Défense et Sécurité Internationale
Présidentielles 2012, 2ème tour. Les réponses de Nicolas Sarkozy
Publié début avril, DSI n°80 posait à six candidats à la présidentielle une série de questions ayant trait à la défense. A quelques jours du deuxième tour, nous vous présentons les réponses de François Hollande et Nicolas Sarkozy.
Estimez-vous que les effectifs militaires de la France ont atteint un juste niveau ? Ou bien doivent-ils augmenter / diminuer ?
Tout d’abord, je rends hommage à la qualité des femmes et des hommes qui constituent nos armées. J’espère d’ailleurs que tous les Français prennent conscience de la force de leur engagement. S’agissant de leur nombre, il ne faut pas l’apprécier dans l’absolu, mais en fonction de leurs missions, qui elles-mêmes dépendent de la stratégie de notre pays. C’est pourquoi, dès ma prise de fonctions, j’ai demandé la rédaction d’un nouveau Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale.
S’agissant des moyens humains, il a fixé deux axes : renforcer l’efficacité de notre armée, ainsi que les unités opérationnelles par rapport aux effectifs dédiés au soutien. La loi de programmation militaire (LPM) 2009-2014 du 29 juillet 2009 s’inscrit dans la droite ligne de ces orientations. Elle a pour objectif de recentrer les armées sur leur « cœur de métier » et de rationaliser le soutien en le mutualisant entre les armées. Compte tenu de ces objectifs, il a été décidé de diminuer les effectifs du ministère de la Défense de 54 000 emplois sur la période 2009-2014. On passera ainsi entre 2008 et 2016 de 323 000 à 269 000 militaires et civils. Un tel niveau d’effectifs est adapté au format défini par le Livre blanc, et permet un fonctionnement optimisé de nos unités.
Je souligne, et j’y tenais tout particulièrement, que les ressources dégagées par la diminution des effectifs – 270 millions d’euros par an – sont intégralement réinvesties au profit du ministère de la Défense. Comme tous les ministères, l’équivalent de la moitié du produit du non remplacement des personnels est consacré à la condition des personnels. Mais pour le ministère de la défense, l’autre moitié des économies est également conservée, au profit des équipements et de la préparation des forces.
Au 31 décembre 2011, les échéances sont parfaitement respectées et les économies ainsi réalisées ont permis le respect des objectifs de la LPM en matière d’équipements nouveaux, dans les trois armées, et d’entraînement des forces. Cette réforme permet aux armées d’accomplir, avec les matériels du meilleur niveau, les missions qui leur sont confiées, comme en atteste notamment la réussite des missions conduites en 2011 (Lybie, Côte d’Ivoire, etc.). La LPM prévoit les conditions de sa propre révision en 2012 pour la période 2013-2018. Je ferai tout pour garantir que la France soit en état de maintenir son rang sur la scène internationale.
La dissuasion nucléaire doit-elle, selon vous, rester un fondement de notre stratégie de défense ? Si oui, conservez-vous les deux composantes (aérienne et sous-marine) ? Pourquoi ?
Je tiens à rappeler que la dissuasion nucléaire de la France, qu’elle contrôle en totale autonomie à travers ses deux composantes complémentaires (air et mer), est un atout stratégique majeur pour notre Nation. Je vous le dis sans détour : il n’est pas question de remettre en cause notre dissuasion parce que je tiens à ce que la France participe à la préservation de la paix, soit crédible et écoutée dans le monde. Nos forces nucléaires viennent d’être modernisées. La composante océanique de la dissuasion nucléaire a été remise à neuf au cours des cinq dernières années (mise en service de 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins type Le Triomphant et entrée en service opérationnel du Terrible qui emporte le nouveau missile M51). L’armée de l’Air et l’aéronavale ont également modernisé leurs composantes, puisque les Rafale emportent les nouveaux missiles ASMPA depuis octobre 2009. J’en profite pour saluer les chercheurs, les ingénieurs et les ouvriers qui participent à cette aventure au service de la France. Ainsi, la France dispose d’une industrie d’excellence que le monde lui envie. Je salue aussi le professionnalisme de ces hommes qui, dans nos forces, manipulent quotidiennement ces outils hors du commun. Pour ce qui est de l’avenir à moyen et long terme, nous ne devons jamais oublier qu’il faut savoir fixer l’horizon. Les délais de recherche et de développement des futurs moyens de dissuasion sont tels que les travaux a déjà commencé pour la prochaine génération de systèmes d’armes.
Estimez-vous qu’un second porte-avions soit indispensable ? Si oui, vous engagez-vous à entreprendre sa construction durant votre quinquennat ?
La France dispose du deuxième territoire maritime mondial (11 millions de km²). Je pense qu’il faut en tirer des conséquences. Si cette réalité offre à la France une influence et un potentiel de croissance, elle lui donne également une responsabilité au sein de la Communauté internationale, s’agissant notamment de la préservation de la paix, et elle exige d’elle de faire respecter son intégrité. C’est pourquoi, je considère qu’il est essentiel pour la France de soutenir sa Marine.
