Défense et Sécurité Internationale
Présidentielles 2012, 2eme tour. Les réponses de François Hollande
Publié début avril, DSI n°80 posait à six candidats à la présidentielle une série de questions ayant trait à la défense. A quelques jours du deuxième tour, nous vous présentons les réponses de François Hollande et Nicolas Sarkozy.
Estimez-vous que les effectifs militaires de la France ont atteint un juste niveau ? Ou bien doivent-ils être augmentés / diminués ?
Les effectifs militaires doivent être déterminés en fonction du contrat opérationnel que la République fixe à ses armées. Ce contrat opérationnel découle de l’analyse des enjeux géostratégiques de notre pays, des menaces potentielles et des moyens nécessaires et suffisants pour y faire face. Sont alors fixés les missions des armées, et les moyens que la République décide de leur allouer, dont leurs effectifs. J’insiste sur cette approche, la seule pertinente et crédible. Elle sera la mienne, car l’absence de cohérence entre les réformes engagées depuis 2007, et tout particulièrement entre le Livre blanc, la loi de programmation militaire et la RGPP, a conduit à un fort sentiment de confusion et à une grande insatisfaction des personnels civils et militaires de la défense. C’est à partir de la clarification de notre politique de défense que les moyens des armées seront déterminés. Des efforts devront être faits bien sûr compte-tenu du contexte budgétaire, mais dans la même proportion que les autres ministères.
La dissuasion nucléaire doit-elle, selon vous, rester un fondement de notre stratégie de défense ? Si oui, conserverez-vous les deux composantes (aérienne et sous-marine) ? Pourquoi ?
Je me suis rendu à l’Ile Longue, pour marquer mon engagement à côté de ceux qui depuis tant d’années sont comme les sentinelles et les garants de la sécurité suprême de notre Nation. Ma conviction est inébranlable : notre sécurité est inséparable de la dissuasion nucléaire. C’est l’arme d’ultime recours dont s’est doté notre pays s’il était menacé dans son intégrité ou dans son existence. Le contexte international n’autorise aucune faiblesse. Je ne transigerai ni n’abandonnerai aucune des prérogatives en ce domaine. Nous conserverons les deux composantes aérienne et sous-marine.
Estimez-vous qu’un second porte-avions soit indispensable ? Si oui, vous engagez-vous à entreprendre sa construction durant votre quinquennat ?
Pour répondre à cette question, j’éviterai les approximations qui ont bercé les marins d’illusions depuis 2002. On leur a d’abord dit que le second porte-avions était indispensable, ensuite que l’on pouvait le faire avec les Britanniques, on a lancé à l’occasion du Livre blanc une étude, pour enfin remettre la décision à 2011-2012 et rien n’a été fait. Les marins se souviennent des déclarations du Président sortant à Bordeaux : « Un porte-avions ? Pour quoi faire ? »
Je ne veux pas, pour ma part, me livrer au jeu d’une annonce en période électorale sur un programme particulier, aussi important soit-il, en dehors de toute réflexion capacitaire globale. Ainsi que je l’ai indiqué, si les Français m’accordent leur confiance, je compte lancer rapidement la rédaction d’un nouveau Livre blanc. C’est dans le cadre de cette réflexion stratégique d’ensemble que l’éventail des solutions possibles, incluant bien sûr des partenariats européens, sera étudié. Il y aura donc des choix à faire, en cohérence avec nos priorités stratégiques.
Faut-il selon vous remettre en cause certains des grands programmes d’armement déjà engagés ? Si oui, lesquels ? Et/ou envisagez-vous le lancement de nouveaux programmes d’armement majeurs, si oui lesquels ?
La loi de programmation militaire actuelle est principalement une loi d’exécution, de livraison aux forces d’équipements. Mais, pour l’essentiel, ces programmes d’armement trouvent leur origine dans des décisions antérieures. On a d’ailleurs souvent parlé de « bosse » de crédits d’équipements, toujours poussée vers l’avant, pour éviter d’avoir à faire des choix. C’est me semble-t-il l’une des raisons des insuffisances de crédits consacrés au maintien en condition opérationnelle des matériels et de leur néfaste effet tant sur la disponibilité de nos matériels que sur le moral des troupes. Faute de pouvoir faire des choix, on sacrifie l’entretien et les rechanges.
On a fait beaucoup pour l’équipement des armées, mais pas toujours à la hauteur de leurs vrais besoins.
Je considère donc qu’une remise à plat est indispensable. La seule réponse sérieuse est celle qui découlera d’une vision d’ensemble et cohérente entre le futur livre blanc et la loi de programmation militaire qui en découlera. Il faudra en outre préparer les générations futures d’équipements, avec un effort réel sur les bureaux d’études, la R&D, pour maintenir et développer notre savoir-faire industriel.
