Ces vingt dernières années, une série d’argumentaires visant à légitimer l’emploi des drones, en particulier de drones MALE, ont émergé, impliquant de véritables récits, principalement aux Etats-Unis, pour n’être que peu remis en question. Pêle-mêle, les drones seraient moins coûteux à l’achat et à l’emploi que des plateformes pilotées et, de la sorte, leur éventuelle perte en opération, que ce soit du fait de l’adversaire ou d’autres causes, ne poserait pas de problème. Reste que ces affirmations attendaient encore d’être intégralement vérifiées : lorsque ces argumentaires ont émergé, l’emploi de drones armés était encore balbutiant (le premier tir de Hellfire depuis un MQ-1 est intervenu en 2002). C’est l’exercice auquel vient de se livrer le Center for Defense Information (CDI), un think tank américain travaillant fréquemment sur les questions aéronautiques, qui permet d’affiner la vision que l’on a de l’emploi des drones MALE, en particulier de leurs coûts. 

Le coût unitaire d’un MQ-9 est fréquemment cité comme de l’ordre des 4 à 5 millions de dollars par plateforme, mais le CDI replace cette somme dans son contexte : outre l’inflation, il faut également prendre en compte le fait qu’un système MQ-9 compte quatre drones et une station de contrôle, les coûts de R&D, les coûts des capteurs. A la clé, un coût de 120,8 millions par système (dollars 2012), sur base de l’achat de 399 drones par l’Air Force – soit un montant de 30,2 millions/drone. Il faut également prendre en compte la réduction probable des commandes qui seront effectuées, impliquant un accroissement du coût unitaire. Comparativement, un F-16C est évalué à 55 millions de dollars et un A-10C à environ 30 millions de dollars. Ces coûts sont également à recadrer au regard de la survivabilité des appareils, très faible face à des environnements menaçants. Les MQ-9 ne disposent pas de systèmes d’autodéfense et ne sont pas véritablement en mesure de conduire des manœuvres évasives. Leur facteur de charge maximal serait ainsi de 2G, tandis que des manœuvres sous de fortes incidences pourraient leur faire perdre le contact avec leur satellite, avec à la clé une perte quasi certaine.

Dans le même temps, le CDI met en évidence la question des coûts à l’heure de vol. D’un point de vue factuel, il est 3 624 dollar/heure de vol pour le Reaper, contre 17 780 dollars pour un A-10C et 20 809 dollars pour un F-16C. Toutefois, les chiffres masquent aussi des profils d’utilisation très différents dès lors qu’un système de quatre appareils doit pouvoir effectuer une orbite permanente. La question des coûts d’entretien est également abordée et est annuellement estimée à 5,1 millions par MQ-9, soit 20,4 millions par système et par an. Comparativement, le coût annuel d’entretien d’un A-10C est de 5,5 millions et celui d’un F-16C de 4,8 millions. D’autres aspects sont également à prendre en ligne de compte, comme la nécessité de la mise en place d’une infrastructure spécifique, en plus des bases aériennes ou encore la nécessité de disposer d’un important volume de bande passante, en particulier de coûteuses liaisons par satellites. Reste, également, la question des coûts humains : une orbite de Predator durant 24 heures nécessite la mobilisation de 144 personnes, contre 171 pour un Reaper, dont 66 pour l’analyse et la dissémination des informations recueillies.

Qu’en penser ? Les analyses du CDI se positionnent clairement dans une optique très militante, visant à déconstruire la pertinence et la légitimité des choix de l’US Air Force en regard de drones MALE. Il n’en demeure pas moins que la comparaison entre appareils pilotés et MQ-9 n’est pas toujours des plus heureuses : les profils de mission sont radicalement différents, le MALE étant affecté à des missions ISR, voire de frappe d’objectifs ponctuels. Le volume de personnel travaillant sur les questions de renseignement est ainsi considérable et n’a évidemment pas lieu d’être pour un A-10 ou un F-16. De même, les profils de vol sont différents : les MALE intègrent des hippodromes positionnés en fonction des besoins là où les options de manœuvre des appareils pilotés in situ sont plus importantes. Par contre, l’analyse du CDI a le mérite de mettre en évidence des coûts jusque là peu mis en évidence : les 50 millions de dollars la plateforme montrent le prix que l’on est prêt à sacrifier pour les missions ISR et, plus généralement, pour la protection des forces terrestres en opération – le suivi des forces amies au sol étant l’une des grandes catégories de fonction des drones MALE.

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