illustrées à travers l’histoire – donnerait lieu à une « puissance aérienne synergistique ». Pour ce faire, il montre comment l’évolution des stratégies des moyens (y compris des armements à énergie dirigée) est de nature à transformer les forces aériennes. Pour autant, cet ouvrage n’est pas exempt de défauts, malgré le fait qu’il n’apparîsse pas comme un plaidoyer pur et simple en faveur de l’aviation. Ainsi, l’auteur l’indiquant de lui-même, les conceptions d’origine américaines sont bien plus traitées que celle d’origine européenne, tandis que la période antérieure à 1970 se voit quelque peu déconsidérée. De même, la relation à certaines théories (le post-humanisme, la « technologisation » des forces, le rapport entre combat urbain et guerre aérienne) aurait mérité quelques pages de plus. Une preuve, à tout le moins, que le champ est fertile et que l’ouvrage ouvre là, avec brio, un débat crucial pour l’avenir des forces européennes.
La défense européenne contre le terrorisme
10/06/07
Raphaël Mathieu, Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, 2005, 42p.
Depuis le 11 septembre et plus encore depuis les attentats de Madrid et de Londres, l’Union Européenne a entamé la construction d’un système spectral de mesures antiterroristes passant autant par des mesures de coopérations dans les champs policiers et juridiques que par une volonté d’approfondir des coopérations jusque là considérées comme étant essentiellement du chef des Etats ou encore par la nomination d’un « Monsieur terrorisme » au sein du Conseil. Or, il faut bien reconnaître que, dans le dédale des institutions européennes, ces mesures bénéficient de peu de publicité et peuvent apparaître comme difficile à énumérer comme à comprendre, dans la variété de leurs enjeux. A cet égard, Raphaël Mathieu fait œuvre utile en publiant ce dossier, très complet, détaillant la variété des mesures prises au niveau de l’Union Européenne dans la lutte contre le terrorisme. Si sa lecture pourra parfois sembler difficile en raison du style employé – très précis –, le dossier a également le mérite de rendre compte des difficultés rencontrées par les opérationnels dans l’application de ces mesures, des questionnements éthiques qu’elles engendrent mais aussi des lacunes observées, qu’elles découlent d’une sous-utilisation des mesures prises ou de la non prise en compte de certains vulnérabilités. On notera en particulier la bonne couverture de sujets tels que le COSPOL, la Counter-Terrorism Task Force, Eurojust, la sécurité aérienne, l’encadrement de l’emploi des forces armées, la protection des infrastructures critiques, les modalités de collaboration entre les services de renseignement ou encore l’assistance aux Etats-tiers. Indispensable à toute personne s’intéressant au contre-terrorisme en Europe.