Quelle doit être la part de l’État au sein des grands groupes de l’industrie d’armement? Quelles restructurations sont-elles, selon vous, encore à faire au sein de l’industrie de défense française ?
Cette question est celle de la politique industrielle de défense. C’est le second engagement que je prends pour notre défense : construire enfin une politique industrielle de défense. Depuis 2007 seules des logiques financières de courte vue ont prévalu. Les rares décisions prises, comme le contrôle de Thales par Dassault, soulèvent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent car elles ne répondent pas à des logiques industrielles durables. J’estime pour ma part que l’existence d’une industrie de défense conditionne la crédibilité des forces armées, ainsi que l’autonomie de décision et d’action des autorités politiques. L’industrie de défense représente un secteur économique significatif mais également un réservoir d’avancées technologiques et d’emplois qualifiés difficilement délocalisables. J’ai la volonté d’en faire un instrument de la reconquête de notre place de Nation industrielle, qui s’est tant dégradée ces dernières années. L’état devra jouer tout son rôle au sein des conseils d’administration des acteurs industriels du secteur. Nous réorienterons les choix de stratégies vers des approches industrielles et non plus patrimoniales ou financières, comme actuellement. C’est dans ce cadre que seront encouragés les rapprochements, entre industriels, pour favoriser la constitution de grands groupes à taille mondiale dans une perspective de performance et de conquête de marchés. Le soutien de l’État à leurs politiques d’exportation sera la contrepartie de leur capacité à répondre aux enjeux indispensables de développement de notre politique industrielle.
Envisagez-vous une augmentation, une stabilisation ou bien une diminution du budget de l’État consacré à la Défense ?
La défense ne sera pas une variable d’ajustement. Il y aura des efforts à faire, la situation de notre économie et de nos finances publiques nous y contraint, il y a va de notre indépendance même. La défense y contribuera. Ni plus ni moins que les autres ministères. C’est dans ce cadre que les efforts de rationalisation et que les mesures d’économies seront réalisées, sans faux semblants et en vérité, en refusant les mensonges, les fausses économies et les artifices budgétaires destinés à masquer les insuffisances de crédits. Si des choix sont à faire, ils le seront : ils seront expliqués, ils seront assumés. La règle sera : L’adaptation des moyens à nos ambitions, ou de nos ambitions à nos moyens, en définissant un niveau crédible d’effort de défense pour la Nation.
Quelle est votre position vis-à-vis du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN ? Souhaitez-vous le conserver ? ou bien allez-vous remettre à plat cette décision ?
C’est avec tambours et trompettes que le président Sarkozy a orchestré la réintégration de la France dans l’Alliance atlantique. On peut avoir des doutes sur la pertinence de cette décision : a-t-il su en faire un levier pour relancer la défense européenne ? Avons-nous renforcé par là notre capacité d’influence après de nos alliés, notamment américains ? Pesons-nous vraiment plus, tout simplement, au regard de l’impact financier et en personnel de cette décision alors que le budget de la défense est contraint ?
Contrairement à ce qu’affirme M. Longuet, il est permis d’en douter. La réintégration française s’est faite sans condition, sans avancée de l’Europe de la défense, sans gain d’influence significatif sur les grandes orientations de l’Alliance, sans sélectivité dans nos investissements en personnels et en crédits. Les personnels (près de 1 000) et les sommes investies dans la réintégration (au moins 80 millions d’euros par an) ne le sont pas ailleurs.
C’est pourquoi François Hollande demandera une véritable évaluation, un bilan coût / bénéfice de cette réintégration, non pas pour la remettre en question, mais pour prendre les décisions qui lui permettront d’être conforme aux intérêts de la France.
Nous rééquilibrerons notre action en faveur de l’Europe de la défense. Les Européens doivent prendre leurs responsabilités pour maintenir leur autonomie stratégique dans un contexte de crise financière qui pèse sur nos marges de manœuvre budgétaire. Le monde n’est pas devenu moins dangereux et c’est pourquoi il est impératif de renforcer la coopération entre les pays européens. Nicolas Sarkozy a abandonné le projet de défense européenne au profit de l’Alliance atlantique : nous rééquilibrerons nos engagements, dans l’intérêt de la France.
La France a entamé un redéploiement de son dispositif de base militaire hors métropole (Ouverture d’une base à Abou Dhabi, redéploiement des forces prépositionnées en Afrique, …). Faut-il, selon vous, poursuivre ou bien revoir ce dispositif des bases françaises déployées hors métropole et à l’étranger ?
