Cher Militaire,

Je ne te connais pas, pas plus sans doute que tu me connais. je me permet de te tutoyer, parce que j’éprouve l’envie irrépressible de te donner la tape dans le dos que l’on fait à son frère d’arme.

J’ai vu ta photo, très artistique. Tu étais au Mali, un hélicoptère se posait à proximité, la poussière filtrait la lumière, rendant la scène presque irréelle. Tu portais un foulard, produit de marketing d’un jeu vidéo, comme en portent des milliers de personnes. Que tu l’aie fait exprès ou non, le dessin de la tête de mort se marquait sur ton visage.

Il n’en n’a pas fallu plus pour voir certains pousser des cris d’orfraie. Dans une guerre où l’on rend les morts invisibles en détournant les caméras, tu a eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Personne, pas même le photographe d’après ce que j’en ai lu, n’a pensé à mal.

Les communicants, jusqu’à l’EMA, l’ont fait pour lui et toi. Se scandalisant pour cette « violence » picturale, ils oublient la violence de l’ennemi – pardon, du terroriste. Un foulard scandalise plus que les viols, les assassinats de civils, la destruction des bibliothèques, sans doute l’expression la plus aboutie du fascisme depuis 1945.

La guerre que fait la France et ses alliés au Mali est juste. De quoi a-t-on si peur lorsque l’on condamne ce foulard ? Que les motifs même de l’intervention soient remis en question ? Allons : toute opération est toujours remise en question, à bon ou à mauvais escient. A ceux qui condamnent, avez-vous donc si peu étudié les règles de la communication en temps de guerre ? A ceux qui se scandalisent, pitié ne regardez pas les badges des uns et des autres et encore moins les tatouages… des volontaires comme parfois des officiers !

Soldat, je ne te connais pas mais je pense que tu applique, comme tout soldat français qui se respecte, des lignes de conduite qui ont été transcrites dans le code du Légionnaire : au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respecte l’ennemi vaincu. Que tu portes un foulard n’y contrevient, en mon âme de libre penseur, pas.

D’autres estiment que tu mérites 40 jours d’arrêt et que tu n’a plus ta place au Mali. Comme si tu avais volé, brutalisé des civils, manqué de respect à tes supérieurs ou je ne sais quel fait grave. Et comme une injustice ne vient jamais seule, ton dossier en sera sans doute marqué.

Cher Militaire. Je te plains. Je ne peux faire que cela, bien malheureusement, sinon te dire que je suis avec toi et que, si j’aime la France et que je respecte ses institutions, je trouve que certains en leur sein ont une nouvelle fois donné raison à Einstein, qui pensait que seules deux choses étaient infinies en ce bas monde : l’univers et la bêtise humaine.

Messieurs qui avez décidé cela, autant vous pouvez être fier de votre uniforme et de vos hommes, autant votre comportement est-il nettement plus indigne que de porter un foulard, quelque soit d’ailleurs le motif qui l’orne.

Au fait, n’a a-t-il pas des faits bien plus grave à sanctionner, s’il vous faut des coupables pour être sûrs d’être dans l’air du temps ? Des faits comme un certain ratage informatique qui fait en sorte que des soldes ne soient pas payées ? Songez à cela : qu’est-ce qui est le plus indécent, porter un foulard avec une tête de mort ou se trouver dans une situation où après avoir tardé à payer des gens risquant leur vie, ceux-ci devront payer, finalement un impôt qui ne répondra pas à l’esprit de sa mise en place ?

Carl

PS. J’ai un épée traversant un crâne tatoué sur la fesse droite. Messieurs les censeurs, venez la chercher, je vous la montrerai avec plaisir…

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