Pour ce qui est de la construction d’un second porte-avions, le Livre blanc a estimé que, dans le cadre budgétaire actuel, il existait des priorités plus urgentes pour garantir l’efficacité de nos forces. Il a précisé que, si les conditions économiques le permettaient, ce second porte-avions devrait être construit. Cela n’est malheureusement pas le cas pour l’instant en raison de la lourde crise économique que nous avons traversée.
Il est évident que la construction du second porte-avions demeure un objectif important et qu’elle devra être entreprise dès que la situation économique du pays le permettra, et cela sans remettre en question les moyens consacrés aux autres fonctions de notre armée.
Faut-il selon vous remettre en cause certains des grands programmes d’armement déjà engagés ? Si oui, lesquels ? Et/ou envisagez-vous le lancement de nouveaux programmes d’armement majeurs, si oui lesquels ?
Les grands programmes actuellement engagés ont pour objectif de renforcer les équipements de nos forces pour garantir l’efficacité de nos armées. Ils permettent également de soutenir notre industrie de défense qui crée des emplois, ne délocalise pas et au contraire exporte. La plupart de ces grands programmes sont actuellement en phase de livraison. Rien ne justifie de les remettre en question.
Cela dit, l’évolution du monde et des enjeux stratégiques justifie d’être en permanence en alerte et, en cohérence avec nos ambitions, – de l’aéronautique au terrestre en passant par le naval, les missiles, les drones ou encore la dissuasion – je considère qu’il ne faut pas baisser la garde. Je m’attacherai à poursuivre mon action.
Envisagez-vous une augmentation, une stabilisation ou bien une diminution du budget de l’Etat consacré à la Défense ?
L’effort d’une Nation pour sa défense doit être à la hauteur de ses ambitions. Je considère que ses ressources doivent faire l’objet d’une attention particulière en toute circonstance, y compris en période de crise et de contraintes budgétaires fortes. Je le dis sans détour : je ne ferai jamais du budget de la Défense une variable d’ajustement, comme les socialistes l’ont fait de façon massive entre 1997 et 2002. Je l’ai prouvé en maintenant les ressources du ministère de la défense dans le budget triennal 2011-2013 en dépit des difficultés causées par la crise.
Il faut rappeler qu’au cours des quinze dernières années, le budget de la défense n’a connu une diminution que sur une période, 1998 à 2002, alors que M. Jospin était premier ministre et alors même que l’Europe connaissait une période de croissance économique. Les amputations du budget de la défense avaient alors servi à financer les 35 heures. Il a donc fallu construire l’armée de métier décidée par Jacques Chirac en 1996, sans pouvoir donner à nos militaires de carrière des équipements correspondant à la réalité de leurs missions. Notre défense en a payé le prix pendant au moins une décennie.
Au vu de ce précédent, vous pouvez imaginer ce que peuvent envisager des socialistes alliés à des écologistes en période de crise ! D’ores et déjà, le PS a indiqué que pour financer 8 000 des 13 000 postes annuels qu’il souhaite créer dans la fonction publique (éducation, justice, police et pôle emploi), il trouverait les ressources du côté de la suppression de postes au ministère de la Défense.
Quelle est votre position vis-à-vis du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN ? Souhaitez-vous le conserver ? ou bien allez-vous remettre à plat cette décision ?
Attaché à l’indépendance de notre pays et à la sécurité des intérêts de la France et des Français, j’ai proposé au Parlement, qui l’a accepté, que la France réintègre le commandement militaire intégré de l’OTAN. Je veux rappeler que la France est un membre fondateur de l’Alliance atlantique et qu’elle ne l’a jamais quittée.
Depuis 1966, la France s’est rapprochée de l’OTAN par étapes et le plus souvent sans le dire : en 1992, à l’époque où François Mitterrand était président de la République, la France est allée avec l’OTAN en Bosnie puis au Kosovo et en 2001, alors que Lionel Jospin était Premier ministre, la France s’est engagée en Afghanistan. La conclusion, c’est que la France, qui participait à des opérations militaires de l’OTAN, restait en marge du commandement. Il fallait mettre fin à cette situation.
J’ai proposé la réintégration parce que je considère que les absents ont toujours tort et que la France doit codiriger plutôt que subir. J’en profite pour rappeler, qu’au cas par cas, la France décide souverainement de participer ou non à une opération.
En novembre 2010, les dirigeants des pays de l’Alliance ont adopté, au sommet de Lisbonne, le nouveau concept stratégique de l’OTAN, que nous avons réclamé avec l’Allemagne. Il sert de feuille de route à l’Alliance pour les dix années à venir et confirme que l’engagement pris de se défendre mutuellement contre toute attaque reste le socle de la sécurité euro-atlantique. Je relève que la réintégration de la France dans l’OTAN a fait l’objet de critiques extrêmement lourdes de la part des socialistes quand je l’ai proposée et mise en œuvre, et qu’aujourd’hui, à ma connaissance, le projet du parti socialiste n’envisage pas d’y revenir, preuve de son double langage.
