Défense et Sécurité Internationale
Archives pour juin, 2009
Afghanistan, 1979-2009. Une approche militaire de l’Afghanistan
9/06/09
Olivier Entraygues
La Plume avant l’Épée, 2009, 300 p.
L’Afghanistan fait débat mais encore faut-il que les réflexions s’appuient sur des éléments (historiques, politiques, doctrinaux, religieux, ethnologiques) tangibles. C’est le cas de celles d’Olivier Entraygues, lieutenant-colonel que nos lecteurs connaissent bien désormais. Passant en revue l’histoire militaire de l’Afghanistan (en insistant particulièrement sur la période allant des soviétiques à nos jours), il en fait également le portrait ethnique comme intellectuel. La plongée dans l’art militaire islamique, par exemple, vaut le détour à elle seule : le sujet est incroyablement peu traité dans la littérature. Alliant force détails et travail de recherche de (très) grande qualité, l’ouvrage est une véritable « bible » du conflit afghan, au surplus écrit avec un style clair et concis. Les soldats français, au demeurant, ne s’y sont pas trompés, épuisant presque les stocks de l’éditeur. Un seul mot donc : définitivement indispensable à toute personne travaillant sur l’Afghanistan !
J.-J. M.
Sécurité globale
9/06/09
n° 8, été 2009, 141 p.
Consacré à une question de la « privatisation de la guerre » qui génère décidément nombre de publications depuis 2-3 ans, cette nouvelle édition de Sécurit Globale fait revenir plusieurs auteurs sur les facettes de la question. Dans deux articles Jean-Louis Rotrubin, et le tandem Luc Viellard/Olivier Hubac reviennent sur la question de l’externalisation de fonctions d’appui et de soutien, tout en faisant le point sur le périmètre de ces fameuses externalisations. Geroges-Henri Bricet des Vallons revient sur l’emploi de sociétés militaires privées en Irak, une expérience également explorée par Philippe Chapleau. Christian Ollson examine quant à lui la relation entre contre-insurrection et sociétés militaires privées. Tanguy Struye prédit un bel avenir à la privatisation tandis que Christophe Pajon et Jan Stöber analysent l’économisation de la Bundeswher. Deux autres articles (sur le terrorisme maritime et les problèmes de sécurité en Europe et en Amérique latine) complètent le tout.
P. L.
Stratégie de l’âge nucléaire
9/06/09
Pierre Marie Gallois
Coll. « HeroÏque », François-Xavier de Guibert, Paris, 2009, 197 p.
Le moins que l’on puisse dire est que la réédition de ce grand classique – il est paru pour la première fois en 1960 – tombe à point, alors que le débat français sur le nucléaire s’est récemment vu relancé notamment par Michel Rocard et Alain Juppé (cf. DSI n°53). Accompagné de la préface originale de Raymond Aron, l’ouvrage garde le punch qu’on lui connaissait : en 1960, les fondements mêmes de la future dissuasion française étaient à peine posés et le général Gallois faisait un tour d’horizons des questions posées par le fait nucléaire. Et ces questions restent d’une grande actualité : les armes nucléaires sont-elles les garantes de la paix ? Faut-il les éliminer ? Finalement, quels sont les mécanismes sous-tendant les principes de la dissuasion ? Autant dire qu’en plus de permettre aux « jeunes générations » d’avoir accès à un classique que l’on ne trouve plus guère facilement, l’ouvrage permet d’en revenir à quelques questions de base. Certes, on arguera que l’ouvrage peut, à certains passages, être daté. De fait, les références à l’URSS ne manquent pas. Mais pour celui qui parvient à dépasser les pesanteurs du passé, il reste non seulement instructif mais, aussi, par certains aspects, éclairant.
