Vincent DESPORTES Economica, Coll. « Stratégies et doctrines ». Paris, 2007, 202 p.

Auteur combinant expérience, culture et liberté de l’esprit, Vincent Desportes propose au lecteur une synthèse remarquable des questionnements stratégiques faisant débat en donnant sa vision de la « guerre probable ». Prenant acte des tendances de l’art de la guerre, l’auteur pressent des conflits longs, éminemment complexes, où le politique n’aura jamais été aussi présent, où la stabilisation sera la phase réellement décisive et qui, sans être « a-technologiques », ne se résoudront pas par le seul usage de notre supériorité matérielle. En effet, traversant l’ouvrage, le principe du « contournement » met en évidence, à juste titre, le fait que même un adversaire technologiquement avancé ne pourra plus nous confronter de façon idiote – c’est-à-dire frontale et en jouant avec nos propres règles – et que l’action « hors limite » va devenir la norme. Dans un tel contexte, V. Desportes démontre que l’attention portée à la technologie est sans doute excessive, résolvant des problèmes déjà résolus. L’auteur n’est pour autant certainement pas anti-technologique et prévient même : l’adversaire asymétrique pourra, de plus en plus, utiliser des technologies avancées, tandis que nos réseaux sont vulnérables, nous mettant à portée de victoire d’une puissance qui serait loin d’avoir l’étendue de nos moyens. Mettant en garde contre la surprise stratégique – ajoutera-t-on, celle qui a fait perdre les guerres de 1870 et 1940 –  sa réflexion, étayée et brillamment argumentée, prend directement appui sur l’actualité stratégique et laisse des passages qui donneront bien du grain à moudre aux partisans d’une guerre par trop formatée par la technologie. Enjoignant de ne pas confondre l’outil et la pratique, l’auteur invite le lecteur à une remise en question qui sera nécessairement dure mais qui ne pourra être que salvatrice. L’ouvrage sera sans doute source de polémiques, voire de mauvais procès. Ce qui tombe plutôt bien : hors réflexion, point d’innovation. Et même s’il a ses petits défauts – une déconsidération parfois excessive de la puissance aérienne – cet ouvrage est tel que celui qui ne l’aura pas lu sera immanquablement en retard d’une guerre. J.H.

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