La France a entamé un redéploiement de son dispositif de base militaire hors métropole (ouverture d’une base à Abou Dhabi, redéploiement des forces prépositionnées en Afrique, …) Faut-il selon vous, poursuivre ou bien revoir ce dispositif des bases françaises déployés hors métropole et à l’étranger ?
Ce redéploiement s’inscrit parfaitement dans le cadre du Livre blanc Dans le Golfe, la base des forces françaises à Abu Dhabi (Emirats arabes unis), créée en 2008, achève sa montée en puissance. En Afrique, j’ai fixé, au Cap en février 2008, les axes de la nouvelle politique de défense : rénovation des accords de défense, présence militaire dédiée en priorité à la montée en puissance du dispositif de sécurité collective de l’Union africaine, volonté de faire de l’Europe un partenaire majeur pour l’Afrique en matière de paix et de sécurité, conformément aux conclusions du sommet de Lisbonne de décembre 2007. Depuis le 1er août 2011, le nouveau dispositif en Afrique s’articule autour de deux bases opérationnelles avancées (Djibouti et Gabon) et de deux pôles opérationnels de coopération à vocation régionale (Tchad et Sénégal) ayant pour rôle d’entretenir une coopération de défense, mais aussi de servir de point d’appui pour d’éventuelles opérations de paix dans la région.
En termes d’effectifs, le dispositif des forces prépositionnées a connu une diminution d’environ 1 000 postes cette année et compte actuellement 5 340 militaires. L’objectif est de 4 100 militaires en 2014. Ce dispositif répond à la nouvelle donne géostratégique et je compte poursuivre mon action dans le sens engagé depuis 2007. La stratégie de la France doit s’adapter en permanence aux réalités d’un monde qui change, et non rester fondée sur les certitudes d’hier.
Quelle décision prendriez-vous vis-à-vis de l’engagement de nos troupes en Afghanistan ? Plusieurs milliers de soldats sont actuellement en opération à l’étranger. Avez-vous un message à leur faire passer ?
Comme je l’ai déjà indiqué en janvier de cette année, le rapatriement des troupes françaises combattantes déployées en Afghanistan sera achevé d’ici la fin de l’année 2013. Cette décision responsable s’inscrit dans le cadre de nos engagements et du dialogue que nous entretenons avec nos alliés engagés en Afghanistan.
Je suis convaincu que nous avons eu raison de nous y engager et de poursuivre notre opération, parce que partout où nous défendons la paix, nous concourrons à renforcer la sécurité des Français. Parce que jamais nous ne devrons cesser d’être fidèles à nos valeurs et à leur défense. J’ajoute que j’ai toujours affirmé que le retrait devait être géré dans l’intérêt de la sécurité de nos soldats et des populations qu’ils protègent. C’est pourquoi, toute personne sérieuse sait qu’il serait absolument irresponsable de quitter précipitamment l’Afghanistan. Ce serait ne pas respecter nos alliés et les engagements de la France. Ce serait mettre en péril la sécurité de nos soldats. Un retrait ne se fait pas à la va-vite.
Aux femmes et aux hommes qui sont engagés dans les opérations extérieures de la France, je veux dire combien je suis conscient que leur engagement a un sens, et combien je leur suis reconnaissant. Ils sont animés d’honneur et d’un dévouement pour la Nation jusqu’au sacrifice ultime. Je suis allé sur des théâtres d’opération, je pense à la Lybie ou encore à l’Afghanistan, et suis très admiratif de la force et du courage extraordinaire de nos soldats. S’il ne m’est pas possible de rencontrer chacun d’eux, je peux vous assurer que je pense non seulement à chacun d’eux, mais aussi à leurs proches.
Plusieurs observateurs considèrent que la rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la Défense est nécessaire après celui de 2008. Partagez-vous cette opinion ? Si oui, vous engagez-vous à le faire, et quand ?
Depuis la publication du Livre blanc en juin 2008, le monde a vécu des bouleversements et le contexte international continue d’évoluer à grande vitesse. Ne serait-ce qu’en 2011, nous avons vécu des bouleversements majeurs qui ont un impact important sur la donne géostratégique et qui exigent donc d’adapter notre approche. J’ai donc décidé, au second semestre 2011, d’engager une actualisation de l’analyse du contexte stratégique de ce Livre blanc. Cette réflexion sur l’état du monde a été rendue publique cet hiver. Elle servira de base à l’actualisation du Livre blanc, (qui l’avait lui même prévu pour 2012). Je demanderai sa présentation au deuxième semestre 2012 pour qu’il soit possible d’engager ensuite les travaux sur la prochaine loi de programmation militaire.
Propos recueillis le 15 mars 2012
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