Ce dispositif ne doit pas être figé. Il devra évoluer en fonction de nos enjeux stratégiques et de nos accords de défense. Notre départ d’Afghanistan sera à l’évidence l’occasion de le réexaminer.
Plus largement, si je suis élu, je procéderai au réexamen de l’ensemble de nos engagements extérieurs afin de vérifier s’ils sont conformes, à nos intérêts, à ceux de la paix et du droit que nous voulons défendre, à notre stratégie, à nos moyens. Ces engagements doivent répondre à un choix politique actualisé, ils ne sauraient demeurer le résultat de l’empilement de décisions passées. Les conclusions de cet examen devront être débattues avec le Parlement, conformément à ce que prévoit la Constitution.
Quelle décision prendriez-vous vis-à-vis de l’engagement de nos troupes en Afghanistan ? Plusieurs milliers de soldats français sont actuellement en opération à l’étranger. Avez-vous un message à leur faire passer ?
Je veux en tout premier lieu saluer la mémoire de nos soldats morts pour la France. 82 d’entre eux sont morts en Afghanistan depuis 2001. Morts pour la France. Mes pensées vont à leurs familles, à leurs camarades de combat. Mes pensées vont aussi aux blessés meurtris en opérations. Nous ne les abandonnerons pas, nous ne les oublierons pas. J’entends aussi rendre hommage aux militaires, aux femmes et aux hommes présents dans ce pays, comme d’ailleurs à tous ceux qui ont été engagés dans des conflits et je pense bien sûr aussi à la Libye et au succès de l’opération Harmattan.
Dès 2012, nous engagerons le retrait de nos troupes combattantes d’Afghanistan. Je l’ai annoncé depuis plusieurs mois déjà, avant d’autres, parce que cela me paraissait être la conclusion logique de l’analyse de la situation, dix ans après le début des opérations. La France agira en concertation avec ses alliés, mais la France dira ce qu’elle veut faire : accélérer le retrait de ses forces combattantes. Nous avions décidé en 2001 de nous engager militairement dans la lutte contre le terrorisme. La situation a changé de nature. L’envoi de nos troupes était nécessaire dans un premier temps. Mais au fil des ans, les missions ont changé, elles se sont de plus en plus éloignées des objectifs initialement prévus, sans politique claire sur la transition entre l’élimination de la menace d’Al Qaïda et la reprise en mains par l’Afghanistan de son propre destin. Il est plus que temps, désormais, d’organiser le retrait de nos hommes dans les meilleures conditions de sécurité pour nos forces.
Plusieurs observateurs considèrent que la rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la Défense est nécessaire après celui de 2008. Partagez-vous cette opinion ? Si oui, vous engagez-vous à le faire, et quand ?
Je souhaite que soit entreprise au plus tôt la rédaction d’un nouveau Livre blanc de la défense, centré sur les missions qui seront assignées à nos forces. Il constituera la base de la clarification de notre politique de défense, qui sera le premier de mes engagements du quinquennat pour notre défense.
Pour l’élaboration de ce Livre Blanc, je ferai participer, au-delà des cercles d’experts, les militaires, pour en faire les acteurs responsables de leur propre avenir, les universitaires et les centres de réflexion stratégique et enfin et surtout le Parlement qui, à l’occasion d’un débat démocratique sanctionné par un vote marquera l’implication de la représentation nationale. Pour la première fois un livre blanc sur la défense fera donc l’objet d’une sanction par la représentation nationale. Il définira les enjeux stratégiques de notre pays, la doctrine d’emploi de nos forces et les scénarios d’engagement en fonction d’une hiérarchisation des menaces et des missions.
Je fixerai le cap de cette clarification, autour de trois axes que je considère intangibles : La consolidation de notre doctrine de dissuasion et la relance d’une ambition de défense européenne réaliste ; l’établissement d’un équilibre démocratique dans la conduite de la politique de défense ; l’adaptation des moyens à nos ambitions, ou de nos ambitions à nos moyens, en définissant un niveau crédible d’effort de défense pour la Nation.
Propos recueillis le 14 mars 2012
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about 1 year ago
Il faudra dire à l’équipe de François Hollande, de s’assurer qu’il y a des « je » partout. Au moins, on aurait l’impression que la Défense intéresse le probable futur chef des Armées. Cf « C’est pourquoi François Hollande demandera une véritable évaluation… » dans la réponse sur l’OTAN. Ou alors, il parle de lui-même à la 3ème personne.
Par ailleurs, vu les réponses évasives de l’équipe de campagne de FH aux différentes questions, on ne croit pas un seul instant au fait que « la défense ne sera pas une variable d’ajustement ».
about 1 year ago
Je suis d’accord avec Olivier, on navigue à vue…