J. H.
Le feu dans le modèle de guerre occidental. De l’intégration tactique aux dommages collatéraux
9/06/09
Laurent Fromaget
Focus stratégique n°17, IFRI, juin 2009, 45 p.
http://www.ifri.org/frontDispatcher/ifri/publications/focus_strat_gique_1192007544433/publi_P_publi_lrd_focus____fromaget_1247147591488
Certes, « le feu tue », mais encore ? Pour l’auteur, lieutenant-colonel dans l’armée de Terre, le feu est aussi le pivot du modèle occidental de la guerre, ce qui n’est pas sans poser question : alors que la puissance de feu tend vers l’illimité, les conflits sont, eux, limités. Il faut peut-être déceler là un certain déclassement – la crise n’est pas encore totale – de nos options militaires contemporaines. L. Fromaget effectue une plongée en bonne et due forme dans la question, la remettant dans une perspective historique mais aussi contemporaine : l’intégration des feux multidimensionnels ne va pas de soi et la problématique est décuplée en coalition. D’où, la nécessité pour l’auteur de dessiner des cadres d’appréhension différents pour les partenaires mais aussi de plaider pour une réduction des phases de stabilisation – où la majorité des pertes collatérales sont observées – au profit des phases de normalisation. J.-J. M.
Piercing the Fog of War. Recognizing Change on the Battlefield
9/06/09
Brian L. Steed
Zenith Press, Minneapolis, 2009
Major dans l’US Army et déjà auteur d’Armed Conflict (cf. DSI n°11), un ouvrage plein de bon sens, Brian Steed analyse ici la notion de changement, entre évolution et révolution. Pas question de galimatias « transformationnels » mais bien de ce que l’auteur qualifie d’« événements aberrants » en ce qu’ils imposent de complètement reconsidérer la façon dont les armées se battent. Si c’est une façon d’aborder la notion de « surprise stratégique », à la mode depuis le dernier Livre blanc, c’est surtout un concept bien plus porteur : il s’agit d’abord de penser « en dehors des clous » de nos cultures et de faire la différence entre « ce qui sort de l’ordinaire » (une ruse, par exemple) et ce qui est « extraordinaire » (une véritable mutation de l’art de la guerre qui se déroule sous nos yeux). Le but, évidemment, est de réagir correctement. À cet égard, l’auteur n’a pas de réponse – si tant est qu’il en existe – mais une série de recommandations dans l’examen de divers cas de figure : Little Bighorn, Cannes, Yarmouk, Trenton, Grozny et le Caucase. Maniant bien l’histoire militaire, ayant une plume habile et agréable à lire, l’auteur s’appuie sur son expérience militaire – déjà considérable – comme sur ses talents pédagogiques. Pour être franc, les premières lignes m’avaient laissé sceptique : comment, après tout, ne pas se dire que l’on aurait droit à une resucée de théorie des révolutions militaires ? Et pourtant, ce dont il est question ici est tout autre : il s’agirait de les détecter sur le terrain mais aussi de s’y adapter… en acceptant les erreurs. L’ouvrage fait réfléchir et, donc, s’avère salutaire. De quoi amplement le recommander. P.L.
Seapower. Les fondements de la stratégie navale au 21e siècle
9/06/09
Joseph Henrotin
Coll. « Bibliothèque stratégique », Economica, Paris, 2009, 550 p.
Après L’Airpower au 21e siècle (2005), aussi volumineux qu’exhaustif, et qui est désormais une référence en stratégie aérienne, Joseph Henrotin publie un ouvrage assez similaire dans le domaine naval, à la fois état de l’art mais aussi immersion dans une stratégie finalement peu connue, prenant la forme d’un véritable manuel. Sans dédaigner l’histoire, l’auteur se focalise sur les aspects contemporains et tout y passe. La première partie est consacrée aux « assises » de la stratégie navale (acteurs, rapports entre géopolitique et puissance navale), la deuxième à la stratégie navale des moyens, la troisième aux fondements théoriques (pères fondateurs et « couples conceptuels », catégorisation de conflits et principes de la guerre) et la quatrième à la tactique et l’opératique (opérations navales combinées, action vers la terre et coercition, diplomatie navale et ce que l’auteur qualifie de « gestion du chaos »). L’ouvrage est érudit, complet à de très rares exceptions et alterne vigoureusement théorie et pratique. Il est surtout surprenant de « maniabilité » : l’auteur a la bonne idée de commencer au commencement (la distinction stratégie navale/stratégie maritime) et de progresser peu à peu dans les arcanes de la guerre sur mer – avec quelques bons passages sur la surprise stratégique, l’action navale indirecte ou encore le rapport au temps. De quoi apporter, en plus d’une bonne dose de pédagogie, un certain nombre de réflexions passionnantes. Vertigineux et solidement référencé, Seapower va sans aucun doute gagner ses galons de référence dans le domaine. L.M.
