C’est sans doute la première « Vision » (au sens américain du terme) post- »guerre contre le terrorisme » qu’a publié le 5 janvier 2012 l’exécutif américain. Le Priorities for 21st Century Defense donne en effet le sens global de l’évolution de la politique de défense mais aussi de la stratégie des moyens américaines. Sans surprise, le document place l’Asie – et en arrière-plan, la Chine – au cœur de ses préoccupations. Rien de plus logique : depuis la fin des années 1990, Pékin est de plus en plus fréquemment évoqué comme Peer competitor.

Corrélativement et tout aussi logiquement, la position de l’Europe sur la carte des intérêts stratégiques américains glisse vers la périphérie. Il y a sans doute là un signe supplémentaire de clochardisation stratégique européenne – pour reprendre un terme utilisé dans un article d’E. de Durand. Au-delà de la définition de la zone de préoccupation prioritaire, le document revient également sur les moyens permettant aux Etats-Unis de conserver leur supériorité militaire dans les prochaines années. Si les médias se sont attachés aux réductions d’effectifs – soit environ 40 000 hommes pour l’Army d’ici à 2015 – il convient de les relativiser à deux points de vue :

- D’une part, ces réductions sont comparables à celles subies par la Grande-Bretagne. Proportionnellement, elles sont donc loin de représenter un effondrement ;

- D’autre part, la déflation en effectifs au terme d’une période d’engagement opérationnel majeure est pratiquement systématique aux Etats-Unis et, en dépit de la crise économique, l’ampleur de cette déflation est loin de refléter celles qui avaient été observées au terme de la Première ou de la Deuxième Guerre mondiale, celle de Corée ou du Vietnam.

Le budget lui-même restera fondamentalement très supérieur à ce qu’il était avant l’arrivée au pouvoir de G.W. Bush : en 2013, il sera de 472 milliards de dollars, soit le même budget qu’en 2007…. Les Etats-Unis resteront donc, logiquement, la première puissance militaire mondiale, qualitativement comme quantitativement dans nombre de secteurs (appareils de combat et marine notamment).

Du point de vue des priorités affectées aux missions, la Priorities for 21st Century Defense retient en premier lieu la nécessité de contrer le terrorisme et la guerre irrégulière. Suivent, dans l’ordre :

- le fait de dissuader et de vaincre une agression classique (on notera que la doctrine des deux interventions reste d’application) ;

- la projection de puissance en dépit des stratégies d’interdiction d’accès ;

- le fait de contrer les armes de destruction massive (essentiellement par la prévention au sens diplomatique) ;

- le fait de pouvoir opérer librement dans l’espace et le cyber-espace ;

- le maintien d’une dissuasion nucléaire ;

- la sécurité intérieure et le soutien aux autorités civiles ;

- fournir une présence stabilisante outre-mer ;

- conduire des opérations de stabilisation et de contre-insurrection ;

- conduire des opérations humanitaires et de soutien après l’occurrence de catastrophes.

La stratégie des moyens nécessaire à l’atteinte ces différents objectifs ne diffère pas foncièrement de celle déjà observée : l’attention portée à l’Air Force et à la Navy restera importante. Mais les forces spéciales et les drones devraient également continuer d’être privilégiées – la dernière UAS Roadlmap (voir nos précédentes éditions) ne devrait ainsi pas être remise en question. Reste qu’au-delà, plusieurs inconnues continuent de peser sur le développement des forces américaines. C’est en particulier le cas pour des programmes tels que celui du F-35 et du futur bombardier stratégique (Air Force) ; des porte-avions de la classe Ford, des porte-aéronefs de la classe America, voire même des destroyers de la classe Burke et des sous-marins de la classe Virginia (US Navy). Pour l’Army, la question de la poursuite du programme GCV se pose également, de même que celle du remplaçant des AAV-7 chez les Marines.

Plusieurs autres programmes semblent sanctuarisés. C’est d’abord le cas, au terme de l’abandon définitif, du YABL-1A des systèmes de missiles, de radars et
de systèmes C2 développés par la Missile Defense Agency. C’est également le cas du nouveau SSBNdestiné à la marine. Plus généralement, on ne connaît pas encore les répartitions des différentes coupes, si ce n’est que les forces plus particulièrement destinées à intervenir en Asie ne seront pas affectées par les
coupes budgétaires. Dans le même temps, selon le président américain, « Oui, notre armée sera amaigrie, mais le monde entier doit le savoir : les Etats-Unis vont maintenir leur supériorité militaire avec des forces armées qui seront agiles, flexibles et prêtes à réagir à l’ensemble des circonstances et des menaces« . 

 

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