Wired for War. The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century
9/06/09
Peter W. Singer The Penguin Press, New York, 2009, 499 p.
D’emblée, l’ouvrage impressionne : parler en 500 pages de la robotique dans les opérations militaire là où David Axe (Warbots, Nimble Books, 2008) n’en écrivait que 88 ? Doit-on s’attendre à un inventaire à la Prévert portant sur les UAV, UCAV, USV, UGV, UGCV, et autres UUV ? Justement, non, au contraire. Il s’agit bien ici d’un ouvrage d’analyse approfondie, des points de vue tactique, stratégique, historique, éthique, économique mais aussi philosophique et sociologique de l’art de la guerre robotisée. Pas question, ici, de plaidoyer « pro » ou « anti » : l’auteur, chercheur à la Brookings et à qui l’on doit des ouvrages remarqués sur la privatisation de la guerre ou les enfants-soldats, effectue une analyse minutieuse qui lui a pris des années. Allant sur le terrain en Afghanistan ou en Irak, il montre comment les hommes en viennent, par exemple, à s’émouvoir parce que leur robot a subi une attaque. Au-delà des anecdotes, nombreuses, la plume légère et « à l’américaine » de l’intellectuel pousse à fond le concept de robotique, l’interroge et l’humilie au contact des réalités – sans oublier l’ombre portée de la science fiction, qui joue un rôle moteur dans ces développements. Il s’agit bel et bien de voir jusqu’où, comment et sous quelles formes la robotisation va innerver les forces armées – certes américaines mais aussi alliées et, potentiellement, adverses. L’ouvrage, en ce sens, ne constitue qu’une petite pierre aux travaux portant sur les opérations futures mais les questions posées sont plus que pertinentes. Si les réponses manquent parfois d’un peu de systématisme et d’esprit de synthèse, c’est aussi parce qu’elles restent ouvertes. Si vous vous intéressez à la technologie, à la robotique ou à la stratégie des moyens, cet ouvrage – une véritable bible sur la question – est manifestement fait pour vous. J.H.
Satellites espions. Histoire de l’espace militaire mondial
9/06/09
Jacques Villain
Vuibert/Ciel et Espace, Paris, 2009, 231 p.
Bon ouvrage d’introduction aux questions spatiales militaires, Satellites espions est toutefois quelque peu trompeur sur son titre, dans la mesure où différentes facettes de l’espace militaire sont abordées, il est vrai avec un peu plus d’éclairage donné au renseignement. Aussi, le lecteur sera-t-il, par certains côtés, dubitatif face à l’agencement des thématiques de l’ouvrage, l’auteur effectuant des aller-retour entre différentes périodes historiques, une articulation peu fluide dont on voit mal l’utilité. La question du renseignement satellitaire américain aurait également mérité un approfondissement, sur la base notamment des travaux historiques menés outre-Atlantique. Pour autant, d’autres thématiques sont particulièrement fouillées, comme celles de l’espace militaire habité (soviétique comme américain) ou des programmes antisatellites de Moscou. Le rôle politique du renseignement spatial est également bien mis en évidence. Cependant, s’il est tout à fait utile en tant qu’introduction, le lecteur spécialisé pourra regretter le manque d’une version réactualisée de La guerre en orbite de Grouard (Economica, 1994). Le dernier chapitre, sur le « nouvel ordre spatial militaire » est terriblement maigre et, de surcroît, faux dans le cas japonais (quatre satellites de renseignement sont en service et non deux). Seules les capacités sont prises en compte et non les intentions. Le cas iranien, par exemple n’est pas traité. In fine, on regrettera que l’ouvrage ne soit guère plus complet – le manque de sources ouvertes est certain en ce domaine mais les sources citées auraient pu être mieux exploitées. Néanmoins il n’existait guère d’introduction au spatial militaire. Rôle pour lequel l’ouvrage convient. J.-J. M.
War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age
9/06/09
Thomas Rid et Marc Hecker
Praeger Security International, Westport, 2009, 279 p.
Quels sont les usages du web 2.0 et de la guerre médiatique aujourd’hui ? À question simple, réponse complexe, tant les deux auteurs entreprennent d’examiner lesdits usages non seulement dans des groupes comme al Qaïda, les talibans ou le Hezbollah, mais aussi au sein des forces américaines, britanniques et israéliennes. Auparavant, ils ont dédié tout un chapitre à la question des transmissions et de la communication. Et la réponse est très mitigée : indubitablement, les armées, en tant que machineries bureaucratiques complexes, sont à la traîne mais, par ailleurs, nous ne sommes qu’au début d’une mutation qui va rendre les conflits un peu plus complexes, sans toutefois affecter leur nature profonde. Les auteurs, à cet égard, effectuent des analyses approfondies, avec une liberté de ton qui peut manquer au débat français – à la lecture des exemples nationaux, on comprend d’ailleurs le retard de Paris – mais qui est (bien évidemment !) salutaire en ce qu’elle permet de considérer franchement et honnêtement les nouvelles réalités. Ils voient ainsi émerger une « war 2.0 » où la manœuvre médiatique et de communication sera démultipliée par les nouveaux outils mais aussi l’évolution des normes éthiques et sociétales elles-mêmes. À ce stade, si les auteurs abordent des thématiques traitées par d’autres, comme John Robb, ils vont incomparablement plus loin, fournissant ainsi un ouvrage de référence. Clair et agréable à lire dans un style américain enlevé, il va probablement s’avérer indispensable non seulement pour toute personne intéressée par l’évolution que va prendre la conflictualité dans les prochaines années mais aussi aux armées elles-mêmes, tant le chemin sera encore long pour elles. J.H.
De la manœuvre napoléonienne à l’offensive à outrance. La tactique générale de l’armée française 1871-1914
9/06/09
Dimitry Queloz
Coll. « Bibliothèque stratégique », ISC/Economica, Paris, 2009, 564 p.
Fruit des recherches menées dans le cadre de la thèse de doctorat de l’auteur, cet ouvrage constitue une plongée, magistralement menée, dans l’évolution de la tactique française entre la guerre de 1870 et celle de 1914. La période est cruciale : les enseignements de Clausewitz, Jomini, sont lus et interprétés avec attention ; l’armée française tire les leçons de ses expériences ; le monde militaire est en effervescence face à la liberté des écrits mais aussi dans le contexte d’un certain nombre d’innovations techniques. Surtout, comment en est-on arrivé à cette doctrine de l’offensive à outrance qui, selon la vulgate, aura coûté inutilement tant de vies ? Finalement, comment une doctrine se « fabrique »-t-elle ? Dimitry Queloz analyse et synthétise ici de très nombreux documents et donne des réponses claires et fréquemment innovantes. On y croise les penseurs de l’époque : Lewal, Maillard, Colin, Cardot ou encore du Picq. Et les réponses qu’il offre sont parfois troublantes : plutôt qu’une mauvaise doctrine, l’offensive à outrance était surtout mal diffusée, mal comprise, la cohérence doctrinale était mauvaise, tout comme l’instruction. Bien écrit, clair et lisible malgré sa densité, l’ouvrage ne renvoie pas uniquement à l’histoire militaire : c’est aussi une excellente analyse en histoire des idées, voire en sociologie militaire et il constitue un apport très intéressant pour tous ceux qui travaillent sur la culture stratégique française. Travail méticuleux et érudit, il mérite absolument d’être lu. P.L.











